mercredi 8 novembre 2017

Entrevue : Joseph Seifert sur le débat
d’Amoris Laetitia avec Rocco Buttuglione





Rédigé par : Dr Maike Hickson

SOURCE : One Peter Five
Le 7 novembre 2017


Présentation de l'entretien par Maike Hickson : Comme le Professeur Claudio Pierantoni l’a récemment déclaré , il y a un débat en cours entre lui et le Professeur Josef Seifert d’un côté et le Professeur Rocco Buttiglione de l’autre en ce qui a trait à l’Exhortation Apostolique Amoris Laetitia. Buttiglione, qui est connu comme un des premiers défenseurs de l'Exhortation, a aussi été publiquement critiqué dans la récente Correction Filiale à François. Les trois philosophes — chacun l’étant à part entière — se connaissent depuis des années. Seifert et Buttiglione ont travaillé ensemble pendant deux décennies à l'Académie Internationale de Philosophie (AIP) au Liechtenstein. Pour sa part, le Professeur Pierantoni était étudiant au campus de l'AIP au Chili (AIP-IFES, 2004-2012) et était un étudiant du Professeur Seifert. L'entretien suivant vise à mieux comprendre la discipline théologique et philosophique entre ces trois hommes. Cette fois, c'est le Professeur Seifert qui explique sa position.




Maike Hickson : Comment décririez-vous généralement la ligne de désaccord concernant Amoris Laetitia entre vous et le Prof. Pierantoni d'une part et le Prof. Buttiglione de l'autre ?

Josef Seifert : Je ne pense pas qu'il n’existe pas un désaccord entre le Prof. Pierantoni et moi. Et je crois que, à moins qu'il en proteste dans ce que je vais dire comme étant ma position, je parlerai aussi pour lui, mais je n'ose pas attribuer explicitement mes réponses à Pierantoni puisque je ne sais pas s’il serait d’accord avec chacune d'elles. Au lieu de cela, je parlerai du désaccord entre moi et le Prof. Buttiglione, mon très proche ami. (Buttiglione a traduit et introduira, des plus généreusement, mon plus grand livre philosophique, qui sera bientôt publié en Anglais et en Espagnol : Essere e Persona, Etre et Personne, en Italien et a travaillé pendant près de deux décennies avec moi comme professeur et pro-recteur de l'Académie Internationale de la Philosophie dans la Principauté du Liechtenstein, dont je suis le recteur fondateur. J'ai aussi travaillé avec Buttiglione pendant des années sur la défense de Humanae Vitae et le Magistère du Pape Jean-Paul II sur la Famille et la Vie humaine et nous avons été d’accord pendant deux décennies et demi sur presque tout, sauf sur Machiavel, que je considère, avec Jacques Maritain, le « Docteur des Damnés », alors qu'il le défend dans un livre que nous voulons publier en commun mais dont il a perdu l'original de sa partie. Mais depuis la publication de AL [ Amoris Laetitia ] , un profond désaccord entre nos points de vues s’est levé ).

À partir de nombreux écrits et d’une lettre personnelle que Buttiglione m'a récemment écrite, je conclus que notre désaccord sur Amoris Laetitia dépend dans une large mesure de deux hypothèses de base contradictoires qui sous-tendent notre désaccord.

(1) Buttiglione soutient qu'en tant que Catholiques, nous devons croire que tout ce que le Pape dit dans l'exercice de son Magistère Ordinaire est vrai alors que je suis d'accord, oui, que nous avons l'obligation de chercher d'abord la vérité contenue dans un document magistériel et d'essayer de l’interpréter à la lumière de la vérité exprimée dans la Tradition, mais nous n’avons pas d’obligation absolue de croire que toutes les parties d'une déclaration du magistère papal ordinaire est vrai ou compatible avec l'enseignement pérenne de l'Église.

De plus, nous avons l'obligation de NE PAS le croire si nous voyons qu'il contredit clairement a) l'enseignement pérenne de l'Église ou b) la vérité morale évidente accessible à la raison humaine, ou c) les deux. ( Soit dit en passant, Buttiglione et moi sommes en désaccord aussi de savoir si ce que dit le Pape dans Amoris Laetitia est un exercice de son Magistère Ordinaire, que Buttiglione tient comme incontestable, alors que je vais vous expliquer quatre raisons pour lesquelles je n’y crois pas ). Mais même si nous étions d'accord que AL est un exercice du Magistère Ordinaire papal, je pense qu'il est clair que les déclarations qui y sont faites ( et encore moins celles dans une note de bas) ne sont pas infaillibles, et par conséquent ne sont pas soumises à une obligation de consentir à elles. Le Pape François lui-même a confirmé cela en permettant même à la FSSPX de dissocier des documents importants du Concile Vatican II et, contrairement aux deux Papes précédents, de ne pas faire de leur consentement à ces documents une condition pour leur réintégration dans l'Église Catholique. Je suis tout à fait d'accord avec le Pape François qui a dit ( très bien, je crois ) qu'on ne peut obliger un Catholique à consentir à des documents non dogmatiques du Magistère Ordinaire de l'Église, même lorsque le magistère est exercé par des documents approuvés par le Pape, qui ont certainement un rang magistériel et une autorité beaucoup plus élevés que de simples notes de bas de page dans une exhortation post-synodale. Le simple fait que AL serait fondé sur un consensus de la majorité des Évêques ( qui est contesté par un Cardinal qui était présent aux Synodes et qui a fait remarquer qu'un consensus avec les nouveautés de AL n'existait pas réellement dans les deux Synodes sur la Famille ), cela ne suffit pas pour rendre son acceptation obligatoire. Même si un exercice clair du Magistère papal est présent dans des documents donnés, leur contenu, tant qu'il n'est pas prononcé en tant que dogme, peut être faux. Ce fut clairement le cas du Pape Jean XXII qui lui-même révoqua sa propre hérésie dans une Bulle qu'il écrivit la veille de sa mort ( et son enseignement fut également déclaré hérétique par son successeur ), et aussi avec le Pape Honorius Ier dont tous les travaux ont été condamnés à titre posthume par un Concile comme hérétique et ont été brûlés. Je suis donc certain que, dans ce premier « désaccord de principe », j’ai raison et Buttiglione est erroné : Nous n’avons PAS à croire tout ce qu'un Pape écrit dans l'exercice de son « magistère ordinaire ».

