dimanche 25 mars 2018

Document final de la Rencontre des Jeunes du Vatican
sur les femmes, les questions morales, le leadership





Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 24 mars 2018


Vendredi le 24 mars, les 300 jeunes réunis à Rome à l'invitation du Vatican ont publié leur propre document final après une semaine de discussion. Quelque 15 000 jeunes ont contribué aux discussions via des groupes Facebook. Les participants à la réunion — ouverte aux jeunes âgés de 16 à 29 ans — ont été choisis par les Conférences Épiscopales nationales, les institutions Catholiques et le bureau synodal du Vatican.

Ce document sera remis au Pape François demain, le Dimanche des Rameaux, et influencera vraisemblablement les discussions du Synode des Évêques sur la Jeunesse qui auront lieu à l'automne de cette année. Comme il est dit :

« Le document est compris comme un résumé de tous les commentaires de nos participants basés sur le travail de 20 groupes linguistiques et 6 provenant des médias sociaux. Ce sera une source, parmi d'autres, qui contribuera à l'Instrumentum Laboris pour le Synode des Évêques 2018 ».

Comme nous l'apprend ce document final de la réunion pré-synodale, il contient « des réflexions des jeunes du 21e siècle issus de divers milieux religieux et culturels ». Les auteurs déclarent que ce document pourrait être « un indicateur de ce qu'elle [l'Église] a besoin pour aller de l’avant ». Les auteurs vont jusqu'à appeler ce résumé un « compas » :

« Il s'agit de donner aux Évêques une boussole, pointant vers une compréhension plus claire des jeunes : une aide à la navigation pour le prochain Synode des Évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » en octobre 2018 ».

Faisant écho aux propres paroles répétées du Pape François, les jeunes de la rencontre de Rome regrettent lamentablement la dureté de l'Église Catholique, surtout lorsqu'ils écrivent : « L'Église apparaît souvent comme trop sévère et souvent associée à un moralisme excessif. Parfois, dans l'Église, il est difficile de surmonter la logique de « cela a toujours été fait de cette façon ». Nous avons besoin d'une Église accueillante et miséricordieuse [...] ». Ils disent aussi que « nous avons besoin d'inclusion ».

En ce qui concerne la place et la fonction des femmes dans l'Église, les auteurs demandent plus d'influence pour les femmes. Les jeunes peuvent se sentir plus « acceptés », disent-ils, quand « nous cherchons à promouvoir la dignité des femmes, tant dans l'Église que dans la société ». Les jeunes auteurs regrettent que dans la société : « Les femmes n'ont toujours pas la même place. C'est aussi vrai dans l'Église ». Ils ajoutent :

« Une question clé découle de ces réflexions ; quels sont les endroits où les femmes peuvent s'épanouir au sein de l'Église et de la société ? L'Église peut aborder ces problèmes avec une réelle discussion et une ouverture d'esprit à différentes idées et expériences ».

Plus tard dans le document, les auteurs reviennent sur le sujet des femmes. Ils regrettent encore qu'il y ait « un rôle peu clair des femmes dans l'Église. S'il est difficile pour les jeunes de ressentir un sentiment d'appartenance et de leadership dans l'Église, c'est beaucoup plus vrai pour les jeunes femmes ».

En ce qui concerne plusieurs questions morales controversées, les jeunes auteurs se montrent divisés, mais ils indiquent également que les espoirs de changements dans les enseignements de l'Église aient été judicieusement évoqués :

« Il y a souvent de grands désaccords parmi les jeunes, à la fois au sein de l'Église et dans le monde entier, à propos de certains de ses enseignements qui sont particulièrement controversés aujourd'hui. Des exemples de ceux-ci comprennent : la contraception, l'avortement, l'homosexualité, la cohabitation, le mariage, et comment le sacerdoce est perçu dans différentes réalités de l'Église. Ce qu'il est important de noter, c'est que quel que soit leur niveau de compréhension de l'enseignement de l'Église, il y a toujours des désaccords et des discussions continues parmi les jeunes sur ces questions polémiques. En conséquence, ils peuvent vouloir que l'Église change son enseignement ou, au moins, qu'elle ait accès à une meilleure explication et à plus de formation sur ces questions. Même s'il y a un débat interne, les jeunes Catholiques dont les convictions sont en conflit avec l'enseignement officiel désirent toujours faire partie de l'Église. Beaucoup de jeunes Catholiques acceptent ces enseignements et y trouvent une source de joie. Ils désirent que l'Église ne se contente pas de les retenir malgré l'impopularité, mais de les proclamer avec une plus grande profondeur d'enseignement ».

