vendredi 23 juin 2017

Le paragraphe # 298 d'Amoris Laetitia
favorise-t-il l'adultère ?



Par : Steve Skojec
Éditorialiste en chef de One Peter Five

Le 23 juin 2017
SOURCE : One Peter Five





Parmi les paragraphes les plus controversés du Chapitre 8 d'Amoris Laetitia (AL), le # 298 semble être un véritable test idéologique de Rorschach. Certaines personnes voient le problème et certaines ne le voient pas (ou choisissent de ne pas le voir). Comme ça a discuté plusieurs fois dans diverses discussions en ligne, j'aimerais essayer de le décortiquer dans l'espoir d'apporter une certaine clarté. Il n'y a rien de plus difficile à expliquer, à mon avis, que l'évidence, alors merci d’être patient avec moi pendant que nous prendrons le temps de bien l’isoler.

Commençons par la partie pertinente du paragraphe 298 :

« Les divorcés engagés dans une nouvelle union, par exemple, peuvent se retrouver dans des situations très différentes, qui ne doivent pas être cataloguées ou enfermées dans des affirmations trop rigides sans laisser de place à un discernement personnel et pastoral approprié. Une chose est une seconde union consolidée dans le temps, avec de nouveaux enfants, avec une fidélité prouvée, un don de soi généreux, un engagement chrétien, la conscience de l’irrégularité de sa propre situation et une grande difficulté à faire marche arrière sans sentir en conscience qu’on commet de nouvelles fautes. L’Église reconnaît des situations où « l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par exemple l’éducation des enfants –, remplir l’obligation de la séparation ».329 [soulignement ajouté]

La deuxième et la troisième phrases font référence à une situation hypothétique particulière — « une seconde union consolidée dans le temps, avec de nouveaux enfants, avec une fidélité prouvée, un don de soi généreux, un engagement chrétien, la conscience de l’irrégularité de sa propre situation... » — et c'est sur cela que nous devons nous concentrer pour trouver nos réponses.

Commençons par décortiquer le langage :

  • « Une seconde union consolidée dans le temps » — ici nous parlons objectivement d'une deuxième relation adultère après un mariage valide. Il peut s'agir d'un deuxième « mariage », il peut s'agir d'un cas de cohabitation, le contexte spécifique n'est pas clair. Mais la phrase précédente dit « les divorcés engagés dans une nouvelle union », alors nous savons ce que ce n'est pas : un mariage valable et sacramentel dans lequel les rapports sexuels sont licites.

  • Nous savons que cette union a, au moins à un certain point, impliqué des rapports sexuels, dans la mesure où elle a créé des « nouveaux enfants » .

  • Nous savons que, puisque cette union n'est pas un mariage valable et sacramentel, toute activité sexuelle engagée par le couple est adultère.

  • Nous savons que cette situation a une certaine longévité, car elle est décrite comme ayant « une fidélité prouvée » . Ce n'est pas une aventure d’un soir, voire une relation de quelques mois. Il y a eu du temps pour la conception, la grossesse et la naissance d'au moins un nouvel enfant.

  • Les personnes impliquées dans l'union ont « une conscience de l’irrégularité de leur propre situation » . C'est une manière très étrange de le formuler. Le document ne définit pas, dans la mesure où je ne l'ai pas trouvé, le terme « irrégulier » (ni non plus que j’ai trouvé une telle définition dans le Code de Droit Canonique), mais le contexte rend cela très clair : les unions irrégulières, à la manière qu’Amoris Laetitia se réfère à elles, sont des relations sexuelles mais ne répondent pas aux exigences d'un mariage valable et sacramentel. Cela signifie qu'il n'y a vraiment pas d'autre moyen d'expliquer cette « conscience de l’irrégularité de leur propre situation » que de dire : « Les personnes impliquées savent qu'elles vivent dans une relation qui viole le 6ème Commandement et / ou l'enseignement général de Notre-Seigneur sur le mariage ».

Il semble alors que nous ayons une image assez claire de ce dont nous discutons dans cette hypothèse : les relations non conjugales à long terme qui ont engendré des enfants et qui sont reconnues par les participants comme étant en violation de l'enseignement de l'Église / Dieu sur le mariage . (Cette dernière partie est importante car elle supprime toute prétention à l’ignorance.)

Le paragraphe 298 d’Amoris Laetitia en question poursuit : « ... la conscience de l’irrégularité de sa propre situation et une grande difficulté à faire marche arrière sans sentir en conscience qu’on commet de nouvelles fautes ».

C'est un langage très étrange. Qu'est-ce que ça veut dire?

  • « La grande difficulté à faire marche arrière » — le sens évident ici est « de se séparer de cette union et de revenir au conjoint d'origine ».

