mardi 13 mars 2018

Et Tu, Benoît ?
( Quelques réflexions finales sur Joseph Ratzinger )





Écrit par Hilary White
ex-correspondante à Rome
Le 12 mars 2018
SOURCE : The Remnant



Note de l’Éditeur : dans une lettre datée du 11 mars, signée par Benoît XVI et adressé à Mgr Dario Vigano, Préfet du Secrétariat des Communications, l'ancien Pape, propose une défense passionnée du Pape François contre la prétention qu'il manque de formation théologique et philosophique. En termes non équivoques, cette lettre, portant la signature de Benoît XVI, affirme qu'« il existe une continuité interne entre les deux Pontificats ». Que Benoît ait réellement écrit cette lettre ou non, donne lieu à un certain nombre de questions graves auxquelles il faut répondre de manière assez urgente avant que l'histoire ne ferme son livre sur cette commedia diabolica. Nous remercions la chroniqueuse de Remnant, Hilary White, d'en avoir abordé les sujets les plus pertinents ci-dessous. Michael J. Matt




Récemment, un rédacteur en chef d'un magazine Catholique « conservateur » m'a demandé si je serais intéressée à contribuer à un article sur la démission du Pape Benoît XVI, cinq ans après. J'ai refusé, en lui disant que j'étais moralement certaine que tout ce que j'avais à dire à ce sujet ne serait pas en accord avec sa politique éditoriale. Cela fait cinq ans, et j'ai remarqué qu'il y a beaucoup moins de gens qui parlent de ce que ce fut un acte « courageux » d'abandonner le Pontificat. Les conséquences de cet acte ont été si farfelues — même pour les gens qui sont pour la plupart d'accord avec François — que très peu de gens sont encore prêts à faire des bavardages polis à ce sujet.

En effet, cinq ans après la démission du Pape Benoît XVI, les fidèles Catholiques veulent surtout savoir pourquoi ; pourquoi un Pape — un homme avec des dizaines d'années d'expérience intime et personnelle de la « saleté » à la Curie et dans toute l'Église — a-t-il soudainement décidé de démissionner ? Pourquoi choisirait-il de partir en sachant que sa tâche n'était pas terminée ? À l'époque et depuis ce temps, en particulier à la lumière de ce qui s'est passé, il semble que l'un des aspects les plus bizarres de cette situation tout à fait bizarre soit que les raisons invoquées soient si insignifiantes, si inappropriées, si minimalement disproportionnées.

Ces réponses absurdes à de sérieuses questions graves ont soulevé le soupçon inéluctable que Benoît XVI ne prenait pas la Papauté au sérieux comme nous tous. Nous ne pouvons pas nous empêcher de nous demander si ces réponses banalisées révèlent une faille profonde que nous n'avions jamais soupçonnée auparavant. Aurions-nous pu nous tromper à son sujet ? Et si oui, pourrions-nous nous avoir à ce point trompés ?

Comme raisons, tout ce que nous entendions à l'époque était essentiellement : « Je suis fatigué ». Il y avait une certaine insinuation qu'il ne se sentait plus à l'aise dans les voyages internationaux, ne pouvait donc pas participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse. La banalisation de la démission semblait aller de pair avec le concept moderne du Pape-Pop-Star, quelque chose que nous avions pensé que Benoît était un homme trop sérieux, un Catholique trop sérieux pour se croire ainsi. Tout le monde avait supposé que Benoît XVI prenait la Papauté au sérieux.

Et depuis lors, alors que tous les poisons qui se cachaient depuis cinquante ans dans la boue de la Nouvelle Église sont en train d'éclore, beaucoup de Catholiques veulent savoir pourquoi nous n'entendons rien de lui ? Cet homme que nous avions cru un « champion de l'Orthodoxie », que nous croyions connaître. Erreur, même l’hérésie et le blasphème sortaient tous les jours de la bouche de son successeur qui a littéralement, transformé le Vatican dans un repaire de voleurs, et on entend rien que la déclaration occasionnelle, rédigée avec soin qui affirme que tout va bien et à quel point il est content de sa décision et heureux de sa vie actuelle.

