vendredi 16 mars 2018

Vision liturgique versus visions liturgiques
Le Vatican II, le Pape Benoît XVI, le Cardinal Sarah


Le Pape François célèbre la Messe du Matin à la Maison Santa Martha au Vatican le 15 mars. (Photo CNS / Vatican Media)



par : Peter MJ Stravinskas

Le Révérend Peter M.J. Stravinskas est le rédacteur en chef de The Catholic Response, et l'auteur de plus de 500 articles pour de nombreuses publications catholiques, ainsi que de plusieurs livres, dont « L'Église catholique et la Bible » et « Comprendre les ßacrements ».


Le 15 mars 2018

SOURCE : Catholic World Report



Sommaire

Pourquoi je crois que la perte du sens du sacré est la principale raison pour laquelle nous avons perdu des millions de Catholiques au culte des fidèles.

Note de l'éditeur : Cette allocution a été prononcée au chapitre de Baltimore de Legatus le 14 mars 2018.



J'ai dit à un ami Archevêque que j'allais parler à des gens d'affaires au sujet de préoccupations liturgiques. Il était légèrement perplexe et a dit : « Avec tous les problèmes dans l'Église et dans le monde, vous allez parler de liturgie ? » Il a continué : « De tout le clergé que je connais, vous et le Cardinal Sarah êtes au sommet de ma liste, mais je n'insiste pas sur la liturgie ». J'ai répondu : « La principale raison de l'existence de l'Église est d'offrir une louange et un culte appropriés au Dieu Tout-Puissant. Il n'y a rien de plus important. Si nous ne pouvons pas faire les choses correctement, nous ne pouvons rien faire d'autre. En effet, toutes les autres bonnes choses que nous souhaitons accomplir découlent de notre vie d'adoration ». Il semblait « comprendre » bien que je ne sois pas sûr que cela puisse l’imprégner à long terme. J'espère que je peux avoir un effet plus durable sur vous.

Quand les gens parlent de la liturgie dans l'Église contemporaine, ils ont tendance à commencer par le Concile Vatican II, qui est d’environ un siècle en retard. Sacrosanctum Concilium, la Constitution Conciliaire sur la Sainte liturgie n'est pas sortie du front de Zeus ; c'était plutôt l'aboutissement d'un mouvement liturgique d'un siècle, « canonisé » par le Pape Saint Pie X et surtout par le Pape Pie XII dans le Mediator Dei. J'étais le bénéficiaire de ce processus, ayant eu une formation liturgique intensément forte quand j’étais garçon : je n'ai jamais assisté à une Messe sans une pleine participation de l’assemblée ; nous avions un directeur de musique liturgique à temps plein pour notre école, de sorte qu'en quatrième année, nous avions appris sept Messes en Chant Grégorien. Je réalise que ce n'était pas un phénomène universel, mais c'était sûrement l'objectif clairement énoncé par tous les Papes menant à Vatican II.

Sacrosanctum Concilium n'a pas proposé une nouvelle vision du culte divin ; il n'a fait que solidifier les aspirations des érudits liturgiques et du Magistère des cent dernières années. Très souvent, lorsque Vatican II est mentionné, notamment en ce qui concerne la liturgie, les gens commencent à parler des « changements » qui y sont opérés. À vrai dire, ce document ne portait pas sur les « changements », ce qui explique pourquoi nous lisons ce qui suit :

« Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, on prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l’esprit de la liturgie que l’expérience qui découle de la récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits. Enfin, on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique ». ( n ° 23 )

En d'autres termes, aucun « changement » ne devait être fait, à moins qu'ils ne soient manifestement nécessaires. Et ainsi, les Pères Conciliaires ont insisté sur le maintien du Latin, sauf pour les lectures et l'homélie ; ils ont appelé à la restauration de la prière des fidèles et de la procession à l’offertoire, et à un lectionnaire élargi, afin que les fidèles puissent recevoir une plus grande exposition à la Parole de Dieu. C'est tout. À la conclusion du Concile en 1965, les Évêques retournèrent dans leurs diocèses respectifs, laissant le travail de réforme liturgique à une commission à Rome. Petit à petit, comme la torture chinoise de la goutte d’eau, un changement a été imposé après l’autre, manifestement insouciant de la déclaration claire du Concile à l'effet contraire. En effet, ce que Sacrosanctum Concilium exprimait était un écho de ce que le Bienheureux John Henry Cardinal Newman avait énoncé plus d'un siècle auparavant tout en étant encore Protestant : « Les Rites que l'Église a institués, et avec raison — car l'autorité de l'Église vient du Christ — étant longtemps utilisés, ne peut pas être abandonnés sans nuire aux âmes ».

