dimanche 8 janvier 2017

LE SIXIÈME DUBIA
( Un coup parti )
POURQUOI LES POLYGAMES
NE POURRAIENT-ILS PAS COMMUNIER ?






Source : Marco Tosatti, Vaticaniste à La Stampa.
Repris par : Diakonos



Au cours de l’un des deux Synodes sur la Famille, alors que le débat battait son plein – comme aujourd’hui - au sein de l’Église concernant le problème de l’accès des divorcés-remariés à la communion, un Cardinal Africain s’était laissé aller à cette boutade cinglante avec un ami : « Vous, les Occidentaux, vous avez la polygamie par étapes, alors que nous en Afrique nous avons la polygamie simultanée ». Il voulait dire par là que la coutume répandue de ne plus considérer le mariage comme un lien pour toute la vie conduit à une succession de rapports que l’ironie du Cardinal assimilait à une forme de polygamie.

Et puis il y a eu Amoris Laetitia avec ses petites notes de bas de page qui ont chamboulé le magistère précédent de l’Église, clairement exprimé dans Familiaris Consortio (n.84 : « L'Église, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l'Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la Communion Eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d'y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la Communion d'amour entre le Christ et l'Église, telle qu'elle s'exprime et est rendue présente dans l'Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier: si l'on admettait ces personnes à l'Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l'Église concernant l'indissolubilité du mariage »).

Aujourd’hui, le Cardinal Sud-Africain Wilfrid Fox Napier, un Franciscain, poursuit sur la même logique et se pose cette question : si ceux qui vivent comme mari et femme malgré un mariage précédent encore valide peuvent recevoir la Communion, pourquoi est-ce que ceux qui vivent plusieurs liens, parfois légitimés par une culture traditionnelle séculaire, ne pourraient-il pas la recevoir ?

Il ne s’agit pas d’un problème insignifiant en Afrique : pratiquement la moitié des mariages sont polygames au Sénégal et la polygamie n’est pas étrangère au monde Catholique Africain, même si l’Église la condamne et qu’à l’occasion du Baptême on demande d’abandonner cette pratique. Mais je connais des missionnaires qui soulignent la difficulté et l’injustice qui consisterait à appliquer cette loi telle quelle. En outre, obliger un converti à choisir une seule épouse reviendrait à pousser l’autre dans la misère, parfois avec ses enfants. Il ne s’agit donc pas d’une question à traiter à la légère.

Il ne fait aucun doute que de nombreux missionnaires Africains pourraient se poser la même question que celle que soulève le Cardinal Napier dans son Tweet : « si les Occidentaux qui vivent dans une situation matrimoniale irrégulière peuvent recevoir la Communion, est-ce que nous pouvons dire à nos polygames et aux autres ‘personnes en situation irrégulière’ que cela leur est permis également ? ».

Le Cardinal répond ensuite à quelqu’un sur Twitter par ces mots : « Vous prétendez qu’un polygame serait ipso facto en état de péché mortel ? Il va de soit que seuls Dieu et la conscience de l’homme peuvent en juger ».

Voici donc le sixième dubia qui vient s’ajouter aux cinq autres déjà exprimé formellement par les Cardinaux et qui attendent encore une réponse du Pape.