  • « Sans sentir en conscience qu’on commet de nouvelles fautes » — c'est extrêmement vague. Cela pourrait signifier presque tout. Les nouveaux péchés sexuels? Les péchés d’abandonner son devoir envers un autre enfant ou un enfant à charge ? Quels types de péchés ? Et comment le fait de « sentir » une chose change l'obligation morale de faire un acte de volonté basé sur une conscience éclairée ?

Examinons maintenant la dernière phrase de cette section :

« L’Église reconnaît des situations où « l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par exemple l’éducation des enfants –, remplir l’obligation de la séparation » # 329

J'ai laissé le numéro de la note de bas de page avec le texte car elle est très importante, mais nous y reviendrons dans une seconde.

L'affirmation dans cette phrase existe en contradiction avec l'enseignement antérieur de l'Église tel qu'il est exprimé dans l'Encyclique Casti Connubii (CC). CC cite Saint Augustin quand il dit :

« Par la foi conjugale, on a en vue cette obligation qu'ont les époux de s'abstenir de tout rapport sexuel en dehors du lien conjugal ; dans les enfants, on a en vue le devoir, pour les époux, de les accueillir avec amour, de les nourrir avec sollicitude, de les élever religieusement dans le sacrement, enfin, on a en vue le devoir, qui s'impose aux époux, de ne pas rompre la vie commune, et l'interdiction, pour celui ou celle qui se sépare, de s'engager dans une autre union, fût-ce à raison des enfants. Telle est la loi du mariage où la fécondité de la nature trouve sa gloire, et le dévergondage de l'incontinence, son frein ». (CC 10 ; mon emphase)

Familiaris Consortio (FC), la propre Exhortation apostolique post-synodale du Pape Jean-Paul II sur le mariage et la famille, s'est également déviée de cet enseignement antérieur en permettant l'exception pour ceux qui vivent dans de telles unions tout en vivant en parfaite continence — à savoir, l'abstinence complète de tout rapport conjugal. (Vous remarquerez que Casti Connubii soutient que c'est par la séparation que le « mal de l'incontinence est restreint », mais Familiaris Consortio affirme que ces couples peuvent, en fait, vivre ensemble chastes.) Familiaris Consortio a également confirmé l'interdiction de permettre à ceux dans ces unions de recevoir la Confession ou la Communion sans repentance et changement de vie. Re : Familiaris Consortio 84 :

« L'Église, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l'Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d'y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d'amour entre le Christ et l'Église, telle qu'elle s'exprime et est rendue présente dans l'Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier: si l'on admettait ces personnes à l'Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l'Église concernant l'indissolubilité du mariage ».

« La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au sacrement de l'Eucharistie - ne peut être accordée qu'à ceux qui se sont repentis d'avoir violé le signe de l'Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l'indissolubilité du mariage. Cela implique concrètement que, lorsque l'homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs - par l'exemple l'éducation des enfants -, remplir l'obligation de la séparation, « ils prennent l'engagement de vivre en complète continence, c'est-à-dire en s'abstenant des actes réservés aux époux ».

Bien que ce paragraphe de Familiaris Consortio soit mentionné dans la note de bas de page #329 du paragraphe 298 d'Amoris Laetitia, sa formulation spécifique relative à l'obligation de vivre en continence n'est pas directement cité dans le document. (En fait, le mot « continence » apparaît seulement deux fois dans Amoris Laetitia — à la fois comme référence à la virginité délibérément choisie qui est diminuée ainsi de son rôle correctement défini [Trente ; 24ème session, 10ème définition] en tant que vocation supérieure au mariage. )

Cette même interdiction a également été marquée par son omission intentionnelle au paragraphe 51 du rapport final du Synode de 2015, qui n'a cité que la partie de Familiaris Consortio 84 qui a soutenu le récit que nous voyons maintenant dans Amoris Laetitia 298 :

« Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la vérité, ils ont l'obligation de bien discerner les diverses situations. Il y a en effet une différence entre ceux qui se sont efforcés avec sincérité de sauver un premier mariage et ont été injustement abandonnés, et ceux qui par une faute grave ont détruit un mariage canoniquement valide. Il y a enfin le cas de ceux qui ont contracté une seconde union en vue de l'éducation de leurs enfants, et qui ont parfois, en conscience, la certitude subjective que le mariage précédent, irrémédiablement détruit, n'avait jamais été valide ». ( Ref : SYNODE DES ÉVÊQUES, Rapport final du Synode des Évêques au Pape François, 24 octobre 2015)

Voyez-vous la manière dont l'enseignement à ce sujet est progressivement abrogé au cours du temps ? Ce qui apparaît dans Casti Connubii est explicitement révisé afin qu'il apparaisse comme une exception dans Familiaris Consortio, qui est lui-même révisé afin qu'il n'apparaisse pas du tout dans Amoris Laetitia. (L'introduction de l'erreur par le biais du gradualisme est un truc post-conciliaire bien favori, et cela me rappelle le remplacement du Premier et du plus grand Commandement par le Second dans Evangelii Gaudium 161, qui a d'abord été fondu dans un amalgame moins flagrant dans Gaudium et Spes 24 .)

