lundi 12 septembre 2016

Jésus à Magdalgad

Il met en cendres une idole païenne



SOURCE : Tiré de Maria Valtorta



Jésus arrive aux premières maisons du pays. Il est sur le point d'y entrer quand il rencontre un étrange cortège. Il y a des femmes qui crient, des hommes dont la voix alterne avec la leur dans un chant funèbre, et tous se livrent à une sorte de danse autour d'un bouc qui avance, les yeux bandés, meurtri de coups, les genoux en sang pour avoir trébuché et être tombé sur les pierres du sentier. Jésus à Magdalgad. Il met en cendres une idole païenne Jésus arrive aux premières maisons du pays. Il est sur le point d'y entrer quand il rencontre un étrange cortège. Il y a des femmes qui crient, des hommes dont la voix alterne avec la leur dans un chant funèbre, et tous se livrent à une sorte de danse autour d'un bouc qui avance, les yeux bandés, meurtri de coups, les genoux en sang pour avoir trébuché et être tombé sur les pierres du sentier. Un second groupe, qui vocifère et crie lui aussi, s'agite autour d'une statue sculptée, très grossière en vérité, et tient en l'air des poêles avec des braises allumées dont ils alimentent la combustion en jetant dessus de la résine et du sel, du moins il me semble, car la première dégage une odeur de térébenthine et l'autre crépite comme fait le sel. Un dernier groupe entoure un santon devant lequel ils s'inclinent en criant: "Par ta force !" (hommes).

"Toi seul le peux !" (femmes).

"Supplie le dieu !" (hommes).

"Enlève le sortilège !" (femmes).

"Commande à la matrice !"

"Sauve la femme !"

Et tous ensemble, avec un bruit infernal: "Mort à la magicienne !"

Et puis, de nouveau, avec une variante: "Par ta force !"

"Toi seul le peux !"

"Commande au dieu !"

"Qu'il fasse voir !"

"Commande au bouc !"

"Qu'il montre la magicienne !" et, avec des cris de damnés: "Qui hait la maison de Fara !"

Jésus arrête un homme du dernier groupe et lui demande doucement: "Qu'est-ce qui arrive? Je suis étranger..."

Comme la procession s'est arrêtée un moment pour frapper le bouc, jeter de la résine sur les braises et reprendre haleine, l'homme explique: "L'épouse de Fara, le grand de Magdalgad, se meurt en accouchant. C'est quelqu'une qui la hait qui lui a jeté un sort. Ses entrailles se sont nouées, et l'enfant ne peut naître. Nous cherchons la magicienne pour la tuer. Comme cela seulement l'épouse de Fara sera sauve et si nous ne trouvons pas la magicienne, nous sacrifierons le bouc, pour obtenir la plus grande pitié de la déesse Matrice" (on comprend que cette horreur de poupée est une déesse...).

"Arrêtez-vous, dit Jésus à l'homme et à deux autres qui se sont approchés. Je suis capable de guérir la femme et de sauver le garçon. Dites-le au prêtre."

"Tu es médecin ?"

"Plus que cela."

Les trois fendent la foule et vont vers le prêtre idolâtre. Ils lui parlent. Le bruit se répand. La procession qui avait repris sa marche s'arrête. Le prêtre, imposant avec ses oripeaux multicolores, fait signe à Jésus et commande: "Jeune homme, viens ici !" Et quand il est près de lui: "Est-ce vrai, ce que tu dis ? Prends garde que si ce que tu dis n'arrive pas, nous penserons que l'esprit de la magicienne s'est incarné en Toi, et nous te tuerons à sa place."

"C'est vrai. Amenez-moi tout suite auprès de la femme et en attendant, donnez-moi le bouc. Il faut que je l'aie. Enlevez-lui son bandeau et amenez-le-moi ici."

Ils le font. La pauvre bête abasourdie, chancelante, toute en sang est amenée à Jésus qui caresse son épais poil noir.

"Maintenant il faut m'obéir en tout. Allez-vous le faire ?"

"Oui !" crie la foule.

"Allons, ne criez plus. Ne brûlez plus de résine. Je vous le commande."