(2) La deuxième désaccord fondamental entre nous concerne le rôle respectif de « l'unité avec le Pape » et de la vérité dans la hiérarchie des valeurs que nous devons respecter. Buttiglione a insisté pour répéter que, pour lui, le but le plus important est « l'unité avec le Pape » alors que je pense que la question de la vérité a une priorité absolue. Par conséquent , si, comme je le propose comme question au Pape dans mon dernier article sur AL [1] , par pure logique il est démontré qu’à partir d'une affirmation de AL, citée ci-dessous, on peut déduire la négation d’actes intrinsèquement mauvais et que cette affirmation contredise la Loi Naturelle et tout l’enseignement de la morale Catholique, en particulier Veritatis Splendor, cette affirmation est évidemment fausse et cela doit être clairement indiqué et l’énoncé comme tel devrait être rétracté. D’être d’accord avec le Pape, d’avoir l'unité avec le Pape, sur une erreur n'est d’aucune valeur. Au contraire, comme le déclaraient clairement Saint Thomas d’Aquin et les Actes des Apôtres, dans ce cas, le subordonné a l'obligation de critiquer son supérieur, même publiquement, comme Saint Paul a critiqué Saint Pierre. Face à mon insistance sur la priorité absolue à accorder à la Vérité par rapport à l’Unité, Buttiglione m'a écrit que je me trompais dans mon deuxième court article sur AL même si j'avais raison — ce qui signifie par cette assertion énigmatique que « l'unité avec le Pape » est plus importante que la vérité, ou que nous ne devons pas dire la vérité si la vérité met en danger notre unité avec le Pape — une position avec laquelle je ne suis absolument pas d'accord — ou que la déclaration dont des conséquences dévastatrices s’ensuivent logiquement pourraient être vraiment fausses, comme je le suggère, AL ne serait pas touché par cette erreur parce que cette erreur se réfèrerait uniquement à une raison pour l'enseignement d'AL, non pas à l’enseignement lui-même ( je reviendrai sur ce deuxième point ).

Hickson : Plus précisément, quel est le désaccord avec Prof. Buttiglione en ce qui concerne la question du poids magistériel d'Amoris Laetitia ?

Seifert : Buttiglione et moi sommes en désaccord pour savoir si ce que dit le Pape dans Amoris Laetitia est un exercice de son Magistère Ordinaire, que Buttiglione tient à être incontestable, alors que je doute sérieusement pour quatre raisons décisives (à mon avis) :

1. Parce que les nouveaux points décisifs de AL sont principalement trouvés dans de simples notes qui ne peuvent pas renverser la discipline sacramentelle des 2000 ans de l'Église, solennellement confirmée par l'Exhortation apostolique Familiaris consortio du Saint Pape Jean-Paul II . Ces notes ne peuvent pas être considérées comme un exercice du Magistère Ordinaire, comme ont fait observer aussi les Cardinaux Brandmüller et Burke, ainsi que les autres Cardinaux des dubia et bien d’autres.

2. De plus, le Pape dit explicitement dans le Chapitre III d’Amoris Laetitia qu'il n'a pas envie d’établir les nouveautés décisives d’AL par le biais de son magistère, mais laisse la porte ouverte à décider par les différentes Conférences Épiscopales nationales et culturelles différentes et décentralisées.

3. Il a confirmé cette position en approuvant à la fois la décision de l'Épiscopat Polonais de suivre entièrement Familiaris consortio qui ne permet pas d’admettre aux Sacrements les divorcés et remariés civilement ni les homosexuels actifs qui ne veulent pas changer leur vie, et en confirmant et louant en même temps aussi la position de l'opposition : la déclaration des Évêques Argentins de la région de Buenos Aires, qui coïncide avec celle de nombreux autres Évêques, y compris l'Archevêque de Grenade. Ces Évêques ont adopté l'interprétation parfaitement opposée. Le Pape a fait l’éloge même du prononcé beaucoup plus radical des Évêques de Malte sur AL, qui a proposé une interprétation tout à fait inspirée de l’éthique de situation de AL. Ainsi, le Pape François suit l'idée qu'il propose un « magistère décentralisé » ou un « magistère » différent dans l'Église — ce qu'il a approuvé dans son ensemble — c’est une idée que Karl Rahner a exprimée à Munich il y a un demi-siècle. Maintenant, la logique pure nous dit que la position des Évêques de Buenos Aires ou de Malte et celle de la Conférence des Évêques Polonais, qui sont diamétralement et contradictoirement opposées à celui des Évêques de Buenos Aires ( et défendue par Buttiglione ), et tous deux sont admises et approuvées par le Pape dans son nouveau « pluralisme magistériel », ne peut pas à la fois correspondre au « Magistère Ordinaire du Pape ». Par conséquent , les nouveaux enseignements de AL ( par exemple, la lecture du document de Buenos Aires ) ne peut pas être le « magistère du Pape ».

