vendredi 13 mai 2016

Exhortation

Muller est étranglé, Fernandez explique l'approche




Par : Maike Hickson
SOURCE : ONE PETER FIVE

Depuis samedi soir dernier, quand ma traduction des segments d'un très important discours prononcé le 4 mai par le Cardinal Gerhard Müller à Oviedo, en Espagne, a été publié ici sur le site One Peter Five, j’étais dans l'expectative et j’attendais avec impatience une réponse proportionnée par les médias à cette déclaration faite par le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (CDF). J’ai été déçue cependant. La plupart des média Catholiques se sont largement limités à utiliser un compte rendu d’un article publié par le Catholic Herald d’Angleterre, trompeusement intitulé « Cardinal Müller : Amoris Laetitia est en condormité avec l'enseignement précédent sur la communion ». Même les média laïcs ont ignoré cet apparent (et potentiellement scandaleux) conflit dans les échelons les plus élevés de l'Église.

Il est vrai que le Cardinal Müller n’a pas explicitement contredit Amoris Laetitia, l'intégralité de son discours — ainsi que ses autres discours en Espagne, qui, nous l'espérons, seront bientôt disponibles en français — est un acte implicite de résistance contre la tendance apparente d’Amoris de Laetitia à saper l'ordre sacramentel et l'enseignement fondamental moral de l'Église Catholique. Dans presque dans tous les aspects, le Cardinal Müller rectifie et corrige ce que Amoris Laetitia a laissé explicitement ouvert. Voici un exemple de ce que je veux dire - dans les paroles de Müller :

« Ce n'est pas une conclusion exagérée tirée de l'enseignement mais, plutôt, le fondement même de la Constitution Sacramentelle de l'Église, que nous avons comparé à l'architecture de l'Arche de Noé. L'Église ne peut pas changer cette architecture parce qu'elle vient de Jésus Lui-même et parce que l'Église a été créée en elle et est supportée par elle afin de naviguer à travers les eaux du déluge. Le fait de changer la discipline en ce point précis et d'admettre une contradiction entre l'Eucharistie et le Sacrement du Mariage signifierait nécessairement changer la Profession de Foi de l'Église. En ce qui concerne leur Foi dans un mariage indissoluble — non pas comme un idéal lointain, mais comme un moyen concret de conduite — le sang des martyrs a été versé.

Pourtant, ces paroles n’ont pas encore fait une grande différence dans le monde à ce qu’il semble. Les médias laïcs ont à peine signalé la déclaration de Müller. Quand on regarde comment il a prononcé son discours — même si l'on ne peut pas comprendre les paroles qu’il dit (c’est un vidéo du discours est en espagnol sans sous-titres) — il devient clair à quel point le Cardinal Allemand est grave et combien de poids repose sur ses épaules à ce moment de l'histoire. C’est évident qu’il connaît la gravité de ce qu'il fait.

En outre, dans un autre discours plus tôt le 2 mai à Valence, Espagne — pour lequel, j'espère, que quelqu'un qui a les moyens de le traduire correctement pourra bientôt en faire un rapport plus complet — Müller a réfuté la prétention d’Amoris Laetitia à savoir que le concept Catholique du mariage soit « un idéal trop abstrait et trop éloigné en distance ». Müller a répondu : « Non, c’est l’idée de Dieu et Il nous donnera la grâce de le vivre ! »

Heureusement, le Dr Sandro Magister, dont nous admirons le travail et sur lequel nous avons tant compté, a publié aujourd'hui son propre article avec une traduction des parties du discours du 4 mai à Oviedo par le Cardinal Müller. Il décrit de façon incisive le fait que pas même l’Osservatore Romano a publié le discours de Müller et il procède ensuite à expliquer pourquoi les paroles du Cardinal Müller sont en grande partie maintenant ignorées et pourquoi ses paroles auront pratiquement « un impact minimal » : à savoir, parce que « le rôle du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi est maintenant et essentiellement marginal et sans pertinence ! » Aux yeux de Magister, François a efficacement « changé la forme du Magistère pontifical."

Cette idée nous amène à la question importante de savoir comment François a opéré efficacement un tel changement.

