samedi 17 mars 2018

Une mise à jour sur le scandale Chilien de Barros
et ses liens avec le Pape François




Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 16 mars 2018


Ces dernières semaines, nous avons reçu plus d'informations sur l'affaire Barros qui vaille la peine d'être signalé. Le Cardinal Chilien Javier Errázuriz Ossa, l'un des membres du Conseil des Neuf Cardinaux du Pape, a récemment écrit une lettre à diverses Conférences Épiscopales Latino-Américaines pour se plaindre de la présence de Mgr Juan Barros lors de la visite du Pape au Chili en janvier 2018 qui a attiré trop d'attention sur son cas. Le Cardinal Errázuriz lui-même ne semblait pas s'inquiéter de l'ensemble du scandale des abus sexuels de Karadima en soi, ni du fait que Mgr Barros pourrait être coupable de complicité coupable. Nous allons maintenant présenter quelques faits qui pourraient expliquer pourquoi il en est ainsi. Car, le Cardinal Errázuriz semble lui-même avoir joué un rôle dans la dissimulation de cette affaire pendant des années alors qu'il était encore au Chili.

D'abord concernant la nouvelle. Dans cette lettre largement diffusée mentionnée ci-dessus — ce qui a été divulgué et par la suite rapporté par le journal progressiste National Catholic Reporter, le 9 Mars, Errázuriz se plaint que « Barros lui-même s’est rendu disponible pour des entrevues avec les journalistes après avoir été concélébrant aux Messes avec François ainsi qu’avec d'autres Évêques Chiliens ». ( Nota Bene : notre collègue en Allemagne, Giuseppe Nardi, rapporte que, selon des sources Romaines, c'est le Pape François lui-même qui a insisté pour que Barros concélèbre avec lui ). Errázuriz déplore également que Barros « n'ait pas évité les entretiens de groupe » et qu’il ait donné l'impression « qu'il les considérait comme une occasion favorable de diffuser sa version des choses et de se défendre contre les accusations ». Selon le National Catholic Reporter, Barros est actuellement accusé d'avoir « détruit la correspondance incriminante du prêtre [ Karadima ] ». Plus tard dans la lettre, Errázuriz regrette aussi qu'il n'y ait pas eu de meilleur « porte-parole de presse » disponible lors de la visite du Pape.

Ce qui frappe ici, c'est que ce Cardinal se préoccupe davantage des relations publiques et des apparences plutôt que d'être attentif à révéler une vérité plus grande sur Mgr Barros et, partant, à aider les victimes d'abus. Regardons donc plus en profondeur son propre rôle dans l'affaire Barros-Karadima.

Dans une récente interview du site d'information des Évêques Allemands Katholisch.de, Juan Carlos Cruz, l'une des victimes du prêtre abuseur ( le Père Fernando Karadima ), a insisté sur le fait que Karadima avait été protégé par des Cardinaux et des Évêques. Il mentionne également, outre Mgr Barros, Mgr Tomislav Koljatic et Horacio Valenzuela, « qui ont tous dissimulé les abus sexuels » et il en appelle à une « enquête très détaillée ». Il en vient ensuite à parler du Cardinal Errázuriz. Lorsqu'on lui demande pourquoi il ne fait pas confiance à l'Église Chilienne, Juan Carlos Cruz dit :

« Nous avons toujours été encouragés à témoigner, ce que nous avons toujours fait de bonne foi, mais jusqu'à présent, les Cardinaux et les Évêques y ont répondu avec moins de bonnes intentions. Je suis convaincu que le Cardinal Errázuriz — l'ancien Archevêque de la Capitale [ Santiago ] a une très mauvaise influence sur le Pape, parce qu'Errazuriz a dissimulé les choses et qu'il a essayé de discréditer les victimes. Son successeur, le Cardinal RiCardo Ezzati, n'a que récemment remis en question l'objectivité des victimes. C'est un homme absolument insensible ».