Ils s'en vont, rentrent dans le pays et par une route qui est la meilleure ils se rendent à une maison placée au milieu d'un verger. Des cris et des pleurs sortent par les portes grandes ouvertes et, dominant tout, lugubres, les lamentations atroces de la femme qui ne peut mettre au jour son enfant.

Ils courent avertir Fara qui s'avance, le teint terreux, échevelé, accompagné de femmes qui pleurent et d'inutiles santons pour qui on brûle de l'encens et des feuilles dans des poêles de cuivre.

"Sauve ma femme !"

"Sauve ma fille !"

"Sauve-la, sauve-la !" crient tour à tour l'homme, une vieille femme, la foule.

"Je la sauverai, et avec elle ton garçon, car c'est un garçon à la mine florissante avec deux yeux doux, de la couleur d'une olive qui mûrit et la tête couverte de cheveux noirs comme cette toison."

"Comment le sais-tu ? Que vois-tu ? Même dans les entrailles ?"

"C'est en tout que je vois et pénètre. Je connais et je peux tout. Je suis Dieu."

Il aurait lancé la foudre, que cela aurait produit moins d'effet. Tous se jettent par terre, comme morts.

"Levez-vous. Écoutez. Je suis le Dieu puissant et je ne supporte pas d'autres dieux en ma présence. Allumez un feu, et jetez-y cette statue."

La foule se révolte. Elle commence à douter du "dieu" mystérieux qui lui commande de brûler la déesse. Les plus enflammés, ce sont les prêtres.

Mais Fara et la mère de l'épouse, auxquels importe la vie de la femme, s'opposent à la foule hostile. Fara c'est le grand du pays et la foule réprime son indignation. L'homme pourtant interroge Jésus : "Comment puis-je croire que tu es un dieu ? Donne-m'en une preuve et je commanderai qu'on fasse ce que tu veux."

"Regarde. Vois-tu les blessures de ce bouc ? Elles sont ouvertes, n'est-ce pas ? Sanglantes, n'est-ce pas ? La bête est quasi mourante, n'est-ce pas ? Eh bien, je veux que cela ne soit pas... Voilà, regarde."

L'homme se penche et regarde... et il crie: "Il n'a plus de blessures !" et il se jette par terre, suppliant: "Ma femme, ma femme !"

Mais le prêtre de la procession dit : "Méfie-toi, Fara. Nous ne savons pas qui est celui-ci ! Crains la vengeance des dieux."

L'homme est pris entre deux peurs : les dieux, sa femme... Il demande : "Qui es-tu ?"

"Je suis Celui qui suis, au Ciel, sur la terre. Toute force m'est soumise, toute pensée connue. Les habitants du Ciel m'adorent, les habitants de l'Enfer me craignent. Et ceux qui croient en Moi verront s'accomplir toutes sortes de prodiges."

"Je crois ! Je crois... Ton Nom !"

"Jésus Christ, le Seigneur Incarné. Cette idole aux flammes ! Je ne supporte pas de dieux en ma présence. Ces encensoirs éteints ! Il n'y a que mon Feu qui possède puissance et volonté. Obéissez, ou je réduis en cendre votre vaine idole et je m'en irai sans opérer le salut."

Jésus est terrible en son habit de lin, des épaules duquel pend le manteau bleu qui retombe en arrière. Il a le bras levé dans l'attitude du commandement, le visage fulgurant. Ils en ont peur. Personne ne parle plus. .Dans le silence, le cri de plus en plus épuisé et déchirant de la femme. Mais ils hésitent à obéir. Le visage de Jésus devient de plus en plus insoutenable à regarder. C'est vraiment un feu qui brûle la matière et les âmes. Les encensoirs sont les premiers à subir sa volonté. Ceux qui les tiennent doivent les jeter parce qu'ils ne peuvent plus en supporter la chaleur. Et pourtant, les charbons paraissent éteints... Puis ce sont ceux qui portaient l'idole qui doivent poser par terre le brancard qu'ils soutenaient sur leurs épaules avec les barres, car le bois carbonise comme si une flamme mystérieuse le léchait et à peine arrivé au sol, le brancard de l'idole prend feu.