4. Les nouveautés de AL ne sont pas principalement doctrinales mais pastorales et donc plus soumises à des catégories prudentielles ou non plutôt que de la catégorie de la vérité et de la fausseté ; par exemple, si les Papes dans le passé ont demandé dans l'Exercice de leur Magistère Ordinaire, dans les Bulles ou dans les Encycliques papales, que les hérétiques, les magiciens et les sorcières devraient être brûlés sur le bûcher, ou quand ils ont excommunié dans leurs Bulles des villes entières parce que leurs princes livraient une guerre contre le Vatican, je ne suis certainement pas obligé de croire que c'était une décision pastorale prudentielle. Buttiglione lui-même, un peu contradictoirement, dit que le nouvel enseignement de AL est purement pastoral et il a également déclaré, au moins dans une lettre personnelle, que nous ne sommes pas tenus d'être d’accord avec la sagesse d'une décision pastorale d'un Pape qui n’est pas en soi vraie ou fausse, mais qui peut être prudentielle ou non. Mais dans ce cas, je ne suis pas du tout obligé d'être d'accord avec AL (selon la logique appliquée selon l'admission de Buttiglione), ni de convenir que sa nouvelle directive Pastorale est sage.

( Je diverge avec Buttiglione en ce qui concerne cela sous un autre aspect : je maintiens en effet que le nouvel enseignement d’AL est non seulement pastoral mais aussi doctrinal ).

Dans la mesure où il est pastoral, cependant ( et donc pas vrai ou faux, mais prudentiel ou non ), Buttiglione et moi différons, au moins à ce qu’il semble, dans ce Buttiglione ne critique pas la nouvelle ligne directrice pastorale de AL et tente d'expliquer sa compatibilité avec la ligne directrice pastorale opposée de Familiaris Consortio, déclaré être enracinée dans l'Évangile lui-même par le Pape Jean-Paul II. Moi, cependant, même indépendamment de n'importe quelle question doctrinale, je trouve que la nouvelle directive pastorale de AL est non seulement non prudentielle, mais elle est entièrement inapplicable. Dans mon premier article sur AL, [2] j’ai donné, je crois, des arguments convaincants sur l'impossibilité pratique de « discerner » entre des adultères qui peuvent recevoir les Sacrements et d’autres qui ne pourraient pas les recevoir sans modifier leurs vies. Mon argument coïncide entièrement avec un argument donné par l'Épiscopat Polonais pour leur décision d'adhérer à Familiaris Consortio : il est impossible pour un prêtre dans une conversation de 5 minutes au confessionnal de déterminer qu'un pécheur impénitent est ignorant invinciblement et en état de grâce, même s'il a l'intention de continuer à commettre, objectivement parlant, des péchés graves. De cette impossibilité pratique d'appliquer un discernement qui peut gravement échouer vers un résultat d’une ouverture générale de la Confession et de l'Eucharistie aux couples adultères et homosexuels impénitents, s'ensuit immédiatement l'imprudence de la décision d'admettre les « couples irréguliers » aux Sacrements.

Hickson : Pourriez-vous nous expliquer ici la question du Magistère extraordinaire infaillible et celui du Magistère ordinaire universel infaillible ?

Seifert : Je pense que le Magistère Extraordinaire infaillible ne s'applique qu'à des questions centrales de Doctrine et de Foi que le Pape définit « ex Cathedra » ( et qui ne se sont produites que deux ou trois fois dans l'histoire de l'Église ) ou qu'un Concile, en union avec le Pape, définit comme étant un Dogme et de fide de telle sorte que toute personne qui le contredit est déclarée « anathème ». Le Magistère infaillible Ordinaire de l'Église est présent seulement dans les enseignements du magistère ordinaire qui coïncident avec ce que l'Église a toujours enseigné et partout, non pas avec les enseignements entièrement nouveaux. Aucun de ces critères d’infaillibilité ne s’appliquent aux nouveautés de AL.

Hickson : Est-ce qu’Amoris Laetitia est de ce poids magistériel que l’on ne peut être en désaccord avec son enseignement sans tomber dans la catégorie d'être désobéissants, hérétiques ou schismatiques, du moins en esprit ?

Absolument pas, pour les raisons données. Par conséquent, pour traiter les Catholiques qui sont dissidents à AL comme des hérétiques, des schismatiques de fait ou en esprit, ou désobéissants au Pape, est une grave injustice.

Hickson : Dans ce contexte, est-il plus important que nous suivions le Pape et son nouvel enseignement par obéissance ( qui est en soi un grand bien ) ou que nous préservions l'enseignement traditionnel de l'Église ?