Lorsque nous regardons en arrière un peu, nous notons que tout ce scandale était déjà au grand jour en 2010. Selon un excellent rapport du passé en date de novembre 2015 du journaliste Allemand Julius Müller-Meiningen, lorsque Cruz, ainsi que deux autres victimes d’abus, ont fait une sortie publique avec leurs graves accusations contre Karadima, le Vatican a suspendu Karadima de son poste un an plus tard. Comme Müller-Meiningen, déjà en 2015, l’a déclaré, cette affaire « met également le Pape François sous une lumière douteuse. Cruz [...] affirme que le Pape François est du côté de ceux qui couvrent les choses malgré des confessions contraires ». Quand le Pape a nommé Juan Barros comme Évêque d'Osorno, Cruz et les deux autres victimes — José Andrés Murillo et James Hamilton — qui ont tous témoigné que Barros avait été témoin des crimes d'abus « se sentaient blessés par le Pape », surtout après avoir appelé les accusations de « stupidités » et « poussées par la Gauche ».

Dans ce rapport, Müller-Meiningen parle également du fait que Pete Saunders, qui était à l'époque l'un des membres de la Commission sur les abus au Vatican, avait proposé que, lors de la prochaine réunion de la Commission en février 2015, ce sujet soit amené et d’y inclure les paroles déshonorantes du Pape lui-même au sujet des victimes d'abus. ( Cet exemple montre, une fois de plus, que le Pape a eu l'occasion d'approfondir le scandale de Barros ). Saunders a alors qualifié les paroles du Pape de « terribles ». Ici, Saunders a évoqué deux Cardinaux Chiliens — Errázuriz et Ezzati — en contact étroit avec François et qui jouent un rôle clé dans le scandale de Barros » selon les écrits de Müller-Meiningen. Les trois victimes qui ont approché légalement le Diocèse de Santiago, demandant une restitution pour les abus passés, ont inclus dans leur appel à la fois l'ancien et l'actuel Archevêque de Santiago, Errázuriz et Ezzati. Errázuriz avait été l'Archevêque de Santiago de 1998 à 2010.

En septembre 2015, selon Müller-Meiningen, un courrier électronique a été publié dans lequel Errázuriz a insulté Cruz et l'a qualifié de « serpent ». Le journaliste Allemand poursuit en disant que « les deux prélats ont usé de leur influence au Vatican pour empêcher Cruz d'être nommé « membre de la Commission du Vatican sur les abus sexuels ». Les publications de l'ensemble des e-mails ont conduit à des excuses adressées à Cruz, venant du Président de la Commission sur les abus sexuels, le Cardinal Sean O'Malley. « Cependant, » dit Müller-Meiningen, « François avait déjà donné de grands honneurs aux deux Évêques Chiliens ». Errázuriz — avec qui le Cardinal Jorge Bergoglio avait travaillé ensemble en 2007 à la Cinquième Conférence Épiscopale Latino-Américaine d'Aparecida. — « a été appelé plus tard en 2013 par François pour siéger au Conseil des Huit Cardinaux, et Ezzati lui-même, un protégé d'Errázuriz, a été nommé Cardinal par François en 2014 ».

Comme Cruz l'a alors déclaré : « Pour nous, ces nominations étaient comme un coup de pied au visage par le Pape en personne ». Errázuriz était au courant des accusations portées contre Karadima depuis 2003, mais n'a réagi que lorsque le Vatican lui-même a commencé sa propre enquête, selon Müller-Meiningen. « Ezzati aurait également couvert ces abuseurs dans son clergé » affirme Cruz. Cruz affirme tel que cité par le journaliste : « Le Pape continue de se tenir aux côtés des agresseurs et de ceux qui les couvrent ».

Comme l'ont observé certains de mes collègues en Europe, il semble que le Pape François accorde sa loyauté envers ses amis pour le bien commun de l'Église et certainement au-dessus du bien commun des victimes d'abus.

