lundi 18 juillet 2016

La venue prochaine de la décentralisation
dans l'Église Catholique



Le Pape est applaudi à l'occasion du 50 ème anniversaire des Synodes des Évêques
dans le Hall Paul VI le 17 octobre 2015


Par :Torben Riis
Correspondant de Remnant, Denmark)

SOURCE :
The Remnant

Nous sommes dans une situation ici !

Dans le sillage du Synode sur la Famille et, en particulier, à la lumière d’Amoris Laetitia y compris la confirmation ultérieure du Pape François relative à son intention de changer de discipline de l'Église en ce qui concerne les Catholiques divorcés et remariés, je pense que le moment est venu d’élever la discussion au niveau suivant, autrement dit, de se demander ce que nous savons réellement de l’agenda global de cette papauté.

Dans son adresse du 17 octobre 2015 commémorant le 50ème anniversaire de l'institution du Synode des Évêques, François a annoncé son intention de « construire une Église synodale » et, à cette fin, de promouvoir une « saine décentralisation ».

Tout d'abord, qu'est-ce qu’il voulait dire par « décentralisation » ?

François, dans Evangelii Gaudium, explique (32) que cette « décentralisation » implique la cession d’« une certaine autorité doctrinale authentique » aux conférences épiscopales, quelque chose d'inouï jusqu'à présent. Pour justifier cette mesure drastique qu’il décrit comme une « conversion de la papauté », François se réfère dans trois notes de bas de page :

  1. Au Concile Vatican II (Lumen Gentium 23)
  2. Au Pape Jean-Paul II « Apostolos Suos — sur la nature théologique et juridique des conférences des Évêques »
  3. À son encyclique « Ut Unum Sint - sur l'engagement oecuménique » (95).

Citant ce dernier encyclique, François affirme que Jean Paul a demandé de l’aide pour trouver [ le texte surligné est de nous ] « une façon d'exercer la primauté qui, tout en aucune façon renonce ce qui est essentiel à sa mission, est ouverte néanmoins à une situation nouvelle ».

Est-ce que Jean-Paul II a vraiment demandé de l'aide ? ! Il ne l’a certes pas fait ! Ce qu’il a réellement écrit était ceci : « ... J'écoute la requête qui m'est adressée de trouver une forme d'exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle… » En d'autres termes, la citation en tant que telle ( entre guillemets au paragraphe précédent ) est correcte, mais quand c’est connecté avec les mots précédents « Demander de l’aide à trouver… », c’est tout à fait trompeur. Dans ce contexte, Jean-Paul II parle de « l'aspiration œcuménique de la majeure partie des Communautés chrétiennes » indiquant simplement qu’il a l'intention de tenir dûment compte des préoccupations exprimées par des communautés non-Catholiques.

Dans le même paragraphe (32) d’Evangelii Gaudium, citant Lumen Gentium (23), François affirme que, comme aux antiques Églises patriarcales, les conférences épiscopales peuvent « contribuer de façons multiples et fécondes à ce que le sentiment collégial se réalise concrètement » ». Mais est-ce que cette déclaration générale corrobore nécessairement l'opinion selon laquelle il est nécessaire de changer l'état actuel des Conférences épiscopales ? Est-ce que l'affirmation que les Conférences épiscopales « devraient être dotées d’une certaine autorité doctrinale authentique » découle logiquement des « conférences épiscopales qui devraient contribuer à ce que le sentiment collégial se réalise concrètement» ?

Enfin, François affirme qu’« un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique, ce souhait ne s’est pas pleinement réalisé » — ce qui suggère que nous sommes encore dans le besoin d'une définition claire de l'autorité des conférences épiscopales. À l'appui de cette hypothèse, François en réfère à la lettre apostolique de Jean-Paul II, Apostolos Suos, qui, ironiquement, fournit précisément les éclaircissements souhaités.

Chose intéressante, la note de François n'a pas de référence à aucun des 23 paragraphes de ce document. Donc, la question demeure : est-ce que Jean-Paul II partout dans Apostolos Suos exprime un appui à la la notion d'attribuer une autorité doctrinale aux Conférences épiscopales ? La réponse est non. A-t-il expliqué ses raisons concernant la rédaction de document ? Il l’a fait en effet : « En stricte fidélité aux documents du Concile Vatican II, il se propose d'expliciter les principes théologiques et juridiques fondamentaux en ce qui concerne les Conférences épiscopales, et de présenter les normes indispensables à intégrer, pour aider à établir une pratique des Conférences elles-mêmes, théologiquement fondée et juridiquement sûre » (7).