Seifert : Je pense que, dès que nous constatons qu'un nouvel enseignement est faux, nous sommes obligés, de ne pas obéir. Et dès que nous trouvons une nouvelle décision pastorale du Pape inapplicable en bonne conscience, telle que donner les Sacrements à des pécheurs impénitents sur la base d'un « discernement » ( impossible pour nous ) qui ferait en sorte que leur péché soit compatible avec un état de grâce chez eux pour des raisons subjectives, nous sommes aussi moralement tenus de NE PAS obéir en vertu du principe que Saint Pierre a formulé et que Robert Spaemann a récemment rappelé à l'esprit, que nous devons obéir à Dieu plus qu’aux hommes. Ceci s’applique encore plus lorsque nous sommes convaincus que donner l’Absolution et la Sainte Eucharistie aux pécheurs publics ( même s’ils étaient en état de grâce ) est un mal en dépit de leur innocence personnelle, comme cela est implicite dans Familiaris consortio # 84. Familiaris consortio parle d'une disharmonie objective des relations adultères avec la Loi du Christ et avec le sens du mariage — et de la signification analogue et symbolique profonde du mariage par rapport à la relation entre le Christ et l'Église comme une raison pour laquelle un couple qui vit en désaccord avec les Divins Commandements ne devraient pas recevoir les Sacrements. Cet écart objectif est suffisant selon le jugement de l'Église, à savoir qu'ils ne doivent pas avoir accès aux Sacrements. ( Sur ce point, j'ai fait des concessions incorrectes à Buttiglione dans les lettres et mes écrits précédents sur AL ). Familiaris consortio et la Tradition de l’Église n’exigent pas que les pécheurs qui dévient gravement de la Loi Divine doivent vivre « subjectivement dans le péché mortel » ( que Dieu seul sait ) pour se voir refuser l’accès aux Sacrements. S'il en était autrement, nous aurions aussi à admettre les avorteurs, les meurtriers au premier degré, etc. aux Sacrements parce que nous ne pouvons jamais savoir avec certitude qu'ils ont perdu la grâce sanctifiante.

Hickson : Vous-même, dans votre propre critique polie d’ Amoris Laetitia, vous avez souligné, en particulier au paragraphe 303 * de ce document pontifical, le danger potentiel de rendre non pertinentes des normes morales absolues. Comment avez-vous, vous et le Prof. Buttiglione, discuté de cet aspect du débat ?

Seifert : le Prof. Buttiglione a dit au sujet de mon deuxième article : Est-ce que la logique pure menace de détruire toute la Doctrine morale de l'Église Catholique ? Il a dit que « Je me trompe même si j'ai raison » pour les raisons suivantes : (1) qu’il faut avoir l'obligation d’accepter tout ce que le Magistère Ordinaire du Pape nous dit ( auquel j'ai répondu ), (2) qu'une raison offerte par le Pape pour un enseignement peut être erronée alors que l'enseignement lui-même est correct. En d'autres termes, Buttiglione croit que l'affirmation « que nous pouvons savoir dans notre conscience que Dieu lui-même veut que nous continuions à vivre dans l'adultère et que c’est la réponse la meilleure et la plus généreuse que nous pouvons lui donner dans notre situation » n'est pas l'enseignement du Pape François que nous devons croire ( selon Buttiglione ). Au contraire, nous ne devons croire que le véritable enseignement de AL, à savoir que, après un discernement approprié, les adultères impénitents et les couples homosexuels peuvent être admis aux Sacrements. Je pense, au contraire, que ce paragraphe 303 * dit ( et que bien d’autres parties de AL impliquent aussi ), est le contenu doctrinal le plus important et la principale raison de l'enseignement pastoral de AL, qui ( pour les raisons exposées dans mes réponses n ° 1, 2 et 3, à votre deuxième question ), ne peut pas être considérée comme un « enseignement magistériel » du tout.

Hickson : Dans ce contexte d’un pécheur quelconque qui pourrait être agréable à Dieu même s'il reste encore dans son péché : est-ce que ce Catholique maintient une position dont Dieu puisse être satisfait de nous, peut-être parce que nous avons réparé quelques péchés dans nos vies même si nous étions encore dans un autre péché grave ? C'est-à-dire, pourrait-il suffire aux yeux de Dieu de revenir à l'état de la Grâce Sanctifiante en faisant signe de bonne volonté tout en maintenant encore, par exemple, une relation pécheresse ?

Seifert : Je pense que Dieu pourrait, après avoir divorcé de notre épouse sacramentelle, être heureux de nous voir cessé de tabasser et de calomnier notre seule seconde épouse mariée civilement ou nos enfants, même si nous continuons dans une relation pécheresse. Mais il ne peut jamais vouloir ou être heureux du fait que nous continuons à vivre dans l'adultère, par exemple. Il est certainement possible qu'une ignorance ou une faiblesse de volonté invincible ne fassent pas perdre à une personne l'état de la grâce sanctifiante, même si cette personne vit objectivement dans un péché grave. Mais je pense que a) ceci est très rare, surtout si le prêtre dans la confession s'acquitte lui-même de son obligation de dire la vérité au pécheur, et 2) que personne ne peut être sûr de cela, et 3) que vivre en état de grâce, ça ne suffit pas pour recevoir dignement les Sacrements en vivant objectivement dans un péché grave, comme je l'ai expliqué.

Hickson : Dieu demanderait-il à n'importe quel pécheur à un moment de sa vie de rester dans son péché ? Comment commenteriez-vous cette affirmation à la lumière du Concile de Trente ?

