mardi 15 novembre 2016

« 4 Cardinaux jettent le gant à un Pape rusé »




par Christopher A. Ferrara
SOURCE : Fatima Network Perspectives
Le 14 novembre 2016

Durant les trois dernières années et demie, nous avons assisté à un spectacle étrange tout à fait sans précédent d'un Pontife Romain rebelle engagé dans une manœuvre habile pour imposer à l'Église une fracturation désastreuse de sa discipline morale et Eucharistique bimillénaire concernant les divorcés « remariés » — et, pire encore, par l'intermédiaire d'Amoris Laetitia (en particulier le chapitre 8 §§ 300-305), une forme d'éthique de situation qui institutionnalise l'admission aux Sacrements de toutes sortes de personnes vivant habituellement dans des situations qui sont mortellement pécheresses.

L'ensemble du programme sinistre, la pièce maîtresse du Bergoglianisme, se résume dans la déclaration choquante de François au § 303 de Amoris :


L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.

Paragraphe 303 d'Amoris Laetitia

Mais cette conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Évangile. De même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif. De toute manière, souvenons-nous que ce discernement est dynamique et doit demeurer toujours ouvert à de nouvelles étapes de croissance et à de nouvelles décisions qui permettront de réaliser l’idéal plus pleinement.

François ici révèle rien de moins qu'une tentative insensée de faire apparaître des exceptions à des préceptes négatifs sans exception divinement imposés dans la loi naturelle concernant la conduite intrinsèquement immorale telle que l'adultère, réduisant ces préceptes à de simples « idéaux » auxquels Dieu ne s'attend pas à une stricte conformité « au milieu de la complexité concrète des limitations ». Ceci, bien sûr, représenterait la destruction complète de l'ordre moral dans la pratique.

Pour accomplir cette sédition morale, le François post-Amoris a fait des clins d'œil et des signes de tête aux prélats qui admettent maintenant les divorcés et « remariés » à la Sainte Communion, prétendant les « absoudre » de leur adultère continu dans « certains cas ». Dans le même temps, il observe un silence studieux face aux pressantes sollicitations des autres prélats et au grand nombre de laïcs de « clarifier » sa position et de révoquer les erreurs de Amoris.

Concernant ce mur de silence, cependant, la ruse de François l’a finalement rattrapé. Ayant refusé de répondre à une demande privée d’éclaircissements au sujet d’Amoris Laetitia soumise par quatre Cardinaux en septembre, ces Princes de l'Église —Carlo Caffarra, Walter Brandmüller, Joachim Meisner et Raymond Burke — ont pris la mesure extraordinaire de rendre le document public. Le site National Catholic Register de EWTN et le site Catholic Herald sont parmi les organes Catholiques que viennent tout juste de publier le texte intégral de l'intervention qui présente cinq questions au Pape à répondre. Le contenu est explosif pour dire le moins. Plus que cela, ces questions constituent ce qui sera sans aucun doute un jalon dans l'histoire de l'Église.

Et même que le site grand public Catholic Herald a résolument mis dans le titre de son histoire : « François refuse de répondre à l'appel de quatre Cardinaux sur Amoris Laetitia ». Les Cardinaux ont pris l'initiative inhabituelle de demander publiquement des éclaircissements sur la Communion et la loi morale ». Permettez-moi de souligner la phrase clé : « Demande publique pour des éclaircissements sur la Communion et la loi morale ». Autrement dit, les quatre Cardinaux reconnaissent que François, qui est censé être le Vicaire du Christ, a remis en cause la loi morale elle-même. Ne laissant aucun doute sur cela, ils notent qu’« alors que la première question concerne un sujet concret concernant les divorcés remariés civilement, les quatre autres questions concernent des sujets fondamentaux de la vie chrétienne ».

Les cinq questions que les Cardinaux ont présentées à François et, maintenant, à l'Église toute entière, expriment de sérieux doutes sur son enseignement dans Amoris Laetitia :

Les cinq questions des Cardinaux

1. Il est demandé si, en conséquence de ce qui est affirmé dans "Amoris lætitia" aux nn. 300-305, il est maintenant devenu possible d’absoudre dans le sacrement de Pénitence et donc d’admettre à la Sainte Eucharistie une personne qui, étant liée par un lien matrimonial valide, vit "more uxorio" avec une autre personne, sans que soient remplies les conditions prévues par "Familiaris consortio" au n. 84 et réaffirmées ensuite par "Reconciliatio et pænitentia" au n. 34 et par "Sacramentum caritatis" au n. 29. L’expression "dans certains cas" de la note 351 (n. 305) de l’exhortation "Amoris lætitia" peut-elle être appliquée aux divorcés remariés qui continuent à vivre "more uxorio" ?

