vendredi 16 mars 2018

Tribune libre

Les six principes de la pénitence
selon Saint Thomas d'Aquin



Par Veronica A. Arntz
Le 16 mars 2018
SOURCE : Rorate Caeli





Dans Summa Theologiae III, q. 85, a. 5, Saint Thomas d'Aquin écrit qu'il y a six principes de pénitence. Ces principes de pénitence, d'après Saint Thomas, sont les « actes par lesquels nous coopérons avec Dieu dans la pénitence » ( III, q.85, a.5, corpus ). De réfléchir à ces principes pendant la période du Carême peut nous être utile lorsque nous nous préparons au Saint-Triduum.

Comment avons-nous utilisé notre temps pendant ce Carême ? Avons-nous été vraiment désolés pour nos péchés, ou perdons-nous notre temps à poursuivre des fins et des buts mondains ? Avec quelle diligence nous sommes-nous purgés des attachements terrestres, des mauvaises habitudes et des comportements pécheurs ? Avons-nous essayé de nous rapprocher de Dieu dans la prière ? Telles sont les questions à se poser lorsque nous lisons et réfléchissons sur les six principes proposés par Saint Thomas.

D'abord, une note sur la pénitence en général : dans I-II, q. 113, a. 5, Thomas écrit que le chagrin est un signe d'amour. La pénitence est le chagrin de nos péchés ; nous nous repentons du mal que nous avons commis, et nous nous engageons à ne plus commettre les mêmes péchés. Ainsi, quand nous sommes chagrinés au sujet de nos péchés, nous devrions finalement être chagrinés parce que nous offensons Dieu qui est Amour, qui nous a tant aimés qu'Il a souffert et est mort pour nous sur la Croix.

Comme nous le verrons plus loin, nous avons parfois une pénitence imparfaite dans laquelle nous ne sommes désolés que pour nos péchés parce que nous craignons la punition de l'Enfer. La perfection de notre pénitence, cependant, devrait être de ressentir du chagrin d’offenser le Dieu de l'Univers, qui nous a créés par Son infinie bonté et amour, et que nous aimons en retour de tout notre cœur.

Le premier principe de pénitence selon Saint Thomas est l'opération de Dieu qui tourne nos coeurs vers Lui. D'Aquin cite Les Lamentations 5 :21 : « Ramène-nous à Toi, Seigneur,
pour que nous revenions vraiment à Toi ! » Ce principe nous rappelle que Dieu lui-même nous appelle toujours à la pénitence et à une conversion plus profonde ; cet appel est toujours une grâce qui nous est accordée par la miséricorde de Dieu.

Nous sommes reconvertis à Dieu seulement parce qu'Il nous offre d'abord une offre par Sa grâce : comme l'explique l'Écriture citée ci-dessus, nous demandons l'invitation de Dieu afin que nous puissions être convertis. De cette façon, l'acte de conversion a toujours un commencement Divin, parce que Dieu est toujours Celui qui nous attire à Lui.

Le deuxième principe est un acte de foi. Une fois que nous sommes retournés à Dieu par Sa grâce, nous devons faire un acte de foi en Sa puissance pour nous sauver de nos péchés. Nous devons exprimer notre foi que Jésus a réellement souffert, qu'Il est mort et qu'Il est ressuscité pour nous le troisième jour. En effet, notre chute dans le péché est précisément un acte contre la foi, parce que nous ne nous sommes pas confiés à l'amour rédempteur de Dieu, et nous avons nié la puissance du Mystère Pascal. En un mot, notre péché fut un coup de fouet de plus pendant la flagellation de Jésus, un martèlement de plus du clou dans le bois de la croix.

Ainsi, une fois que nous faisons un acte de foi, nous ne pouvons plus nous accrocher à nos idoles du péché, parce que nous avons professé que Dieu lui-même est le seul qui mérite notre adoration et notre amour. L'acte de foi est donc double : nous devons professer notre foi que Dieu nous rachètera de nos péchés, et nous devons nier les idoles que nous avons faites du péché parce que nous nous sommes engagés à retourner à Dieu.