Je pense que c'est clairement impossible et a été déclaré dogmatiquement comme une hérésie par le Concile de Trente.

Hickson : Est-ce que le Prof. Buttiglione, à vos yeux, délaisse les bases solides de l'enseignement moral Catholique, peut-être dans le but de maintenir sa loyauté envers le Pape François ?

Je pense (1) en ce qui concerne ces « deux principes » qui nous séparent, qu’ils ne correspondent pas à un enseignement Catholique solide parce que c'est l'enseignement Catholique ( et la base de toute condamnation des hérésies dans l'histoire de l'Église ) que a) la Vérité a la priorité sur l’Unité et b) qu’aucun Catholique a un devoir absolu d'accepter tout ce qu'un Pape ou un Concile disent si ce n'est pas dogmatique et de fide, et s'il a de bonnes raisons de croire que c'est contraire à la vérité naturelle ou révélée ou les deux ( affirmer le contraire serait de la papolâtrie ). Par ailleurs, (2) je crois que les efforts brillants et concrets du Professeur Buttiglione mais sans succès pour réconcilier les nouveautés de Amoris Laetitia avec Familiaris Consortio, Veritatis Splendor, Evangelium Vitae, Humanae Vitae et la Tradition de l'Église ont tous échoué et le mettent au risque d'utiliser des raisons sophistiques et trop compliquées et de contredire des Dogmes de l'Église tels que (a) que Dieu ne demande jamais des choses auxquelles nous ne pouvons obéir, avec l'aide de la grâce ( une hérésie Luthérienne a nié ceci et a été condamnée par le Concile de Trente ) ; (b) les maux extramoraux ( tels que le partenaire d'un second « mariage » me quittera ) ne peuvent jamais être des maux plus grands qu'un péché et l'intention de empêcher ces maux ne peut jamais justifier un péché ( Veritatis Splendor et Trente l'ont affirmé et ont condamné sa négation comme hérétique ) , ou (c) qu’à soupeser le bien contre les mauvais effets de toute action ne peut jamais justifier de commettre l'un des nombreux actes intrinsèquement mauvais ( Veritatis Splendor l'a rendu très solennellement clair ).

Hickson : Pouvez-vous commenter les points suivants comme exprimés par Buttiglione lui-même ? « Le Pape ne dit pas que Dieu est heureux du fait que les divorcés remariés continuent d'avoir des rapports sexuels entre eux. La conscience reconnaît qu'elle n'est pas conforme à la Loi. Cependant, la conscience sait aussi qu'elle a commencé un chemin de conversion. Il couche encore avec une femme qui n'est pas sa femme mais il a arrêté de prendre de la drogue et d'aller voir des prostituées, il a trouvé un travail et prend soin de ses enfants. Il a le droit de penser que Dieu est heureux avec lui, au moins en partie. »[ soulignement ajouté ].

Seifert : Certes, Dieu peut être heureux qu'un homme « arrête de prendre de la drogue et d'aller avec des prostituées, qu’il trouve un travail et qu’il prenne soin de ses enfants », mais Il ne peut jamais être heureux avec lui « dormant toujours avec une femme qui n’est pas sa femme » ou acceptant de continuer à commettre ce que le Christ lui-même appelle l'adultère parce que ce serait la « réponse la plus généreuse » qu'un adultère peut donner à Dieu dans sa situation. D’affirmer ceci a) nie soit le Dogme que Dieu ne demande rien d'impossible à accomplir, soit b) nie le Dogme que Dieu ne veut jamais que nous péchions, ou les deux à la fois.

Hickson : Martin Luther n'a-t-il pas enseigné que l'homme doit parfois pécher ? Pourriez-vous discuter de cette question à la lumière des propres mots de Buttiglione ?

Seifert : Oui, je crois que, dans la défense de Buttiglione de AL il y a un grand danger de tomber dans l'hérésie Luthérienne du simul justus et peccator en ce sens que la Grâce seule nous justifie et que nous pouvons rester dans la grâce sanctifiante en commettant des péchés mortels. Et la récente célébration de Luther au Vatican, la déclaration des prélats de haut rang que « Luther avait raison » et que c’était un « don du Saint-Esprit » à l'Église Catholique, la rumeur selon laquelle une « messe » conjointe Catholique-Luthérienne est discutée, l'emplacement de la statue de Luther au Vatican, etc. sont des signes alarmants que ce n'est pas seulement Buttiglione qui commence à flirter avec certaines erreurs de Luther. Cette hérésie est étroitement liée à l'enseignement de Luther que la grâce n'est pas un principe qui nous transforme vraiment moralement et nous permet de « devenir parfaits comme Notre Père Céleste est parfait » et que le Christ et l'Écriture Sainte nous disent que c’est la Volonté de Dieu. Cette erreur est également liée au rejet par Luther de la vénération, de la canonisation et de l'invocation des Saints afin qu’ils intercèdent pour nous dans les prières et dans la liturgie, dans les messes en leur honneur, etc. Je ne dis pas bien sûr que mon ami Rocco endossent ces erreurs, mais certaines de ses remarques, par exemple, dans son interprétation de l'histoire de la prostituée Chrétienne de Néron comme étant une situation dans laquelle elle n'était pas libre de refuser d'avoir des relations sexuelles avec Néron, et que son consentement d’avoir des relations sexuelles avec Néron lui a permis de sauver de nombreux Chrétiens ( Buttiglione l'a même appelée Sainte pour cette raison ), donne au moins l'impression que Buttiglione flirte avec certains points de vue de Luther sur la liberté et la grâce. Ou qu'il les accepte même. Il en va de même pour sa description des situations dans lesquelles personne ne peut s'attendre à ce que les adultères puissent décider soit de vivre ensemble dans l’abstinence, soit de se séparer, et ainsi « doivent pécher ».