Et c’est ce que Jean-Paul fait dans ce document, notamment aux paragraphes 20 et 22, où il maintient explicitement que les déclarations émises par les conférences épiscopales «n'ont pas le caractère d'un magistère universel».

En bref, François ne parvient pas à fournir une documentation convaincante pour sa suggestion que son projet de décentralisation devrait être en conformité avec la Tradition de l’Église ou avec l'enseignement clair de Jean-Paul II. , En outre, son utilisation de citations inexactes et des citations hors contexte nous laissent l'impression que ses références n’ont pas d'autre but que de couvrir le fait que son projet de décentralisation n’est pas supporté par l'enseignement de l'Église.

Relativement à cela, je voudrais citer cette l'observation qui invite à la réflexion faite par le Cardinal Pell dans une homélie, le 24 octobre 2014, où il a discuté de l'importance de la papauté, « Dans tous les pays où les communistes ont pris le pouvoir, ils ont essayé de séparer les Catholiques locaux du Pape par des soi-disant Églises « patriotiques » nationales. Nous savons des discussions de table de Hitler que, s’il avait gagné la Seconde Guerre Mondiale, il aurait mis en place un Pape Catholique dans chaque pays » .




Cependant, la décentralisation n’est pas un élément isolé. Elle doit être considérée comme un élément du projet beaucoup plus ambitieux de construire la soi-disant Église synodale. Revenons donc maintenant au 17 octobre 2015, à l’adresse de François aux Pères Synodaux.

Dans cette adresse, François définit l'Église synodale comme « une Église de l’écoute » et ajoute : « C’est une écoute réciproque dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre ». Ensuite, il dessine les contours de la future Église synodale en distinguant trois niveaux : le Peuple de Dieu, les Pasteurs et l'Évêque de Rome. Et enfin, il révèle comment les décisions vont être prises dans cette future Église : « Le processus Synodal commence par [souligné] écouter « le Peuple saint de Dieu qui participe aussi de la fonction prophétique du Christ» (Lumen Gentium 12)

François développe ce point en déclarant en outre que « dans cette église, comme dans une pyramide inversée [surlignage ajouté], le sommet se trouve sous la base. « C’est pourquoi, ceux qui exercent l’autorité s’appellent « ministres » : parce que, selon la signification originelle du mot, ils sont les plus petits entre tous. C’est en servant le Peuple de Dieu que chaque Évêque devient, pour la portion du Troupeau qui lui est confiée, vicarius christi, Vicaire de ce Jésus qui, à la dernière Cène, s’est baissé pour laver les pieds des Apôtres (cf. Jn 13, 1-15). Et, dans un tel horizon, le Successeur de Pierre n’est rien d’autre que le servus servorum Dei » .

Convaincu ? Je ne le suis pas. Le lavement des pieds (Jean 13, 1-15) est un avertissement dirigé vers les Apôtres qui leur rappelle toujours qu'ils devraient être d’humbles serviteurs de Dieu : « Car Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez comme je l'ai fait pour vous. Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : un serviteur n'est pas plus grand que son maître et un envoyé n'est pas plus grand que celui qui l'envoie » (Jean 13, 15-16). Et au début de cette admonition, Jésus dit : «Vous M'appelez « Maître » et « Seigneur », et vous avez raison, car Je le suis.».

Alors qu'est-ce que le lavage des pieds a à voir avec une pyramide inversée ? Au meilleur de ma connaissance, le lavage des pieds porte sur l’humilité et sûrement aussi sur le devoir des Évêques de servir le Peuple de Dieu — à condition que nous parlions de leur devoir d'annoncer l'Évangile, d’éclairer les fidèles « en leur apprenant à observer tout ce que Je vous ai prescrit » (Matthieu 28 :20) et donc à les conduire sur le chemin du salut. Ce n’est pas, cependant, à propos d’inverser la hiérarchie de l'Église, pas plus qu’ « en s’écoutant tous, les uns les autres » ni à envoyer de questionnaires aux Églises particulières. Il s’agit de servir humblement la vérité.

