samedi 30 avril 2016

Amoris Laetitia et les Paroles du Christ
Le Pape parle souvent des actions du Christ
Mais parle très peu de Ses Paroles



par Nathaniel Peters
SOURCE : FIRST THINGS
Le 29 avril 2016



Le premier paragraphe de Amoris Laetitia affirme que « le désir de se marier et de fonder une famille reste vif, en particulier chez les jeunes ». Au cours de mes fiançailles, cependant, mon désir de me marier a été parfois moins vif. Pour paraphraser mon Archevêque, le Cardinal O'Malley, je désire le bonheur mais je me contenterais du plaisir. Je regarde les épaves de divorce autour de moi et je me demande comment je peux espérer l'éviter. Amoris Laetitia est rempli de beaucoup de paroles d'encouragement pour les gens comme moi, mais il m'a laissé préoccupé ainsi que consolé. Non pas parce qu'il appelle à la miséricorde et au discernement, à la reconnaissance du désordre et de la complexité de la vie moderne. Ces éléments sont essentiels pour les pasteurs et même pour tout Chrétien.

Le problème avec Amoris Laetitia, c’est qu’il nous invite à imiter les actions du Christ alors que Ses Paroles sont mises côté. François cite souvent « la compassion et la proximité du Christ auprès des individus fragiles comme la Femme Samaritaine ou la femme surprise en adultère » contrairement à ceux qui en viennent à exiger un idéal parfait ou à lancer des doctrines comme des pierres (27, 38, 49, 64, 289, 294, 305). Mais il ne parle jamais des Paroles que Jésus leur disait ; car Jésus dit à la Femme Samaritaine que l'homme avec lequel elle était alors n’était pas son mari, ceci étant un appel à la repentance et la réception de l'eau vive qui provient de Lui (Jean 4 :18). Pour la femme surprise en adultère, il est plus direct : « Va et ne pèche plus » (Jean 8 :11).

Plus que cela, dans un document avec des citations bibliques détaillées, le Pape François ne cite jamais entièrement les Paroles du Christ concernant le divorce qui apparaissent dans le Sermon sur la Montagne (Matthieu 5 : 31-32) et les deux confrontations avec les Pharisiens (Matthieu 19 : 4-9 et Luc 16 :18). Amoris Laetitia note que Jésus parle du plan originel de Dieu pour l'homme et la femme comme incluant leur union indissoluble et que cette union ne peut être séparée (62). Mais il ne continue pas la citation du Christ : « Et Je vous le dis, celui qui répudie sa femme, sauf pour impudicité, et en épouse une autre, commet un adultère ».

Peut-être que François souhaite que le Christ n’ait pas dit ces paroles. Certes, je le crois. Ça me serait plus facile pour moi de comprendre les remariages de mes propres parents pour une chose. Je souhaite que les Évangiles soient différents dans d'autres façons aussi. Je souhaite que l'Évangile de Luc ait parlé des riches et des pauvres en des termes moins absolus. Je voudrais haïr les ennemis de Dieu « vertueusement ».

Mais j’ai désespérément besoin des Paroles du Christ tout autant que je ne les aime pas toujours, car elles sont l'un des moyens par lequel le Christ se révèle à moi. Les Paroles du Christ ne me montrent pas comment faire preuve de tact ou d’être à l'aise, mais quelque chose de bien plus terrible. Elles m’enseignent comment je peux devenir parfait comme mon Père céleste est parfait, jusqu'où je dois aller pour que cette perfection soit réelle et comment j’ai désespérément besoin de la grâce de Dieu pour qu'il en soit ainsi. Deus Caritas Est ( note : encyclique de Benoît XVI ---25 décembre 2005) a raison : « Être Chrétien ne résulte pas d'un choix éthique ou d’une grande idée mais de la rencontre avec un événement, une personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et une direction décisive » . Le but des Paroles de Jésus n’est pas un idéal, mais une rencontre par laquelle nous devenons plus comme Lui.

En revanche, Amoris Laetitia semble traiter l'enseignement du Christ sur le mariage de trois façons : l’exhortant comme un idéal — noble bien sûr mais trop difficile pour plusieurs (298, 307) ; le répétant comme une doctrine ou un devoir (134) ; et le soulignant comme une question morale sans égard pour les consciences que nous pourrions surcharger dans le processus (37). Pour ne donner qu'un exemple, François écrit qu'il est réducteur « d'examiner si oui ou non les actions d'un individu correspondent à la loi ou à la norme générale parce que cela ne suffit pas de discerner et de veiller à la pleine fidélité à Dieu dans la vie concrète d'un être humain ». Il a dit que notre discernement pastoral devrait inclure la pensée de Thomas d'Aquin à l’effet que des principes généraux sont nécessaires, mais ils se décomposent de plus en plus lorsque nous descendons dans les détails. (AL 304, ST I-II.94.4).