Hickson : Pourriez-vous également nous présenter cette partie du débat avec Buttiglione où vous vous demandez si les couples divorcés et « remariés », à la lumière du processus de discernement prescrit, seraient encore moins coupables parce qu'ils pourraient avoir un conscience subjective faiblement formée ?

Seifert : Une personne qui souffre d'une ignorance invincible ou d'une conscience innocemment déformée, croyant ou « sentant » que son adultère est correct, peut bien sûr être moins coupable que celle qui agit directement contre la voix de sa conscience. Mais nous ne devons jamais oublier que la fausseté de l'adultère fait partie de la Loi Naturelle écrite dans le cœur de chaque homme, comme le dit l'Apôtre Paul, de sorte qu'il est extrêmement improbable que quelqu'un ne sache rien du péché d'adultère ou de l’activité homosexuelle. Le païen Cicéron appelle la personne qui nie que l'adultère est toujours et partout un péché grave « un fou ». Mais surtout, nous devons comprendre que la valeur éthique de l'aveuglement est, le plus souvent, elle-même un péché ou la conséquence du péché, parce que nous sommes devenus ternes à la voix de la conscience à cause du péché répété ou parce que nous faisons un compromis entre l'orgueil et la concupiscence, d'une part, et de notre volonté limitée de faire le bien d'autre part, de telle sorte que nous ne voyons pas clairement le caractère pécheur des actions dès que la loi morale ne nous permet pas de vivre nos passions ou nos inclinations . ( Dietrich von Hildebrand a analysé ceci et bien d’autres « formes coupables de la cécité des valeurs morales » et de la déformation de la conscience dans un livre admirable, malheureusement pas encore publié en anglais, mais annoncé pour publication immédiate par les Presses Dietrich von Hildebrand nouvellement créées intitulé la Morale et Connaissance de la Valeur Éthique ). Une attitude générale à être enclins à s’adonner aux attraits de ce qui nous satisfait subjectivement, tout en ne voulant pas pécher consciemment et ouvertement, obscurcira facilement notre jugement moral, soit dans un aveuglement de valeur morale partielle ou dans une cécité de subsomption, c'est-à-dire subsumant notre comportement dans la catégorie de « l'adultère ». Dans ces cas et bien d’autres cas de cécité de la valeur morale, nous sommes pleinement responsables de la déformation de notre conscience et donc l'absence de conscience que nous commettons un péché mortel ne nous rend pas innocents parce que nous sommes coupables de notre aveuglement lui-même.

Hickson : Comment, alors, pourrait-il y avoir des « facteurs atténuants » qui rendraient la relation d'un couple divorcé et « remarié » sans péché ?

Seifert : Même s'il y avait des facteurs qui pourraient rendre une relation de couples divorcés et remariés complètement sans péché, nous devons noter :

(1) Dès qu'un couple adultère parle avec un prêtre qui devrait « discerner », ce prêtre a le devoir de leur dire que leur relation est objectivement coupable ; à ce moment, cependant, ils cessent de commettre l'adultère « complètement innocemment » ;

(2) Tant qu'ils continuent à faire ce qui est objectivement et gravement péché, il ne semble pas possible pour eux ni pour tout prêtre de juger que leur relation est « sans péché », ce qui suppose une capacité à regarder dans la profondeur d'une âme, que nous n'avons jamais par rapport à nous-mêmes et encore moins pour d'autres personnes ;

(3) Il est déraisonnable de s'attendre à ce qu'un prêtre puisse juger cela après quelques minutes de conversation au confessionnal ;

(4) C’est intolérable et ça créerait un scandale privé et public si les prêtres commençaient à créer deux groupes de pécheurs : les adultères et les homosexuels qui sont innocents et qui peuvent recevoir les Sacrements et ceux qui en savent plus et qui doivent être exclus ;

(5) Dans la praxis, la tentative infructueuse de séparer ces « bons » et « mauvais » pécheurs graves conduira inévitablement à admettre tout adultère et homosexuel aux Sacrements, et de nombreux sacrilèges seront commis ;

(6) Comme Familiaris Consortio l’enseigne, le fait de recevoir le Sacrement de la digne Confession ou de l'Eucharistie exige des conditions objectives et pas seulement subjectives. Ça exige qu'un couple ne vive pas objectivement dans des relations adultères, et pas seulement que le pécheur « ne sente pas que c’est pécheur » ou même pas seulement que le pécheur ne « perde pas la grâce sanctifiante » personnellement ( parce que Dieu, qui voit son coeur, sait qu'il ne pèche pas mortellement ).

Hickson : Est-ce que tout ce débat devrait être mené seulement entre experts et non en public ?

Seifert : Puisque la question de la réception et de la distribution des Sacrements est d'une importance cruelle pour chaque prêtre et fidèle — leur salut éternel peut dépendre de cela — l'affirmation que cette question ne doit pas être discutée publiquement est absurde. De plus, Amoris Laetitia est publié et ses interprétations très différentes et contradictoires ont été publiées. Ainsi, le débat devrait être mené publiquement.

