lundi 11 juillet 2016

Lettre à mon Évêque
L'histoire d’une tarte aux pommes


Monseigneur,

Vous le savez, notre Seigneur nous a souvent enseigné avec des paraboles.

Bien humblement et dans un esprit de prière, j’ai rédigé une métaphore afin de pouvoir vous poser une question de manière apaisée.

Veuillez croire Monseigneur à ma prière et mon jeûne pour accompagner votre mission.

M D




Histoire d’une tarte aux pommes


Le PDG d’une société de restauration collective souhaite élaborer une nouvelle recette de tarte aux pommes.

Il réunit ses chefs-cuisiniers et ses nutritionnistes.

Les plus anciens veulent maintenir la recette traditionnelle, les plus jeunes espèrent de l’innovation.

Est évoquée l’obligation de prendre en compte les régimes pour personnes diabétiques.

Plusieurs nutritionnistes recommandent, pour toute personne diabétique, une part de tarte sans sucre ajouté.

D’autres au contraire, estimant ces personnes gourmandes et cherchant à leur plaire, suggèrent qu’à leur intention soit réalisée une part de tarte caramélisée.

Après une seconde réunion, le PDG, avec l’assistance de quelques spécialistes, a arrêté une nouvelle recette. Avec celle-ci, on a cherché à satisfaire toutes les tendances dans une seule tarte : Tartus laetitiam !



La tarte est succulente. Grâce à une nouvelle variété de pomme, elle flatte les papilles des gourmets.

À destination des personnes diabétiques, on trouve, avec un mode d’emploi qui donne aussi des références médicales, un sachet de sucre sous vide à ouvrir et à répandre sur une part de tarte, qu’il faut ensuite passer au micro-onde pour une caramélisation.


Selon les restaurants d’entreprise, les chefs cuisiniers ayant reçu ces nouvelles tartes ont réagi différemment.

— La majorité est enthousiaste et s’est adaptée au nouveau produit en le servant tel quel.

— Certains chefs ont donné des consignes discrètes aux cuisiniers en leur demandant de servir, comme toujours, des parts de tarte sans sucre aux personnes diabétiques.

— D’autres chefs ont donné ces même consignes aux cuisiniers mais en ajoutant une information adéquate à la clientèle sur la cohérence de leur choix en terme de santé publique.

— Enfin des chefs cuisiniers, soucieux de la santé des clients du monde entier et pour plusieurs générations, souhaiteraient rencontrer le PDG pour tenter de le convaincre du danger mais, se croyant isolés, ils n’osent pas.


Monseigneur, étant dans cette situation, quel chef-cuisinier êtes-vous ?