dimanche 15 janvier 2017

Le Cardinal Carlo Caffarra sort respectueusement
de son silence sur les Dubia






Rédigé par : Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 14 janvier 2017

Pour la première fois depuis la publication des dubia des Quatre Cardinaux, le Cardinal Caffarra a donné une interview et explique les raisons et certains des arguments plus profonds qui sous-tendent cette récente initiative. Tout au long de cette interview accordée à Matteo Matzuzzi du journal Italien Il Foglio, Caffarra conserve un ton calme et indubitablement charitable et s'éloigne donc poliment de toute manière polémique de traiter de questions morales très graves comme le désordre dans le mariage et la famille. D'abord, il confirme à nouveau clairement — comme le Cardinal Raymond Burke a aussi récemment fait savoir que les quatre Cardinaux sont unis et insistent toujours sur la nécessité de certaines clarifications de la part du Pape François.

« Différents aspects doivent être clarifiés. La lettre — et les dubia qui sont jointes — ont été réfléchies pendant des mois et ils furent discutés parmi nous pendant une longue période. Quant à moi, j'ai prié [plusieurs fois] devant le Saint-Sacrement pendant la même période ».

Ce sont les premières paroles de l'entretien avec Matteo Matzuzzi qui a donné le ton de l'interview. Le Cardinal Caffarra se montre un berger honorable et attentif à l'Église Catholique qui s'intéresse au salut des âmes. Il montre aussi le soin avec lequel les Quatre Cardinaux ont abordé la question de la lettre au Pape :

« Nous savions que le geste que nous entreprenions était très sérieux. Nous avions deux préoccupations. Le premier était de ne pas scandaliser les petits dans la Foi. C'est pour nous pasteurs un devoir fondamental. La deuxième préoccupation était que personne — croyante ou incroyante — ne pourrait trouver dans cette lettre une expression qui pourrait même refléter le moindre irrespect envers le Pape. Le texte final tel qu'il est maintenant est le fruit de plusieurs révisions : textes révisés, rejetés et corrigés ». [Mon soulignement]

Le Cardinal Caffarra nous rappelle le « grave devoir des Cardinaux de conseiller le Pape dans le gouvernement de l'Église. C'est un devoir, et des devoirs obligent ». Il précise le fait « que seul un aveugle peut le nier », à savoir que « dans l'Église, il y a une grande confusion, une incertitude et une insécurité causées par certains paragraphes d'Amoris Laetitia ». C'est ce qui se passe, selon le Cardinal Italien, en ce qui concerne trois domaines de l'économie sacramentelle : le Mariage, la Confession et l'Eucharistie ainsi que la Vie Chrétienne. Ici, « certains Évêques disent A, d'autres disent le contraire de A ». ( Ici nous pourrions ajouter que les nouvelles directives épiscopales concernant les divorcés « remariés » qui viennent d’être publiés par Malte confirment de nouveau la propre observation du Cardinal Caffarra ). Caffarra appelle même ce phénomène de chaos « un fait, un fait indéniable parce que, selon les mots de David Hume, les faits sont tenaces ».

Dans une telle situation, il semblait d'abord convenable de recourir à des « critères théologiques fondamentaux d'interprétation » à l'aide desquels le Cardinal Caffarra avait pensé qu'il était possible « de démontrer qu'Amoris Laetitia ne contredisait pas Familiaris Consortio ». [En outre] Dans les réunions publiques avec des laïcs et des prêtres, j'ai personnellement toujours suivi ce chemin ».

Mais il arriva que les Quatre Cardinaux se rendirent compte que ce genre d'approche antérieure était « insuffisante ». Il dit : « Le contraste entre ces deux interprétations [opposées] [d'Amoris Laetitia] a continué. Il n'y avait qu'une façon de les traiter : demander à l'auteur du texte qui était maintenant interprété de deux manières, ce qui était la bonne interprétation. Il n'y avait pas d'autre voie ». Ainsi, les Quatre Cardinaux ont choisi d'approcher le Pape à l'aide de la « manière très traditionnelle dans l'Église, les soi-disant dubia ». Avec l'aide du dubia, explique le Cardinal Caffarra, le Pape n’avait qu’à répondre par un « oui » ou un « non » au lieu de donner « des réponses longues et élaborées ». Il ajoute : « Cela nous semblait juste le plus simple ». Par respect pour l’Office du Pape, les Quatre Cardinaux ont choisi d'abord de l'aborder en privé, pas en public : « Ce n'est que lorsque nous avons eu la certitude que le Saint-Père ne nous répondrait pas que nous avons décidé d’aller public ».