Les gens fuient, terrorisés...

Jésus se tourne vers Fara: "Peux-tu donc, réellement croire à ma puissance ?"

"Je crois, je crois. Tu es Dieu. Tu es le Dieu Jésus."

"Non. Je suis le Verbe du Père, de Jéové d'Israël [1], venu avec sa Chair, son Sang, son Ame et sa Divinité pour racheter le monde et lui donner la foi au Dieu Véritable, Un, Trin qui est dans les Cieux très hauts. Je viens donner aide et pitié aux hommes pour qu'ils abandonnent l'Erreur et viennent à la Vérité qui est le Dieu Unique de Moïse et des Prophètes. Peux-tu croire encore ?"

"Je crois, je crois !"

"Je suis venu apporter aux hommes la Voie, la Vérité, la Vie pour abattre les idoles, pour enseigner la sagesse. Par Moi, le monde aura la rédemption car je mourrai pour l'amour du monde et pour le salut éternel des hommes. Peux-tu croire encore ?"

"Je crois, je crois !"

"Je suis venu dire aux hommes que s'ils croient au Dieu Vrai ils auront la vie éternelle dans les Cieux, près du Très-Haut qui a créé tous les hommes, les animaux, les plantes, les planètes. Peux-tu croire encore ?"

"Je crois, je crois !"

Jésus n'entre même pas dans la maison. Il tend seulement les bras vers la pièce où souffre la femme, les mains tendues comme dans la résurrection de Lazare et il crie : "Sors à la lumière, pour connaître la Lumière Divine et sur l'ordre de la Lumière qui est Dieu !" C'est un commandement de tonnerre auquel, après un moment, fait écho un cri de triomphe où résonnent une plainte et une joie et puis le cri faible d'un nouveau-né, faible et pourtant bien net et qui de plus en plus prend de la force.

"Ton fils pleure, en saluant la terre. Va le trouver et dis-lui, maintenant et plus tard, que la patrie ce n'est pas la terre, mais le Ciel. Fais-le grandir, et toi grandis avec lui, pour le Ciel. C'est la Vérité qui te parle. Ces choses (et il montre les encensoirs de cuivre, tordus comme des feuilles sèches qui ne peuvent plus servir à rien et qui gisent sur le sol et la cendre qui marque la place du brancard de l'idole) ces choses, c'est le Mensonge qui n'apporte ni aide, ni salut. Adieu."

Et il est sur le point de partir. Mais une femme accourt avec un vigoureux nouveau-né enveloppé dans des langes et elle crie: "C'est un garçon, Fara. Beau, robuste, aux yeux noirs foncés comme une olive qui mûrit, ses cheveux sont plus noirs et plus fins que la toison d'un chevreau sacré. Et ta femme repose, heureuse. Elle ne souffre plus, comme s'il n'y avait rien eu. Une chose imprévisible alors qu'elle était mourante... et après ces paroles..."

Jésus sourit, et comme l'homme Lui présente son nouveau-né, il lui touche la tête du bout des doigts. À l'exception des prêtres qui sont partis indignés en voyant la défection de Fara, les gens s'approchent, curieux de voir le nouveau-né et désireux de regarder Jésus.

Fara voudrait Lui donner des objets et de l'argent pour le miracle. Mais Jésus dit avec douceur et fermeté : "Rien. Le miracle ne se paie que par la fidélité à Dieu qui l'a accordé. Je garde seulement ce bouc, en souvenir de ta ville." Et il s'en va avec le bouc qui trottine tout près de Lui comme si Jésus était son maître. Il est revenu à la vie, heureux, bêlant sa joie d'être avec quelqu'un qui ne le frappe pas... Ils descendent ainsi les pentes de la colline pour reprendre la grand-route qui conduit à Azoto...

Quand, vers le soir, près de l'étang ombragé, Jésus voit arriver ses disciples, c'est une stupeur réciproque : pour eux de voir Jésus avec ce bouc et pour Lui de voir les visages déconfits de gens qui n'ont pas fait d'affaires.