Le troisième principe de la pénitence est un mouvement de crainte servile par lequel l'homme est retiré du péché par crainte de la punition. C'est la voie des débutants dans la vie spirituelle selon les grands auteurs spirituels. Ceux qui commencent à se repentir de leurs péchés par peur du châtiment de l'Enfer ; ainsi, il y a encore un mouvement de l'âme vers Dieu, mais seulement par peur, pas par amour. Nous devons cependant nous réjouir d'un tel mouvement, car même si c'est par peur, nous retournons toujours au Seigneur après avoir vécu dans le péché. Ceux qui sont avancés ne connaîtront pas ce principe de pénitence parce qu'ils ont dépassé le repentir dû à la peur.

Le quatrième principe de la pénitence est le mouvement de l'espérance par lequel l'homme se propose fermement de s’amender dans l'espoir d'obtenir le pardon pour son péché. Ce mouvement est lié au mouvement de la foi. Une part de notre peine pour nos péchés est d'avoir l'espoir que Dieu offrira le pardon ; nous devons croire et faire confiance à ce qu'il dit dans les Écritures. En effet, à plusieurs reprises, Dieu dit qu'il aura pitié de ceux qui reviennent à lui avec un cœur contrit.

Cette espérance est magnifiquement exprimée dans le Psaume 51 dans lequel David plaide que Dieu peut avoir pitié de lui parce qu'il est vraiment désolé pour ses péchés et qu’il possède un cœur contrit. David exprime son espoir dans la miséricorde de Dieu, qu'il lui offrira le pardon malgré la nature horrible de son péché. En effet, c'est pourquoi ce principe est enraciné dans l'espérance. Dieu n'a pas besoin de nous et Il n'a certainement aucune raison de nous pardonner nos péchés — un péché contre un Créateur infini mérite une punition infinie. Néanmoins, nous espérons dans l'amour éternel et la miséricorde de Dieu pour l'humanité, qu'il nous accordera toujours son pardon, même si nous ne le méritons absolument pas.

Le cinquième principe de la pénitence est le mouvement de la charité, par lequel le péché est devenu déplaisant pour l'homme, et il est repentant pour l'amour de lui-même, pas par peur du châtiment. À ce niveau, l'homme est repoussé à l'idée du péché, et à cause de cela, il se tourne vers Dieu dans la repentance. Ce n'est pas encore la voie parfaite, parce qu'il n'a pas encore pleinement aimé Dieu. Néanmoins, il a parcouru un long chemin dans la vie spirituelle parce qu'il confesse ses péchés, sachant que chacun est mal, sans craindre la punition qu'ils pourraient apporter. Il confesse ses péchés parce qu'il sait qu'ils ont offensé son Dieu, qu'il aime profondément et qui l'aime infiniment en retour.

Le sixième et dernier principe énuméré par Thomas d'Aquin est le mouvement de la peur filiale, à travers lequel l'homme, de son propre gré, offre de s’amender devant Dieu par crainte de Lui. Notez que ce principe n'est pas comme le troisième. Cet homme est animé de la « peur filiale », ce qui signifie qu'il aime Dieu et désolé de L'avoir offensé.

Il offre de s’amender devant Dieu ; il n'est pas le récepteur passif de la pénitence requise. Cet homme est entré dans la voie avancée de la perfection ; tout le monde est appelé à ce genre de contrition parfaite, mais tous n'atteindront pas ce niveau. À ce niveau, l'homme voit vraiment la dette infinie causée par son péché, et il n'est plus désolé à cause de la peur, mais parce qu'il aime le Dieu infini qui lui a offert la rédemption.

Ces principes peuvent guider et façonner notre pénitence pendant ce carême. Avons-nous encore peur de la punition du péché, ou nous offrons-nous en pénitence à Dieu, qui nous aime infiniment et est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs ? Demandons la grâce d'approcher Dieu par la peur filiale, entièrement par amour pour Lui.

Soyons comme Saint Paul, qui a dit : « En effet, l'amour du Christ nous domine, nous qui avons la certitude qu'un seul est mort pour tous et, donc, que tous ont part à sa mort ». ( 2 Co 5, 14 ). Paul est convaincu que Christ est mort pour lui et, pour cette raison, il endure beaucoup de peines, de souffrances et de douleurs à cause de Lui ( 2 Co 11, 16-33 ).

Que l'amour du Christ nous pousse à nous approcher du Sacrement de la Confession, non pas avec la peur, mais avec le vrai chagrin pour nos péchés, en préparation du Saint-Triduum.