vendredi 20 janvier 2017

L'Évêque de Rockford abroge Summorum Pontificum



SOURCE : Rorate Caeli

L'Évêque Malloy de Rockford, qui est dans l'Illinois aux Etats-Unis, a envoyé une lettre assez remarquable à ses prêtres. Rorate Caeli a reçu une copie le 16 janvier et elle est reproduite en entier sur notre site.



En voici les extraits les plus pertinents :

« Comme vous vous en souviendrez, lors de notre Journée de réflexion en septembre, je vous ai parlé de certains des défis auxquels nous sommes confrontés en tant que prêtres et comme diocèse. J'ai souligné le besoin particulier d'avoir une unité dans la célébration des Sacrements, en particulier dans l'Eucharistie. Notre unité lors de la célébration de la Sainte Liturgie est l'accomplissement continu de la prière de Jésus le jeudi saint. Sur le plan pratique, l'unité de notre célébration sacramentelle renforce notre Foi commune et limite la confusion parmi les fidèles dans tout le diocèse ».

« Après cette allocution, j'écris maintenant pour demander votre coopération sur plusieurs questions qui m'ont été renvoyées dans le cadre de mes commentaires en septembre dernier :

« Tout d'abord, comme je l'ai noté à ce moment-là, nous sommes tous conscients de la discussion en cours autour de la célébration de la Messe « ad orientem ». Cependant, pour les raisons que j'ai discutées à ce moment-là et pour souligner notre unité dans la prière ainsi que pour éviter les différences entre les paroisses et même à l'intérieur des paroisses sur ce point, je demande qu'aucune Messe ne soit célébrée « ad orientem » sans ma permission ».

« Deuxièmement, pour des raisons similaires, conformément à l'art. 5 § 1 de Summorum Pontificum, et compte dûment tenu de l'art. 2 de ce même document, les Messes ne doivent pas être célébrées en utilisant la Forme Extraordinaire sans ma permission ».




Le dernier paragraphe cité est vraiment étonnant : plutôt que d'ignorer ce que Summorum Pontificum dit, il se réfère à des sections qui déclarent que, pour célébrer la Messe Traditionnelle, « le prêtre n’a besoin d’aucune autorisation, ni du Siège apostolique ni de son Ordinaire » (Article 2) et « dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la Messe selon le rite du Missel romain édité en 1962 » (article 5 § 1). Après avoir fait référence à ces sections, Mgr Malloy les contredit alors : les prêtres ont besoin de sa permission et ils ne devraient pas accueillir volontiers des demandes pour célébrer l'ancienne Messe.

Peut-être Mgr Malloy pourrait-il indiquer une autre partie de l'art. 5 §1 :

Il [ le prêtre ] jugera comment harmoniser le bien de ces fidèles avec la charge pastorale ordinaire de la paroisse, sous le gouvernement de l’Évêque selon les normes du canon 392, en évitant la discorde et en favorisant l’unité de toute l’Église..

Cependant, il est évident que cela ne vise pas à contredire la déclaration antérieure selon laquelle les prêtres n'ont pas besoin de la permission de célébrer la Messe Traditionnelle ; plutôt, il est destiné à régir la façon dont ils vont faire cela. Les curés doivent organiser les célébrations de la vieille Messe d'une manière qui s'harmonise avec la pastorale de la paroisse, éviter la discorde et favoriser l'unité avec l'Évêque. Toute la démonstration de Summorum Pontificum est à l’effet qu'il n'est pas nécessaire d'imaginer qu'il y ait des problèmes de discorde si les prêtres sont généreux et raisonnables. Le Pape Benoît XVI l'affirme avec une force particulière dans la Lettre aux Évêques qui accompagnait le Motu Proprio : s'adressant à cette « peur», il remarque : « Cette peur me frappe aussi comme étant sans fondement ».

L'Évêque Malloy semble toutefois affirmer qu'il existe un danger pour l'unité du diocèse, non pas à cause de tout comportement déraisonnable des prêtres qui endossent la Messe Traditionnelle, mais simplement parce qu'elle est différente du Novus Ordo. L'idée que la désunion provient inévitablement des différences liturgiques est également derrière l'interdiction de célébrer la Messe « ad orientem ». Ce n'est pas seulement contraire à l'objectif de Summorum Pontificum, mais à l'enseignement clair du Concile Vatican II :

« Enfin, obéissant fidèlement à la Tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières ». (Sacrosanctum Concilium 4)

« L’Église, dans les domaines qui ne touchent pas la foi ou le bien de toute la communauté, ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique ». (Sacrosanctum Concilium 37)

C’est également contraire à l'ensemble de la teneur du Missel de 1970, qui, comme on l'a souvent souligné, est un Missel d'options. Je me demande si deux célébrations du Novus Ordo dans le diocèse de Rockford à un dimanche donné utilisent exactement les mêmes textes et cérémonies. Il y a, après tout, de multiples options pour la prière Eucharistique, pour les acclamations et parfois pour les lectures. Des parties ou toutes peuvent être célébrées en latin, voire en espagnol, en polonais, ou en toutes autres langues. Le rituel pénitentiel peut être remplacé par les Aspersions. Le signe de paix et la procession de l'Offrande peuvent être inclus ou omis. Les prières de l'Offertoire peuvent être prononcées silencieusement ou à haute voix. Les chants appropriés peuvent être remplacés par un hymne vernaculaire du monde et peut-être hérétique. Dans plusieurs endroits, le prêtre est invité à temporiser. Des exemples pourraient être multipliés indéfiniment.

Si tous les prêtres de Rockford utilisent tous les mêmes options, s'ils adhèrent tous aux mêmes textes et hymnes éprouvés, ce n'est pas un signe d'unité : c'est un signe de paresse, d'échec à explorer la richesse du Missel Paulin. Du moins, c'est ce que les théoriciens liturgiques libéraux nous diront et il faut admettre que toutes ces options doivent avoir été incluses pour une raison quelconque. Est-ce que tous ces arbres sont morts en vain ?

Il ne semble pas que l'Évêque Malloy se préoccupe actuellement d'arrêter ses prêtres à célébrer la Messe dans une variété de langues, en utilisant une variété de prières Eucharistiques et de nombreuses autres options. Peut-être est-il en train de choisir ses batailles et a l'intention d'écrire une autre lettre pour standardiser les Accalamations. Les conseils canoniques que j'ai reçus indiquent que son pouvoir d'interdire la célébration « ad orientem » est « discutable» bien qu'il soit à noter que les églises Catholiques n'ont pas la garantie d'avoir toutes des sanctuaires mis en place pour la célébration versus populum. L'idée que Mgr Malloy a le droit d'abroger Summorum Pontificum pour son diocèse est tout simplement fausse. Il n'y a aucun moyen qu'un Évêque puisse renverser la législation solennelle du Souverain Pontife.

Pour animer le troupeau de l'Évêque Malloy, cependant, il a très gentiment téléchargé une vidéo de lui-même prenant part à un « kareoke en covoiturage ». Et que la fête continue !


Anglais. Durée : 7 min 49 sec