"Un désastre, Maître ! Ils ne nous ont pas frappés, mais ils nous ont chassés hors de la ville. Nous avons erré dans la campagne et, en payant bien cher, nous avons pu nous procurer de la nourriture. Et pourtant nous avons été doux..." disent-ils désolés.

"N'importe. À Hébron aussi ils nous ont chassés l'an dernier, et cette fois ils nous ont fait honneur. Vous ne devez pas vous décourager."

"Et Toi, Maître ? Cette bête?" demandent-ils.

"Je suis allé à Magdalgad. J'ai brûlé une idole et ses encensoirs. J'ai fait naître un garçon. J'ai prêché le Dieu Vrai en faisant des miracles et j'ai pris pour Moi le bouc destiné à un rite idolâtre, à titre de récompense. Pauvre bête, elle n'était qu'une plaie!"

"Mais maintenant il se porte bien ! C'est une bête superbe."

"C'était un animal sacré destiné à l'idole... Sain, oui. Mon premier miracle pour les convaincre que c'était Moi, le Puissant, et non pas leur morceau de bois."

"Et que vas-tu en faire ?"

"Je l'amène à Margziam. Un fantoche hier, un bouc aujourd'hui. Je lui ferai plaisir."

"Mais tu veux le conduire jusqu'à Béther ?"

"Certainement. Je ne vois pas ce qu'il y a de déplaisant à le faire. Si je suis le Berger, je pourrai avoir un bouc. Puis nous le donnerons aux femmes et elles iront ainsi en Galilée. Nous trouverons une chevrette. Simon, tu deviendras berger de chèvres. Il vaudrait mieux des brebis... mais dans le monde, il y a plus de boucs que d'agneaux... C'est un symbole, mon Pierre. Rappelle-toi cela... Par ton sacrifice tu feras des boucs des agneaux. Venez. Rejoignons ce village parmi les vergers, Nous trouverons à nous loger ou dans les maisons, ou sur les gerbes qui déjà sont liées dans les champs. Et demain, nous irons à Jabnia." Les apôtres sont étonnés, peinés, découragés. Étonnés par les miracles, affligés de n'y avoir pas assisté, découragés par leur incapacité alors que Jésus peut tout. Mais Lui, au contraire, est si content !... Et il réussit à les persuader que "rien n'est inutile, pas même un échec car il sert à vous former à l'humilité alors que la parole sert à faire résonner un nom, le mien, et à laisser un souvenir dans les cœurs." Et il est si convainquant, sa joie si lumineuse qu'ils retrouvent eux aussi la sérénité. Un second groupe, qui vocifère et crie lui aussi, s'agite autour d'une statue sculptée, très grossière en vérité, et tient en l'air des poêles avec des braises allumées dont ils alimentent la combustion en jetant dessus de la résine et du sel, du moins il me semble, car la première dégage une odeur de térébenthine et l'autre crépite comme fait le sel. Un dernier groupe entoure un santon devant lequel ils s'inclinent en criant: "Par ta force !" (hommes).

"Toi seul le peux !" (femmes).

"Supplie le dieu !" (hommes).

"Enlève le sortilège !" (femmes).

"Commande à la matrice !"

"Sauve la femme !"

Et tous ensemble, avec un bruit infernal: "Mort à la magicienne !"

Et puis, de nouveau, avec une variante: "Par ta force !"

"Toi seul le peux !"

"Commande au dieu !"

"Qu'il fasse voir !"

"Commande au bouc !"

"Qu'il montre la magicienne !" et, avec des cris de damnés: "Qui hait la maison de Fara !"

Jésus arrête un homme du dernier groupe et lui demande doucement: "Qu'est-ce qui arrive? Je suis étranger..."

Comme la procession s'est arrêtée un moment pour frapper le bouc, jeter de la résine sur les braises et reprendre haleine, l'homme explique: "L'épouse de Fara, le grand de Magdalgad, se meurt en accouchant. C'est quelqu'une qui la hait qui lui a jeté un sort. Ses entrailles se sont nouées, et l'enfant ne peut naître. Nous cherchons la magicienne pour la tuer. Comme cela seulement l'épouse de Fara sera sauve et si nous ne trouvons pas la magicienne, nous sacrifierons le bouc, pour obtenir la plus grande pitié de la déesse Matrice" (on comprend que cette horreur de poupée est une déesse...).

