samedi 10 mars 2018

Le Pape François et le cléricalisme


Les gens utilisent des téléphones pour capter le Pape François lors de son audience générale dans la Basilique Saint-Pierre au Vatican le 7 mars. Le Pape a accueilli une foule débordante dans la Basilique après avoir dirigé la grande partie du public dans la salle Paul VI. (Photo CNS / Paul Haring)





par : Christopher R. Altieri
Le 9 janvier 2018

SOURCE : Catholic World Report



Sommaire

En dépit de ses dénonciations répétées et véhémentes du cléricalisme, les remarques plus générales de François sur les laïcs présentent parfois une sorte de chauvinisme clérical.



Le Pape François est un leader populaire et puissamment charismatique. Il a reçu sa part de critique au cours des cinq années qu'il a été au pouvoir, mais les dirigeants populaires et puissamment charismatiques sont des paratonnerres pour la critique. Franchement, une grande partie lui est mal desservie. Bien plus, ces critiques sont soit mal placées, soit mal articulées, même si elles sont raisonnablement fondées. Souvent, la critique du Pape est exprimée en termes déraisonnables même lorsque la plainte elle-même est légitime. Ceci est généralement vrai de la critique à l'encontre des dirigeants à tous les niveaux et, en particulier, de celle qui est dirigée contre les personnes occupant des postes de haute direction. Lorsqu’on est assis dans la grande chaise, on courtise la controverse.

« Hérétique ! » est une accusation favorite des détracteurs du Pape. « Moderniste ! » est une permutation commune de cette accusation.

Pour voir que le Pape François n'est pas un Moderniste, il suffit de regarder pas plus loin que ses avertissements contre les dangers de l'enfer, qui sont certainement plus fréquents que ceux de ses deux prédécesseurs dans l’Office et pourraient déjà être plus nombreux que les avertissements similaires de ses deux prédécesseurs les plus récents combinés. Sa certitude à l'égard de l'inévitable Jugement Divin est déclarée, ses exhortations incessantes à fréquenter le Sacrement de la Pénitence sont passionnées jusqu'à l'enthousiasme et son désir de réforme est en continuité avec la Tradition — incarné dans ses louanges pour l'importance durable du Concile de Trente dans la vie de l'Église — aussi éloquent que négligé.

En termes plus généraux, le Pape François ne semble ni savoir ni se soucier assez de la Doctrine pour être un véritable hérétique. En cela, il est comme la plupart des Évêques de Rome depuis Saint Pierre. Comme eux, il a des gens pour ce genre de choses. On pourrait souhaiter voir le Pape François faire plus, ou mieux utiliser les gens qu'il a pour ce genre de choses, mais c'est une autre question — et il y a eu des signes encourageants ces derniers temps.

Même lorsque les accusations portées contre lui ont été mal placées, mal adaptées ou mal formulées, elles ont souvent été une expression authentique du sentiment que quelque chose ne va pas. Mais quoi, cependant ? Il y a une réponse plutôt banale : le Pape François souffre d'une sorte de tendance rampante au cléricalisme, qui colore plus sa pensée et son comportement que quiconque — surtout François lui-même qui voit justement le cléricalisme comme une maladie dans le corps de l'Église — prendrait soin de l’admettre.

Une partie de cette tendance est discernable dans les remarques concernant des types ou catégories spécifiques de laïcs, par exemple les femmes ou les personnes âgées.

De ses descriptions malheureuses des femmes comme des « fraises sur le gâteau » en relation avec l'effort théologique de l'Église — en toute justice, il a dit que nous avions besoin de plus de fraises — à son emploi du langage qui fait franchement preuve d’âgisme et de sexisme pour décrire les maux de l'Église et de la société, c’est-à-dire « une impression générale de lassitude et de vieillissement, d'une Europe qui est maintenant une « grand-mère » qui n'est plus fertile et vibrante », à ses affronts envers les femmes religieuses qui ressemblent plus à des « demoiselles » ou à des « vieilles filles » qu’à des « mères » qu'elles sont censées être, à ses sarcasmes maladroits sur les pasteurs de paroisses étant sous la jupe de leurs gouvernantes ( qui sont évidemment des femmes ), le Pape a fait mauvaise figure.