Dans la liste des éléments que j'ai définis pour vous il y a quelques minutes, je crois que vous avez remarqué qu'il n'y avait aucune mention de : la Messe face au Peuple ; les servantes d'autel ; les ministres extraordinaires de la Sainte Communion ; la Communion dans la main ; une liturgie vernaculaire totale. Dans la plupart des cas, ces pratiques ont été introduites par des réformateurs potentiels en défiant directement les normes liturgiques existantes. Quand ils étaient corrigés, ces « réformateurs » continuèrent pareil gaiement leur petit jeu, sans discipline de la part des Évêques. En d'autres termes, la désobéissance a été récompensée. Il y a quelque temps, j'ai demandé à un Évêque qui avait été un Père du Concile lors des quatre sessions du synode, ce que ses confrères penseraient de ces changements non autorisés par le Concile. Il a donné la réponse catégorique : « Ils seraient horrifiés ».

À vrai dire, en 1968 — l’annus horribilis — la Sainte Liturgie était en pleine désorganisation, et les pires changements n'avaient pas encore été faits. L'architecte en chef de ces machinations était l'Archevêque Annibale Bugnini, qui avait gagné l'oreille du Pape Paul VI, le convainquant que tout cela était nécessaire si l'Église devait être une force vitale dans la vie des fidèles. Bien sûr, « les fidèles » n'ont jamais été consultés à propos de cela. Quand la plus grande partie du dommage a été faite, le Pape Paul est finalement venu voir le mal fait par Bugnini et a suivi un ancien principe de manœuvre ecclésiastique : promoveatur ut removeatur ( qu'il soit promu, afin qu'il puisse être enlevé de son poste ). En 1976, le Pape nomme Bugnini pro-Nonce, l'exile en Iran et le place ainsi au moment de la crise des otages à l'Ambassade des États-Unis.

La somme totale des changements à la fois autorisés et fripons était une perte manifeste du sens du sacré, provoquant des centaines de milliers de Catholiques à décider de voter avec leurs pieds pour quitter l’Église, résultant en des chiffres abyssaux de l’affluence à la Messe maintenant trouvés presque universellement. J'ai rencontré un de ces individus dans un avion il y a plusieurs années. Après s'être assuré que j'étais bien un prêtre Catholique ( et non pas un Ministre Protestant ), l'homme m'a informé qu'il avait quitté la Messe Dominicale très tôt au cours de l'ère expérimentale. Il a dit qu'il est revenu une trentaine d'années plus tard pour assister pour la première fois aux funérailles de sa mère. « J'ai été stupéfait » a-t-il dit. « Les finances doivent avoir vraiment mal tourné dans cette église. J’ai supposé que le vieil autel était brisé et qu'ils ne pouvaient pas se permettre de le réparer parce que le prêtre disait la Messe sur une planche à repasser. Il y avait aussi une femme qui l'aidait à distribuer le pain ». Que pensez-vous de cela comme expérience pour Rip Van Winkle [Rip Van Winkle est un personnage dans une nouvelle de l'écrivain Américain Washington Irving ] ?

Cinquante ans après le début de ce marasme, plusieurs demandent une évaluation objective, menant à une « réforme de la réforme ». Je me compte parmi ce nombre. Parfois, quelqu'un dira : « Voulez-vous revenir en arrière ? Vous ne pouvez jamais revenir en arrière ». J'ai une réponse en magasin pour eux : si vous allez pour votre examen physique annuel et le médecin vous dit que vous devez perdre cinquante livres ou vous ne serez pas là pour la visite de l'année prochaine, il vous dit que vous devez « revenir » au poids que vous aviez il y a peut-être trente ou quarante ans. La survie nécessite souvent un retranchement.