Après trois années de démantèlement systématique de tout ce qu'il avait tenté de faire dans son Pontificat, nous avons lu cela d'un Ratzinger apparemment insouciant qui était adressé à François : « Votre bonté est ma maison et l'endroit où je me sens en sécurité ». Qui que ce soit qui a déjà lu tout ce qu'il a écrit était étonné qu'il était capable de produire une telle baliverne larmoyante, mais la vidéo ne ment pas :


Durée : 2 min 55 sec (anglais)

Ce nouveau ton était si étrange que la spéculation commença à circuler qu'il était sous une sorte de contrainte extérieure, pas libre de dire ce qu'il pensait. Mais ce n'est pas ce que nous voyons. Il est là, manifestement heureux et le lit à haute voix. « Peut-être que ça a été écrit pour lui ». Eh bien, pourquoi le répéter alors ? Pourquoi, s'il a des scrupules, se laisser tromper en de telles occasions, à lire cette propagande flagrante ? Si c'est une tromperie, pourquoi y participer ?

En fait, tous les commentateurs pleins d'espoir sur les blogs et autres médias sociaux qui ne cessent de me dire à quel point ils lui « manquent », n'ont pas réussi à le respecter d'une certaine façon ; ils ne le prendront pas au mot. Certains insistent sur le fait que sa démission était soumise à une forme de coercition et n'est donc pas valide. Mais nous avons plusieurs fois entendu de lui qu'il n'était soumis à aucune contrainte, qu'il avait démissionné librement. Et en effet, loin d'être un « prisonnier du Vatican » isolé, Benoît a reçu de nombreux invités qui, tous, rapportent que, bien que frêle, il semble content et ne prononce jamais un mot de critique. Nous n'avons encore entendu aucun compte-rendu concernant des notes cachées sous un napperon de table de déjeuner suppliant de le sauver.

Il n'y a aucun doute que c'est une situation extrêmement étrange et franchement louche ; quelque chose ne balance pas, c'est vrai. Toutes les questions ont été ignorées, ou ont reçu des réponses comiques, frivoles :

Pourquoi avez-vous démissionné ?

Ratzinger : « J'étais un peu fatigué et je ne me sentais pas prêt à participer à la fête avec les jeunes aux Journées Mondiales de la Jeunesse ».

Si vous n'êtes pas Pape, pourquoi portez-vous toujours du blanc ?

Ratzinger : « Oh, il n'y avait pas de soutane noire qui me faisait ».

Pourquoi continuez-vous à vous appeler Benoît XVI si vous n'êtes plus Pape ?

Ratzinger : « Eh bien, je suis un « Émérite », vous voyez … ».

Et d'où vient cette histoire d’« Émérite » ? A-t-il un précédent dans l'histoire Catholique ? Qu'est-ce que cela signifie canoniquement et doctrinalement ?

Ratzinger : « … ».

Quelle était la foutaise de Ganswein à propos d'un « munus » divisé — avec un membre actif et un « membre contemplatif » ? Cela ne veut-il pas dire qu'il y a deux Papes maintenant ?

Ratzinger : « … ».

Et peut-être le plus angoissant de tous : « Comment pouvez-vous simplement vous asseoir là souriant, émettant des bêtises banales, alors que ce lunatique pousse les brebis au bord d'une falaise ? »

Il y a quelques jours, mon ami Steve Skojec, du site web traditionaliste / restaurateur One Peter Five, a résumé la consternation de ceux d'entre nous qui ressentent encore une affection persistante pour ( l'homme que nous appelions ) le Pape Benoît XVI. Steve rassemble dans ce bref message toute la colère et toute la déception écrasante que la plupart d'entre nous hésitent encore à exprimer à voix haute :

Il y a cinq ans, le Pape Benoît XVI a abdiqué la Papauté. Et, par l’abandon de son devoir de Pasteur de l'Église, il a fait place à la pire Papauté de tous les temps — à laquelle il refuse obstinément de s'opposer en paroles, en actes, ou même en gestes des plus subtils.

