vendredi 16 septembre 2016

Aujourd'hui, la plus grande menace à l'autorité
de l'enseignement du Pape est le Pape lui-même.


Est-ce que François subvertit délibérément l'autorité de l'enseignement papal ?


Par: Phil Lawler

Phil Lawler a été journaliste Catholique depuis plus de 30 ans. Il a édité plusieurs revues Catholiques et écrit huit livres. Fondateur de World Catholic News, il est le directeur des nouvelles et analyste en chef à CatholicCulture.org.

SOURCE : Catholic Culture
Le 15 septembre 2016




François est spécialisé dans des remarques troublantes — le plus souvent, il semble que ce soit au cours des entrevues en vol. Mais la responsabilité du Pontife Romain est de régler les questions : quelque chose que François semble réticent à faire. Maintenant, une autre déclaration informelle — touchant à une question urgente, mais sans donner une réponse qui fait autorité — me fait me demander si le Saint-Père sape délibérément sa propre fonction d'enseignement.

Robert Royal a expliqué de façon convaincante pourquoi il considère la dernière surprise du Vatican comme « Un geste bizarre du Pape » --- voir article ici. Depuis plus de deux ans, le monde Catholique a débattu de la « Proposition Kasper » à l’effet que, parfois, les Catholiques divorcés et remariés pourraient être admis à la Communion et, jusqu'à ce que cette semaine, il n'y a pas eu de réponse claire et définitive à cette question. Aujourd'hui, enfin, cette réponse vient de faire surface : pas dans un document officiel ou une déclaration publique, mais dans une lettre privée, une fuite qui a été tardivement confirmée comme authentique.

Comme le remarque Royal, à la fois avant et pendant les deux réunions du Synode des Évêques sur la famille, François a donné toutes les indications qu'il voulait que les Évêques approuvent la Proposition Kasper. Ils ne l’ont pas fait. Néanmoins, leur déclaration finale était assez ambiguë de sorte que le Pape lui-même, dans son Exhortation Apostolique qui a conclu les travaux du Synode, aurait pu faire le plongeon. Il ne l’a pas fait. Amoris Laetitia a évité de donner une réponse directe à la question que tout le monde demandait.

Pourquoi ce silence sur une question qui était clairement si importante au Pontife ? Tout au cours des réunions du Synode, les journalistes avaient bombardé les officiels du Vatican avec la même question : Est-ce que l'Église changerait sa politique en ce qui concerne la réception de la Communion par les Catholiques divorcés / remariés ? (Cette focalisation obsessionnelle sur ce sujet était lui-même bizarre, à la lumière des nombreuses menaces plus immédiates à la vie familiale.) Pourtant Amoris Laetitia n’a abordé la question que de manière indirecte, sans résultat. La clé de discernement des vraies intentions du Pape, les lecteurs l’ont généralement convenu, a été déposée dans une note de bas de page — une note obscure que le Pontife lui-même, dans une autre interview d'avion, a dit qu'il ne s’en souvenait pas clairement !

Mais maintenant, ignorant allègrement la confusion qu'il a créée, François annonce que son intention est tout à fait claire, qu'elle est transmise avec précision dans un document élaboré par un groupe d'Évêques Argentins et qu'« il ne peut y avoir aucune autre interprétation ». Et il fait cette annonce remarquable dans une lettre qui a été divulguée à la presse (par qui ?), de sorte que les journalistes se bousculaient pour vérifier l'en-tête de lettre du Pape jusqu'à ce que Radio Vatican ait finalement confirmé que la lettre était authentique. N’aurait-il pas été plus raisonnable sur une question d'un tel intérêt public de résoudre la question par une déclaration officielle du bureau de presse du Vatican ?

Pourtant, François avait délibérément évité de formaliser une telle déclaration au dossier. Il y a quelques mois, répondant à la même question des journalistes lors d'une interview en vol, il a refusé de donner une réponse directe. Le vaticaniste Andrea Tornielli de La Stampa le rappelle :

« Il lui a été demandé s'il y avait des nouvelles possibilités réelles d'accès aux Sacrements qui n'existaient avant la publication de l'encyclique « Amoris Laetitia ». « Je pourrais dire « oui » et je laisserai ça comme çela » avait répondu François. « Mais ce serait une réponse trop brève. Je vous recommande que vous lisiez tous la présentation faite par le Cardinal Schönborn, un grand théologien ».

(Le Cardinal Christoph Schönborn, qui est en effet un théologien distingué, avait suggéré que la Proposition Kasper avait été acceptée Mais il y avait une certaine ambiguïté aussi dans la déclaration du Cardinal Autrichien. Plus important encore, le Cardinal Schönborn n’est pas le Pape ; son interprétation d'une déclaration papale n’a pas la même autorité que la déclaration elle-même.)

