mardi 7 novembre 2017

Sur la peur pastorale
Ou pourquoi plusieurs prêtres se taisent




Par : Père RP — — — Pseudonyme... devinez pourquoi...
Le 7 novembre 2017
SOURCE : One Peter Five

Saint Thomas d'Aquin a écrit que la peur servile est du genre de celle qu'un serviteur ressent devant son maître — essentiellement, une peur de la punition. « En conséquence », écrit saint Thomas, « si un homme se tourne vers Dieu et adhère à Lui, par peur du châtiment, ce sera une peur servile ; mais si c'est par peur de commettre une faute, ce sera la peur filiale car il devient un enfant qui craint d'offenser son père ». Ailleurs, la peur servile est définie comme une « peur égoïste basée sur la peur de la douleur à soi-même suite à si un autre a été offensé. C'est la peur de la punition pour un acte répréhensible, sans être motivé par l'honneur ou le sens du devoir, et encore moins par l'amour ». Alors que la peur servile peut « coexister avec la peur filiale » — et en effet, Saint Thomas soutient que « la crainte servile vient du Saint-Esprit » — il faut se rappeler que « la peur purement servile sans amour de Dieu mais seulement par amour-propre qui craint les châtiments divins, est au moins en théorie, incompatible avec le véritable amour de Dieu ».

En termes pratiques, la peur servile est cette peur qui est principalement motivée par l'amour de soi. Elle cherche à éviter la perte d’un bien ou de biens, d’une position ou d’un statut, ou même la perte du Paradis par amour de soi — pas par amour pour Dieu.

C'est de cette espèce de peur à laquelle beaucoup de fidèles Catholiques, exaspérés par l'échec de la direction qu'ils perçoivent parmi leurs prêtres et leurs Évêques, accusent le clergé de tomber en proie. Cependant, une chose est souvent oubliée quand les gens parlent de bergers « craintifs » — surtout quand ils sont prompts à les appeler des lâches — le premier devoir des bergers — après avoir aimé Dieu avant tout et de Lui obéir, peu importe les conséquences pour eux-mêmes — c'est d’aimer leur prochain comme eux-mêmes, en formant, en nourrissant et en protégeant les enfants spirituels de leur troupeau particulier.

Une des choses sur lesquelles j'ai passé beaucoup de temps en tant que pasteur est de donner des conseils aux parents sur leurs craintes légitimes pour leurs enfants ( et leurs peurs sont légion ). Chaque bon pasteur éprouve beaucoup les mêmes craintes pour leurs enfants spirituels que les parents biologiques pour leurs enfants, et la crainte principale est qu'ils se feront égarer.

Il y a, par conséquent, beaucoup de pasteurs qui peuvent ne pas parler publiquement de façon à contester ouvertement les problèmes dans l'Église Universelle, mais cela ne signifie pas qu'ils ne parlent pas dans leurs paroisses — de leurs chaires, dans leurs confessionnaux ou dans les conseils spirituels qu'ils donnent aux membres de leur troupeau. Ils essaient de nourrir et de guider les âmes confiées à leurs soins selon la plénitude de la Foi Catholique même lorsque leurs propres Évêques — ou même le Pape lui-même — ne le font pas, et ils le font en réponse directe à ce que ces Évêques et le Pape font et disent.

Ils le font afin de garder leurs enfants spirituels à l'abri des dommages spirituels. Et beaucoup d'entre eux craignent légitimement que s'ils protestent en dehors des murs de leur paroisse, ils pourraient être expulsés en représailles. La question qui les hante est : « Si une telle chose arrivait, qui serait envoyé pour me remplacer ? » Ils savent que les loups et les mercenaires sont beaucoup plus nombreux que les bergers fidèles et que, s'ils sont renvoyés pour avoir dit la vérité à l'ensemble du monde, ceux qui prendraient probablement leur place seraient choisis parce qu'ils ne diraient pas la vérité dans leur paroisse, encore moins au monde.

C'est pour cette raison — un souci pour ce qui adviendra à leurs enfants spirituels — que beaucoup de pasteurs d'âmes restent silencieux dans la « presse » alors qu'ils sont tout sauf silencieux de la chaire, de la classe ou des tables des paroissiens qui les invitent dans leurs maisons.

Quand je réfléchis aux craintes que j'ai d'être renvoyé, excommunié ou laïcisé pour avoir dit la vérité, je ne peux pas nier que les questions de « Que vais-je faire ? Comment vais-je vivre ? » surgissent dans mon esprit. Ce sont des peurs naturelles, mais elles ne sont pas les plus pressantes ; ce sont des « peurs serviles » et elles sont habituellement immédiatement réprimées lors du recours à la prière et d'un acte d'abandon spirituel à Dieu. La peur qui n'est pas si facilement réprimée est : quand je serai parti, qu'arrivera-t-il à mes enfants spirituels ?

Tout récemment, j'ai eu plusieurs paroissiens, à différents moments, qui m'ont exprimé comment ils espéraient que je puisse rester ici à l’expiration de mon mandat actuel parce qu'ils ont grandi dans leur foi et connaissent les champs en friche qui les entourent dans les différentes paroisses de mon petit doyenné. Leurs soucis n'étaient pas parce qu'ils pensaient que je pourrais être renvoyé pour avoir dit la vérité même si j'ai dit aux paroisses que je dessers que c'est une possibilité réelle ( j'ai parlé plusieurs fois de cette dure vérité aux réunions diocésaines avec l'Évêque et même avec les laïcs présents ). Ils étaient simplement conscients que même dans le cours normal des événements, un pasteur qui donne du pain au lieu de pierres est devenu une rareté.

