vendredi 9 mars 2018

Le Cardinal Zen sur la proposition du Vatican et de la Chine :

« Aucun accord est préférable à un mauvais accord »


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S'exprimant avec Raymond Arroyo, l’animateur de l’émission World Over d’EWTN, le Cardinal Chinois a déclaré que les récentes politiques du Vatican ont affaibli l'Église locale.



Par : CNA / EWTN NOUVELLES
Le 9 mars 2018

SOURCE : National Catholic Register

HONG KONG, Chine — Les efforts déployés par les diplomates du Vatican pour parvenir à un accord avec le gouvernement Chinois transformeront les Évêques en officiels du gouvernement qui ne peuvent pas correctement guider leur troupeau, a dit le Cardinal Joseph Zen.

« Aucun accord est préférable à un mauvais accord » a déclaré le Cardinal à Raymond Arroyo,.

Le Cardinal a déclaré que ces dernières années, la politique du Vatican a laissé l'Église en Chine « beaucoup plus affaiblie qu'avant ». Cela nuit au pouvoir de négociation, car « d'une position faible, on ne peut rien négocier », a-t-il déclaré.

L'Église Catholique en Chine est divisée en une Église « clandestine » illégale, qui reste fidèle et en communion avec Rome et l'Association Patriotique Catholique Chinoise, dont les Évêques sont nommés par le gouvernement. Les membres de l'Église clandestine sont souvent persécutés par le gouvernement Chinois.

Selon le Cardinal Zen, le Saint-Siège tolère un mauvais comportement de la part de l'Église officielle et des Évêques ordonnés illicitement.

« Ils sont arrogants, ils défient le Saint-Siège. Et le Saint-Siège garde le silence » a-t-il dit. « Et puis le Saint-Siège encourage toujours les gens dans la clandestinité ainsi que les bonnes personnes non clandestines à capituler, à faire des compromis. Ils affaiblissent notre Église. C'est une sorte de suicide ».

Le Cardinal Zen est l'un des deux Évêques Émérites de Hong Kong. Le Cardinal John Tong Hon, un autre Évêque à la retraite, a été un peu plus favorable aux changements proposés dans les relations entre le Vatican et la Chine.

Un accord en cours de discussion pourrait légitimé les Évêques de l'Association Patriotique Catholique, exigeant que deux des Évêques de l'Église clandestine prennent leur retraite ou occupent un rôle inférieur en tant qu'Archevêques coadjuteurs de leur diocèse.

Alors que les partisans Catholiques de la proposition la justifient par le fait qu'elle est nécessaire afin d’aider à préserver la hiérarchie en Chine, le Cardinal Zen a invoqué l'exemple de l'Europe Centrale sous le Communisme. De tels accords évitent de nommer des Évêques qui s'opposent systématiquement au gouvernement mais, a-t-il soutenu, cela signifie choisir des opportunistes qui obéissent au gouvernement.

« Ils sont plus des fonctionnaires du gouvernement que des bergers du troupeau » a déclaré le Cardinal. « Les gens peuvent ne pas le réaliser immédiatement, mais tôt ou tard ils voient. Et alors, comment peuvent-ils croire à l'Église ? »

Quand un accord secret du Vatican avec le gouvernement Communiste Hongrois a été révélé plus tard, a dit le Cardinal, on a vu qu'il avait été convenu que tous les prêtres qui critiquaient le gouvernement seraient dénoncés à l'Église pour des raisons de discipline.

« Ce fut une collaboration à l'avantage du gouvernement, et très peu pour l'Église » a-t-il dit.

Critique du Cardinal Parolin

Dans ses déclarations précédentes, il a reproché aux conseillers du Pape d'avoir accepté une solution « Ostpolitik » accommodante de l'époque de la guerre froide. Il a notamment critiqué le Secrétaire d'État du Vatican, le Cardinal Pietro Parolin ; Zen affirme que Parolin a appris cette manière de pensée de la part de son prédécesseur, le Cardinal Agostino Casaroli, qui a joué le même rôle durant la première décennie du Pontificat de Saint Jean-Paul II.

Récemment, les sept Évêques illicites ont envoyé une lettre au Vatican demandant la poursuite de la restauration de la pleine communion, mais cela ne doit pas nécessairement être cru, a déclaré le Cardinal Zen à EWTN.

« Tous ces Évêques sont entre les mains du gouvernement. Comment pouvez-vous croire en leur véritable repentir ? » a-t-il demandé. Alors que l'Église est toujours prête à pardonner et à absoudre leur excommunication, il y a d'autres problèmes.

« Comment pouvez-vous les reconnaître pour être des Évêques ? Pour être des bergers du troupeau ? Pour former les gens à obéir, à respecter, ces gens, comment pouvez-vous faire cela ? » a demandé le Cardinal.