Hickson : Devrions-nous tous être silencieux dans cette situation pour le maintien de la paix et de l'unité dans l'Église Catholique ?

Je pense avoir déjà répondu à cette question, mais je tiens à souligner à nouveau que la Vérité n'a pas seulement la priorité sur l'Unité et la Paix, mais qu'elle est la condition de l'Unité et de la Paix authentiques. Je pourrais citer ici Blaise Pascal, le grand philosophe français que le Pape François veut apparemment béatifier :

« C'est autant un crime de perturber la paix quand la vérité prévaut que c’est de garder la paix quand la vérité est violée. Il y a donc un temps où la paix est justifiée et un autre où elle n'est pas justifiable. Car il est écrit qu'il y a un temps pour la paix et un temps pour la guerre et c'est la loi de la vérité qui distingue les deux. Mais, à aucun moment, il n'y a de temps pour la vérité et un temps pour l'erreur, car il est écrit que la Vérité de Dieu durera à jamais. C'est pourquoi le Christ a dit qu'Il est venu apporter la paix et en même temps qu'Il est venu apporter l'épée. Mais Il n’a pas dit qu'Il était venu apporter à la fois la vérité et le mensonge ». — (Blaise Pascal, 19 juin 1623 — 19 août 1662)

Hickson : Que diriez-vous aux gens qui prétendent aujourd'hui que ceux qui s'opposent au Pape François à propos de certaines de ses déclarations publiques ( même s'ils ne sont pas magistérielles, mais ont tout de même une influence sur les fidèles Catholiques ) ont l'intention de diviser l’Église Catholique ?

Seifert : Il est bien sûr possible que certains critiques de l'Église ont une telle intention, mais c’est certainement tout à fait faux et ce serait une calomnie si c’était dit des Quatre Cardinaux des dubia, du Père Weinandy, de Mgr Athanasius Schneider, du Prof. Claudio Pierantoni, du Prof. Carlos Casanova, et de beaucoup d’autres personnes qui ont élevé leurs voix critiques ou signé la Correctio filialis. ( Ça serait aussi faux à mon propos même si mon Archevêque de Grenade a pensé, a dit ou a écrit ainsi, pourrais-je ajouter, alors que je serais prêt à mourir pour « l'Unité de l'Église dans la Uérité » et n'ai absolument aucune intention briser l'Unité de l'Église). John Henry Westen ( éditeur de Life Site News ) a récemment rappelé dans un excellent discours à Rome, le 28 octobre, portant sur Humanae Vitae — parrainé par la « Voix pour la Famille » — que (1) le Pape lui-même nous exhorte à le critiquer librement et de ne pas être préoccupé de ce que le « Pape pourrait penser » et (2) que les vrais amis du Pape et de l’Église sont ceux qui sont vigilants et ne font pas l’éloge du Pape par des flatteries et de l’adulation, que le successeur de Saint Pierre, destiné à être le Roc, n'a pas besoin d’avoir.

De soutenir le contraire, à savoir que toute personne qui critique une parole prononcée par le Pape « a l'intention de diviser l'Église Catholique » ou effectivement divise l'Unité de l'Église serait de juger que l'Apôtre Paul avait l'intention de perturber l'Unité de l'Église Catholique quand il a critiqué le premier Pape, institué par le Christ Lui-Même, ouvertement et fortement au cours du premier Concile des Apôtres.

Hickson : Qu'est-ce que vous pensez de l’Avant-propos du Cardinal Müller pour le nouveau livre de Rocco Buttiglione : Réponses amicales aux critiques d’Amoris Laetitia ?

Je ne peux pas répondre à cette question à fond avant d’avoir vu le texte intégral du nouveau livre et l’Avant-propos du Cardinal Müller, dont je n'ai lu que quelques fragments qui m'a laissé passablement perplexe. Son éloge du nouveau livre de Buttiglione sur Amoris Laetitia m’a étonné beaucoup : (1) premièrement, parce que le Cardinal Müller a publié récemment un livre en Espagnol, dans lequel il a affirmé qu’aucun Pape ni Concile pourraient changer la discipline sacramentelle de l'Église qui est, comme Familiaris Consortio # 84 le dit, fondé lui-même sur l’Écriture Sainte. Pour écrire cela, l'Archevêque de Madrid a appelé anti-Pape le livre du Cardinal Müller et lui a interdit de le présenter à l'Université Catholique et au Séminaire Saint-Damase de Madrid. Le Cardinal Müller l’a présenté dans une autre université à Madrid en disant que AL n’a pas changé ou n’avait pas l’intention de ne rien changer de l'enseignement et la discipline sacramentelle exprimée en Familiaris Consortio # 84, ce qui est, a dit Müller, indissociable de l’enseignement pérenne de l’Église. Don Livio Melina, un de mes anciens élèves à l'Institut Jean-Paul II pour le Mariage et la Famille et jusqu'à récemment Président de l'Institut Jean-Paul II pour le Mariage et la Famille à Rome, a donné la même interprétation. Notre Archevêque de Grenade, Don Francisco Javier Martínez, a envoyé la déclaration de Melina à tout le clergé de Grenade, évidemment en accord avec elle ( mais il a changé plus tard et a épousé l’interprétation de AL de Buenos Aires et m'a d’abord suspendu d’enseignement à ses séminaristes, et puis m’a renvoyé — il m’a forcé à ma retraite—de ma Chaire de ma Présidence à l'Académie Internationale de Philosophie (AIP-IFES) quand j’ai publié mon deuxième article sur AL ). J’ai pensé au début que le jugement du Cardinal Müller était tout à fait correct en ce qui a trait à l’enseignement pérenne de l’Église mais incorrect en tant qu’interprétation de AL. Sur cette question simplement herméneutique, je suis d’accord avec Buttiglione qui a vu dès le début que AL dit quelque chose de très différent de Familiaris Consortio, mais il a essayé d'expliquer cela comme purement pastoral et « complémentaire » : le Pape Jean-Paul II aurait simplement parlé du « côté objectif » de l’adultère comme étant gravement désordonné pendant que AL Laetitia prend en compte les conditions subjectives classiques du péché mortel et de l’imputabilité. Ainsi, les deux Papes ont raison bien qu'ils proposent des décisions pastorales de l'Église opposées. Saint Jean-Paul II interdit l’accès aux Sacrements aux divorcés et remariés Catholiques ( en dehors de l'Église ), sauf s’ils vivent dans l’abstinence complète, parce qu'il parle simplement du caractère objectivement pécheur de l’adultère ; le Pape François leur permet de recevoir l’Absolution sacramentelle et l’Eucharistie même s’ils n’ont pas l’intention de changer leur vie, parce qu'il demande de discerner et de reconnaître l'état de grâce possible dans de tels « bons adultères et homosexuels ».