L'une des voix les plus constantes pour ce genre d'introspection honnête était le Cardinal Joseph Ratzinger pendant des décennies avant qu'il ne devienne le Pape Benoît XVI. Livres après livres et conférences après conférences, Ratzinger déplorait le chaos liturgique et la confusion dans lesquels nous étions descendus. Le bon sens et la maturité nous obligent à admettre que de graves erreurs ont été commises, et malheureusement, à une époque de troubles civils et sociaux qui n'ont fait qu'exacerber le problème. En accédant à la Chaire de Pierre, Benoît a fait quelques efforts de réforme, cependant, les difficultés sont si grandes et les abus tellement enracinés que c'est comme essayer de faire demi-tour avec un gros camion Mack poids lourd sur une route à une seule voie.

Au cours des dernières années, les responsabilités de la réforme de Ratzinger ont été assumées par le Cardinal Guinéen Robert Cardinal Sarah. Deux de ses œuvres sont particulièrement précieuses : Dieu ou Rienet Le pouvoir du Silence : Contre la dictature du bruit. Il a été nommé par le Pape François en 2014 pour servir de Préfet à la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements. Bien que François n'ait pas beaucoup de sens ou d'appréciation liturgique, il est intéressant qu'il ait dit à Sarah qu'il voulait qu'il poursuive la vision esquissée par Ratzinger. Ce qu'il a fait — au centuple. Il a parlé avec force et conviction de la nécessité : de revenir à la Célébration de la Sainte Messe avec le prêtre et les personnes qui font face dans la même direction — l'Est liturgique ; de restaurer des quantités généreuses de Latin ; et que la Sainte Communion soit administrée sur la langue et agenouillé.

Permettez-moi de commenter quelques-unes de ces questions.

1. Le Cardinal Sarah a fortement insisté sur l'importance de rétablir le mode traditionnel de dire la Sainte Messe ad orientem, c'est-à-dire du prêtre et des fidèles qui font ensemble face à l'Est. Dans l'Église primitive, toutes les Célébrations Eucharistiques ont été dites face à l'Est en raison d'une double croyance : que Christ reviendrait à nouveau pendant la Sainte Liturgie et que Lui — l'Orient d'en Haut — viendrait de l'Est. Ainsi, les églises ont été construites avec l'abside ( ou le sanctuaire ) vers l'Est ; de manière intéressante, la Basilique Saint-Pierre a été construite face à l'ouest, avec pour résultat que le Pape fait face au peuple ; cependant, dans la pratique ancienne au début de la Prière Eucharistique, les gens « tournaient le dos » au Pape et faisaient face à la porte de la Basilique afin d’accueillir le Christ, s’il devrait apparaître !

Pourquoi est-ce si important ? Parce que lorsque le prêtre fait face au peuple, sans que ce soit de sa faute, la liturgie devient une conversation entre le prêtre et l’assemblée et, assez souvent, un culte de la personnalité très centré sur le prêtre se développe. Ça peut vous surprendre d'apprendre que l'édition actuelle du Missel Romain ( comme tous ceux d’avant ) présume qu'au moins à partir de la Liturgie de l'Eucharistie et ensuite, le prêtre ne fait pas face au peuple, d'où la rubrique liturgique qui le pousse à « se tourner et à faire face aux gens » pour donner des salutations et des bénédictions diverses. Bien sûr, cela n'a absolument aucun sens pour le prêtre de faire face à l’assemblée pendant la Prière Eucharistique qui s'adresse à Dieu le Père ! Pour la première moitié de la Messe, qui s'adresse généralement aux fidèles, leur faire face est parfaitement logique. Cependant, quand vous parlez à Dieu, faites face à Dieu, non ?

2. Le bannissement du Latin du Rite Romain est particulièrement déplorable pour diverses raisons. Dans presque toutes les religions du monde, le culte public est pratiqué dans une langue sacrée. Même les Juifs réformés ( la branche la plus libérale du Judaïsme ) conduisent des parties importantes de leurs services en hébreu. Au-delà de cela, pour une Église universelle ( à une époque de grande mobilité ), la capacité de vénérer dans une langue commune est des plus importante. Combien d'entre vous ont fait un voyage d'affaires à Tokyo, par exemple, en vous retrouvant en train d'assister à la Messe du Dimanche en Japonais ( ce que je présume que la plupart d'entre vous ne savent pas ) ? En outre, le grand patrimoine de la musique liturgique du Chant Grégorien ( salué par Vatican II comme « lieu de gloire » [SC, n ° 116 ]) à la polyphonie de la Renaissance est inconnu de la plupart des Catholiques depuis cinquante ans. Ironiquement et tristement, il y a une meilleure chance d'entendre le Latin chanté dans une église Anglicane ou Luthérienne que dans une paroisse Catholique aujourd'hui.

