lundi 25 juillet 2016

Sermon pour le Dixième Dimanche après la Pentecôte

« Le monde contemporain ne nie pas seulement la chute
mais le concept même de péché »






par le Père Richard G. Cipolla

SOURCE : Rorate Caeli

Du 7 chapitre de l'épître de Saint Paul aux Romains : « Je ne comprends pas ce que je fais : car je ne fais pas ce que je voudrais faire, mais je fais ce que je déteste.... Ce n'est donc pas moi qui agis ainsi, mais c'est le péché qui habite en moi... Le désir de faire le bien existe en moi, mais non la capacité de l'accomplir ».

La science moderne dépend de l'expérimentation pour expliquer la réalité physique. La méthode scientifique consiste à : observer, proposer une théorie pour expliquer vos observations, effectuer des expériences qui permettront de vérifier la théorie. Si les résultats des expériences correspondent à ce que la théorie a prévu, la théorie a alors un fondement dans la vérité de la nature de la réalité physique. Si non, alors, vous proposez une nouvelle théorie, imaginez et réalisez des expériences, vérifiez leur correspondance avec la théorie et ainsi de suite.

Il y a plusieurs années Einstein a proposé ce qui est connu comme la théorie de la relativité générale. Les observations sur la base de cette théorie au cours des soixante-quinze dernières années ont indiqué que la théorie d'Einstein a du mérite. Une de ses prédictions était qu’il devrait y avoir un faible écho des débuts de l'univers dans les radiations de fond de celui-ci. Après une recherche longue et difficile, en utilisant les instruments de la plus haute sensibilité, des fluctuations de radiations de fond ont été très récemment observées et la plupart des physiciens croient que ceci a confirmé la théorie non seulement d’Einstein, mais a confirmé que l'univers a probablement commencé avec ce qui est maintenant connu sous le nom de Big Bang. Et il ne faut pas oublier que l'auteur de la théorie du Big Bang était un prêtre catholique, Monseigneur Lemaître. Oui. On peut être un grand et créatif scientifique et être un prêtre Catholique à la fois qui croit en ce que la Genèse enseigne.

Dans l'épître de Saint Paul aux Romains, celui-ci parle de la relation entre la loi, le péché et le Christ. Et dans le passage que j’ai cité au début avec le septième chapitre de l'épître, Paul déclare d'une manière audacieuse et claire la condition humaine vis-à-vis le péché. L'incapacité de l'homme de faire ce qui est juste même s’il sait ce qui est juste. Dans la première lettre aux Corinthiens, Saint Paul utilise l'histoire des Juifs dans l'Ancien Testament en tant que preuve expérimentale, là où l'expérience est vivante, là où le Peuple Élu de Dieu, encore et encore, refuse d'honorer l'Alliance Sacrée et de faire ce qu’ils savent être juste. Et cette preuve expérimentale, c'est-à-dire l'observation de ces faits, ne se limite pas à l'Histoire Juive. Ça comprend toute l'histoire humaine qui est une histoire du péché de l'homme dans tous les domaines possibles de l'existence. Saint Paul aime faire des listes et ses différentes listes de péchés personnels en laissent peu de côté. Et sa théologie de la Croix de Jésus-Christ est basée sur l'homme qui est déchu et qui est dans le besoin d’une rédemption terrible. « Car la mort est venue par l'homme ». Un merveilleux résumé de la Chute de l'homme. Sans un besoin de rédemption, la Croix est à la fois insondable et superficielle.

Le Bienheureux John Henry Newman, dans un passage de son livre « Apologie Pro Vita Sua » ( « Défense de sa propre vie » ), présente la preuve de la théorie du péché originel. Je n'ose pas résumer ses paroles mais je vais vous les présenter comme il les a écrites [ Traduction libre du petit traducteur amateur que je suis ] :

