dimanche 26 mars 2017

L'Église et Asmodée - Partie 1
Démon de la luxure


Un spiritu fornicationis
nos libera, Domine

(INVOCATION dans les litanies des Saints)


Un détail de l'autel Ysenheimer par Matthaeus Grünewald représentait
un démon androgyne prenant d'assaut une église



Par : Don Pietro Leone (pseudonyme d'un prêtre Italien )
SOURCE : Rorate Caeli


Note : Nous vous présenterons cet excellent essai au cours des prochains jours en cinq parties. Un remerciement spécial à notre contributrice Francesca Romana, dont les traductions de l’Italien à l’Anglais sont sans pareil, pour le travail considérable impliqué dans cette série



Sœur Lucie de Fatima a écrit au Cardinal Caffara que l'affrontement final entre le diable et l'Église serait dans le domaine de la famille et du mariage. Une étude rigoureuse de l'histoire récente de l'Église sert à nous assurer que l'affrontement a déjà commencé, c'est-à-dire avec l'entrée dans l'Église du démon Asmodée : l'esprit de fornication.

La question que nous souhaitons aborder dans cet essai est de savoir comment notre Sainte Mère l'Église qui a résisté depuis 2000 ans, qui a été en mesure de vaincre et qui a en effet été purgée et exaltée par toute la violence cruelle et inhumaine de ses persécuteurs et de toutes les subtilités obscures des hérétiques, succombe maintenant à quelque chose de si de base et d’aussi primitif que la concupiscence de la chair.

Pour tenter de répondre à cette question, nous allons présenter brièvement :

1) La sexualité selon l'attitude traditionnelle de l'Église en contraste à celle du monde;
2) L'attitude envers la sexualité de l'Église moderne (ou plutôt des Ecclésiastiques modernes) à partir du temps du Concile Vatican II jusqu’à l'accession du Pape François ; et enfin
3) Le manifeste d'attitude dans l'encyclique Amoris Laetitia.

LA SEXUALITÉ
AUX YEUX DE L'ÉGLISE ET DU MONDE

a) La nature de la sexualité

Aux yeux de l'Église, la sexualité a une finalité : c’est une faculté de la personne humaine orientée vers la procréation. Puisque la procréation nécessite l'existence d'un mariage et d’une famille pour son bon usage, la sexualité fait partie du mariage et de la famille et la sexualité relève donc de l'éthique conjugale.

Aux yeux du monde, en revanche, la sexualité n'appartient pas nécessairement au mariage ou ne tombe pas dans l'éthique conjugale, mais a sa propre éthique, c'est-à-dire l'éthique sexuelle. Pour l'Église, la cellule atomique est le mariage ; pour le monde, c’est la sexualité.

Pour le monde, encore une fois, la sexualité n'a pas de « finalité » ou d'orientation en tant que telle. Au contraire, en tant qu'amour sensitif, il est une fin en soi et parle de lui-même ; il ne nécessite pas de justification même s’il pousse l'agent à agir à l'encontre de la raison. En effet, le concept même de « finalité » est de mauvais goût aux enfants du monde [1] parce que leur vision du monde est essentiellement subjectiviste et égocentrique. En un mot, ils ne sont intéressés que dans leur propre finalité (ou désirs) et non celle de Dieu, qui, selon eux, peut très probablement ne pas exister du tout.

Leur conception de la sexualité varie allant du superficiel à la sagesse du monde : de la conception simplement de quelque chose qui apporte du plaisir, seul ou avec un autre, indépendamment de l'âge, du sexe ou de l'état civil de l'autre ; à la conception de l'amour entre deux adultes, hommes et femmes, mais qui n’est généralement pas limité au mariage seulement. La sexualité, selon eux, a sa propre dynamique : elle se développe, se fane, meurt, apporte du plaisir mais aussi de la tristesse ; elle s’attache à une personne, puis à une autre ; elle est aussi variable et aussi douce-amère que la vie elle-même.

b) L'évaluation de la sexualité

L'Église enseigne que la sexualité, étant une faculté des sens, est désordonnée étant donné notre nature humaine déchue qui est la conséquence du péché originel. Comme toutes les opérations des sens et des émotions, il faut donc que ce soit contrôlé et tenu en échec par la vertu cardinale de la modération qui, dans le domaine de la sexualité est connue comme étant « la chasteté ». Le mariage, en fournissant le contexte de l'utilisation correcte de la sexualité, est appelée « le remède à la concupiscence ». Pour ceux qui sont mariés, la chasteté signifie la modération de l'usage et des plaisirs de cette faculté ; pour les célibataires, il signifie l'abstinence totale.