Vous pouvez l'aimer pour diverses raisons, vous pouvez le manquer par contre, mais vous ne pouvez pas excuser la responsabilité qu'il a. Il s'est éloigné de sa famille, laissant la porte ouverte à un beau-père abusif, et il regarde ses enfants se faire battre et s’égarer non seulement dans le silence, mais dans un contentement apparent.

Et pourtant, il était le meilleur des Papes post-Conciliaires, c'est pourquoi il est le seul qui ne sera pas canonisé.

Qui est le vrai Joseph Ratzinger ?

Depuis longtemps, des observateurs du Vatican m'ont dit plus d'une fois : « Peut-être que c'est juste qu'il n'était pas ce que nous pensions qu'il était ». Je suppose qu'il y a beaucoup plus que ce que la plupart des gens pourraient imaginer. Je pense que nous avons fait l'erreur de croire la presse. Nous étions ravis que les médias amèrement anti-Catholiques le détestaient et le craignaient. Nous avons omis de nous rappeler qu'ils ne savent rien du Catholicisme.

Ce que les journaux ne nous ont jamais dit, c'est qu'en tant que jeune prêtre et théologien, Joseph Ratzinger était connu comme étant un « Progressiste », comme le terme était compris en 1962. Cette réputation a été cimentée dans son travail de peritus, i.e. conseiller théologique de l'un des plus influents Évêques du camp Progressiste, le Cardinal Josef Frings de Cologne. Frings a atteint la célébrité dans ce grand drame en critiquant la Congrégation pour la Doctrine de la Foi [ CDF ] — et son Préfet le Cardinal Alfredo Ottaviani — pour le « conservatisme » dans les « schémas », ces documents préparés par la CDF pour guider les discussions des Évêques pendant le Concile.

Après ce discours, il y eut un soulèvement parmi les Évêques du comité préparatoire qui exigeaient que les schémas — qui avaient mis des années à être développés — soient abandonnés. Cela fut fait, par-dessus les vaines objections d'Ottaviani, et de nouveaux documents furent rapidement bricolés par une coalition de « Progressistes » Allemands et Français qui se réjouirent d'avoir, en effet, pris le contrôle du Concile à partir de ce moment, avant même d'avoir commencé. [ Note du traducteur : cet épisode est décrit de façon identique par Mgr Lefebvre ].

Il a depuis été révélé que c'était Joseph Ratzinger — le théologien académique « progressiste » non- conformiste que Frings avait emmené à Rome comme son secrétaire — qui a écrit ce discours.

Le Cardinal Henri de Lubac, écrivant en 1985, se rappelant ce drame, a déclaré :

Joseph Ratzinger, expert au Concile, était également le secrétaire privé du Cardinal Frings, Archevêque de Cologne. Aveugle, le vieux Cardinal utilisait largement son secrétaire pour écrire ses interventions. Maintenant, une de ces interventions est devenue mémorable : c'était une critique radicale des méthodes du Saint-Office. Malgré une réponse de Cardinal Ottaviani, Frings a soutenu sa critique. « Il n'est pas exagéré de dire que ce jour-là, le vieux Saint-Office, tel qu'il se présentait à l'époque, fut détruit par Ratzinger en union avec son Archevêque. « Le Cardinal Seper, un homme plein de bonté, a initié la remise à neuf. Ratzinger, qui n'a pas changé, l’a continuée ».

La réputation de Ratzinger en tant que « Progressiste » ne repose pas sur un seul incident et ne s'est pas limitée à ses premiers travaux. C’est passé inaperçu, dans les hurlements concernant sa course à la CDF, qu'il avait écrit, en 1982, un appel pour que l'Église « ne retourne jamais » au Syllabus des Erreurs de Pie IX. Dans son livre « Principes de la Théologie Catholique », Ratzinger a proposé la question « Le Concile devrait-il être révoqué ? » Et, en réponse, il a recommandé le « nivellement des bastions » de l'Église Catholique par rapport au monde moderne :

Le devoir n'est donc pas de supprimer le Concile, mais de découvrir le vrai Concile et de plonger profondément dans ce qu'il veut vraiment à propos de ce qui s'est passé depuis.