3. En 1973, le Pape Paul VI a promulgué Immensae Caritatis, qui permettait aux non-ordonnés de distribuer la Sainte Communion dans des circonstances extraordinaires. Je me souviens d'une visite dans une paroisse pour trouver quelqu'un qui s'identifiait comme la ministre « ordinaire » de la Sainte Communion. Quand je l'ai corrigée pour dire « extraordinaire » elle a répondu : « Comment cela peut-il être ? Je la distribue toutes les semaines ! » Dans une autre paroisse où je remplaçais le curé de la paroisse, j'ai célébré la Messe de l'école tous les jours pendant une semaine. Un garçon de quatrième année avait servi toute la semaine, à la fin de laquelle je lui ai dit : « Gus, vous êtes un très bon servant. Peut-être serez-vous un jour prêtre. — Oh, non, mon Père. J'y ai pensé mais je ne veux plus être prêtre ». « Pourquoi ? » ai-je demandé. « Eh bien, j’ai vérifié cela : vous devez étudier très longtemps, vous n'avez pas beaucoup l'argent, et ma grand-mère donne déjà la Communion ! » Que pensez-vous de cela comme promotion vocationnelle ? Plus précisément : j'ai donné des conférences dans plus de 80 diocèses des États-Unis et dans plus d'une douzaine à l'étranger. Dans presque toutes les situations, je me suis retrouvé avec des soi-disant ministres « extraordinaires » de la Sainte Communion. Dans aucun cas les normes du Pape Paul n'ont été vérifiées. Le recours à de tels ministres sape à la fois le Sacrement de l'Eucharistie et le Sacrement de l'Ordre Sacré. Saint Thomas d'Aquin le résuma succinctement dans Sacris Solemniis ( une de ses compositions musicales pour la fête du Corps du Christ ) : « Comme seul un prêtre peut consacrer, seul un prêtre peut distribuer ». Très logique.

4. En 1969, le Pape Paul a promulgué Memoriale Domini, en réponse aux Évêques de certains pays — contre toute loi et tradition liturgique — permettant aux laïcs de recevoir la Sainte Communion dans la main plutôt que sur la langue. Le Pape a exprimé sa consternation devant ce développement et a indiqué qu'il avait interrogé les Évêques du monde sur cette question. Les deux tiers de l'Épiscopat mondial ont désapprouvé cette pratique. Paul a alors essayé de jouer au Salomon en interdisant la pratique — sauf dans les quelques pays où cela avait été fait illicitement ( à savoir l'Allemagne, la Belgique, la Hollande et la France ). Inutile de dire que cela n'a aucun sens d'approuver des actions qui étaient clairement des actes de désobéissance. En tout cas, si le document avait été pris pour de l’argent comptant, la pratique illégitime n'aurait été légitimée que dans quatre pays. Au lieu de cela, d'autres Conférences Épiscopales commencèrent à solliciter le Saint-Siège pour l'indult ( qui, canoniquement, est une permission à contrecœur ) ; tous ceux qui l'ont demandé l'ont reçu.

À trois reprises au moins, les Évêques des États-Unis ont voté contre l'introduction de cette pratique. Ce n'est qu'après de grossières machinations que ça a finalement passé en 1977. Depuis lors, les prêtres ( même ceux qui soutiennent la pratique ) rapportent que les hosties consacrées se retrouvent régulièrement dans les bancs, dans les petits missels laissés dans les bancs et même dans les toilettes ; nous savons aussi que les hosties sont prises de l'église et utilisées dans les Messes sataniques.

Les partisans de la Communion dans la main contrent la Communion sur la langue « parce que c'était ainsi que la Communion était distribuée dans l'Église primitive ». Eh bien, oui et non. Il y a certainement des indications que cela a été fait à certains endroits. Cependant, au moment où les controverses christologiques des premiers siècles ont été réglées et quand la théologie Eucharistique a été fermement en place, la pratique s'est éteinte ou a été supprimée.

