dimanche 15 novembre 2015

François est-il en train de devenir

le nouveau prisonnier du Vatican ?


par Edward Condon
SOURCE : Catholic Herald
Rédigé le mardi 10 Novembre 2015


Vous pouvez dire ce que vous voulez à propos de François et beaucoup le font. Nous avons pris l'habitude de ses courtes citations prononcées à l’improviste, des comptes rendus de seconde main au sujet de ses appels téléphoniques à minuit et des condensés livresques de ses entretiens semi-fiables avec des athées nonagénaires qui font toutes les nouvelles suivies par un maelström d'interprétations et de contre-interprétations avant qu’une éventuelle « clarification » sorte du Bureau de Presse du Vatican qui ne se résume pas plus qu’à « Nous ne pensons pas que personne d’entre avez compris.

Alors que c’est normal que les écrits des Papes soient scrutés, discutés et examinés pour des indices quant à ce qu'ils voulaient vraiment dire, ce n’est pas normal que cela se produise alors que ces écrits sont encore actifs sur Twitter. Le paradoxe de François est que, pour un Pape qui parle plus ouvertement que tout autre pape, aucun d'entre nous savons réellement ce qu'il pense au sujet de tout un éventail de sujets partant des divorcés remariés jusqu’à la réforme de la Curie.

C’est largement répandu à Rome qu'il était choqué de découvrir, quelques mois après le fait, de la manière dont son commentaire « Qui suis-je pour juger ? » avait été exploité.

Et, alors qu'il a été clair sur le droit des fonctionnaires à l'objection de conscience (re : incident Kim Davis qui a refusé d’officier un mariage gay au Kentucky et qui a fait de la prison pour cela ), nous ne savons toujours pas dans quelle mesure il savait qui il rencontrait quand il a serré la main de Kim Davis lors de son récent voyage aux États-Unis.

Ça a été tout aussi intéressant de voir les différentes réactions au document final du Synode sur la Famille. Différents Évêques qui ont participé et aider à rédiger le document sont arrivés à des interprétations radicalement différentes de ce qu’il signifie vraiment. Tant et si bien que toute l'Église attend avec impatience le Pape qu’il dise quelque chose de définitif, d'une façon ou de l'autre.

Le travail d'interpréter le Saint-Père est devenu un emploi à temps plein pour certains commentateurs, et il est difficile de voir qui, en dehors d'eux, bénéficient des avantages de cette confusion qui continue. Il devient de plus en plus clair que François lui-même et son ensemble d’objectifs définis, bien qu’indistincts, sont certainement victimes comme le reste d'entre nous qui essayons de donner un sens à tout cela.

À part quelques voix éloignées, ce n’est pas jugé de façon crédible que le Saint-Père ait pour objectif la confusion. En effet, ses interventions, quand elles surviennent, semblent avoir un ton presque impatient devant l'incapacité du reste d'entre nous d’endosser son programme quel qu'il soit. Donc, si le Pape ne cherche pas à se laisser ouvert à des interprétations contradictoires constantes, qu’est-ce qui se passe ? La réponse la plus évidente semble être le fait qu'il ne soit tout simplement pas au courant de la crise se déroulant à l'extérieur des murs du Vatican.

Lorsque François a été élu la première fois, il y a deux ans et demi, il a refusé avec insistance d’emménager dans le Palais Apostolique mais s’est installé à la Résidence Sainte-Marthe. On en a fait tout un plat avec cela, à l'époque, comme étant une fuite publique devant les signes extérieurs du trône papal — François a préféré une auberge de jeunesse à un palais. Pourtant, alors que les salles publiques du Palais Apostolique sont impressionnantes pour dire le moins, ceux qui ont jamais vu les appartements privés de Benoît XVI les décrivent comme rien de mieux comme usés à la corde presque au point d'être minables. La réelle motivation de François de préférer la Maison au Palais a été, on l’a déjà mentionné, qu’il a refusé d'être le prisonnier des secrétaires. Les appartements pontificaux ont une seule porte d’entrée et, pour la franchir, on doit littéralement passer au travers d’une gamme de gardes et de gardiens. À la Maison, espérait-on, François pourrait avoir les coudées plus franches, se frottant contre les gens et conservant un contact spontané avec le monde extérieur. Pourtant, malgré cette déclaration d'intention dramatique, François semble à bien des égards être plus distancé que les deux Papes précédents ; il semble incapable d'éviter toute confusion sur ce qu'il dit ou d'entendre clairement les questions qu'on lui demande si ardemment de traiter. Mais pourquoi ?

Plus tôt cette année, dans une interview à un journal argentin, il est apparu que le Pape n’avait pas regardé la télévision depuis plus de 20 ans, qu’il n’utilise pas l'Internet et qu’il lit un seul journal. Quand nous pensons vraiment à ce que cela signifie en termes de d’ouverture du Saint-Père et de son appréciation de ce qui se passe dans l'Église plus large et dans le monde, il semble qu'il est, peut-être inconsciemment, devenu davantage une créature de ses conseillers au point que ces derniers n’auraient jamais pu le réaliser s’ils l’avaient gardé enfermer dans les appartements pontificaux. Ça fait certainement du sens alors de constater la réticence apparente de François à s’investir dans des débats plus houleux sur ce qu'il voulait dire quand il a dit telle chose particulière — il n’est pas nécessairement au courant qu’il y a un débat !

Il y a un réel danger que François soit en train de devenir le nouveau prisonnier du Vatican et c’est une prison de mauvais conseils et de manque d'information. Les résultats du fait qu’il soit totalement dépendant de ce que ses conseillers lui disent sont un véritable obstacle à ses propres réformes financières du Vatican et compromettent gravement la crédibilité de ses rendez-vous. Cela peut être vu, par exemple, dans la décision inexplicable d'inviter un homme comme aussi compromettant que le Cardinal Danneels au Synode (sur la famille de toutes choses !) malgré le scandale entourant ses tentatives rapportées relativement à faire silence concernant des victimes d'abus sexuels.

François a été clair sur une chose : il est déterminé à réformer l'Église dans sa structure et ses perspectives. Personne ne doute de sa conviction. Mais, jusqu'à ce qu'il puisse s’affranchir de ses responsables et acquérir une vue non filtrée de l'Église et du monde, il sera incapable de saisir pleinement les problèmes et encore moins de formuler ses solutions.