Maintenant, je déduis des fragments publiés de sa préface qui me furent accessibles que le Cardinal Müller :

(1) est complètement passé à l'interprétation Buttiglione-Buenos Aires du texte de AL comme étant « herméneutiquement correct » ( sur cela, je suis d'accord maintenant avec les deux ; ils interprètent AL textuellement correctement ).

(2) Qu'il remercie maintenant Buttiglione et défend AL en vrac tout comme Buttiglione, non seulement en acceptant l'accès aux Sacrements des couples dont il a dit quelques mois en arrière qu'aucun Concile ou Pape peut les autoriser à recevoir les Sacrements parce que l'interdiction enseignée par Familiaris Consortio, appartient à, ou est la conséquence logique de l'enseignement pérenne de l'Église. Ainsi, le Cardinal Müller semble maintenant contredire également sa précédente affirmation doctrinale forte que la discipline sacramentelle affirmée par le Pape Jean-Paul II — à savoir que personne qui vit en contradiction objective avec l'enseignement de l'Église sur l'indissolubilité du mariage ne peut être admis aux Sacrements est une partie et une perpétuelle conséquence logique des enseignements sur le Christ et de l'Église.

(3) En troisième lieu, le Cardinal Müller semble maintenant nier aussi bien que, dans AL, il n’y a ( a ) aucune trace d’éthique téléologique et d’éthique de situation. Il répond ainsi par la négative à ma question : « Est -ce que la logique pure menace de détruire la Doctrine morale entière de l'Église Catholique ? » [3]. Par conséquent le Cardinal Müller semble nier que l’affirmation : la « conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Évangile. De même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif » [ à savoir de continuer à vivre dans l’adultère ou dans des relations homosexuelles ] implique logiquement que Dieu peut approuver nous voir commettre un acte intrinsèquement mauvais, comme l’adultère dans certaines situations, et par conséquent il n'y a plus aucun acte intrinsèquement mauvais dans toutes les situations. En contraste à l'opinion du Cardinal Müller que AL ne nie pas les actes intrinsèquement mauvais ni n’affirme que la poursuite d’un acte gravement et objectivement pécheur peut correspondre à la Volonté de Dieu pour nous, le Père Spadaro, ami et interprète autorisé de AL, a attribué récemment au Pape François et à AL le point de vue que François nie « toute règle générale qui ferait d’une classe d'actions humaines moralement répréhensibles » ( ce qui signifie nier que toute action humaine, en tant que classe, est intrinsèquement mauvaise, quelles que soient les circonstances et les conséquences). Ainsi, à ce stade, compte tenu de ce retournement de la position du Cardinal Müller, les deuxième et troisième points que je considère faux, je ne peux qu’avouer ma perplexité sur les déclarations du Cardinal Müller et continuer à espérer que la lecture du texte intégral fera la lumière sur le casse-tête de son adhésion de son autorité à Buttiglione.

FIN



* Le paragraphe 303 de Amoris Laetitia se lit comme suit : « Évidemment, il faut encourager la maturation d’une conscience éclairée, formée et accompagnée par le discernement responsable et sérieux du Pasteur, et proposer une confiance toujours plus grande dans la grâce. Mais cette conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Évangile. De même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif ».

[1] « Est -ce que la logique pure menace de détruire la Doctrine morale entière de l'Église Catholique ? « Aemaet, Wissenschaftliche dans : Zeitschrift Und Theologie Philosophie Http ://aemaet.de , Bd. 6 (2017) 09.02.

[2] « Amoris Laetitia. Joie, tristesse et espoir ». Aemaet Bd. 5, Nr. 2 (2016) 160-249, Http ://aemaet.de l’urne : Nbn : De : 0288-2015080654.

[3] Aemaet, Wissenschaftliche en : Zeitschrift de Philosophie und Theologie Http ://aemaet.de , Bd. 6 (2017) 09.02.