Comme mon collègue Jeff Mirus l’a fait remarquer, la lettre-fuite de François ne porte pas également la même autorité qu’une déclaration papale. Une lettre privée ne constitue pas une déclaration formelle : ce n’est pas un exercice de la fonction d'enseignement du Pape. Et il semble clair que le Pape François ne voulait pas utiliser son autorité magistérielle pour régler la question car il a laissé passer plusieurs occasions de le faire.

S'il avait clairement indiqué, dans un document officiel, que les Catholiques divorcés et remariés pouvaient recevoir la Communion, François aurait ignorer la forte résistance qu'il aurait rencontrée au Synode et donc porter atteinte à son droit de parole au nom des Évêques du monde. Il aurait aussi été en contradiction avec l'enseignement de Saint Jean-Paul II, qui a été tout à fait clair en déclarant, dans Familiaris Consortio (# 84), que les Catholiques divorcés et remariés doivent vivre comme des frères et sœurs s’ils souhaitent approcher de l'Eucharistie, parce que « si l'on admettait ces personnes à l'Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l'Église concernant l'indissolubilité du mariage ». La logique de cette déclaration magistrale est convaincante. Et si François renversait la politique établie par le Pape Jean-Paul II, il semble clair qu’un futur pontife pourrait inverser la politique définie par le Pape François de sorte qu'aucune déclaration papale ne serait considérée comme concluante.

Au lieu de cela, comme Royal l’observe, François a choisi de « finasser ce processus par le biais de l'accompagnement, du discernement, tous ces mots qui ont pas de limites claires ». Royal dit que la question est claire mais qu’elle ne fournit pas de clarté. Avec son accord, les Évêques Argentins disent que les Catholiques divorcés / remariés ne peuvent recevoir la Communion que dans certaines circonstances limitées, mais ne précisent pas ce que ces circonstances peuvent être. Tout est laissé à la discrétion du pasteur ; l’orientation de Rome, c’est qu'il n'y aura pas de directives de Rome.

Qu'est-ce que cela signifie en termes de pratiques pastorales ? Pratiquement tous les Catholiques divorcés remariés diront que son cas tombe dans cette catégorie spéciale — quoi qu’elle soit — et qu’il devrait être autorisé à recevoir l'Eucharistie. Si son pasteur est en désaccord, il va probablement passer à une autre paroisse jusqu'à ce qu'il trouve un pasteur qui accepte son argumentation.

Est-ce que c’est l'intention du Pape ? De laisser chaque curé libre de faire ses propres interprétations des enseignements de l'Église ? Il a souvent parlé de la décentralisation de l'autorité ecclésiastique ; veut-il vraiment dire aller jusque-là ? Le Pape a encouragé d’un ton taquin des jeunes Catholiques à « mettre le bazar » ; est-ce qu'il essaie de donner l'exemple ici en déconstruisant la fonction d’enseignement ?

Le Code de Droit Canon (# 915) met les prêtres en vertu d'une obligation solennelle d’éviter le scandale en refusant l'Eucharistie de ceux qui persistent dans un péché grave et manifeste. Une relation adultère est une condition de péché grave et manifeste. Mais maintenant les Évêques Argentins semblent dire — encore une fois avec l'approbation du Pape — que, dans certaines circonstances, les prêtres devraient administrer la Communion aux personnes qui vivent dans des relations objectivement adultères. Est-ce que Canon # 915 été alors modifié ou abrogé ? Non, il n'a pas été. François est le législateur suprême de l'Église ; il a le pouvoir incontesté de modifier le Droit Canon. Mais il a choisi de ne pas le faire ; de nouveau, il a délibérément évité d’utiliser son autorité. Encore une fois, l'effet net est de donner l'impression que les enseignements et les lois officiels de l'Église ne comptent vraiment pas, qu'ils peuvent être ignorés en toute sécurité.

Malheureusement, ce « geste bizarre du Pape » n’est pas un cas isolé. Les déclarations les plus mémorables de ce pontificat ont été faites sous l’improvisation au cours d’entrevues en avion plutôt que dans des documents écrits et des déclarations préparées. Combien de fois les officiels du Vatican ont été contraints de « clarifier » une déclaration papale choquante afin d’expliquer une contradiction apparente ? Encore et encore, François a semé la confusion parmi les fidèles. Mais ça n'a jamais été aussi évident auparavant qu'il a délibérément cherché l’ambiguïté afin d'éviter l'utilisation appropriée de sa fonction d’enseignement --- qui est de résoudre des questions et d'unifier les frères.

Si l'intention consciente du Pape est de diminuer l'autorité du magistère pontifical, il réussit. Si telle n’est pas son intention, je suis passablement perdu pour pouvoir l’expliquer.