Cela implique qu'il n'y a pas de retour possible au Syllabus, qui pourrait bien avoir été un premier pas dans la lutte contre le Libéralisme et le Marxisme naissant, mais qui ne peut pas être le dernier mot. Ni adhérer ni ghettoïser ne peuvent résoudre le problème des [ relations avec ] le monde moderne pour le Chrétien. Par conséquent, le «nivellement des bastions » qu'exigeait déjà Hans Urs von Balthasar en 1952 était en réalité un devoir urgent.

Il lui fallait pour Elle [ l'Église ] niveler les vieux bastions et ne se confier qu’à la protection de la Foi, à la force de la Parole qui est sa force unique, vraie et permanente. Mais niveler les bastions ne peut pas signifier qu'elle n'a plus rien à protéger, ou qu'Elle peut vivre de forces différentes de celles qui l'ont engendrée : l'eau et le sang qui coulait du Côté Ouvert de son Seigneur Crucifié.

C'était la thèse — un pilier de l'idéologie « conservatrice » — que le « vrai » Concile, s'il n'était que correctement appliqué, serait le salut de l'Église et du monde, un thème qu'il n'a jamais délaissé.

Comme cela devait paraître ironique à ceux qui se souvenaient de cette histoire que Ratzinger aurait lui-même reçu le poste qu'il avait « détruit » et gagnerait la réputation générée par les médias comme un « archi-conservateur ». Et ça commence à suggérer une réponse, ou du moins une piste d'enquête, sur la raison pour laquelle si peu a été réellement accompli dans sa longue durée. Avec « l'archi-conservateur » « Rottweiler » Ratzinger à la CDF, pourquoi avons-nous la situation que nous avons aujourd'hui ? Qu'a-t-il fait pour arrêter l'explosion du néo-Modernisme — qui a brûlé comme un feu incontrôlé dans le monde Catholique à travers le règne de Jean-Paul II ?

Qu'est-ce que le « silence » de la CDF de Ratzinger a fait pour empêcher Hans Kung de devenir un « prêtre-théologien » célèbre, courtisé par les médias pour sa haine du Catholicisme ? Kung, qui n'a jamais été retiré du sacerdoce malgré son hérésie manifeste ? Pouvons-nous penser à d'autres noms qui ont été corrigés même à ce degré ? À peine quelques précieux.

Mais nous pouvons certainement penser à beaucoup, beaucoup de ceux qui ont passé leurs vies et leurs vocations à nier et à saper la Foi Catholique — théologiens universitaires, religieux, prêtres, Évêques et Cardinaux du monde entier — sans jamais un mot de protestation de la part de Rome. De plus, le scandaleux paquet de fraudes que nous avons actuellement dans l'épiscopat est entièrement le fruit des pontificats « archi-conservateurs » de Jean-Paul II et de « Rottweiler » Benoît XVI.

Pourquoi avons-nous pensé que Ratzinger, dans ce rôle crucial de Préfet de la CDF, était un rempart de l'Orthodoxie ? Est-ce simplement parce que nous nous sommes éloignés si loin de l'ancienne Foi que nous n'avons plus nous-mêmes une notion réaliste de la Foi pour faire une comparaison, pour porter un jugement objectif ? Le destructeur « Progressiste » d'Ottaviani héritant de son office et de l'épithète « archi-conservateur » ...

En effet, Ratzinger lui-même a soutenu qu'il n'avait jamais changé ses opinions théologiques. Il devait dire que ce sont ses anciens collègues universitaires comme Kung et Kasper qui avaient évolué vers la « Gauche » idéologique après les années 1960 alors qu'il restait en place. Peut-être maintenant, comme une réponse qui correspond à nos pièces de puzzle apparemment contradictoires, nous pouvons enfin accepter sa parole à ce sujet. Peut-être que le monde de la théologie académique Catholique était devenu si corrompu qu'un homme appelé « Progressiste » en 1963, mais dont les idées restaient les mêmes, ressemblerait à un « champion de l'Orthodoxie Catholique Traditionnelle » en 2005.

