mardi 17 janvier 2017

Excellent article sur la nature
des deux camps qui s'opposent dans l'Église

Combien de doigts François lève-t-il présentement ?
Les doigts d’Amoris Laetitia et de la Soumission



Écrit par Hilary White
ex-correspondante à Rome
Le 10 janvier 2017
SOURCE : One Peter Five







Nous entendons plus de plaintes concernant la division. Pourquoi est-ce que l'Église est divisée ? Pourquoi ne pas simplement « mettre nos différences de côté » ?

Simplement, parce que deux choses logiquement opposées ne peuvent pas toutes deux être vraies.

Cette semaine, on nous a offert deux entrevues qui décrivent très bien les principales divisions dans l'Église d'aujourd'hui et la raison pour laquelle l'Église est maintenant divisée en deux camps totalement opposés et implacablement en lutte pour son influence. Ce sont bien entendu les deux mêmes partis qui ont été engagés pendant cinquante ans dans une guerre civile froide et prolongée qui, avec la publication d'Amoris Laetitia, a éclaté dans la conscience publique tout feu tout flammes.

En fait, les deux points de vue divergents des entrevues illustrent également le grand fossé qui existe dans tous les aspects du discours social à travers les terres autrefois connues sous le nom de Chrétienté. Ils nous donnent un aperçu de la raison pour laquelle Amoris Laetitia — et les exigences aiguës de s’y soumettre — est si important comme une ligne de démarcation entre les restes de l'ancien monde et le Nouveau Brave Paradigme qui a lutté pour le contrôle de notre civilisation depuis le début du XXe siècle.

Le Père Antonio Spadaro, l'ami proche du Pape, a publié aujourd'hui dans La Civilta Catholica une interview avec le Cardinal Christoph Schönborn, le prélat que le Pape a déclaré être l'interprète autorisé d'Amoris Laetitia. Le même jour, nous avons une autre entrevue avec le Cardinal Burke par Michael Matt, rédacteur en chef du vénérable magazine Remnant.

Dans la première, Spadaro demanda au Cardinal Schönborn :

« Certains ont parlé de « La Joie de l'Amour » comme d’un document mineur, une opinion personnelle du Pape, sans valeur magistérielle complète. Quelle valeur cette Exhortation possède-t-elle ? Est-ce un acte du magistère ? Cela semble évident, mais il est bon de le spécifier maintenant, afin d'empêcher certaines voix de créer la confusion chez les fidèles quand ils affirment que ce n'est pas le cas... »

Son éminence répondit :

« Il est évident que c'est un acte du magistère : c'est une Exhortation apostolique. Il est clair que le Pape exerce ici son rôle de pasteur, de maître et d'enseignant de la Foi, après avoir bénéficié de la consultation des deux Synodes ».

Dans l'interview de Remnant, Mike Matt a demandé au Cardinal Burke essentiellement la même question : est-ce qu’Amoris Laetitia est écrit avec « autorité » dans le sens que ce document exige le consentement des fidèles.

Le Cardinal Américain a répondu :

« Tout d'abord, comme je l'ai dit dès le début, la forme même d'Amoris Laetitia et, en fait, les paroles du Pape dans le document, indiquent que ce n'est pas un exercice du magistère pontifical. Et la façon dont le document est nécessairement lu, comme pour tout document, c’est à la lumière de l'enseignement et de la pratique constante de l'Église. Et ainsi les déclarations en AL qui sont en accord avec l'enseignement constant de l'Église et la pratique sont certainement très bien. Mais il y a un certain nombre de déclarations qui sont au mieux confuses et qui doivent être clarifiées et c'est pourquoi Quatre Cardinaux d'entre nous ont posé, selon la pratique classique de l'Église, cinq questions au Saint-Père ayant à voir avec les fondements mêmes de la vie morale et l'enseignement constant de l'Église à cet égard ».

Regardez attentivement ces deux réponses pour discerner la grande différence dans la compréhension sous-jacente de ce que le Catholicisme est réellement. Burke a abordé la nature du contenu du document, nous demandant de considérer si ce qui est dit est objectivement Catholique.

Schönborn ne s'inquiète que du fait que le document lui-même origine du Pape. C'est l'enseignement Catholique parce que le Pape le dit. Son contenu n'est pas pertinent. Si elle contredit 2 000 ans de pratique, si elle contredit même les Paroles du Christ dans l'Écriture — c’est sans importance. C'est le Pape, donc il parle avec autorité.