En dehors de la chasteté, il y a une autre vertu que l'Église défend dans le domaine sexuel et c’est la modestie ou le sens de la honte, i.e la pudeur. Cette vertu se rapporte à l'attitude, l'habillement et à la parole. En effet, la sexualité n’est pas discutée par les Catholiques engagés sauf avec le plus grand tact et la plus grande discrétion possible.

Le monde, en revanche, considère la sexualité comme bonne dans un sens absolu, dans la mesure où elle appartient à la nature humaine, ce qui est aussi vue comme bonne dans ce sens. « Dieu m'a fait de cette façon » ont-ils l'habitude de dire à propos de tout désir qui pourrait les affliger.

Le monde n’est pas intéressé par la modestie. Il préconise la licence complète dans l'exercice de la sexualité, dans les vêtements et dans le discours. Il est ouvert et franc quand il en vient à cela qui est son sujet favori. Blagues, histoires à double sens, histoires de couples non mariés, « conquêtes » et les scandales sont allègrement galvaudés comme si c’était un indice sûr de l'émancipation et de la virilité [2].

c) L'abus de la sexualité

Dans la mesure où il est ordonné à la procréation, à la création d'êtres à l'image et à la ressemblance de Dieu, pour la conservation de la race humaine et pour la population du Ciel, la sexualité est ordonnée à un grand bien et, par conséquent, son abus est un grand mal. Pour cette raison, l'Église enseigne que tous les péchés sexuels, tous les péchés contre la pureté, sont des matières graves : que ce soit seul ou avec un autre, si les deux sont célibataires, ou un ou les deux partenaires sont mariés à un autre, s’ils sont d'un autre sexe ou du même sexe, que le péché soit de l'ordre naturel ou non naturel. Si ces péchés sont commis en toute connaissance et avec le consentement délibéré, ces péchés, sinon avoués avant la mort physique, mériteront la mort éternelle de l'Enfer. La Sainte Communion dans l'état de péché mortel est un autre péché mortel : celui d’un sacrilège.

Le monde, en revanche, considère cette vision comme exagérée, puritaine, prude, psychologiquement non éclairée, inhibée, répressive, rabat-joie, moralisatrice, pharisaïque, « seulement pour les religieuses », « positivement médiévale » et « désespérément déphasée avec notre temps ». Les enfants du monde se défendent contre la critique de l'impureté en disant qu'ils sont « ne nuisent pas à personne ». Ils disent ceci parce qu'ils souscrivent à l'hédonisme, qui constitue la somme de toute leur éthique sexuelle [3].

En conclusion, alors, l'Église enseigne que :

a) La sexualité a un finalité et est ordonnée à la procréation.
b) La sexualité est en elle-même désordonnée ; dans le mariage, il est permis comme « remède de la concupiscence » ; il doit être modéré par l'ascèse : par la chasteté et la modestie.
c) Son abus est gravement péché.

Le monde enseigne, en revanche, que :

a) La sexualité n'a pas une finalité particulière. Son utilisation procure du plaisir et est un moyen pour exprimer de l'amour entre deux personnes, pas nécessairement mariées l’une à l'autre.
b) Elle est bonne dans un sens absolu et doit être utilisée et dicutée avec une licence complète.
c) Sa morale est déterminée par les canons de l'hédonisme.

Partie 2 à être affichée, bientôt.




[1] Selon les Philosophes modernes en général.

[2] Alors que le contraire est vrai: ce sont des signes d'effeminement et d'auto-indulgence: l'incapacité d'être un homme, de prendre courage et ses responsabilités ; l'indice de l'asservissement aux désirs inférieurs.

[3] Nous notons ici que l'hédonisme est incohérent, car l'auto-indulgence apporte la tristesse alors que c'est l'auto-discipline (dans le contexte des vertus Chrétiennes) qui apporte le bonheur

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