Revenons donc au paragraphe # 298 et une de ses notes de bas de page qui l'accompagnent.

On nous a présenté la situation de la deuxième union dans laquelle les participants savent qu'ils violent la Loi de Dieu (et, par conséquent, celle de l'Église), mais estiment qu'ils ne peuvent pas se séparer pour le bien de leurs enfants et aussi de peur de tomber dans certains autres péchés non définis.

Maintenant, avec ce contexte, nous examinons la note de bas de page # 329 qui stipule :

# 329 : Jean-Paul II, exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 84 : AAS 74 (1982), p. 186 ; DC 1982, n. 1821, p.33. Dans ces situations, connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter « comme frère et sœur » que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis » (Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 51). [Soulignement ajouté]

C'est là que nous voyons le gros problème. Analysons-le à nouveau :

  • «Dans ces situations » — c’est-à-dire les deuxièmes unions qui sont sciemment adultères

  • « connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter » « comme frère et sœur » que l’Église leur offre » — ces individus comprennent aussi que l'Église les appelle à vivre en parfaite continence.

  • « beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité », « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis »— voilà où le bât blesse fort, les amis. Ces couples ont compris et accepté l'existence (et peut-être le caractère correct ?) de la proposition morale de la continence dans les unions illicites, mais ensuite ils vont jusqu’à « indiquer » quelque chose de contraire. C'est-à-dire « s’il manque certaines manifestations d’intimité », alors « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis ».

Cette « acceptation » du commandement de vivre en tant que frère et sœur tout en s'y opposant est un principe corroboré dans un autre paragraphe d’Amoris Laetitia — le # 301 — qui indique en partie :

« Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les « valeurs comprises dans la norme » ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute ».

Lorsque l'Église elle-même, par son Souverain Pontife, crée un document officiel qui fait des excuses pour l'obstination dans le péché, nous sommes en territoire très dangereux en effet.

Donc, pour revenir à la note de bas de page # 329 et la compléter : lorsque vous lisez la phrase « certaines manifestations d’intimité », qu'est-ce que cela rappelle? Calculer ses impôts ensemble ? Regarder un film ? Jouer au football ? Peut-être une bonne partie d’échecs ?

« Intimité » est un mot qui, selon sa définition, indique une relation très proche. Les « manifestations d’intimité » entre des membres du sexe opposé concernent principalement l'affection physique jusqu'à l'intimité sexuelle comprise. Si je devais « manifester de l'intimité » à une femme qui n'était pas ma femme, même si les rapports sexuels n'étaient pas impliqués et que ça ne tiendrait qu’à des étreintes, des baisers, etc. — serait-ce, selon vous, une forme d'acte adultère ? Ma femme penserait-elle ainsi ? Le penseriez-vous si c'était votre conjoint? Vous sentiriez-vous trompés, peut-être ?

Bien sûr, les « manifestations d’intimité » qui sont si importantes et que, sans elles, la « fidélité est menacée » sont beaucoup plus susceptibles d'être de nature sexuelle. Pour ne pas être grossier, mais dans la culture moderne, nous entendons sans cesse que lorsque les besoins sexuels ne sont pas satisfaits, les aventures tendent à suivre. Une lecture claire de ce texte précise que c'est ce qui est exprimé ici. Je vais la paraphraser pour plus de clarté :

« Dans les deuxièmes mariages ou dans l’engagement de relations post-divorces, beaucoup de gens, en comprenant que l'Église les appelle à s'abstenir de tout contact sexuel, soulignent que lorsque ce type d'intimité ne fait pas partie de la relation, il est beaucoup plus probable qu’un (ou les deux) conjoint(s) tombera dans l'infidélité (à nouveau), ce qui pourrait nuire aux enfants issus de cette union ».

Ce sont des gens qui ont déjà été excusés, au paragraphe 298, de se séparer — comme Casti Connubii l'a indiqué autrefois que c’était moralement nécessaire pour éviter de tomber dans un adultère supplémentaire. Maintenant, nous voyons encore une autre excuse : « S'ils ne sont pas autorisés à s'engager dans au moins certains des actes propres aux conjoints mariés en Église, la deuxième union pourrait également échouer. Il devrait leur être permis de le faire. Vous savez, pour les enfants ».

Ceci est, comme c’est écrit, une promotion implicite de la continuation de l'adultère — dans un document publié par un Pape.