Est-ce pourquoi il a démissionné ? Est-ce simplement que sa conception de l'Église, de la Papauté, n'a jamais été ce que les Catholiques croyaient à ce sujet ? Peut-être une allusion de réponse nous vient de La Stampa en 2015 qui a publié certains des mémoires de Silvano Fausti, SJ, qui avait été confesseur et guide spirituel du Cardinal Carlo Maria Martini, le parrain de l'Église Catholique « Libérale » Européenne, et allégué chef de la « Mafia de la Saint Gall » que le Cardinal Danneels a admis qu’elle avait conspiré pendant des années contre le Pape Benoît.

Fausti a dit que Benoît a rencontré Martini au Palais des Évêques de Milan en juin 2012. Martini, a déclaré Fausti, a exhorté Benoît à démissionner de la Papauté. Apparemment au moment de son élection en 2005, Martini avait déclaré que ce serait sa tâche principale de réformer la Curie. En 2012, cela s'est avéré impossible.

Pourquoi Benoît prendrait-il conseil auprès d'un homme comme Martini — le « parrain » de « l'aile libérale » du Catholicisme Européen ? Je pense que la question ne se poserait même pas à un homme comme Ratzinger. Ils étaient des collègues universitaires estimés. Ils étaient frères de l'épiscopat. Ils étaient membres du club. Toute apparence de division idéologique entre eux était, en substance, un produit du récit des médias. Pourquoi le Pape ne prendrait-il pas les conseils de son Cardinal le plus respecté et le plus éminent ?

Pourquoi Walter Kasper est-il un Cardinal ?

L'une des plus importantes pièces de ce puzzle est l'incapacité apparente de ces prélats « Conservateurs » de détecter, et encore moins de s'opposer efficacement, à ces ennemis effrontés de la Foi au sein de l'épiscopat et du Collège des Cardinaux. Il mendie la croyance des gens ordinaires que, après tant d'années passées à les entendre et à les lire, Ratzinger resterait en bons termes avec des hommes comme Walter Kasper et Carlo Maria Martini, les présumés cerveaux de la « Mafia de la Saint Gall ».

Quand, à son premier discours à l’Angelus en 2013, le Pape François a dit à la foule combien il aimait l'écriture de Walter Kasper, beaucoup d'entre nous qui avaient passé des années à observer le Vatican ont commencé à comprendre où nous allions avec le nouveau Pape. Jorge Bergoglio était peut-être inconnu du grand monde Catholique, mais Walter Kasper était un hérétique célèbre, le leader de l'aile « ultra-libérale » de l'Église post-Vatican II.

Dans un article sur le travail de la vie du Cardinal, Thomas Jansen, le rédacteur en chef de Katholisch.de, a récemment noté que Walter Kasper n'aurait pas pu faire de tort sans l'aide directe de Jean-Paul II et du Pape Benoît XVI. La débâcle monstrueuse d'Amoris Laetitia est autant l'œuvre de Kasper que celle de Bergoglio. C'est un homme qui, depuis 40 ans, ne s’est jamais troublé de cacher ses opinions hétérodoxes et a consacré une grande partie de sa vie à une campagne pour aboutir précisément à ce résultat.

Jansen souligne que Kasper avait déjà essayé de faire émerger la même proposition de communion pour les divorcés remariés en 1993, avec Karl Lehmann, un autre membre de « Mafia de la Saint Gall ». Cela a été arrêté par Ratzinger et la CDF.

Mais cela soulève la question suivante ; si Ratzinger savait si bien quel genre de créature Kasper était, pourquoi n'était-ce pas la prochaine étape de le faire sortir de l'épiscopat sur ses oreilles ? Pourquoi n'a-t-il pas — à tout le moins — reçu le même traitement du « silence » que Kung ? Kasper s’est récemment présenté à nouveau devant les médias pour se plaindre d'être appelé un hérétique. Mais c'est une simple vérité : il est un hérétique. Tout le monde sait qu'il est un hérétique parce que nous l'avons entendu claironner ses hérésies flagrantes sur tous les toits qu'il pouvait trouver depuis des décennies.