Dans ce contexte, il est utile d'examiner les paroles de l'un des plus proches conseillers de François et l'un des auteurs de Amoris Laetitia, Mgr Victor Manuel Fernandez, qui a déjà eu dans le passé certains conflits graves avec la tête de la CDF. (Fernandez aussi dit avoir été l’écrivain de service pour la première Exhortation apostolique du Pape François, Evangelii Gaudium, ainsi que pour l'Encyclique Laudato Si.)

Dans ce qui suit, nous nous proposons de montrer comment la méthode de Fernández décrit le fonctionnement du dispositif de François [ou sa « Nomenklatura ? »] en ce qui concerne l'évolution de la culture, de la mentalité et de la praxis de l'Église Catholique. Le 10 mai, 2015, le quotidien italien, Corriere della Sera, a publié une interview avec Mgr Victor Fernandez.

Cette interview a immédiatement provoqué un émoi à Rome, elle s’est avérée être une plus ou moins attaque directe du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Gerhard Ludwig Müller. « Les Catholiques savent à la lecture de l'Évangile que ce sont le Pape et les Évêques à qui le Christ a accordé une gouvernance et une illumination spéciales — et non à un préfet ou à toute autre structure » a dit Fernandez. « Quand on entend de telles choses, on pourrait presque avoir l'impression que le Pape est simplement leur représentant [i.e. un représentant de la Curie elle-même] ou que le Pape est celui qui est venu troubler et qu’il doit donc être surveillé ». Cette critique vise incontestablement le Cardinal Müller et son éminente remarque officielle que son devoir en tant que chef de la CDF est de « fournir la structure théologique d'un pontificat ». Le journaliste du Vatican Insider, Andrea Tornielli, a précédemment et assez fortement réprimandé le Cardinal Müller pour ses remarques publiques.

Dans son interview du 10 mai à propos du concept de la réforme papale, Mgr Fernandez le dit carrément : « Le Pape a d'abord rempli la place Saint-Pierre de foules, puis il a commencé à changer l'Église ». Lorsqu'on lui demande si le Pape est isolé au Vatican, il répond : « En aucun cas. Les gens sont avec lui [François] et non avec ses adversaires ».

L’Archevêque de 53 ans a ensuite ajouté : « Le Pape va lentement parce qu’il veut être sûr que les changements ont un impact profond. La lenteur est nécessaire pour assurer l'efficacité des changements. Il sait qu'il y a des personnes qui espèrent que le prochain Pape retournera tout en arrière. Si vous allez lentement, il est plus difficile de retourner les choses ». L'intervieweur lui a alors demandé si ça n’aide pas ses adversaires quand ils savent que François a dit que sa papauté pourrait être courte. Fernandez a répondu : « Le Pape doit avoir ses raisons parce qu'il sait très bien ce qu'il fait. Il doit avoir un objectif que nous ne comprenons pas encore. Vous devez comprendre qu’il vise à faire une réforme irréversible. Si, un jour, il pourrait sentir qu'il est à court de temps et n'a pas assez de temps pour faire ce que l'Esprit lui demande, vous pouvez être sûr qu’il va accélérer ».

Ces paroles pourraient être lues dans le contexte continu de deux années de longue procédure et de discussion sur la question du mariage et de la grande confusion de la famille qu’elle a causée parmi les fidèles. Et, maintenant, nous voyons comment le Pape peut faire également très grand pas en avant. Mgr Fernandez est convaincu que les changements de François dans l'Église resteront même après sa propre papauté :

« Non, il n'y a pas de retour en arrière. Si et quand François ne sera plus Pape, son héritage restera ferme. Par exemple, le Pape est convaincu que les choses qu'il a écrites ou déjà dites ne peuvent pas être condamnés comme des erreurs.Donc, dans le futur, quiconque pourra répéter ces choses sans crainte d’être sanctionné. Et alors la majorité du peuple de Dieu avec leur sens spécial n’acceptera pas de retourner facilement sur certaines choses ».

Quand il lui fut demandé si le Pape est à l'origine d'un schisme au sein de l'Église, l'Argentin a répondu :

« Non, il y a un schisme quand un groupe de personnes partagent les mêmes sensibilités importantes qui reflètent une vaste partie de la société. Luther et le Protestantisme sont venus de cette façon. Mais maintenant, l'écrasante majorité des gens sont avec François et ils l'aiment. Ses adversaires sont plus faibles que ce que vous pensez. Ne pas être agréable à tout le monde ne veut pas dire provoquer un schisme ».