Bien sûr, il a parlé à la défense des personnes âgées : de la mémoire de la civilisation et de la mémoire dont ils sont les gardiens — bien que cette conversation soit souvent franchement réductrice et condescendante ; et il a parlé de la nécessité d'une implication accrue des femmes dans le leadership et la prise de décision de l'Église. Dans l'ensemble, cependant, ses pieds ne suivent pas sa bouche. Il a nommé deux femmes à des postes considérés comme des rôles « clés » dans le nouveau Dicastère pour le Laïcat, la Famille et la Vie. La Professeur bioéthicienne Gabriella Gambino et l'avocate canoniste Dr. Linda Ghisoni sont devenues sous-secrétaires du Dicastère en 2017. Pour tout le battage médiatique, elles sont essentiellement des jockeys de bureau glorifiés dans un département sans mission bien définie.

En dépit de ses dénonciations répétées et véhémentes du cléricalisme, les remarques plus générales de François sur les laïcs présentent parfois une sorte de chauvinisme clérical. Si cela est surprenant, peut-être que ce ne devrait pas être le cas. François donne souvent l'impression de se prêcher à lui-même lorsqu'il pige dans son sac de dénigrements et de condamnations caractéristiques.

Son discours d'un « idéal » du Mariage Chrétien, par exemple, qui est impossible de maintenir dans la pratique, témoigne d'une attitude de suffisance cléricale, sinon de supériorité.

« La tiédeur, toute forme de relativisme, ou un respect excessif quand il s’agit de le proposer, seraient un manque de fidélité à l’Évangile et également un manque d’amour de l’Église » écrit le Pape François au paragraphe 307 de son Exhortation Apostolique Synodale, Amoris Laetitia. « Comprendre les situations exceptionnelles », continue-t-il, « n’implique jamais d’occulter la lumière de l’idéal dans son intégralité ni de proposer moins que ce que Jésus offre à l’être humain ».

Le problème ici n'est pas que ce que dit le Pape ne soit pas vrai en autant que ça va. Le problème est que les promesses qui sont constitutives du Mariage en tant que telles ne sont pas un idéal ou même une image faible : elles sont la base et le minimum auxquelles on s'engage publiquement à contracter un mariage. En fait, le Pape François semble souvent penser que les laïcs sont incapables d'accomplir des actes de Foi les plus élémentaires — la Foi publique sur laquelle repose le don et l’accueil des vœux, et non la Foi surnaturelle qui donne aux Chrétiens l'aperçu de la vie intérieure de la Trinité et qui travaille sous l'impulsion de la charité pour l'émuler dans leurs vies.

« La culture du provisoire », a déclaré le Pape François aux participants à la Convention Ecclésiale du Diocèse de Rome, le 16 juin 2016, dans un de ses moments spontanés : « C’est pour cela qu’une partie de nos mariages sacramentels sont nuls, car ils [les époux] disent : « Oui, pour toute la vie », mais ils ne savent pas ce qu’ils disent, car ils ont une autre culture ».

Pour que le malentendu spécifique présenté par le Pape François puisse invalider un consentement conjugal, l'une des parties contractantes doit soit ignorer complètement la notion même de permanence, soit exclure la permanence par un acte positif de la volonté : non seulement comprendre ce que « permanent » signifie existentiellement, mais n'avoir aucune idée de ce que le mot « permanent » signifie même ; ou vraiment et positivement signifier de ne pas contracter une obligation permanente, même si l'on articule les paroles par lesquelles on en contracte un.

Pour dire les choses franchement, si le Pape François comprend la mécanique du consentement, alors il croit que la majorité des Chrétiens dans des mariages théoriquement valides sont soit des idiots, soit des menteurs. On dirait plutôt qu'il s'est trompé encore plus gravement que ne le voudrait la transcription officielle de Gerorge Orwell qui aurait souhaité de l’événement que l’on remplace le terme « majorité » par celui d’« une partie », ou bien il ne comprend pas simplement la mécanique.