Alors, quand est-ce que la Communion dans la main a ressuscité ? À la Réforme Protestante. Martin Bucer, l'un des réformateurs les plus radicaux, a insisté sur la nécessité de refuser la Communion sur la langue et a ordonné la Communion dans la main parce que, disait-il, cela détruirait la croyance en la Présence Réelle du Christ dans l'Eucharistie et qu’en même temps, ça dénigrerait le Sacerdoce Ministériel. Je suis sûr que beaucoup d'entre vous ont vu le fameux sondage Gallup qui a révélé que moins d'un tiers des Catholiques qui reçoivent la Sainte Communion chaque dimanche tiennent à la compréhension orthodoxe du Sacrement, c'est-à-dire que la Sainte Eucharistie est le Corps, le Sang et l'Âme et la Divinité de notre Seigneur Jésus-Christ.

Ce n'est pas par hasard que le langage Catholique traditionnel parle de « recevoir » la Sainte Communion alors qu'un verbe alternatif entre en concurrence avec ce terme de sorte que certains parlent de « prendre » la Sainte Communion — qui est, oui, la manière Protestante de parler.

De recevoir la Communion dans la main a aussi une autre conséquence peut-être imprévisible : ça place le destinataire dans le rôle d'intermédiaire. Quand quelqu'un est baptisé, il ne prend pas l'eau du Ministre du Baptême et se la verse sur lui-même ; quand quelqu'un reçoit l'Onction des Malades, il ne prend pas l'huile et ne se l'enduit pas sur lui-même. Dans le cas de la Communion dans la main, le destinataire prend le Corps du Seigneur et le gère lui-même, ce qui le fait passer d'un humble récipiendaire à un ministre actif.

5. Pendant le Pontificat du Pape Benoît XVI, il décida que ceux qui recevraient de lui la Sainte Communion devraient le faire en recevant sur la langue et à genoux ( cela en surprendra peut-être certains d'apprendre que le Pape François n'a jamais donné la Communion dans la main comme Pape ). Benoît a dit qu'il faisait cela à titre d'exemple, espérant que les prêtres suivraient son exemple. Quelle est la signification de l'agenouillement ? C'est à la fois la posture de l'humilité et de l'adoration. Benoît XVI aimait citer Saint Augustin qui déclarait : « Que personne ne reçoive qui n'a pas adoré d'abord ». Le signe extérieur de l'agenouillement aide à sauvegarder la sacralité de l'action de recevoir. Certes, les Églises d'Orient ( Catholiques et Orthodoxes ) se tiennent debout, cependant, il y a tant d'autres choses dans leurs liturgies qui soulignent le transcendant qu'il y a peu de risque d'obscurcir cette dimension.

Il y a beaucoup d'autres questions que je pourrais porter à votre attention, mais je me suis limité à ceux qui sont directement concernés par une bonne compréhension de la Sainte Eucharistie et du Sacerdoce Sacré. Si tout ce que j'ai dit est sensé, il serait peut-être bon de commencer un groupe d'étude pour plonger dans les œuvres des « grands maîtres » du mouvement liturgique originel, comme Josef Jungmann, Pius Parsch, Prosper Guéranger, Louis Bouyer , Klaus Gamber , et Odo Casel. C'étaient les « géants ». Ceux d'entre eux qui ont vécu pour voir les conséquences de la réforme post-Vatican II ont uniformément exprimé leur consternation. Donc, je dirais que nous devons revenir aux sources et admettre franchement la nécessité d'une « réforme de la réforme ».

En octobre de 1774, John Adams a écrit une lettre à son épouse, Abigail, en réfléchissant à sa visite dans une église Catholique à Philadelphie. Il convient de noter qu'il n'était pas fan du Catholicisme, mais écoutez cette description :

« Cet après-midi, guidé par la curiosité et par de la bonne compagnie, j’ai fait une petite visite à l'église mère, ou plutôt à l’église grand-mère. Je veux dire la chapelle Papiste. J'ai entendu un bon et court essai moral sur le devoir des parents envers leurs enfants, fondés sur la justice et la charité, qu’il fallait prendre soin de leurs intérêts, temporels et spirituels. Le divertissement au cours de cet après-midi a été pour moi le plus affreux et affectant ; les pauvres gens qui maniaient leurs grains de chapelet, chantant du Latin, même pas un mot qu'ils comprenaient ; leurs Pater Noster et leur Ave Marias ; leur eau bénite ; leurs signes de croix perpétuels ; leur saluts de la tête au nom de Jésus, chaque fois qu'ils l'entendent ; leurs saluts de la tête, leurs agenouillements et leurs génuflexions devant l'autel. La robe du prêtre était riche en dentelle blanche. Sa chaire était de velours et d'or. L'autel était très riche, des petites images et des crucifix aux abords ; des bougies de cire allumées. Mais comment décrirais-je l'image de notre Sauveur dans un cadre de marbre au-dessus de l'autel, de tout son long, sur la Croix dans les angoisses, et le sang coulant de ses blessures ! La musique, composée d'un orgue et d'une chorale de chanteurs, a duré toute l'après-midi, sauf le temps de la prédication, et l'assemblée a chanté avec douceur et exquisité ».