Une telle démarche ferait apparaître que ces Évêques ont été pardonnés à cause de la pression du gouvernement, pas parce que le Saint-Siège croit en leur sincère repentance.

« Je pense que ce qui va arriver sera une tragédie, une vraie tragédie » a-t-il dit, estimant que l'accord proposé était une « trahison de la Foi ».

Environ 60 Évêques Chinois sont reconnus à la fois par le Vatican et le gouvernement Chinois, tandis que 30 autres Évêques sont reconnus seulement par l'Église Catholique.

Le Pape Benoît XVI a reconnu de nombreux Évêques ordonnés pour l'Église gérée par le gouvernement comme étant des « opportunistes » a dit Zen, affirmant que cela est vrai même de beaucoup de ceux ordonnés avec l'approbation du Vatican.

« Ils savent qu'ils doivent compter sur le gouvernement pour faire carrière » a-t-il déclaré.

Arroyo a résumé les détails de la procédure des nominations proposées pour les Évêques, dans laquelle le gouvernement Chinois propose trois candidats d'Évêques pour approbation par le Vatican. Cependant, habituellement, c'est l'inverse d’un tel arrangement. En effet, le Vatican propose trois candidats parmi lesquels le gouvernement peut en choisir un.

« Ils disent que l'autorité du Pape est certaine parce que le dernier mot appartient toujours au Pape. Le problème est quel peut être ce dernier mot ? » a demandé le Cardinal Zen.

En l'absence d'un accord, le gouvernement se sent pressé de faire des compromis et de prêter attention aux choix du Vatican.

« Mais quand vous leur donnez le pouvoir entre leurs mains, ils l'utilisent pleinement » a déclaré le Cardinal. Il s'est demandé si des dispositions pour un veto papal sur les choix du gouvernement seraient efficaces.

Le Pape n'a pas besoin du gouvernement Chinois pour reconnaître quelqu’un officiellement comme chef de l'Église, a suggéré le Cardinal.

« Ils reconnaissent le Pape ! Ils ont peur du Pape ! Mais maintenant, les conseillers du Pape lui conseillent de renoncer à cette autorité » a-t-il dit.

Le Cardinal a insisté sur le fait que le Saint-Siège n'a jamais demandé à un Évêque légitime de démissionner pour faire place à un Évêque excommunié.

Contre ses détracteurs, qui ont dit que le Cardinal a peu d'expérience de la Chine contemporaine, le Cardinal Zen a cité ses sept années d'expérience dans les séminaires officiels de l'Église en Chine de 1989 à 1996.

« D'après mon expérience directe et immédiate, je sais que l'Église est complètement asservie au gouvernement » a-t-il dit, affirmant qu'il est toujours tenu au courant de la situation par des visiteurs discrets.

Image peu claire

Le Cardinal Zen a dit qu'il n'y avait pas une image claire de ce qui va arriver. Alors que les deux Évêques illicites qui pourraient remplacer les Évêques légitimes ont dominé les discussions, il y a cinq autres Évêques illicites. Parmi ceux-ci, a-t-il accusé, deux sont bien connus pour avoir eu une femme et des enfants pendant de nombreuses années, mais leurs défenseurs disent maintenant qu'il n'y a aucune preuve.

Alors qu'il est également affirmé que 30 Évêques légitimes non reconnus par le gouvernement Chinois seront reconnus, le Cardinal Zen a demandé comment ce processus pourrait fonctionner.

« Ils seront autorisés à fonctionner comme des Évêques clandestins ? » a-t-il demandé. « Sûrement pas. Ils les amènent dans la cage ! C'est terrible. Ils vont anéantir l'Église souterraine ».

Les nombreux bons Évêques de l'Église officielle souffrent et se battent, et le gouvernement doit les tolérer.

« Mais maintenant, avec cet arrangement, ils perdent tout espoir d'un avenir meilleur » a déclaré le Cardinal Zen.

Le Cardinal a dit que les commentateurs affirment qu'il pousse les gens à être des martyrs même s'il ne prie jamais pour le martyre.

« Mais si Dieu veut que nous donnions un tel témoignage à la Foi, c'est une Grâce, et Il nous donnera la force » a-t-il dit.

Arroyo a demandé l'opinion du Cardinal sur les commentaires très critiqués de Mgr Marcelo Sanchez Sorondo selon lesquels les Chinois réalisent le mieux la Doctrine Sociale de l'Église Catholique.

« S'il vous plaît, laisse-le en paix. Nous n'avons pas à perdre de temps pour en parler ... Cela a fait rire tout le monde, d'accord ? C'est une bonne blague » a répondu Zen.