jeudi 22 mars 2018

L'auteur du « Pape Dictateur » dévoilé y goûte...

Si Henry Sire avait distribué des préservatifs aux pauvres,
il serait toujours dans les Chevaliers de Malte




Par : Steve Skojec
Éditorialiste en chef de One Peter Five

Le 22 mars 2018
SOURCE : One Peter Five




Plus tôt cette semaine, il a été révélé que Henry Sire, historien éduqué à Oxford et écrivain du livre « Phoenix from the Ashes » [ Le Phénix des Cendres ], était en fait le pseudonyme de « Marcantonio Colonna », auteur du livre à succès, Le Pape Dictateur.

Environ cinq secondes plus tard, il a été sommairement suspendu de l'Ordre Souverain Militaire de Malte— dont il est un membre de longue date et dont il a écrit deux histoires complètes— pour une prétendue violation de leur Constitution. Leur communiqué de presse se lit comme suit :

L'Ordre de Malte se dissocie du contenu du livre et condamne fermement la vile attaque contre le Pape

Rome 21 mars 2018— Suite aux articles de presse rapportant le nom de l'auteur du livre « Le Pape Dictateur », le Grand Magistère de l'Ordre de Malte a pris la décision de suspendre Henry Sire, auteur du livre et membre de l'Ordre de Malte. La suspension provisoire de l'adhésion a un effet immédiat et une enquête est en cours.

Le contenu du livre « Le Pape Dictateur » ne reflète en aucune façon les positions et les croyances de l'Ordre de Malte et l'auteur ne parle pas au nom de l'Ordre. En particulier, le chapitre sur la crise institutionnelle dans le gouvernance de l'Ordre à la fin de 2016 est basé sur une reconstruction biaisée et unilatérale des événements.

L'Ordre de Malte se dissocie des positions véhiculées et considère le contenu du livre comme une offense grave à Sa Sainteté le Pape François.

Sire a vécu au Palais du Grand Magistère en faisant des recherches pour un livre sur l'histoire de l'Ordre de Malte — Les Chevaliers de Malte : une résurrection moderne — publié en 2016. Il n'a jamais été nommé dans aucun rôle officiel au sein des organes fonctionnels de l'Ordre et avait un contrat de recherche. Il a quitté le Palais du Grand Magistère en mai 2017.

C'est le même Ordre Souverain Militaire de Malte qui a limogé son Grand Chancelier, Albrecht von Boeselager, fin 2016, après qu'une enquête interne eut découvert la distribution de milliers de préservatifs aux pauvres par l'intermédiaire de l'organisation humanitaire Malteser International, sous la direction de Boeselager de 1989-2014. C'était, selon toute apparence, un Ordre Catholique nettoyant sa propre maison d'un membre influent qui aurait permis des violations directes et flagrantes des enseignements Catholiques.

Excepté que l'homme responsable du renvoi de Boeselager, le Grand Maître Matthew Festing a ensuite été convoqué à une rencontre inattendue avec le Pape François, qui lui a demandé de démissionner sur place ( et d'impliquer le Cardinal Burke qui était le Cardinal Patron de l’Ordre dans le processus). Matthew Festing a acquiescé et, le même jour, sa démission a été acceptée par le Conseil Souverain de l'Ordre — avec l'annulation de ses « décrets établissant les procédures disciplinaires contre Albrecht Boeselager et la suspension de son adhésion à l'Ordre » — Boeselager a été réintégré dans sa fonction du Grand Chancelier.

Si quelqu'un se demandait pourquoi Henry a écrit ce livre sous un pseudonyme, cela devrait être assez évident à ce stade. Un Ordre Militaire Catholique connu pour défendre la Foi et les fidèles pendant mille ans qui tolère une grave violation de l'enseignement doctrinal fondamental concernant les préservatifs, mais apparemment il ne pardonnera pas un livre critique bien documenté et honnête sur le même Pape qui les a vaincus sans jamais tirer un coup de feu.

Même Napoléon, qui a bombardé Malte et exilé les Chevaliers en 1798, n'aurait pas pu aussi bien s’en tirer.