2. Après l’exhortation post-synodale "Amoris lætitia" (cf. n. 304), l’enseignement de l’encyclique de Saint Jean-Paul II "Veritatis splendor" n. 79, fondé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition de l’Église, à propos de l’existence de normes morales absolues, obligatoires sans exception, qui interdisent des actes intrinsèquement mauvais, continue-t-il à être valide ?

3. Après "Amoris lætitia" n. 301, est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel (cf. Conseil pontifical pour les textes législatifs, Déclaration du 24 juin 2000) ?

4. Après les affirmations contenues dans "Amoris lætitia" n. 302 à propos des "circonstances qui atténuent la responsabilité morale", faut-il encore considérer comme valide l’enseignement de l’encyclique de Saint Jean-Paul II "Veritatis splendor" n. 81, fondé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition de l’Église, selon lequel "les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte subjectivement honnête ou défendable comme choix" ?

5. Après "Amoris lætitia" n. 303, faut-il considérer comme encore valide l’enseignement de l’encyclique de Saint Jean-Paul II "Veritatis splendor" n. 56, fondé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition de l’Église, qui exclut une interprétation créatrive du rôle de la conscience et affirme que la conscience n’est jamais autorisée à légitimer des exceptions aux normes morales absolues qui interdisent des actes intrinsèquement mauvais de par leur objet ?

Ces cinq questions constituent un défi direct à François de déclarer s’il prétend contredire les enseignements infaillibles du Magistère « fondés sur l'Écriture Sainte et la Tradition de l'Église » ainsi que les « normes morales absolues ». La langue polie de la demande mise de côté ( que le lecteur consulter le document dans son ensemble ici ), les quatre Cardinaux demandent essentiellement et publiquement si François déclare qu’il a l'intention d’enseigner l'hérésie et de saper l'édifice moral tout entier de l'Église !

Plus loin dans le document, les Cardinaux fournissent une analyse de chaque question qui a été clairement écrite pour forcer François à se déclarer. Concernant la première question, les Cardinaux écrivent qu'admettre les divorcés et « remariés » à la Communion alors qu'ils continuent à se livrer à des relations sexuelles signifierait que, dans la pratique, Amoris Laetiria enseigne « l’une des affirmations suivantes concernant le mariage, la sexualité humaine et la nature des Sacrements » :

... Les personnes qui ne sont pas mariées peuvent, à certaines conditions, accomplir légitimement des actes d’intimité sexuelle.

Un divorce dissout le lien matrimonial.... Les divorcés remariés sont légitimement des époux et leurs actes sexuels sont licitement des actes conjugaux.

Un divorce ne dissout pas le lien matrimonial et les partenaires de la nouvelle union ne sont pas mariés... [mais] le fidèle peut s’approcher de la table eucharistique même s’il a conscience d’être en état de péché grave. L’intention de changer de vie n’est pas toujours nécessaire pour recevoir l’absolution dans le sacrement de pénitence. Par conséquent les Sacrements sont séparés de la vie : les rites chrétiens et le culte sont dans une sphère différente de celle de la vie morale chrétienne.

En ce qui concerne la deuxième question, les Cardinaux veulent savoir si François accepte l'enseignement du Pape qu’il a lui-même canonisé, où il est écrit dans Veritatis Splendor, « qu’il y a des actes qui sont toujours mauvais, qui sont interdits par les normes morales qui obligent sans exception (les "absolus moraux"). Ces absolus moraux sont toujours négatifs, c’est-à-dire qu’ils nous disent ce que nous ne devons pas faire. "Tu ne tueras pas". "Tu ne commettras pas d’adultère". Seuls des normes négatives peuvent obliger sans exception ». Ici, les Cardinaux ciblent la nouvelle notion morale de François du « discernement » des « situations particulières » demandant à savoir si François accepte que : « En cas d’actes intrinsèquement mauvais, aucun discernement des circonstances ou des intentions n’est nécessaire.. s'unir à une femme qui est mariée à un autre est et demeure un acte d'adultère, qu'en tant que tel ne doit jamais être fait ... Qu’il est suffisant de connaître la nature de l’acte ("adultère") pour savoir qu’il ne doit pas être accompli ».

Tout simplement, les Cardinaux — assez incroyablement — demandent au Pape de préciser s’il accepte l'enseignement le plus de base de la morale de l'Église que même un enfant peut comprendre, à savoir le commandement de Dieu : «Tu ne…pas » ne prévoit aucune exception en toutes circonstances.

Concernant la troisième question, les Cardinaux se renseignent davantage si François accepte l'enseignement de Jean-Paul II, qui est également l'enseignement constant de l'Église, à savoir que « la question de l’admission aux sacrements concerne le jugement sur la situation de vie objective de la personne et non pas le jugement selon lequel cette personne se trouve en état de péché mortel ». Les Cardinaux souhaitent savoir même si « après Amoris Laetitia, est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple tels celui qui interdit l’adultère, le vol, l’assassinat ou le parjure, vivent dans une situation objective de grave péché habituel, même si, pour une raison quelconque, il n’est pas certain que ces personnes soient subjectivement imputables en raison de leur transgression habituelle ».