« Voilà tout ce qui peut saisir l'œil, l'oreille et l'imagination, tout ce qui peut charmer et ensorceler le simple et l'ignorant. Je me demande comment Luther a pu jamais rompre avec cet envoûtement ».

Pas mal de celui qui méprisait ce qu'il appelait « le métier de la prêtrise ».

Près de 150 ans plus tard, Thomas Merton dans son Seven Storey Mountain se réjouit de sa première Communion le jour de sa conversion :

« J'ai vu l’Hostie élevée — le silence et la simplicité avec lesquels le Christ a de nouveau triomphé, a ressuscité, attirant toutes choses à Lui — m'attirant à Lui. . . . J'étais le seul à la balustrade de l’autel. Le Ciel était entièrement le mien — ce Ciel dans lequel le partage ne fait aucune division ou diminution. Mais cette solitude était une sorte de rappel de l'unicité avec laquelle ce Christ, caché dans la petite Hostie, se donnait pour moi et à moi, et avec Lui, la Divinité et la Trinité tout entière — une nouvelle grande augmentation de la puissance et de l’emprise de leur demeure qui avaient commencé [ en moi ] seulement quelques minutes auparavant aux fonts [ baptismaux ]. . . . Dans le Temple de Dieu que je venais de devenir, le Seul Sacrifice Éternel et Pur était offert au Dieu qui demeure en moi : le Sacrifice de Dieu à Dieu, et moi sacrifié avec Dieu, incorporé dans son incarnation. Christ né en moi, nouveau Bethléem, et sacrifié en moi, son nouveau Calvaire, et ressuscité en moi : m'offrant au Père, en Lui-même, demandant au Père, mon Père et à Lui, de me recevoir dans son amour infini et spécial . . . »

Est-ce que les premiers communiants d'aujourd'hui ont de telles expériences ? J'ai bien peur que non.

Merton et Adams soulignent tous deux la dimension « autre du monde » de la Sainte Liturgie. Je soutiens que la perte du sens du sacré est la principale raison pour laquelle nous avons perdu des fidèles au culte.

Après tout, si quelqu'un peut donner la Sainte Communion à quelqu'un dans n'importe quelle position, qu'est-ce que tout cela vaut ? La plupart des gens concluent que l'Eucharistie n'est qu'un symbole. Lorsque cette grande dame du Sud, Flannery O'Connor, fut confrontée à la description de l'Eucharistie par une dame-amie Protestante comme un « symbole », la redoutable Flannery répondit : « Si c'est juste un symbole, au diable.

Alors, pourquoi ai-je parlé de ces préoccupations avec vous, même au risque de bouleverser certains d'entre vous ? Parce que je crois — avec le Pape Benoît et le Cardinal Sarah — que nous avons dévié de notre trajectoire et que nous devons corriger le cours. Je suis convaincu que Vatican II était sur la cible en affirmant que la Liturgie Sacrée est vraiment « la source et le sommet » de la Vie Chrétienne. Et donc, je voudrais vous stimuler à encourager les prêtres à suivre les aspirations du Cardinal Sarah et à encourager en particulier les jeunes prêtres qui ont probablement déjà évolué dans cette direction en leur offrant votre soutien.

La posture fondamentale de la personne humaine devant Dieu est celle de l'humble adoration, illustrée par Saint Jean-Paul II même dans ses jours faibles et moribonds. Qu'il est instructif et inspirant de le voir, lui, le Souverain Pontife et Vicaire du Christ, s'agenouiller dans son état infirme pour recevoir le Corps de son Seigneur sur sa langue comme le plus humble des Catholiques. Que sa mémoire nous inspire à l'imiter, à la gloire de Dieu et à l'édification de chaque membre de l'Église.

J'espère que cela aidera aussi mon ami Archevêque à comprendre pourquoi tout cela est si important.