Après avoir ouvertement travaillé contre la Foi, au lieu d'être rétrogradé, réduit au silence, laïcisé et / ou excommunié, Jean-Paul II l'a fait Cardinal. Rappelez-vous que son plan d’« Amoris-Latitia-iser » l’Église a été arrêté par la CDF de Ratzinger en 1993. Mais il n'a pas été rétrogradé, réprimandé ou corrigé de quelque façon que ce soit. Il n'a pas non plus été retiré des lieux d'influence. Loin de là. En 1994 Kasper a été intégré dans la Curie du Vatican en étant nommé co-Président de la Commission Internationale pour le Dialogue Luthérien-Catholique. En 1999, il a fait un autre pas en avant en étant nommé Secrétaire du Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens, l’office « œcuménique » où son indifférentisme religieux manifeste avait les mains libres. En 2001, il a été nommé Cardinal-diacre avec la responsabilité impressionnante de voter dans un Conclave.

Puis Benoît lui a permis de rester Cardinal. Et, comme pour ajouter une touche finale au gâteau empoisonné qui est l'implication de Ratzinger dans la création du Nouveau Paradigme Catholique, on dit que Benoît a délibérément chronométré sa démission afin de permettre à son ancien collègue universitaire de participer à l'édition 2013 Conclave.

Comme Jansen l'a souligné, et Maike Hickson l’a cité dans un article pour One Peter Five :

Le Cardinal Kasper a même à peine pu atteindre le dernier Conclave, parce qu'il venait d'avoir 80 ans. Mais comme la date de la mort ( ou de l'abdication, comme ce fut le cas en 2013 ) du Pape est décisive, il a toujours pu assister et voter à cette élection. ( Comme certains observateurs l'ont noté, c'était un geste généreux envers le Cardinal Kasper que le Pape Benoît XVI avait décidé de prendre sa retraite en temps voulu )

Excusez-moi Maike, mais je ne pense pas que ce soit un simple problème entre parenthèses. Est-il étonnant que tant de Catholiques soient devenus mécontents ?

Cardinal Ratzinger, Pape « Émérite » Benoît — peu importe comment vous voulez vous appeler — j'ai une question à laquelle j'aimerais vraiment que vous répondiez : pourquoi cet homme est-il toujours un Cardinal ? Pourquoi est-il encore un Évêque ? Pourquoi est-il encore autorisé à s'appeler « théologien Catholique » ? Pourquoi avez-vous, apparemment délibérément, veillé à ce qu'il puisse entrer au Conclave pour décider qui serait votre successeur ?

Est-ce que quelqu’un d'autre désire le savoir ? Ne voulons-nous pas tous savoir pourquoi Hans Kung est encore prêtre ? Pourquoi le Cardinal Mahony a été autorisé à prendre sa retraite en règle ? Pourquoi un homme comme Weakland, l'homosexuel actif qui a payé son ex-amant, n'a pas été excommunié ? Quels sont les noms dont nous nous souvenons tous, juste au-dessus de nos têtes ? Mon propre Évêque à Victoria, l'occultiste Remi de Roo, Raymond Hunthausen de Seattle, Favalora de Miami, Matthew Clark de Rochester, Derek Worlock de Liverpool ... Je me demande parfois combien longue sera cette liste quand tout sera fini.

Pendant cinquante ans, les Catholiques ont voulu savoir pourquoi rien n'avait été fait, car ces loups de l'épiscopat étaient autorisés, année après année, à continuer à attaquer l'Église. Pourquoi avons-nous si souvent vu ces hommes — d’une compromission intellectuelle et morale — élevés à un rang supérieur, malgré l'incroyable bravoure de leur haine envers la Foi Catholique ?

La fin du « Catholicisme Grand Parapluie »

Ross Douthat du New York Times est parmi ceux qui commencent à poser ce genre de questions. Maike Hickson le cite, écrivant à propos de cette situation bizarre — dans laquelle chacun des soi-disant prélats de la « Mafia de Saint Gall », y compris Kasper, qui a ouvertement fait campagne pour l'abolition effective de l'enseignement moral Catholique : « C'était caractéristique de la trêve effective de l'Église [ entre conservateurs et progressistes ] puisque Jean-Paul II lui-même avait donné à la plupart d'entre eux leurs chapeaux rouges, les élevant malgré leur désaccord avec son approche restauratrice ».