« À considérer le monde dans sa largeur et sa profondeur, ses diverses histoires, les nombreuses races de l'homme, leurs débuts, leurs parcours, leur aliénation mutuelle, leurs conflits…la grandeur et la petitesse de l'homme, ses visées à grande portée, sa courte durée ... la prévalence et de l'intensité du péché, les idolâtries envahissantes, les corruptions, la morne irréligion sans espoir— tout ceci est une vision à en être grisé et horrifié ; et ça inflige à l'esprit un profond mystère, qui est absolument hors de toute solution humaine. Que dire de ce fait déconcertant à en transpercer le coeur ? Je peux juste répondre qu’ou bien il n'y a pas de Créateur, ou bien cette société vivante de l'homme est dans un vrai sens abandonnée de Sa Présence... s'il y a un Dieu, et puisqu’il y a un Dieu, la race humaine est impliquée dans une terrible calamité aborigène . Elle est déconnectée du but de Son Créateur. Ceci est un fait, un fait aussi vrai que le fait de son existence : et donc la doctrine de ce qu'on appelle théologiquement le péché originel me devient presque aussi certaine que le monde qui existe et que Dieu existe ».

Une certaine terrible calamité aborigène. Mais le fait est que nous vivons dans un monde, dans une culture qui non seulement nie la déchéance de l'homme mais nie aussi le simple concept du péché. L’homme moderne et post-moderne observe la preuve du comportement répréhensible de l'homme qu'il admet et postule sa propre théorie pour expliquer ce comportement terrible, que ce soit la guerre ou le pillage de quelque nature, ou le terrorisme, ou les meurtres de masse ou tout ce qui attire l'œil du public. La théorie est que l'homme est capable de ne pas se comporter d'une telle manière si seulement tout le monde n’achetait pas d’armes, si tout le monde laissait tomber tout jugement moral sur le comportement des personnes, si tout le monde était mieux instruit, si tout le monde provenait des régions éclairées du Nord-est ou de la Côte ouest, si tout le monde était persuadé de la valeur du chou organique, si tout le monde subissait la lobotomie morale qui caractérise les dirigeants de ce monde. Ensuite, toutes ces abjections cesseraient. L’Histoire serait changée en une série d'événements glorieux qui exploseraient dans l'apothéose du point oméga. Tout cela dans une culture qui défend le caractère répréhensible de la pornographie endémique qui détruit le sens de la sexualité non seulement auprès des jeunes, mais aussi dans les mariages, et cela au nom de la liberté.

Et, alors, quand le Président Obama est confronté à ces atrocités, la profonde tristesse du meurtre des personnes de race noire non armées et des policiers qui font leur devoir, il ne déchire pas son costume impeccable ni sa cravate pour enfiler le vêtement symbolique du sac et de la cendre. Tout ce qu’il peut faire est d’afficher un regard sérieux et espérer qu’il y aura un moment où la haine et le meurtre se termineront. Mais cela ne veut pas dire qu’il est un homme insensible. Mais il n'y a pas la moindre preuve expérimentale que cet espoir qu’il manifeste ait le moindre fondement dans la nature humaine. Il n'y a aucune preuve expérimentale que l'homme parviendra à la maturité de par lui-même, que sa profonde tendance à faire la mauvaise chose puisse être éliminée par l'éducation dans une bonne école ou en épousant les principes optimistes des Libéraux. Le gouvernement est nécessaire et doit être supporté. Mais le gouvernement ne peut jamais résoudre les problèmes moraux. Et surtout un gouvernement qui nie la preuve du péché originel et de la nécessité du rachat. Repentez. Repentez-vous et croyez à l'Évangile. Oh cela, pas dans une sorte d’histoire à saveur Évangélique sauvage du style de l’écrivaine Flannery O'Connor du Sud profond, pas plus que dans une sorte de façon Catholique plus-que-traditionnelle qui nie la réalité qu’est celle du monde dans lequel nous vivons, mais de cette façon qui se penchera sur les éléments de preuve, qui se penchera sur les données expérimentales, sur l'observation empirique qui est l'histoire humaine et qui examinera deux possibilités d'une manière réaliste et objective : soit que cet homme est perfectible de ses propres moyens ou soit que l'homme est sous l'emprise du péché et de la mort qui est l’écho de la Chute, et le seul antidote au poison est l'Amour et la Miséricorde de Dieu dans la personne de Jésus-Christ. Et de penser à cela, de prendre une décision à ce sujet, ne devrait pas être fait dans une sorte d'agonie existentielle profonde et d'angoisse, pas dans un think tank ( groupe de réflexion) professionnel, encore moins dans une université prestigieuse, mais plutôt dans la beauté de cette Messe qui est le Saint Sacrifice et peut-être, plus tard, avec un bon verre vin.