Ce n'est qu'après avoir établi cela comme le critère le plus élevé qu'il se soucie d'aborder le contenu du document, en disant : « Je ne doute pas qu'il faille dire qu'il s'agit d'un document pontifical de grande qualité, un enseignement authentique de Sacra Doctrina, ce qui nous conduit à la pertinence contemporaine de la Parole de Dieu ». Mais même ici, il renonce à sa mentalité positiviste qui implique qu'une contradiction — oui, les adultères peuvent maintenant recevoir la Communion — peut être justifiée d'une certaine façon simplement parce qu'on est 2017.

La vérité, la réalité, la nature humaine, les intentions de Dieu — et donc le Catholicisme — sont toutes mutables, et il est du devoir des ecclésiastiques ( hum ! certains ecclésiastiques) de comprendre ce qu'il en est maintenant. Schönborn de nouveau dit :

« Nous sommes conduits de manière vivante à faire une distinction entre la continuité des principes Doctrinaux et la discontinuité des perspectives ou des expressions historiquement conditionnées. C'est la fonction qui appartient au magistère vivant : interpréter authentiquement la Parole de Dieu, qu'elle soit écrite ou transmise ».

Ceci, d'ailleurs, est une expression typique du néo-modernisme ; l'idée que la Doctrine Catholique doit être « reformulée », c'est-à-dire exprimée de façon nouvelle pour convenir à « l'homme moderne ».

Dans son paragraphe suivant, Schönborn est encore plus explicite sur les intentions du Pape d'abandonner les fondations philosophiques Catholiques traditionnelles sur la nature de la réalité, y compris la nature humaine, comme immuable :

« Dans cette sphère des réalités humaines, le Saint-Père a fondamentalement renouvelé le discours de l'Église — certainement dans la ligne de son Exhortation apostolique « La joie de l'Evangile » mais aussi de la « Constitution pastorale sur l'Église dans le monde moderne », qui présente des principes Doctrinaux et des réflexions sur les êtres humains d'aujourd'hui qui sont en évolution continue. Il y a une ouverture profonde à accepter la réalité.

On ne nous dit pas exactement ce que sont ces « principes Doctrinaux ». Mais on nous dit à chaque jour que peu importe ce qu'ils sont, nous sommes obligés de nous y soumettre.

Les déclarations contrastées de ces deux entrevues montrent que nos divisions sont fondées sur deux conceptions irréconciliables opposées de la nature de la réalité, et donc du Catholicisme, aux plus hauts niveaux de l'Église.

La première de ces deux visions du monde universelles divergentes est :

Le Positivisme [1] — La vérité, la réalité, est quelle que soit que nous la percevons être ; donc la religion Catholique est ce que nous disons qu'elle est. Elle n'a aucune relation avec la réalité extérieure — qui elle-même peut ou non exister et qui, en tout état de cause, n'est pas pertinente. Le Catholicisme peut et doit être changé, même dans son essence, pour s'adapter aux besoins changeants de la société, des hommes et des femmes contemporains ou à quelque critère que nous décidions. Non seulement il n'existe pas une nature humaine immuable qui reste soumise aux mêmes lois morales dans toute l'histoire humaine, mais il n'y a pas de nature analogue à la vérité ou même à Dieu. Dieu peut changer Son Idée, et c'est à nous de discerner, en examinant les « signes des temps » ou les tendances de l'histoire (ou quoi que ce soit) en quoi consiste Sa nouvelle Volonté pour les êtres humains.

L'idée qu'il existe une nature immuable à la Vérité et qu'elle s'applique également à la nature humaine immuable est intrinsèquement oppressive, régressive et injuste, légaliste, rigide et « non pastorale ».

La seule chose que nous devons savoir, c'est que cette volonté muette de Dieu est transmise par le Pape, et seulement le Pape, et / ou ses intermédiaires choisis. « Faites comme on vous dit » constituera toute la loi pour des gens comme nous.

Le Réalisme épistémologique [2] — La réalité existe d'une manière particulière en dehors de nos perceptions et de son appréhension. Le bon usage de l'intellect humain est de découvrir et d'articuler cette réalité, y compris la réalité ultime de Dieu et sa relation à l'homme. Par conséquent, le Catholicisme n'est rien de plus qu'une description exacte de la réalité objective, immuable et extérieure, et ne peut être changé par le fiat humain. Le Catholicisme, selon le Réaliste épistémologique, a la même qualité de valeur par rapport à la réalité objective que les mathématiques et la physique ont.