Dans le contexte de la récente critique du Cardinal Gerhard Müller sur la publication grand public des dubia, Mattzuzzi (qui a mené l'interview avant la déclaration de Müller) cite le Cardinal Caffarra en disant que « nous avons interprété le silence [du Pape] comme une permission de continuer le face-à-face théologique ». Car cela implique, comme l'ajoute Caffarra :

« Aussi le Magistère des Évêques (qui, n'oublions pas, ne l'exerce pas en tant que délégués du Pape mais en vertu du Sacrement qu'ils ont reçu) ainsi que de la vie des fidèles. Les deux ont le droit de savoir. Beaucoup de fidèles et de prêtres ont dit : « Mais vous, Cardinaux, dans une situation comme celle-ci, vous avez l'obligation d'intervenir auprès du Saint-Père. Sinon, pour quelle raison existeriez-vous sinon pour soutenir le Pape dans de si graves questions ? »

En ce qui concerne la critique formulée contre les dubia, le Cardinal Caffarra répond :

« Certains disent que nous ne sommes pas obéissants au Magistère du Pape. C'est faux et calomnieux. C’est surtout parce que je ne veux pas être désobéissant que j'ai écrit au Pape. Je peux être obéissant au Magistère du Pape si je sais ce que le Pape enseigne en matière de Foi et de Vie Chrétienne. Mais le problème est précisément celui-ci : qu'en des points fondamentaux, on ne comprend pas bien ce que le Pape enseigne, comme le montre le conflit d'interprétation entre les Évêques. Nous voulons être obéissants à l'enseignement du Pape, mais l'enseignement du Pape doit être clair ». [Mon soulignement]

Le Cardinal Caffarra ajoute que les Quatre Cardinaux ne voulaient en aucune façon « forcer » le Pape à répondre à quoi que ce soit, mais plutôt lui demander une « orientation souveraine ». De plus, explique le prélat, « nous ne méritons pas l'accusation que nous voulons diviser l'Église. La division — qui existe déjà dans l'Église — est la cause de cette lettre et non son effet fsuprê». [ Mon soulignement] Dans ce contexte, Caffarra considère les « insultes et les menaces de sanctions canoniques » dirigées contre les Quatre Cardinaux comme étant « indignes ».

Comme le montre le Cardinal Caffarra dans cette longue entrevue, de nombreux pasteurs sont déjà confrontés à la situation où les pénitents entrent dans le confessionnal, chargés par l'enseignement confus d'Amoris Laetitia. Les confesseurs lui disent qu'ils ne savent plus quoi dire quand ils ont un pénitent dans le confessionnal qui est « remarié » après un divorce civil antérieur. Dans les mots de Caffarra : ces pasteurs « ont un fardeau sur leurs épaules qu'ils ne sont pas capables de porter ». Le Cardinal souligne également que :

« Ce sont des questions très sérieuses concernant la vie de l'Église et concernant le Salut éternel des fidèles. N'oublions jamais : c'est la Loi Suprême de l'Église : le Salut éternel des fidèles. Jésus a fondé son Église pour que les fidèles aient la Vie Éternelle et puissent l’avoir en abondance. [Mon soulignement]

Dans ces paroles sincères, il se trouve un amour si profond pour les fidèles, un tel amour pour la Foi, qu'il peut nous inspirer tous à tenir à notre bien-aimée Foi Catholique. Le Cardinal Caffarra présente ses arguments avec tant de calme et de charité qu'aucune personne raisonnable et bien intentionnée ne peut facilement, et de façon moins discourtoise, s'y opposer.

Sans entrer plus dans les détails — ce qui est important en effet, mais qui prendrait trop de place pour l'instant — le Cardinal Caffarra discute dans la suite les parties spécifiques d'Amoris Laetitia qui causent surtout la confusion. Ici, il mentionne les paragraphes 300 à 305, y compris la note de bas de page 351. Il souligne également l'importance de la définition correcte d'une conscience bien formée (en référence au Bienheureux Cardinal John Newman) qui est fondée sur la Vérité et le Bien. Caffarra discute également avec soin de la question des divorcés « remariés » et de leur accès possible à la Sainte Communion. Peut-on permettre à ces personnes — alors qu'elles ne vivent pas dans une continence habituelle — de recevoir la Sainte Communion, ou non ? Demande le prélat. « Il n'y a que deux réponses : oui ou non ». Il nous rappelle que « Familiaris Consortio, Sacramentum Caritatis, le Code de Droit Canonique et le Catéchisme de l'Église Catholique répondent à la question ci-dessus avec : non. S'il y a des Évêques qui répondent par « oui », ajoute le Cardinal Italien, « alors on devrait aussi enseigner que l'adultère n'est pas, en soi, un mal ». Dans ce contexte, le Cardinal Caffarra souligne que la note de bas de page 351 — l'admission aux Sacrements dans des cas individuels — « est ambiguë ».