Les auteurs du document final regrettent en outre de ne pas occuper plus de positions dirigeantes au sein de l'Église : « À plusieurs reprises, les jeunes ont du mal à trouver un espace dans l'Église où ils peuvent participer et diriger activement ». Ils vont même plus loin à affirmer :

« L'Église doit impliquer les jeunes dans ses processus de prise de décision et leur offrir plus de rôles de leadership. Ces postes doivent être au niveau paroissial, diocésain, national et international, même sur une commission au Vatican. Nous sentons fortement que nous sommes prêts à être des leaders ».

En parlant de vocations, le document n'évoque pas l'idée que les femmes soient des diacres ni des prêtres.

Ainsi, bien que le document semble beaucoup plus serein que ce que certains observateurs avaient prévu, les entrevues réalisées par certains des jeunes participants — ainsi que la couverture médiatique — pourraient avoir un effet dissolvant.

Andrien Louandre, l'un des jeunes participants de France, vient de donner une interview dans laquelle il a fait l'éloge du Pape François, en particulier sa construction d'une « Église plus ouverte et où la miséricorde est au centre ». Vraiment, cette question d'ouverture est importante, surtout en ce qui concerne les homosexuels ; il faut les intégrer, mais aussi leur donner la permission de vivre leur Foi dans une homosexualité positive ».

Sandro Bucher, un athée de Suisse qui a participé à la rencontre des jeunes, a expliqué dans une interview à Katholisch.de qu'il avait quitté l'Église à l'âge de seize ans parce qu'il était contre l'enseignement de l'Église sur l'homosexualité, le célibat et son rejet de prêtres féminins, entre autres sujets. Il était également opposé à la position de l'Église concernant les divorcés « remariés ».

En regardant des médias plus ostensiblement progressistes, tels que le rapport du National Catholic Reporter d'aujourd'hui, l'appel à changer les enseignements de l'Église sur diverses questions morales a reçu un certain poids.

« Les jeunes abordent les enseignements de l'Église sur le mariage homosexuel et la contraception dans une section du document sur la façon dont les jeunes d'aujourd'hui cherchent un sens à la vie ».

Selon le rapport, « certains jeunes proposent des changements : « En conséquence, ils voudront peut-être que l'Église change son enseignement ou, au moins, ait accès à une meilleure explication et à plus de formation sur ces questions ».

L'auteur de l'article, Joshua McElwee, a également fait quelques remarques sur son compte twitter, en disant : « Un document pré-synodal écrit par 300 jeunes à Rome reconnaît que certains jeunes « voudront peut-être que l'Église change son enseignement » sur des « questions polémiques » telles que la contraception et le mariage homosexuel ».

Comme nous l'avons signalé il y a quelques jours, deux représentantes de l'organisation féministe Voices of Faith — Nicole Perone et Alina Oehler — ont été invitées à participer à cette rencontre de jeunes. Perone elle-même a été invitée à faire partie de l'équipe de rédaction pour le document final de la réunion des jeunes qui sera remis au Pape François demain.

Alina Oehler, dans un commentaire écrit pour le site Web des Évêques Allemands Katholisch.de, explique que « la façon dont les éditeurs individuels [ du document final ] ont été choisis est peu claire ». Elle poursuit en ajoutant : « C'est une impression qui est restée présente pendant toute la rencontre pré-synodale. De nombreux participants avaient été invités à très court terme et ne savaient pas grand-chose sur le contexte ». Dans ce contexte, elle était favorable à un appel dans le document pour qu’il y ait plus de transparence dans l'Église.

Oehler, dans son honnêteté, n'a pas non plus gardé le silence sur le fait que la discussion sur l'inclusion ou non des thèmes de « l'homosexualité et le genre » dans le document final a été « contestée jusqu'à la fin ». Elle-même est « heureuse » que le sujet des femmes est mentionné quatre fois, et ce de manière évidente.

Le proche avenir montrera probablement de quelle manière ce nouveau document de la jeunesse sera utilisé à des fins plus progressistes que ce qui est perceptible à première vue. Il a certainement donné à des individus l'occasion de promouvoir leurs propres points de vue sur ce que l'Église devrait changer afin, en théorie, de faire plaisir au monde des jeunes. Et nous nous rappelons aussi comment il a fallu deux Synodes au Pape François pour atteindre le but qu'il s'était fixé dès le départ en ce qui concerne la question du mariage.