Il a continué dans ces mêmes remarques spontanées à dire, en ce qui concerne les personnes qu'il a rencontrées, qui cohabitent ou au moins qui vivent dans des situations canoniques irrégulières : « Pourtant, je dois dire que j’ai vraiment vu une grande fidélité dans ces concubinages, une grande fidélité; et je suis certain que c’est un véritable mariage, ils ont la grâce du mariage, précisément en raison de la fidélité qu’ils vivent ».

La partie au sujet de la grande majorité des unions supposément « sacramentelles » qui seraient nulles mérite un temps d’arrêt, mais ça ne devrait pas être profondément choquant d'apprendre qu'un clerc grognon dans les tranchées pastorales était flou sur ce point, même si le clerc grognon en question était l'Évêque de Rome. On pourrait même dire : « Surtout si le clerc en question était l'Évêque de Rome. » Cependant, le Mariage n'est pas tant une question de Doctrine, mais une question de droit — une question de droit — créée par des promesses publiques, la mise en vigueur efficace de ce qui ne nécessite pas des connaissances ni une formation particulière, mais seulement la capacité de donner sa parole.

Le Pape François semble penser que la plupart des laïcs sont pour la plupart incapables de cela. C'est, encore une fois, décevant. Ce n'est pas surprenant. C’était irritant, cependant, d'entendre le Pape François dire que les couples en concubinage ont la grâce du Mariage. Les gens qui vivent dans le concubinage ne sont ni meilleurs ni pires que les autres, et le Seigneur répand sans doute des grâces abondantes sur eux bien que ce ne soit pas les grâces du Mariage. Selon le Pape François, cependant, ma femme n'est probablement pas ma femme, mais ma concubine ; tandis que la concubine d'un autre homme est vraiment sa femme.

Ensuite, il y a la volonté du Pape François de croire les Évêques plus que les laïcs en matière de sécurité des enfants et de justice : une volonté incarnée dans ses propres paroles aux pèlerins en marge de l'audience générale hebdomadaire de mai 2015. « [L'église d'Osorno] a perdu sa liberté » a déclaré le Pape François, « en laissant sa tête être remplie de [ paroles ] des politiciens, accusant un Évêque sans aucune preuve, après 20 ans d'être un Évêque ». François a précisé, en disant : « [L'église] Osorno souffre, parce qu'elle est stupide, parce qu'elle n'ouvre pas son cœur à ce que Dieu dit et elle se laisse emporter par les idioties que tous ces gens disent ».

Il a également dit : « La seule accusation contre cet Évêque a été [ rejetée ] par le tribunal judiciaire ». Ce n'est pas tout à fait exact. En tout cas, son conseil aux fidèles était : « Pensez avec votre tête et ne soyez pas menés par le bout du nez par tous les Gauchistes, qui sont ceux qui ont ficelé le [ scandale ] ensemble », c'est-à-dire qui ont orchestré toute l'affaire. Même si les Gauchistes utilisaient la presse pour fabriquer des rumeurs, il s'avéra qu'il n’y avait pas de fumée sans feu. De même, la façon dont les rythmes du Saint-Père s’harmonisent avec ceux des Cardinaux de Santiago, Françoisco Errázuriz et Ricardo Ezzati, suggère que si certains des fidèles d'Osorno étaient menés par le bout du nez, ils n'étaient pas les seuls.

Que le Pape, après une pression publique intense et soutenue, ait finalement jugé bon d'envoyer son homme clé sur l'affaire, ne change rien à sa position par défaut, qui est celle que la parole des hauts dignitaires dont la peau est en jeu vaut plus que celle des laïques et plus que sa propre cour qui a cru les laïques quand elle a condamné le prêtre qui les a maltraités.

Le Pape François peut parfois bien parler, mais le moment venu, le mieux que l'on puisse dire pour lui est qu'il est à peu près le même que tous les autres, certainement pas mieux, et peut-être même pire.