mardi 24 novembre 2015

Prêcher le « soin pastoral » à la place de la Foi :

Un jeu dangereux


Frank B
Underground

Note de l'éditeur : le nom de l'auteur est un pseudonyme pour un ecclésiastique qui préfère rester anonyme.

SOURCE : Life Site News

Le 23 novembre 2015 (Life Site News) — Au lieu de proclamer la foi, l'Église semble maintenant exercer une sorte de pastorale publique. Est-ce que cela sert l'objectif de l'évangélisation et de l'unité de l'Église ? Ou est-ce plutôt un jeu dangereux ?

Les bergers de l'Église, qui sont considérés par les médias être des Libéraux, soulignent la nécessité d'une Église miséricordieuse, « intégrante ». Ils répondent à l'individualisme de la modernité avec leur propre soin pastoral individualisé — avec une approche au « cas par cas », comme il a été présenté et finalement proposé au récent Synode des Évêques sur le Mariage et la Famille à Rome. Le Magistère ne semble plus être canoniquement au centre, mais c’est plutôt l'homme avec sa biographie individuelle.

Et que dire de ces bergers ecclésiastiques qui sont considérés comme Conservateurs ? Pour eux, le Magistère n’est pas un contrepoids abstrait à l'homme distinctement individuel, mais, plutôt, un des guides essentiels pour montrer le chemin digne de confiance — une sorte de système de GPS divin sans lequel la pastorale elle-même devient elle aussi aveugle.

Celui qui a une attitude plus cynique va interpréter les Libéraux de la façon suivante : « Débarrassons-nous du péché ! Laissez-nous réellement favoriser le relativisme et le subjectivisme mais avec l'aide d'une porte de secours arrière pastorale ! Cherchons les applaudissements du monde ». Mais celui qui est doucement bienveillant va comprendre le message missionnaire global comme suit : « Il ne faut pas exclure quiconque. L’accompagnement et la différenciation doivent avoir préséance à la place d'une focalisation sur l’instruction. Le monde a besoin surtout maintenant de l'Amour de Dieu ». Et que dire des Conservateurs ? Celui qui a une attitude cynique entendra : « La lettre de la loi est une protection contre le monde antinomique décadent ! » Mais celui qui est doucement bienveillant entendra : « Soyez fidèles à la Foi traditionnelle de l'Église ! L'Église sait — avec l'aide du Saint-Esprit — ce que l'homme a vraiment besoin. Et ce besoin n'a jamais changé ».

Est-ce que toutes ces prétendues intentions n’ont pas une justification ? Bien sûr. Mais elles concernent différentes facettes des aspects fondamentaux de l'Église. Par exemple, la liturgie et un engagement social de bienfaisance sont des choses différentes. Aussi la pastorale de l'Église est autre chose qu'une proclamation franche de l'Evangile en présence des médias de masse. Donc, ce dont nous avons besoin, ce sont différentes compétences avec une capacité de différenciation fiable. Cependant, il semble que ce soit exactement ce qui manque en ce moment surtout quand on confond, on entremêle la pastorale et la proclamation de la Foi. Les Évêques et les Cardinaux ont recommandé et laissé entendre qu’après le Synode des Évêques, l'Église devait « écouter et discerner et accompagner » beaucoup plus étroitement. Car, il s’agit de l’« inclusion » et de « l'art de guider les âmes individuelles ». C’est-à-dire d'avoir un style pastoral miséricordieux qui est maintenant non seulement prédominant dans le document final du Synode mais aussi dans beaucoup d'autres déclarations de l'Église.

Bien sûr, on devrait chercher un accueil raisonnable et bienvenu à l'homme. Personnellement, je suis heureux quand un prêtre, dans le confessionnal, ne m’assomme pas le Catéchisme sur ma tête mais pénètre avec sensibilité dans une plus grande compréhension de ma situation propre, spéciale, sinon unique. Mais est-ce que cette approche personnalisée est la bonne approche quand ça concerne les médias et quand on est en leur présence ? Qu’arrive-t-il quand une perspective « cas par cas » domine le domaine du discours public et la communication ? Est-ce que le discours sur la pastorale avec une personne devrait remplacer correctement la proclamation de la Foi en public ? Est-ce que la tension entre les approches disparates de Libéraux et des Conservateurs comportent essentiellement le même danger potentiel, à savoir la perte menaçante de la proclamation de l'Évangile ?

Les procédés actuels et l'ambiance des médias, avec leurs plates-formes interactives, sont un grand défi. La « mondialisation » des communications électroniques modifie le processus de la façon dont le public est formé et informé. Les interactions de l'Église avec cette actualité exigent des réflexions différentes de la part de ceux qui sont particulièrement chargés de la pastorale individuelle et locale.