Quand les journalistes parlent de Catholicisme, ils parlent souvent d'un homme comme Kasper qui, comme le dit sa page Wikipedia, est « l'une des figures majeures de l'aile libérale de l'Église Catholique ». Et c’est supposé faire du sens pour nous les Catholiques, nous sommes censés l'accepter comme la réalité de notre temps. Il y a une « aile libérale » et une « aile conservatrice » et ils sont tous les deux Catholiques.

Steve Skojec m'a dit que notre volonté de suivre toute la charade du « Pape Emeritus » était une erreur : « Je pense que le problème est que nous avons tous joué leur jeu de faire croire, et nous n’aurions pas dû ». En fait, je commence à penser que la volonté de la plupart des Catholiques d'accepter toute la charade du Catholicisme post-conciliaire a été une grave erreur. En jouant le jeu, en prétendant que nous pourrions être des « Catholiques conservateurs » dans ce Nouveau Paradigme qui inclut aussi les « Catholiques Libéraux », nous les avons aidés à perpétrer l'une des fraudes les plus monstrueuses de l'histoire humaine.

En raison de cette mentalité schizophrénique dans la direction de l'Église depuis 1965, nous en sommes tous venus à accepter la prémisse sous-jacente : que l'Église est un « grand parapluie » avec beaucoup de place pour les gens de toutes les opinions personnelles, que des questions telles que la liturgie sont des questions de « goût » personnel ... que deux choses opposées peuvent toutes deux être la vérité Catholique.

Cette schizophrénie est le modèle sous lequel les « Conservateurs » ont fonctionné tout ce temps, et par lequel ils ont jugé un homme comme Joseph Ratzinger comme un « champion conservateur de l'Orthodoxie ». Et qu'est-ce que cela a permis ? Il a créé une couverture pour les hommes de la clique de Kasper afin de manoeuvrer leur homme sur le trône de Pierre, il y a cinq ans.

Et juste comme ça, le jargon de la « tolérance » et du « grand parapluie » est fini et la purge des fidèles, des religieux Catholiques croyants, des séminaristes, des prêtres et des universitaires a commencé. Comme ça devait de l’être. Au moins, ils n'hébergent pas cette contradiction folle, et comprennent — et disent souvent à voix haute — que le Nouveau Paradigme et l'Église Catholique ne sont pas les mêmes. Et leur Nouvelle Église est la seule qui reste.

Pendant cinq décennies, nous avons joué au jeu Anglican ; tant que nous n'en parlions pas, il n'y avait pas de problème. Le Saint Office et le schéma d'Ottaviani ont été le dernier souffle de la vieille Église — et comme l'a dit de Lubac ci-dessus, il a été tué par Joseph Ratzinger. Nous avons eu une longue pause dans laquelle les Papes ont prétendu que rien d'essentiel n'avait changé tandis que l'institution autour d'eux est tombée dans le Nouveau Paradigme, jusqu'à ce que la Papauté soit la seule chose qui reste.

Une des choses que j'ai dites est une bénédiction déguisée, et un énorme soulagement, à propos de l'ère Bergoglienne, c'est que nous pouvons enfin laisser derrière nous la situation absurde de l'ère Wojtyla / Ratzinger. On s'attendait à ce que pendant toutes ces années nous fassions comme si nous étions dans le « Nouveau Printemps de Vatican II », alors que nous regardions ces loups vêtus en bergers manger les brebis.

Maintenant, nous pouvons au moins cesser de prétendre que tout est juste chouette sous le Nouveau Paradigme de la Merveilleuse Miséricorde Conciliaire. Pour ceux qui se le demandent encore, Bergoglio n'est pas un choc, il n'est même pas une surprise ; il est juste le résultat final logique. Ce Pontificat n'est pas une anomalie ; c'était le seul résultat possible, et c'était aussi bien l'œuvre de Joseph Ratzinger que Walter Kasper.