jeudi 12 novembre 2015

Avons-nous affaire à une propagande papale ou non ?
Les Pharisiens et les Sadducéens de notre temps ...

Qui sont-ils vraiment ?


Rédaction : Roberto de Mattei
Correspondant à Rome
Le 11 novembre 2015

SOURCE : Rorate Caeli

Critiquer les « Pharisiens» est récurrent dans les allocutions de François. Dans de nombreux discours, entre 2013 et 2015, il a parlé de :

  • « la maladie des Pharisiens » (7 novembre 2013)

  • « qui répriment Jésus pour ne pas respecter le Sabbat » (1er avril 2014)

  • de « la tentation de l'autosuffisance et du cléricalisme, cette codification de la foi dans des règles et des règlements, comme les Scribes, les Pharisiens, les Docteurs de la loi faisaient à l'époque de Jésus » (19 septembre 2014)

  • Dans l'Angélus du 30 août ici à Rome en 2105, il a dit que tout comme c’était pour les Pharisiens, c’est « trop dangereux pour nous de nous considérer comme acceptables, ou pire encore, mieux que d'autres tout simplement parce que nous observons les règles, les coutumes, même si nous n’aimons pas notre prochain, nous avons un cœur dur, nous sommes arrogants et fiers ».

  • Le 8 novembre 2015, il oppose le comportement des Scribes et des Pharisiens sur la base de « l'exclusion » et le comportement de Jésus sur la base de « l'inclusion ».

La référence aux Pharisiens est évidente finalement dans son discours de clotûre le 24 octobre dernier à la fin du Synode ordinaire XIV sur la famille. En effet, il a parlé de ces « cœurs fermés qui souvent se cachent jusque derrière les enseignements de l’Église ou derrière les bonnes intentions pour s’asseoir sur la Chaire de Moïse et juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées », sinon « les Pharisiens qui faisaient de la religion [...] une chaîne [sans fin] de Commandements » ? (26 juin 2014). Un Pharisien semble être quelqu'un qui défend avec une fierté obstinée, l'existence des Commandements, les lois et les règles impératives absolues de l'Église.

Pourtant, qui étaient exactement les Pharisiens ? Quand Jésus a commencé sa prédication, le monde juif était divisé en plusieurs courants que les Évangiles mentionnent et aussi les historiens comme Josèphe [Josèphe] (37-100 AD) dans ses oeuvres Antiquités Juives et La Guerre des Juifs. Les principales sectes étaient les Pharisiens et les Sadducéens. Les Pharisiens observaient les prescriptions religieuses en détail mais avaient perdu l'esprit de la Vérité. C’étaient des hommes fiers qui ont falsifié les prophéties relatives au Messie et qui ont interprété la Loi Divine selon leurs propres opinions. Les Sadducéens enseignaient des erreurs encore plus graves en mettant en doute l'immortalité de l'âme et le rejet de la plupart des Livres Sacrés. Les deux se disputaient le pouvoir du Sanhédrin qui était gouverné par les Sadducéens au moment où Jésus fut condamné.

Les Sadducéens ne sont mentionnés qu'une seule fois dans Marc et trois fois en Matthieu tandis que les Pharisiens apparaissent plusieurs fois dans les Évangiles de Marc et de Matthieu. Dans le chapitre 23 de Saint Matthieu, il y a en particulier une accusation ouverte contre eux : « Malheur à vous, maîtres de la loi et Pharisiens, hypocrites ! Vous donnez à Dieu le dixième de plantes comme la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous négligez les enseignements les plus importants de la loi, tels que la justice, la bonté et la fidélité : c'est pourtant là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger le reste ».

Commentant ce passage de Matthieu, Saint Thomas explique que les Pharisiens n’ont pas été réprimandés par le Seigneur pour le paiement de la dîme « mais uniquement pour le fait qu'ils ne prenaient pas en compte les préceptes plus importants, ceux d'ordre spirituel. Cependant sur la pratique elle-même, il semble les féliciter en disant: « Sans négliger le reste » (Haec oportuit facere), en vertu de la loi, comme Chrysostome ajoute » (Somme Théologique, II-Objection, q. 87-3) .
Saint Augustin, en ce qui concerne le Pharisien décrit par Saint Luc (18, 10-14) ( Parabole du Pharisien et du Publicain au Temple ), dit qu'il est condamné, non pas pour ses œuvres, mais pour s’être vanté de sa sainteté présumée (Lettre 121, 1.3). Encore une fois Saint Augustin, dans la Lettre aux Casulano, explique que le Pharisien n'a pas été condamné pour son jeûne (Luc, 18, 11), mais « parce qu'il était hautain, bouffi d'orgueil par rapport au Publicain» (Lettre 36, 3, 7). En fait, « le jeûne deux fois par semaine est sans mérite pour une personne comme le Pharisien, considérant que c’est un acte religieux pour un fidèle humble ou une personne humble dans la foi, même si l'Évangile ne parle pas de condamnation pour le Pharisien mais plutôt de la justification pour le Publicain » (Lettre 36, 4, 7).