Ainsi, le Cardinal Caffarra présente une ligne d'argumentation docte, limpide et pure sur les dubia et certains des problèmes sous-jacents d'Amoris Laetitia. Que ceux qui se sont opposés à lui et même qui se sont moqués de lui, soient touchés par sa profonde bonté. (Ma propre petite famille peut témoigner de l'attention personnelle, récurrente et intime du Cardinal Caffarra aux Petits du Christ, les « Parvuli »)

Que tous ses opposants objectivement erronés — pour qui nous sommes tous appelés à prier — soient aussi touchés et convaincus par d'autres voix qui se manifestent de plus en plus dans la défense de la Vérité du Christ qui concerne particulièrement le Mariage et la Famille Catholique.

L'une de ces voix — en plus de la nouvelle interview réassurante avec l'Évêque Athanasius Schneider — est un nouvel article écrit par Joseph Matt, le président du très respecté journal Catholique The Wanderer. L'article est intitulé « Ce n'est pas seulement les Quatre Cardinaux qui ont besoin d'une réponse » ; et Matt exprime sa juste indignation à propos de la critique des Quatre Cardinaux venant maintenant même du Cardinal Gerhard Müller ainsi que d'autres commentaires aiguisés contre les dubia et leurs auteurs. Matt dit :

« Le titre même de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi que ce Cardinal dirige implique l'importance de ce dicastère et de son rôle crucial — surtout en ce qui concerne la situation actuelle avec les quatre Cardinaux et les dubia. Les paroles du Cardinal Mueller dans cette interview sont un coup fatal à la situation actuelle des dubia. Quelle est la pertinence d'une telle Congrégation si elle ne peut pas répondre à une question qui nécessite une clarification concernant la Foi Catholique ? » [Mon soulignement]

Matt continue sa juste ardeur d'indignation en montrant le traitement injuste envers les Quatre Cardinaux eux-mêmes :

« Le camouflet de Mueller ajoute à la campagne interne implacable et peu charitable pour marginaliser ces Quatre courageux Cardinaux. Leur traitement par leurs pairs n'est rien de moins que scandaleux et constitue une grave injustice pour eux et pour notre Église. Ces bons hommes qui recherchent simplement la clarté et les réponses aux questions fondamentales concernant la Foi Catholique ne méritent pas le genre d'irrespect qu'ils reçoivent de leurs collègues ecclésiastiques. [Mon soulignement]

Le Président de The Wanderer précise aussi que le simple silence — et beaucoup moins le mutisme — n'est plus une alternative convenable pour un membre du clergé Catholique :

« Le temps de silence sur cette question chez les Cardinaux, les Évêques et les prêtres est passé. Ne vous y trompez pas ; c'est un événement qui a tracé une ligne dans le sable qui aura des conséquences dans l'avenir immédiat de l'Église Catholique. Ceux qui gardent le silence sur cette question seront complices de ses conséquences. Le conflit avec les Quatre Cardinaux n'est pas seulement une question distante qui leur soit liée : il affecte chaque Catholique qui en souffre déjà les effets préjudiciables. Le Père Mark Pilon dans The Catholic World Report de la semaine dernière a analysé les conséquences néfastes de cette controverse ». [Mon soulignement]

Avec des paroles ferventes et sincères, Joseph Matt appelle tous les Catholiques à constituer une résistance forte et fidèle à l'infidélité et à témoigner fidèlement de la vérité :

« L'intimidation et les menaces n'ont pas empêché les martyrs, les disciples et les fidèles Catholiques, à travers les âges, de proclamer les enseignements du Christ. Ne laissons pas cela nous arrêter. Défendez ces Cardinaux, défendez la Foi. Faites entendre votre voix ».

Que cette courageuse déclaration récente de Joseph Matt soit un signe encourageant pour nous tous, à savoir que la fin de ce temps ruineux de confusion et d'atténuation de la Vérité Catholique trouvera bientôt sa fin propre. Que le témoignage calme et charitable du Cardinal Caffarra lui-même soit pour nous une source d'inspiration. Que la fidèle résistance Catholique devienne si forte que le Pape François puisse se rendre compte qu'il doit arrêter son propre ensemencement actuel et cumulatif de confusion.