C'est la vision du monde philosophique « classique » qui a formé le fondement de ce que nous appelons maintenant la pensée et la civilisation « Occidentale ». Dans ce paradigme, il n'est pas possible pour l'Église de dire qu'un jour quelque chose est interdit et de prétendre que, par le « développement » ou le « discernement pastoral », cette chose est désormais permise. Un « non » ne peut pas « se développer » par le simple passage du temps ou des différences culturelles en un « oui ».

Sous ce paradigme, le Catholicisme, y compris dans sa « pratique pastorale » dans les « cas concrets », est un tout unifié qui est rationnel ; il ne se contredit ni ne s'oppose jamais à lui-même, ni même à son passé — ni à des phénomènes observables.

Le réalisme épistémologique est, tout simplement, l'idée que « la réalité est une chose réelle » et qu'elle peut à certains égards être appréhendée par la perception humaine, par la raison [3]. Il est apparu dans l'histoire documentée en Grèce et a été développé dans un flux continu à travers les philosophes médiévaux et a informé la pensée Catholique depuis la fondation de l'Église. C'est aussi le fondement de toutes les sciences naturelles modernes, de la géométrie d'Euclide aux observations astronomiques de Galilée et de Copernic, aux sciences médicales et biologiques jusqu’à la NASA. Son application dans le Catholicisme repose sur la prémisse qu'il y a une chose comme une nature divine et une nature humaine qui sont les mêmes à tous les temps et en tous les lieux.

Nous constatons de plus en plus que, dans l'Église, c'est le positivisme qui est le fondement philosophique de la révolution post-conciliaire. C'est pourquoi nous qui écrivons sur cette situation avons commencé à utiliser le terme « positivisme papal » en raison de l'idée que le Pape peut, par une sorte de pouvoir mystique accordé par son Office, décider qu'il est temps de changer la pratique Eucharistique pour s'opposer à la Doctrine Eucharistique .

En outre, la réponse furieuse aux dubia par de nombreux prélats en faveur du Pape — avec des accusations hystériques de « schisme » jeté aux Quatre Cardinaux — nous montre où le positivisme mène. Amoris Laetitia démontre que, comme principe directeur, le positivisme pontifical se réduit à un exercice de pur pouvoir politique, fondé sur l'hypothèse d'une capacité ressemblant à Dieu de la part du Pape pour changer ou ignorer la nature même de la réalité.

On pourrait dire qu’Amoris Laetitia représente les quatre doigts Orwelliens se tenant devant toute l'Église avec la demande que nous disions tous qu'il y en a cinq. Le contenu réel, le nombre réel des doigts, est sans importance. La seule chose qui compte, c'est notre empressement à nous soumettre.

Il y a quelques jours, juste avant de publier cette interview, Spadaro a dit au monde entier sur Twitter que la nouvelle théologie n'a rien à voir avec la réalité objective et que d'insister sur le fait qu'elle doit l’être, c’est penser de façon erronée.

Le fait que le nouveau paradigme anti-rationnel n'a pas encore reçu la soumission appropriée a été démontré par le fait qu’on l’a pointé du doigt et qu’on a ri de cette absurdité sur Twitter. Il a été plutôt impitoyablement passé au crible pour cette affirmation.

Cette déclaration manifestement anti-rationnelle a été prise, à juste titre, comme un signe d'un esprit à demi dérangé ou d'un déformé intellectuellement incapable d'une pensée mature, encore moins de tout commentaire précieux.

D'ailleurs, aussi stupéfiant que cela puisse paraître, Spadaro n'a pas retiré cette affirmation dans son embarras, comme on le ferait si on avait été surpris à écrire négligemment quelque chose de stupide qui blesserait sa propre cause. Au lieu de cela, il en a remis, essayant dans d'autres affirmations de justifier et de défendre cette « position ». Il était évident qu'il ne voyait rien de mal selon lui, ne pouvait pas comprendre pourquoi il avait reçu une telle réaction et il n'a appris rien du tout des nombreuses corrections — certaines apparemment loin d’être dérisoires — qu'il a reçues en réponses.

Alors que nous nous n'arrêtions pas de rire, il a répondu de la seule façon qu'un Positiviste peut le faire : par la force. Il a bloqué tout le monde qui avait fait des commentaires. Le fait qu'il pensait que ses affirmations écrites faisaient une sorte de sens, il était prêt à essayer à les défendre, puis il a répondu avec force qui, tout en étant la partie la plus hilarante de l’échange, fut aussi la plus révélatrice.

Comme je l'ai dit, l'un des effets les plus utiles et les plus fructueux de ce Pontificat a été de révéler les échecs intellectuels, doctrinaux et formatifs des prélats Catholiques modernes. Continuez à parler, les gars, pour que tout le monde puisse vous voir aller et se décider. Nous sommes dans le temps de la Grande Clarification.