Par exemple, quand un admirable pasteur qui aime l'humanité dit à une personne homosexuelle qu’il ne veut pas le condamner, c’est une bonne chose. Mais quand, hypothétiquement parlant, ce même admirable pasteur se retrouve être interrogé sur un avion et puis il dit la même chose en public, ses paroles pénètrent alors dans le domaine commercial de l'atmosphère politique et des interprétations variées par les médias. Presque toutes les entreprises de médias occidentaux, en outre, ont un penchant séculaire ou athée. Ils interprètent facilement les thèmes ecclésiastiques d'une manière « horizontale », ce qui signifie d'une manière largement politique, historique et sociologique — pas d'une manière « verticale », i.e. ne se référant pas à Dieu ni venant de Dieu. La dimension transcendante d'un message n’est-elle pas ignorée ? Est-ce que les médias incluent le facteur incontestable du péché originel et ses conséquences irréductiblement gênantes ? Non, plus importantes pour les médias est l'histoire elle-même ; les lecteurs et les téléspectateurs veulent une histoire. « L'Église ne juge plus les homosexuels. » Oui, et c’est, en effet, l’histoire qui fera les gros titres.. Et puis quel est le prochain chapitre ? « L'Église change son enseignement moral sur la sexualité ? » Et puis : « La validité des Dix Commandements est tributaire d'une décision de la conscience personnelle ? »

Lorsque le « discours pastoral » public est considéré efficace pour remplacer le discours public du Magistère, c’est le genre de présentation séquentielle de l'Église et de son action concrète par les médias.

Mais peut-être des bergers de l'Église comprennent très bien réellement ces connexions et ces tendances. Peut-être qu'ils comprennent aussi la distinction entre la communication selon le mode « pastoral » et son contraste qui est une communication moins attentive et moins complète car elle est abrégée dans les médias de masse. Peut-être, ces bergers craignent seulement les médias. Ils craignent la foule numérique. Ils craignent le martyre dans le Cirque médiatique de l'opinion publique. Il semble préférable, alors, de devenir un pasteur qui est doux et qui ne juge pas. Ceci, cependant, peut aussi conduire à un sévère besoin d’approbation, même à partir de votre propre ravisseur, comme dans le « Syndrome de Stockholm », comme celui qui se conforme ou a une relation conciliante avec la presse et la télévision : car il est plus facile et moins stressant pour vous unir avec votre ravisseur que sont les médias. Ou bien, est-ce, après tout, seulement le désir d'avoir une Église qui sera particulièrement immunisée, privilégiée et acceptable à la majorité ?

Quelles que soit les causes, la proclamation du Magistère semble juste maintenant reculer en arrière-plan un peu. On n’explique pas plus ce que l'Église considère comme vrai et bon dans tous les cas ou, à l’inverse, ce qu’elle considère toujours être faux ou intrinsèquement mauvais ; mais on explique plutôt pourquoi chaque cas est sensiblement différent. Mais quelles sont les conséquences de cette approche ? Qu'est-ce que cela signifie pour l'unité doctrinale et morale de l'Église et de l'unité de la pastorale des fidèles fondés sur la Doctrine? Et pour le témoin fidèle de l'évangélisation missionnaire Catholique ? Parmi les fidèles, tout ce développement des accents changeants est déjà à l'origine d’une confusion ainsi qu’une indignation ; et on peut le voir maintenant dans plusieurs pays. Et les cercles progressistes font usage de cette absence de proclamation unifiée et contraignante afin de relativiser le Magistère et pour demander une adaptation aux temps actuels et aux cultures prépondérantes. Ceci est une manœuvre dangereuse. Elle peut conduire à un schisme — premièrement dans la pastorale, ensuite dans l'enseignement de la Doctrine.

Que ferait Saint-Paul ? En son temps il y a longtemps, et même à l'Aréopage d'Athènes, il ne parlait pas aux païens du soin pastoral qui fait justice à leurs situations individuelles et biographiques. Il ne parlait pas non plus immédiatement du Christ mais il a parlé, plutôt, des cultures païennes qui étaient devant lui et autour de lui. Il a précisé qu'il avait vu les dieux et les temples à Athènes. Il a montré aux gens qu'il comprenait leur propre monde et leur piété sincère tout aussi bien. Il savait que mieux il les comprendrait, mieux il serait susceptible d’être compris par eux. Sans aucun doute, nous avons à rendre clair à nouveau que nous comprenons les idoles et les cultes du 21e siècle : par exemple, le culte de la maximisation, l'hédonisme ou la technocratie. Mais nous devons également dire clairement que nous avons quelque chose de beaucoup mieux à offrir. Pourtant, tout d'abord, nous devons nous rendre compte que cela ne peut pas être accompli avec la pastorale publique ; mais plutôt que nous devons représenter et présenter l'enseignement complet et faisant autorité de l'Église — d'une manière qui est vigilante, au courant et prudemment adaptée à l'appareil de médias modernes, donc sans céder à ses caprices, ni en s’y conformant volontairement. En fonction de la prémisse que la base de l'unité est la Vérité, nous devons être fidèles à la Foi sans être condescendants ni à distance, ou de quelque façon anachronique de manière trompeuse.