"Arrêtez-vous, dit Jésus à l'homme et à deux autres qui se sont approchés. Je suis capable de guérir la femme et de sauver le garçon. Dites-le au prêtre."

"Tu es médecin ?"

"Plus que cela."

Les trois fendent la foule et vont vers le prêtre idolâtre. Ils lui parlent. Le bruit se répand. La procession qui avait repris sa marche s'arrête. Le prêtre, imposant avec ses oripeaux multicolores, fait signe à Jésus et commande: "Jeune homme, viens ici !" Et quand il est près de lui: "Est-ce vrai, ce que tu dis ? Prends garde que si ce que tu dis n'arrive pas, nous penserons que l'esprit de la magicienne s'est incarné en Toi, et nous te tuerons à sa place."

"C'est vrai. Amenez-moi tout suite auprès de la femme et en attendant, donnez-moi le bouc. Il faut que je l'aie. Enlevez-lui son bandeau et amenez-le-moi ici."

Ils le font. La pauvre bête abasourdie, chancelante, toute en sang est amenée à Jésus qui caresse son épais poil noir.

"Maintenant il faut m'obéir en tout. Allez-vous le faire ?"

"Oui !" crie la foule.

"Allons, ne criez plus. Ne brûlez plus de résine. Je vous le commande."

Ils s'en vont, rentrent dans le pays et par une route qui est la meilleure ils se rendent à une maison placée au milieu d'un verger. Des cris et des pleurs sortent par les portes grandes ouvertes et, dominant tout, lugubres, les lamentations atroces de la femme qui ne peut mettre au jour son enfant.

Ils courent avertir Fara qui s'avance, le teint terreux, échevelé, accompagné de femmes qui pleurent et d'inutiles santons pour qui on brûle de l'encens et des feuilles dans des poêles de cuivre.

"Sauve ma femme !"

"Sauve ma fille !"

"Sauve-la, sauve-la !" crient tour à tour l'homme, une vieille femme, la foule.

"Je la sauverai, et avec elle ton garçon, car c'est un garçon à la mine florissante avec deux yeux doux, de la couleur d'une olive qui mûrit et la tête couverte de cheveux noirs comme cette toison."

"Comment le sais-tu ? Que vois-tu ? Même dans les entrailles ?"

"C'est en tout que je vois et pénètre. Je connais et je peux tout. Je suis Dieu."

Il aurait lancé la foudre, que cela aurait produit moins d'effet. Tous se jettent par terre, comme morts.

"Levez-vous. Écoutez. Je suis le Dieu puissant et je ne supporte pas d'autres dieux en ma présence. Allumez un feu, et jetez-y cette statue."

La foule se révolte. Elle commence à douter du "dieu" mystérieux qui lui commande de brûler la déesse. Les plus enflammés, ce sont les prêtres.

Mais Fara et la mère de l'épouse, auxquels importe la vie de la femme, s'opposent à la foule hostile. Fara c'est le grand du pays et la foule réprime son indignation. L'homme pourtant interroge Jésus : "Comment puis-je croire que tu es un dieu ? Donne-m'en une preuve et je commanderai qu'on fasse ce que tu veux."

"Regarde. Vois-tu les blessures de ce bouc ? Elles sont ouvertes, n'est-ce pas ? Sanglantes, n'est-ce pas ? La bête est quasi mourante, n'est-ce pas ? Eh bien, je veux que cela ne soit pas... Voilà, regarde."

L'homme se penche et regarde... et il crie: "Il n'a plus de blessures !" et il se jette par terre, suppliant: "Ma femme, ma femme !"

Mais le prêtre de la procession dit : "Méfie-toi, Fara. Nous ne savons pas qui est celui-ci ! Crains la vengeance des dieux."

L'homme est pris entre deux peurs : les dieux, sa femme... Il demande : "Qui es-tu ?"