En dépit de son déni d'une plus grande opposition contre certaines tentatives de François pour changer l'Église, Mgr Fernandez admet qu’aujourd'hui, un Conclave ne réélirait probablement pas François. Il a dit, interrogé sur une éventuelle réélection : « Je ne sais pas, peut-être pas. Mais c’est arrivé ».

Ici, nous l'avons. La majorité — et la majorité des médias publics ! — sont derrière le Pape. « Ses adversaires sont plus faibles que ce que vous ne le pensez ». C’est exactement ce à quoi nous assistons en ce moment. Presque personne ne rend compte de la résistance du Cardinal Müller.

Ailleurs, Fernandez a révélé une stratégie similaire sur la façon de traiter le sujet des divorcés/remariés à celle de l'Archevêque Bruno Forte, secrétaire spécial trié sur le volet par le Pape lors des Synodes, a également révélé il y a quelques jours. Ça a été divulgué plus tôt dans l’entretien de Fernandez du 21 octobre 2014 avec le journal argentin La Nacion — juste après la conclusion du Synode sur la Famille d’octobre 2014 — où il a dit :

« Vraiment je pensais que ce sujet [des «divorcés/remariés] ne serait pas traité ou qu’il allait être mentionné d'une manière passagère, parce qu'il y avait beaucoup d'autres questions qui nous préoccupent davantage. Ce qui soulève notre attention, c’est la possibilité par nombreux Évêques que des personnes qui sont divorcées et remariées pourraient être autorisées à recevoir la Communion. Je ne voudrais pas parler de divisions parce que ceux qui ont avancé le sujet l'ont fait avec beaucoup de prudence, sauvegardant l'indissolubilité du mariage et ceux qui s’y sont opposés pensaient au bien des familles et des enfants. Il y avait seulement un groupe de six ou sept personnes très fanatiques et quelque peu agressives qui ne représentaient même pas 5% du total des individus participant au Synode. [...] Peut-être que nous avons manqué de dire, à tout le moins, avec François : « Qui sommes-nous pour juger les gays ? »

Comme Fernández a aussi dit ailleurs à propos du programme du Pape : « Le Pape dit que nous devons « transformer toutes choses » afin d’évangéliser le monde d'aujourd'hui » et d'entrer dans un « état permanent de mission ». L'Archevêque a dit aussi que le Pape « déstabilise tout le monde ». Enfin, Mgr Fernandez réprimande les « conservateurs » une fois de plus, en disant que « certaines personnes écoutent un pape que si ce que dit ce Pape coïncide avec leurs propres idées » Et il conclut : « Bien que ces personnes semblent apparaître conservatrices en ce qui concerne la Doctrine, fondamentalement ils semblent ne pas avoir la foi dans l'assistance spéciale de l'Esprit Saint que Jésus a promis au Pape ».

Ici, nous avons une stratégie révolutionnaire incontestablement subversive devant nos yeux. Nous n’avons pas d'autre choix que de faire face au fait que nous sommes, dans les termes naturels et d'une manière pratique, dans la minorité résistante — comme les Juifs qui ont loyalement suivi le Christ en dépit de l'attitude réprobatrice de la hiérarchie officielle du Sanhédrin du Temple. Nous sommes appelés à la même loyauté et fidélité même si nous ne savons pas encore à quel prix ceci doit être accompli.

Mais alors que, dans les conditions naturelles, ceux qui se tiennent debout pour la Vérité du Christ semblent perdre ce combat, nous savons que c’est une bataille surnaturelle et que, finalement, le Cœur Immaculé de Marie triomphera. Elle fera en sorte que Son Fils sera défendu et que son ennemi sera vaincu. Le temps de Dieu est parfait !

Bien que nous sommes appelés à notre devoir, nous pouvons nous reposer en sachant que la solution n’arrivera pas des mains des hommes. C’est dans ce contexte que nous attendons la consolation du Ciel ; un signe d'espoir, un peu d'encouragement qui nous donneront à chacun d'entre nous une nouvelle force pour le combat et la joie dans nos épreuves. Celle qui est la Reine du Ciel prévaudra ; Elle, qui a pour mission d'écraser la tête de Satan et a sous son commandement toutes les légions d'anges. La victoire, nous avons confiance, sera la Sienne.