Ce passage vient du traité de Thomas sur la loi naturelle où Thomas fait valoir que les principes rationnels de la loi naturelle s’appliquent universellement. Par exemple, les biens confiés à un autre devraient être retournés à son propriétaire. Cela peut être vrai dans la majorité des cas, continue-t-il, mais ce n’est pas vrai dans tous les cas. Que faire si leurs propriétaires vont les utiliser de façon nuisible ? D'où la nécessité de discerner là où les principes universels ne sont pas applicables à une situation particulière.

Cependant, le Christ a fait de l'indissolubilité du mariage non pas simplement un caractère de la loi naturelle mais de la Loi Divine. Thomas d’Aquin fait valoir que la Loi Divine nous conduit au bonheur éternel avec Dieu, elle précise sans aucun doute ce que nous devons faire et éviter, elle régit le cœur et interdit tout péché (I-II.91.4). Le but de la Loi Divine est de nous rendre parfaits afin que nous puissions accomplir le destin auquel Dieu nous appelle : la communion avec Lui pour toujours. La Nouvelle Loi du Christ nous dit les choses qui nous sont nécessaires pour notre destin ou celles qui s'y opposent. Plus miraculeusement, la Nouvelle Loi est la grâce de l'Esprit Saint qui habite en nous. Cela se produit par l'intermédiaire des Sacrements, y compris « le mariage indissoluble » (I-II.106.1-2).

En d'autres termes, Thomas d’Aquin corrige comment Amoris Laetitia tend à parler de l’indissolubilité. La Nouvelle Loi que le Christ enseigne est non seulement une question de loi naturelle, un devoir, une question morale ou un idéal. Ça donne la vie, elle est parfaite ; elle fait revivre l'âme et donne joie au coeur (cf. Psaume 19 : 7-8). L'enseignement du Christ sur le mariage précise le chemin de la perfection que Dieu désire pour nous. Mais Il a transformé ce chemin en un Sacrement, un véhicule par lequel le Saint-Esprit remplit nos cœurs d'amour et réalise la perfection en nous.

François veut que l'église soit un hôpital de campagne pour les pécheurs (291). La première fonction d'un bon hôpital est d’identifier la façon dont le patient est malade et c'est ce qu’un bon prêtre fait. Quand il donne les Paroles du Christ dans l'amour, elles ne sont pas des crochets dans les mains d'un bourreau ; elles sont un scalpel dans les mains d'un chirurgien. Les Paroles du Christ sont difficiles : celui qui ne M’aime pas plus que tout ne peut pas être mon disciple. Portez votre croix et suivez-moi. Perdez votre vie afin que vous puissiez la retrouver. Mais c’est seulement en me les adressant que l'Église peut commencer à soigner mes blessures.

Tout ceci n’est pas en relation avec l'Église qui aurait peur de salir ses chaussures (308), mais avec un hôpital de campagne qui est capable de diagnostiquer la vraie maladie selon la norme de santé que le Christ nous a laissée dans les Évangiles. Est-ce que les péchés sexuels gênent le travail de l'Esprit de la même manière que crée la négligence envers les pauvres ? Pourquoi pas ? François dit facilement que « lorsque ceux qui ont reçu tournent un oeil aveugle aux pauvres et à leur souffrance, ou consentent à diverses formes de division, de mépris et de l'inégalité, l'Eucharistie est reçue indignement » (186). Il n'y a pas d'appel au discernement, à la casuistique ou à l’accompagnement ici, seulement une déclaration d'absolu. Mais est-ce que tout le Sermon sur la Montagne ne devrait pas recevoir la même proclamation — inébranlable, mais avec les nuances et l'amour approprié ?

Le Pape François insiste sur le fait que l'effort pour renforcer les mariages et prévenir leur rupture est plus important que le soin pastoral accordé aux mariages ratés, l'Église ne devrait pas être tiède dans son enseignement sur le mariage (307). Mais pour avoir un mariage qui fonctionne à l’image du Christ, j’ai besoin de nourriture solide, pas de petit lait. Je dois être façonné comme le Christ en ayant Ses Paroles proclamées pour moi et non pas les normes de l'Église même si les Paroles du Christ sont gênantes afin qu'elles puissent me conforter —au sens original de confort, i.e. me renforcer. Mon plaidoyer pour François, pour mon propre Archevêque et les prêtres qu’il dirige, est celui des Grecs à Philippe : « Monsieur, nous voudrions voir Jésus » (Jean 12 :21). Pour le voir, cependant, ils doivent me dire ce qu’est le péché et alors je devrai « aller et ne plus pécher ». L'Église ne devrait pas rengainer l'épée de l'Esprit qui est la Parole de Dieu.