"Je suis Celui qui suis, au Ciel, sur la terre. Toute force m'est soumise, toute pensée connue. Les habitants du Ciel m'adorent, les habitants de l'Enfer me craignent. Et ceux qui croient en Moi verront s'accomplir toutes sortes de prodiges."

"Je crois ! Je crois... Ton Nom !"

"Jésus Christ, le Seigneur Incarné. Cette idole aux flammes ! Je ne supporte pas de dieux en ma présence. Ces encensoirs éteints ! Il n'y a que mon Feu qui possède puissance et volonté. Obéissez, ou je réduis en cendre votre vaine idole et je m'en irai sans opérer le salut."

Jésus est terrible en son habit de lin, des épaules duquel pend le manteau bleu qui retombe en arrière. Il a le bras levé dans l'attitude du commandement, le visage fulgurant. Ils en ont peur. Personne ne parle plus. .Dans le silence, le cri de plus en plus épuisé et déchirant de la femme. Mais ils hésitent à obéir. Le visage de Jésus devient de plus en plus insoutenable à regarder. C'est vraiment un feu qui brûle la matière et les âmes. Les encensoirs sont les premiers à subir sa volonté. Ceux qui les tiennent doivent les jeter parce qu'ils ne peuvent plus en supporter la chaleur. Et pourtant, les charbons paraissent éteints... Puis ce sont ceux qui portaient l'idole qui doivent poser par terre le brancard qu'ils soutenaient sur leurs épaules avec les barres, car le bois carbonise comme si une flamme mystérieuse le léchait et à peine arrivé au sol, le brancard de l'idole prend feu.

Les gens fuient, terrorisés...

Jésus se tourne vers Fara: "Peux-tu donc, réellement croire à ma puissance ?"

"Je crois, je crois. Tu es Dieu. Tu es le Dieu Jésus."

"Non. Je suis le Verbe du Père, de Jéové d'Israël [1], venu avec sa Chair, son Sang, son Ame et sa Divinité pour racheter le monde et lui donner la foi au Dieu Véritable, Un, Trin qui est dans les Cieux très hauts. Je viens donner aide et pitié aux hommes pour qu'ils abandonnent l'Erreur et viennent à la Vérité qui est le Dieu Unique de Moïse et des Prophètes. Peux-tu croire encore ?"

"Je crois, je crois !"

"Je suis venu apporter aux hommes la Voie, la Vérité, la Vie pour abattre les idoles, pour enseigner la sagesse. Par Moi, le monde aura la rédemption car je mourrai pour l'amour du monde et pour le salut éternel des hommes. Peux-tu croire encore ?"

"Je crois, je crois !"

"Je suis venu dire aux hommes que s'ils croient au Dieu Vrai ils auront la vie éternelle dans les Cieux, près du Très-Haut qui a créé tous les hommes, les animaux, les plantes, les planètes. Peux-tu croire encore ?"

"Je crois, je crois !"

Jésus n'entre même pas dans la maison. Il tend seulement les bras vers la pièce où souffre la femme, les mains tendues comme dans la résurrection de Lazare et il crie : "Sors à la lumière, pour connaître la Lumière Divine et sur l'ordre de la Lumière qui est Dieu !" C'est un commandement de tonnerre auquel, après un moment, fait écho un cri de triomphe où résonnent une plainte et une joie et puis le cri faible d'un nouveau-né, faible et pourtant bien net et qui de plus en plus prend de la force.

"Ton fils pleure, en saluant la terre. Va le trouver et dis-lui, maintenant et plus tard, que la patrie ce n'est pas la terre, mais le Ciel. Fais-le grandir, et toi grandis avec lui, pour le Ciel. C'est la Vérité qui te parle. Ces choses (et il montre les encensoirs de cuivre, tordus comme des feuilles sèches qui ne peuvent plus servir à rien et qui gisent sur le sol et la cendre qui marque la place du brancard de l'idole) ces choses, c'est le Mensonge qui n'apporte ni aide, ni salut. Adieu."