Le deuxième niveau dans l'Église synodale est d’écouter les pasteurs (en particulier les Pères du Synode) et « nous demandons tout d’abord à l’Esprit Saint pour les Pères synodaux, le don de l’écoute : écoute de Dieu jusqu’à entendre avec Lui le cri du peuple ; écoute du peuple jusqu’à y respirer la volonté à laquelle Dieu nous appelle ». Notez bien l’affirmation à l’effet que la condition pour être en harmonie avec la Volonté de Dieu est que la hiérarchie soit à l’écoute des gens ( !). « Les “organismes de communion” de l’Église particulière : le Conseil presbytéral, le Collège des Consulteurs, le Chapitre des Chanoines et le Conseil pastoral. Une Église synodale peut commencer à prendre forme seulement dans la mesure où ces organismes restent reliés avec “la base” et partent des gens, des problèmes de chaque jour… seulement alors « peut une Église synodale prendre forme » ».

Et le troisième niveau ? « Le processus Synodal culmine avec l'écoute de l'Évêque de Rome qui est appelé à parler en tant que pasteur et docteur de tous les Chrétiens ». François souligne qu'à ce titre, il ne devrait pas parler « sur la base de ses convictions personnelles, mais comme le Suprême témoin de fides Totius Ecclesiae, i.e. « la foi de toute l'Église » ou comme Lumen Gentium (12) le dit : « Le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs », elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel » — une condition qui n'a pas été, pour le dire en douceur, présente au récent Synode sur la Famille.




En bref, le processus Synodal commence « à partir des gens et de leurs problèmes quotidiens ». Puis il passe à travers plusieurs « tamisages » par les différents « organes de communion», notamment les Pères synodaux (niveau 2) et « culmine en écoutant de l'Évêque de Rome » (niveau 3).

Quant au niveau 3, François souligne explicitement que le Pape est le « garant de l’obéissance et de la conformité de l’Église à la Volonté de Dieu, à l’Évangile du Christ et à la Tradition de l’Église». Le Synode, affirme-t-il, « agit toujours cum Petro et sub Petro ». Mais comment est-ce que ça se réconcilie avec l'idée d'une pyramide inversée, avec une Église synodale qui écoute la base ? Ou, pour cette question, avec la notion de décentralisation ?

Est-ce qu’il y a quoi que ce soit qui fait du sens ici ? Oui, mais à le seule condition que toutes ces incohérences soient considérées comme un camouflage pour cacher ce qu’est vraiment la synodalité dont on parle ici et si les garanties de conformité avec l'enseignement de l'Église sont le sucre qui est censé nous faire avaler la pilule.

Dans ce cas, les niveaux 1 et 2 ne serviraient à nul autre but que de légitimer l'ensemble du projet faisant ressembler à un processus démocratique ( Mais est-ce que l'Église est une institution démocratique ? ) lorsque les décisions reflètent les aspirations du Peuple et de la Volonté de Dieu.

Le Niveau 1 permettrait au Pape de prétendre que ses décisions, quelles qu’elles pourraient être, ont été faites après avoir soigneusement écouté les préoccupations des laïcs.

Le Niveau 2 permettrait de plus à François d’affirmer que ses décisions n'ont pas été prises sans consulter un nombre incalculable d'instances bureaucratiques à tous les niveaux y compris les Évêques participant aux futurs Synodes.

Le Niveau 3, par conséquent, permettrait au Pape de conclure ce qu’il veut bien conclure à partir des multiples recommandations variées émises par les niveaux 1 et 2.

Dans cette future Église, le Magistère perdrait par conséquent sa raison d'être et la Tradition serait tôt considérée comme non pertinente. Ce qui se passe ici, c’est que le cadre dans lequel un Pape exerce normalement son autorité ( son devoir d'agir en conformité avec la Tradition ) est mis en pièces, en investissant donc en principe le Pape d’un pouvoir illimité pour changer ou pour ignorer l'enseignement magistériel.

Ainsi, dans la mesure où ma lecture des documents mentionnés ci-dessus est assez précise, nous sommes confrontés à une tentative de détruire la Catholicité de l'Église et de saper ses fondements mêmes. En d'autres termes, nous avons une situation — une situation sans précédent dans l'histoire de l'Église.

Torben Riis a reçu sa M.A. en langue française et danoise et en littérature de l'Université de Copenhague. Parallèllement à ses activités d'enseignement, il a servi en tant que rédacteur en chef du bulletin diocésain Catholique danois Katolsk Orientering 2005-2008. Actuellement, il est le rédacteur en chef du magazine Pro-Vie danois « RFM Nyt » ainsi que le site danois www.katolskmagasin.dk Catholique