MISE À JOUR : À peine avais-je publié cet article que j'ai été informé que Christopher Lamb du journal et site « The Tablet » avait publié une histoire personnelle sur le sujet. Lamb — qui a tweeté des piques au sujet de Sire ce matin — avait, si ma mémoire est bonne, publié en exclusivité régulièrement des articles sur ce que j'appellerais la « crise » chez les Chevaliers de Malte ( qu’il appelait la « réforme » ) au fur et à mesure qu’elle se déroulait, me laissant croire qu'il avait une source interne très bien placée. Dans son article aujourd'hui, il administre des coups prévisibles comme ceux-ci à l’égard de Sire et Festing, en lançant des messages à double sens :

M. Sire a écrit une demi-douzaine de livres d'histoire dont un sur la Tradition Catholique où il décrit le Concile Vatican II comme une « trahison de la Foi de l'Église » qui doit être « inversée » et soutient le groupe Traditionaliste, la Société de Saint Pie X.

Sorti en ligne à la fin de l'année dernière et publié sous un pseudonyme, « Le Pape Dictateur » est très critique envers les actions de François suite à la bataille publique entre l'Ordre de Malte — alors dirigé par Fra Matthew — et le Vatican.

Ce conflit, qui a eu lieu de la fin de 2016 jusqu'au début de 2017, a éclaté au cours de la distribution des préservatifs, mais est devenu une guerre par procuration entre le Pape et les opposants à son pontificat.

Dans « Le Pape Dictateur », M. Sire décrit Fra Matthew comme un « Traditionaliste pur et dur, en termes doctrinaux et liturgiques ». L'ancien Grand Maître a démissionné à la demande du Pape, ouvrant ainsi la voie à une réforme.

Un porte-parole a souligné que l'Ordre conteste la description de M. Sire sur la dispute de 2016-2917 et a indiqué que le Conseil d'administration des Chevaliers, le Conseil Souverain, avait maintenant décidé de suspendre son adhésion.

Le démarche contre M. Sire, à laquelle il peut faire appel, est dû à une prétendue violation de l'article 2, paragraphe 1, de la Constitution de l'Ordre qui déclare que la mission de l'Ordre est le « service à la Foi et au Saint-Père ».

[...]

L'opposition à François de la part de certains Chevaliers et de leurs partisans semble enracinée dans une vision de l'Église qui conteste Vatican II qui fut le rassemblement des Évêques de 1962-1965 qui a établi le modèle du Catholicisme contemporain. Une église de style forteresse, avec de hautes liturgies, une direction de style monarchique et l'amplification du dogme et de la doctrine est le modèle qu'ils semblent vouloir poursuivre.

En revanche, le Pape Argentin a aligné son pontificat sur la vision du Concile Vatican II et a adopté une approche plus personnaliste, instinctive et populiste pour gouverner l'Église.

Le livre de M. Sire, « Le Phénix des cendres : la fabrication, le démantèlement et la restauration de la Tradition Catholique » fait ressortir le Haut Moyen Âge (1000-1250) comme une période dorée qui soutient qu'« aucun temps de fluorescence ne peut lui être comparé ». Né en 1949 à Barcelone d'une famille d'ascendance Française, il ne se passionne pas pour les périodes récentes de l'histoire de l'Église.

Dans « Le Phénix des Cendres », il rejette les réformes liturgiques de Vatican II en affirmant qu'il n'y a « aucune obligation pour un prêtre d'utiliser le Missel de Paul VI pour une célébration » et la seule liturgie qui a un « droit universel » dans l'Église est celle promulguée par le Pape Saint Pie V (1504-72).

« La Messe ordinaire aujourd'hui n'est pas l'offrande d'un sacrifice éternel mais une conférence menée par le prêtre et deux ou trois femmes de la classe des bibliothécaires publics » a écrit M. Sire.

Il soutient également que la Fraternité Saint Pie X, qui s'est détachée du Catholicisme pour protester contre les réformes de Vatican II, « a été essentiellement juste » alors que « l'Église officielle a eu tort ». [ Nous soulignons ]

En lisant ce qui précède, je suis déchiré entre des fous rires et l'appréciation de ce qui pourrait être la plus grande approbation du livre et de son auteur à ce jour.