Un prêtre — en particulier un curé, et surtout un pasteur — est, comme son titre le suggère, un père. Ainsi, sa place naturelle est dans sa maison avec sa famille spirituelle. C'est pourquoi la pratique post-conciliaire de réaménager les équipes pastorales à toutes les quelques années est souvent si destructrice de la vie paroissiale. Que dirions-nous d'une famille naturelle qui a un « nouveau » père tous les six ou douze ans ? Pourquoi est-ce considéré comme une tragédie quand un orphelin est déplacé d'un foyer d'accueil à un foyer d'accueil ? Ce changement constant dans la relation paternelle est souvent la recette du désastre qui engendre souvent le chaos et la ruine. J'ai exprimé cette préoccupation à mon Évêque et lui ai demandé à être autorisé à rester dans mes petites paroisses jusqu'à ma mort car ils sont ma famille et je suis un père pour eux. Cela ne veut pas dire que de prendre soin de ma famille spirituelle est toujours un pique-nique ! Même ainsi, je les aime et désire rester avec eux afin que je puisse conduire autant d'entre eux vers le salut éternel que possible par la grâce de Dieu.

Je suis dans ma mission depuis plusieurs années et, depuis le début, un paroissien a attaqué mon caractère et m'a rendu la vie difficile. J'ai souvent prié pour lui et je l'ai même réprimandé publiquement et l'ai averti de l'enfer. Après presque huit ans, il est venu me voir et s'est repenti, et je l'ai absous et il est mort en état de grâce. Être un prêtre est la plus grande bénédiction qui soit, et être séparé de son troupeau, de même les plus difficiles, c’est la plus grande souffrance pour un prêtre. C'est ce que beaucoup d'entre eux craignent parce qu'ils savent que l'enfer est réel et que beaucoup de leurs enfants finiront là s'ils ne sont pas constamment guidés et nourris de la vérité salvatrice de Jésus-Christ.

Ce que je dis toujours aux parents est ce que je dois entendre moi-même : Dieu est responsable et si vos enfants refusent votre bon conseil, vous devez continuer à prier, jeûner et faire pénitence pour qu'ils méritent des grâces réelles pour qu'ils se repentent et soient sauvés . La grande majorité des Catholiques fidèles le font, à cause des Parents Fidèles : naturellement et spirituellement. Le fait qu'il y ait des Catholiques Fidèles est dû au fait qu'il y a des Pasteurs Fidèles qui leur ont enseigné et les ont nourris avec la Sainte Foi Catholique, et une grande partie de cela se faisait face à face dans un cadre paroissial ou lors d'une conférence ou d'une retraite. Autrement dit, à travers des rencontres personnelles, pas à travers des essais assidument rédigés dans le journal ou en ligne. Il y a beaucoup à gagner à travers l'Internet Catholique, mais le peuple de Dieu a besoin de bergers de chair et de sang qui vont nourrir la Vraie Foi dans leurs paroisses, sinon ils périront.

Je vous prie donc de résister à un jugement irréfléchi sur les prêtres que vous souhaitez voir rompre leur silence et crier sur les toits la vérité sur le mauvais fonctionnement de l'armoire de l'empereur. Ne présumez pas que leur réticence publique est synonyme de lâcheté ou de consentement. S'il vous plaît, priez pour les bons bergers qui travaillent maintenant parmi les brebis du Seigneur. Priez qu'ils ne soient pas inhibés par la peur servile, et qu'ils soient gouvernés par la Peur du Seigneur et Son Amour par-dessus toutes choses, mais souvenez-vous aussi que cela ne signifie pas nécessairement qu'ils ont tous besoin de prêcher à l'ensemble du monde via Internet ou les médias. Si, cependant, c'est ce que Dieu les appelle, priez pour qu'ils puissent le discerner et qu’ils le fassent avec une Sainte Audace.

Quand viendra le temps de chasser la majorité des bons bergers — et ce temps semble déjà commencé dans certains milieux —, ils devront être soutenus par vous, les fidèles laïcs. Ils auront besoin de vous pour les emmener chez vous, pour être secourus et protégés. Ils auront besoin d'aide pour rembourser leurs dettes et obligations, car beaucoup d'entre eux sont trop âgés ou trop limités pour être véritablement employés ailleurs. Et ils ont besoin d'avoir de vos nouvelles, de vous les fidèles laïcs, de ces rassurances face à face qui, si le jour vient, vous les soutiendrez de cette manière. Sans un tel soutien, le message envoyé aux prêtres par les laïcs qui désirent le plus ardemment leur audace est qu'ils doivent aller au Calvaire seuls.

Même Jésus est allé au Calvaire avec quelques fidèles qui l'ont accompagné et sont restés avec Lui dans Sa Sainte Agonie.

Il me semble que l'Église en ce moment se trouve mystiquement dans les versets suivants de l'Apocalypse (12 : 13-17) :

« Quand le dragon se rendit compte qu'il avait été jeté sur la terre, il se mit à poursuivre la femme qui avait mis au monde le fils. Mais la femme reçut les deux ailes d'un grand aigle pour voler jusqu'à la place préparée pour elle dans le désert, afin d'y être nourrie pendant trois ans et demi, à l'abri des attaques du serpent. Alors le serpent projeta de sa gueule des masses d'eau pareilles à un fleuve derrière la femme, pour que les flots l'emportent. Mais la terre vint au secours de la femme : la terre ouvrit sa bouche et engloutit les masses d'eau que le dragon avait projetées de sa gueule. Plein de fureur contre la femme, le dragon s'en alla combattre le reste de ses descendants, ceux qui obéissent aux commandements de Dieu et sont fidèles à la vérité révélée par Jésus..

La femme, bien sûr, c'est Marie. Mais Marie est aussi l'archétype de la Sainte Église Mère, qui a été et est persécutée par le dragon, qui fera la guerre aux fidèles jusqu'à ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ revienne dans la Gloire.