Aujourd'hui, grâce à Spadaro et à Schönborn qui nous disent ce qu'ils pensent réellement, nous pouvons comprendre encore plus clairement pourquoi la semaine dernière le Pape Bergoglio les a chargés d'interpréter et de diffuser ses idées. C'est le Pape qui ne voit aucune difficulté à proposer des idées sauvagement divergentes et logiquement opposées d'un jour à l'autre. Il n'a aucun scrupule à changer simplement 2 000 années d'enseignement et de pratique Catholique, à réécrire l'Écriture pour convenir à tel ou tel point homilétique (Non, Votre Sainteté, le miracle des pains et des poissons n'était pas sur le « partage » ni non plus que c'était une « parabole ».)

Ce que les gens qui ont dénoncé ces contradictions incompréhensibles n'ont pas compris, c'est que le « sens » est sans importance. Le but de ces communications n'est pas d'informer les fidèles Catholiques de la pensée ou des réflexions du Pape sur l'Écriture. Le contenu n'est pas pertinent ; seule la soumission compte, seulement le pouvoir. Cela signifie que plus ambigu, plus contradictoire, plus insipide, plus illogique c’est, mieux c’est.

Et c'est ce que les gens ne voient pas. Il a été parfaitement cohérent dans toutes ses réponses puisqu'il dit toujours la même chose : soumettez-vous. En effet, nous avons récemment rapporté qu'il savait très bien que son œuvre pour changer l'enseignement antique de l'Église devait reposer exclusivement sur l'exercice pur du pouvoir brut. Lorsque le Cardinal Müller de l'ancien Saint-Office demanda pourquoi François avait exigé le licenciement brutal de trois de ses meilleurs prêtres, le Pape a répondu comme tous les tyrans : « JE. SUIS. LE. PAPE. Je n'ai pas à répondre à personne ».

Le positivisme, le déni d'une réalité objective, doit conduire finalement à l'autoritarisme. S'il n'y a pas de réalité objective, il n'y a pas besoin de règles qui la considèrent ; toute notion d'État de droit n'a pas de sens. Qu'est-ce que nous avons vu se produire tout au long de l'histoire quand l’État de droit tombe ? Il ne peut y avoir que la règle du plus fort, la règle du pouvoir. C'est pourquoi, maintenant que le principe du « faisons-la-réalité-au-fur-et-à-mesure » est fermement en place à l’Office Pontifical, le Pape doit exercer une répression si furieuse contre la « dissidence », et même la douce « dissidence » diplomatique d’une demande polie pour une clarification.

Que signifie Amoris Laetitia ?

« Cela signifie ce que je dis que cela signifie. Cela veut dire « taisez-vous » ».

François est le Pape de beaucoup de « premières », mais aucune d'elles n'est si importante que d'être le premier Pape à utiliser la papauté pour démolir le Catholicisme dans ses fondements philosophiques les plus élémentaires. Il est le premier Pape à utiliser la papauté comme un moyen d'injecter dans l'Église le nouveau Principe Anti-Rationnel, un exercice d'orgueil presque incompréhensible. Il est celui, d'autre part, qui n’aurait pas pu s’en échapper il y a 50 ans, mais maintenant c’est rendu possible par le triomphe presque universel de la même vacuité philosophique dans toute notre civilisation. On nous a dit toute notre vie que la réalité objective ne compte pas et que nous pouvons tous décider pour nous-mêmes.

Ce que nous ne comprenons pas, c'est que dans un vide-réalité, celui qui a le plus de pouvoir décidera pour nous.

Le Principe Anti-Rationnel a l’ascendance dans l'Église mais, parce que c'est une proposition intenable, ce principe doit être appliqué par la force brute, une situation qui ne peut être maintenue indéfiniment, comme le savaient les empereurs et les tyrans du passé. Face à cette anti-rationalité, un homme calme et même réticent, comme le Cardinal Burke, peut frapper la terreur dans le cœur d'un tyran en disant simplement la vérité évidente.



NOTES :

[1] Le positivisme est la théorie philosophique de la connaissance qui affirme : « L'information est dérivée de l'expérience sensorielle, interprétée par la raison et la logique, [et] forme la source exclusive de toute connaissance faisant autorité ».

[2] « La Vérité consiste en une correspondance entre les représentations cognitives et la réalité ».

[3] La « Raison » est l'application de la logique aux phénomènes observables pour percevoir avec précision la réalité. Elle présuppose donc qu'il y ait une réalité immuable et objective à percevoir.