À la lumière de ces rapports vraiment percutants et douloureux, considérons donc ce que notre collègue à Rome, Marco Tosatti, a à dire à ce sujet. Dans une publication d’un article en date du 10 mars sur son propre blog, Stilum curiae, il parle de ce que tous les amis de François ont en commun. À propos de la lettre mentionnée ci-dessus par le Cardinal Errazuriz, Tosatti commente comme suit ( avec l'aimable autorisation de Giuseppe Pellegrino) :

Le Cardinal Chilien Javier Errázuriz Ossa a écrit une lettre aux Évêques Latino-Américains pour leur expliquer que la visite de François au Chili n'était pas un échec mais était « très positive ». Il n'acceptait aucune responsabilité pour le scandale du prêtre-abuseur Karadima ou pour l'Évêque Barros, nommé Évêque d'Osorno par le Pape malgré les protestations et les accusations de ceux qui ont été abusés. Et tout ceci malgré le fait que l'ex-Archevêque de Santiago avait négligé l'affaire et déclaré qu'il ne croyait pas les victimes. Errázuriz a accusé dans sa lettre les victimes à chercher à profiter de la protestation et a déclaré que les accusations étaient des calomnies, faites dans le but d'intenter un procès civil contre le Diocèse de Santiago. « Errázuriz cherche à confondre les choses et à créer une distraction pour éviter sa responsabilité pour sa dissimulation et pour sa mauvaise gestion de l'Église Chilienne qui a conduit au désastre dans lequel nous nous trouvons. Le problème n'est pas l'argent » a déclaré Juan Carols Cruz, l'une des victimes, dans une interview avec l'AP [ Associated Press ].

Tosatti fait ici un bon résumé et une description du modus operandi du Cardinal Errázuriz. Il demande ensuite ce que tout cela a à voir avec l'Archevêque Vincenzo Paglia et sa récente défense scandaleuse de la décision Britannique de tuer un autre bébé gravement malade en Angleterre. Il dit :

« Tout. Parce que Errázuriz est l'un des grands amis et conseillers du Pape : c'est-à-dire, tout comme le Cardinal Mahony, ex-Archevêque de Los Angeles, a dû démissionner à cause de sa mauvaise gestion des cas d'abus : tout comme le Cardinal Danneels de Malines-Bruxelles, qui a été limogé pour avoir couvert un Évêque abusif : tout comme le Cardinal Murphy-O'Connor, contre lequel une enquête a été ouverte, à cause de laïcs qui l'ont dénoncé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour sa mauvaise gestion des cas d’abus sexuels— dont le résultat, et comment c’était alors à huis clos, il serait intéressant, si l'ex-Préfet de la Congrégation [ pour la Doctrine de la Foi ], le Cardinal Gerhard Müller, parlait lui-même ».

Et qu'est-ce que tous ces Cardinaux ont en commun ? Tosatti se le demande et se répond :

« Maintenant, la seule chose que toutes ces personnes ont en commun est qu'elles sont des conseillers et des électeurs [ papaux ] — au moment du Conclave — qui sont dans le cercle intime du Pape ; il semble que le Pape ait une prédilection pour les gens avec un « passé ».

Ici, Tosatti signifie « un passé qui n'est pas vraiment glorieux ». Ici, il mentionne Monseigneur Ricca, « nommé le Prélat en Chef de l'Institut pour les Ordres Religieux, ou comme Monseigneur Paglia, Archevêque de Terni, duquel on se souviendra, à part la fresque érotique et de l'homosexuel avec un zucchetto [ petite calotte ] sur la tête, pour la situation désastreuse qu'il a laissée derrière lui, d'où il a été libéré rapidement et au bon moment pour retourner travailler au Vatican à Saint Calliste ». Tosatti conclut son message incisif — et nous finirons aussi par ses paroles :

« Et la liste pourrait continuer, et elle n'est certainement pas courte. Le Pape se vante d'avoir une bonne mémoire et de l'avoir toujours eue. Sûrement dans la gestion d'un gouvernement, les gens avec un passé présentent des avantages, au moins de gratitude, envers un souverain si magnanime. Mais ils ne donnent pas toujours les garanties d'être adéquats pour la tâche à laquelle ils sont appelés. La fidélité aveugle et la compétence ne sont pas synonymes. Au contraire.