Et il est sur le point de partir. Mais une femme accourt avec un vigoureux nouveau-né enveloppé dans des langes et elle crie: "C'est un garçon, Fara. Beau, robuste, aux yeux noirs foncés comme une olive qui mûrit, ses cheveux sont plus noirs et plus fins que la toison d'un chevreau sacré. Et ta femme repose, heureuse. Elle ne souffre plus, comme s'il n'y avait rien eu. Une chose imprévisible alors qu'elle était mourante... et après ces paroles..."

Jésus sourit, et comme l'homme Lui présente son nouveau-né, il lui touche la tête du bout des doigts. À l'exception des prêtres qui sont partis indignés en voyant la défection de Fara, les gens s'approchent, curieux de voir le nouveau-né et désireux de regarder Jésus.

Fara voudrait Lui donner des objets et de l'argent pour le miracle. Mais Jésus dit avec douceur et fermeté : "Rien. Le miracle ne se paie que par la fidélité à Dieu qui l'a accordé. Je garde seulement ce bouc, en souvenir de ta ville." Et il s'en va avec le bouc qui trottine tout près de Lui comme si Jésus était son maître. Il est revenu à la vie, heureux, bêlant sa joie d'être avec quelqu'un qui ne le frappe pas... Ils descendent ainsi les pentes de la colline pour reprendre la grand-route qui conduit à Azoto...

Quand, vers le soir, près de l'étang ombragé, Jésus voit arriver ses disciples, c'est une stupeur réciproque : pour eux de voir Jésus avec ce bouc et pour Lui de voir les visages déconfits de gens qui n'ont pas fait d'affaires.

"Un désastre, Maître ! Ils ne nous ont pas frappés, mais ils nous ont chassés hors de la ville. Nous avons erré dans la campagne et, en payant bien cher, nous avons pu nous procurer de la nourriture. Et pourtant nous avons été doux..." disent-ils désolés.

"N'importe. À Hébron aussi ils nous ont chassés l'an dernier, et cette fois ils nous ont fait honneur. Vous ne devez pas vous décourager."

"Et Toi, Maître ? Cette bête?" demandent-ils.

"Je suis allé à Magdalgad. J'ai brûlé une idole et ses encensoirs. J'ai fait naître un garçon. J'ai prêché le Dieu Vrai en faisant des miracles et j'ai pris pour Moi le bouc destiné à un rite idolâtre, à titre de récompense. Pauvre bête, elle n'était qu'une plaie!"

"Mais maintenant il se porte bien ! C'est une bête superbe."

"C'était un animal sacré destiné à l'idole... Sain, oui. Mon premier miracle pour les convaincre que c'était Moi, le Puissant, et non pas leur morceau de bois."

"Et que vas-tu en faire ?"

"Je l'amène à Margziam. Un fantoche hier, un bouc aujourd'hui. Je lui ferai plaisir."

"Mais tu veux le conduire jusqu'à Béther ?"

"Certainement. Je ne vois pas ce qu'il y a de déplaisant à le faire. Si je suis le Berger, je pourrai avoir un bouc. Puis nous le donnerons aux femmes et elles iront ainsi en Galilée. Nous trouverons une chevrette. Simon, tu deviendras berger de chèvres. Il vaudrait mieux des brebis... mais dans le monde, il y a plus de boucs que d'agneaux... C'est un symbole, mon Pierre. Rappelle-toi cela... Par ton sacrifice tu feras des boucs des agneaux. Venez. Rejoignons ce village parmi les vergers, Nous trouverons à nous loger ou dans les maisons, ou sur les gerbes qui déjà sont liées dans les champs. Et demain, nous irons à Jabnia."

Les apôtres sont étonnés, peinés, découragés. Étonnés par les miracles, affligés de n'y avoir pas assisté, découragés par leur incapacité alors que Jésus peut tout. Mais Lui, au contraire, est si content !... Et il réussit à les persuader que "rien n'est inutile, pas même un échec car il sert à vous former à l'humilité alors que la parole sert à faire résonner un nom, le mien, et à laisser un souvenir dans les cœurs." Et il est si convainquant, sa joie si lumineuse qu'ils retrouvent eux aussi la sérénité.