Autrement dit, les Cardinaux veulent savoir si François a renversé la discipline Eucharistique bimillénaire de l'Église concernant les pécheurs publics habituels !

Concernant la quatrième question, les Cardinaux se renseignent davantage plutôt plus malicieusement, je dois dire, si :

La question est de savoir si "Amoris lætitia" affirme également que tout acte qui transgresse les commandements de Dieu, tel que l’adultère, le vol, le parjure, ne peut jamais devenir excusable ou même bon, même si l’on prend en considération les circonstances qui atténuent la responsabilité personnelle.

Est-ce que ces actes, que la Tradition de l’Église a qualifiés de péchés graves et mauvais en eux-mêmes, continuent à être destructeurs et dommageables pour toute personne qui les commet, quel que soit l’état subjectif de responsabilité morale dans lequel cette personne se trouve ?

Ou bien ces actes peuvent-ils, en fonction de l’état subjectif de la personne, des circonstances et des intentions, cesser d’être dommageables et devenir louables ou tout au moins excusables ?

Autrement dit, encore une fois, les Cardinaux demandent si François prétend saper l'ordre moral tout entier en tolérant des actes intrinsèquement mauvais comme excusables ou même louables dans certaines situations !

Enfin, concernant le cinquième doute, citant l'affirmation étonnante de § 303 de Amoris, que j’ai cité plus haut, les Cardinaux veulent savoir si François est en accord avec l'enseignement de Jean-Paul II — encore une fois, qui est toujours l'enseignement constant de l'Église — en rejetant les tentatives « pour légitimer des solutions dites « pastorales » contraires à l'enseignement du Magistère, et pour justifier une herméneutique « créatrice » selon laquelle la conscience morale ne serait nullement obligée, dans tous les cas, par un précepte négatif particulier ».

Ici, les Cardinaux notent que si cette approche pastorale « créatrice » était permise « il ne suffira jamais à la conscience morale de savoir que "c’est un adultère", "c’est un homicide", pour savoir qu’il s’agit d’un acte qui ne peut pas et ne doit pas être commis ». Autrement dit, les Cardinaux indiquent qu’Amoris semble tolérer l'éthique de situation et ils demandent à François de « clarifier » que ce n'est pas son intention— toute une demande publique étonnante à faire à un Pontife romain.

À leur crédit éternel, les Cardinaux ont poliment demandé à François un simple oui ou non comme réponse à chacune de ces cinq questions, notant qu'ils les ont présentées sous la forme de dubia précisément pour éviter d'autres faux-fuyants Bergogliens : « La particularité de ces questions est qu’elles sont formulées de telle sorte qu’elles demandent comme réponse un "oui" ou un "non", sans argumentation théologique. Cette manière de s'adresser au Siège Apostolique n’est pas une invention de notre part ; c’est une pratique séculaire ».

En somme, ce que les quatre Cardinaux ont publié est, par essence, un acte d'accusation poliment formulé encadré d’une telle façon que François doit, s’il dit quoi que ce soit, plaider Coupable ou Non Coupable —Coupable ou Non Coupable, c’est-à-dire d’enseigner l'hérésie objective dans une trahison ecclésiastique peu importe ce que sa culpabilité subjective puisse être aux yeux de Dieu.

Face à un tel acte d’accusation— ce que le document des Cardinaux constitue —un criminel commun peut garder le silence et son silence ne peut pas être utilisé contre lui dans un tribunal du droit. Mais l'Église Catholique n’est pas un tribunal de droit. Elle est le Foyer de la Foi et le chef de ce foyer a maintenant le devoir de parler clairement, pour une fois, aux âmes qui l'habitent et dont il est directement responsable pour leur bien-être éternel. Si François continue de refuser de parler même lorsque quatre de ses Cardinaux l’appellent publiquement à donner ses réponses devant toute l'Église, son silence parlera pour lui ; la vérité qu’il refuse d'affirmer va le condamner et le barreau de l'histoire fera sentence sur son pontificat honteux comme il l'a fait avec d'autres Papes malhonnêtes.

Rappelons la condamnation étrangement appropriée de l'infâme Pape Honorius I par son propre successeur, Léon II : « Nous anathématisons ... aussi Honorius, qui n'a pas essayé de sanctifier cette Église Apostolique avec l'enseignement de la tradition apostolique, mais avec une profane trahison permettant à sa pureté d'être polluée ». Que le bon Dieu nous délivre de la trahison profane de l'occupant actuel de la Chaire de Pierre.