Nous avons la définition la plus synthétique des Pharisiens de Saint Bonaventure: « Pharisaeus significat illos ici propter opéra exteriora si reputant bonos; et idéo non habent lacrymas compunctionis »(De S. Maria Magdalena, Le Sermon, dans Œuvres complètes, Ad Aquas Claras, Florence 2001 Vol. IX, col. 556B). Les « Pharisiens sont ceux qui se considèrent bons en raison de leurs œuvres extérieures et donc ils n’ont pas de larmes de componction ».

Jésus a condamné les Pharisiens parce qu'il connaissait leurs cœurs : ils étaient pécheurs mais eux-mêmes se considéraient saints. Le Seigneur a voulu enseigner à ses disciples que l'accomplissement extérieur de bonnes œuvres ne suffisait pas ; ce qui fait un bon acte est non seulement son objet mais son intention. Néanmoins, si il est vrai que les bonnes œuvres ne sont pas suffisantes quand la bonne intention n'y est pas, il est vrai aussi que qu’une bonne intention ne suffit pas s’il n'y a pas de bonnes œuvres. Le parti des Pharisiens, auquel Gamaliel, Nicodème et Joseph d'Arimathie appartenaient ( Antiquité Juive, 20.9.1) et Saint Paul lui-même (Actes 23: 6) était meilleur que le parti des Sadducéens précisément parce que, en dépit de leur hypocrisie, ils ont respecté les lois alors que les Sadducéens, qui comptaient dans leurs rangs le Grand Prêtre Anne et Caïphe (Antiquité Juive, 18.35.95), les regardaient de haut. Les Pharisiens étaient des conservateurs fiers, les Sadducéens étaient des progressistes incrédules, mais les deux se sont unis pour rejeter la Mission Divine de Jésus (Matthieu 3: 7-10).

Qui sont les Pharisiens et les Sadducéens de notre temps ? Nous pouvons le dire en toute certitude. Ce sont ceux qui, avant, pendant et après le Synode ont essayé de (et vont essayer de) modifier les pratiques de l'Église, et, par la pratique, sa doctrine sur le mariage et la famille.

Jésus a proclamé l'indissolubilité du mariage, en se basant sur la restauration de la loi naturelle dont les Juifs s’étaient éloignés et Il l'a renforcée en élevant le lien du mariage [au niveau de] à un sacrement. Les Pharisiens et les Sadducéens ont rejeté cet enseignement en niant les Paroles Divines de Jésus auxquelles ils ont substitué leur propre opinion. Ils se sont faussement référés à Moïse tout comme les innovateurs de notre époque se réfèrent à une supposée tradition des premiers siècles, falsifiant l'Histoire et la de la Doctrine de l'Église.

C’est pour cela qu’un vaillant Évêque, défenseur de la foi orthodoxe, Mgr Athanasius Schneider, parle d'une « pratique néo-mosaïque » ( voir toute la réaction de Mgr Schneider ici ) qui ré-émerge : « Les nouveaux disciples de Moïse et les nouveaux Pharisiens au cours des deux dernières Assemblées du Synode (2014 et 2015) ont masqué de façon pratique leur déni de l'indissolubilité du mariage et ont amené une suspension du Sixième Commandement au cas par cas sous le couvert de la notion de la miséricorde en utilisant des expressions telles que : « voie du discernement », « accompagnement », « orientations de l'Évêque », « dialogue avec le prêtre », « for interne », « grâce à une plus grande et entière intégration dans la vie de l’Église » ; ils ont amené une éventuelle suppression de l'imputabilité en ce qui concerne la cohabitation dans les unions irrégulières (cf. Rapport Final, nos. 84-86).

Les Sadducéens sont les innovateurs qui statuent ouvertement l'abandon de la Doctrine et la pratique de l'Église ; les Pharisiens sont ceux qui proclament l'indissolubilité du mariage de leurs lèvres mais la nient hypocritement dans les faits en en proposant la transgression de la loi morale avec le « cas par cas ». Les vrais disciples de Jésus-Christ appartiennent ni au parti néo-Pharisiens, ni au parti parti néo-Sadducéens, tous les deux modernistes, mais appartiennent à l'École de Saint-Jean-Baptiste qui prêchait dans les déserts spirituels de son temps. Le Baptiste, quand il stigmatise les Pharisiens et les Sadducéens comme étant une « race de vipères » (Matthieu 2: 7) et quand il a réprimandé Hérode Antipas pour son adultère, n’était pas dur de cœur, mais était mû par l'amour de Dieu et des âmes. Les hypocrites et les durs de cœur étaient les conseillers d'Hérode qui prétendaient concilier sa condition de pécheur impénitent avec l'enseignement de l'Écriture. Hérode a tué le Baptiste pour étouffer la voix de la Vérité, mais la voix du Précurseur résonne encore après vingt siècles.

À ceux qui défendent la bonne doctrine, ne suivez pas l'exemple de Pharisiens ni des Sadducéens, mais l'exemple de Saint Jean-Baptiste et de Notre Seigneur.