samedi 30 avril 2016

La réforme liturgique et l’oecuménisme
Un rappel des raisons de la résistance

Allocution de Mgr Marcel Lefebvre
Le 20 février 1973




SOURCE : The Remnant

À nier que la réforme liturgique a été conçue et mise en oeuvre pour des raisons oecuméniques serait nier l'évidence. La présence de six délégués Protestants au sein de la commission pour la réforme de la Messe est une preuve suffisante qu'il en était ainsi. La photographie de ces six Protestants publiée sur la couverture de « Documentation Catholique » est significative. ( note : photo introuvable car trop vieille pour Internet probablement)

Quelle aurait pu être la raison d'une telle présence Protestante sinon d'examiner les prières et même la structure de la Messe afin de rendre possible une union dans la prière avec les Protestants, et cela, dans l'acte le plus important de l'Église Catholique. (1)

La définition de la Messe qui est donnée dans l'introduction du Novus Ordo en est une Protestante et ce, en soi, est inadmissible et inconcevable. (2) Désormais, l'accent sera mis sur la Cène, le Repas et non plus sur le Sacrifice. Cela seul suffirait à justifier notre rejet catégorique de la Réforme.

Il est significatif que nous ne trouvions plus le terme « Sacrifice » dans les nouvelles brochures de la Messe. Cela a été remplacé par « liturgie de l'Eucharistie », « Souper Mémorial », « Célébration de l'Eucharistie » qui sont tous des termes typiquement Protestants.

La conséquence logique de cela est que cette partie de la liturgie a pris un aspect narratif et que l'action sacrificielle du prêtre à la Consécration a disparu. Dans l'Ordo Romanum, d'autre part, tous les gestes, les postures et les attitudes du prêtre, les paroles à voix faible, démontraient qu’un mystère était joué et que la fonction par excellence du prêtre était exercée . Mais, à partir de maintenant, le prêtre « raconte » ce qui est arrivé il y a longtemps.

Cela aussi est inacceptable.

Tout dans cette réforme concourt à tromper et à faire la promotion de la croyance que la Messe est essentiellement un repas ; ainsi, la table remplace l'Autel du Sacrifice ; aussi, la permission de se passer des reliques des martyrs qui ont suivi Notre Seigneur Jésus-Christ dans Son Sacrifice ; le prêtre faisant face au peuple en tant que président d'un repas de famille et qui n’agit plus en tant que ministre d'un sacrifice offrant une victime à Dieu, face à face avec la Croix qui est le symbole du Sacrifice qui se perpétue sur l'autel. Beaucoup plus de changements pourraient être mentionnés qui, tous, concourent dans ce changement d'orientation introduit il y a longtemps par les Protestants.

Cette substitution, ou changement d'orientation, doit nécessairement conduire — et ça le conduit déjà — à la destruction de la Doctrine Catholique qui repose sur le Sacrifice de la Croix qui est continué sur l'autel. Elle conduira à la perte de la foi en la Présence Réelle et à la ruine du sacerdoce Catholique.

Cela signifie qu’aucun compromis quel qu’il soit peut être consenti à cet égard. Cela signifie aussi que ceux qui ont accepté cette Messe portent un lourd fardeau de responsabilité.

Pour appuyer cette nouvelle conception, il a été affirmé que la Messe est avant tout le symbole de la « Cène » et que la « Cène » était essentiellement un repas. Mais ces deux affirmations sont fausses.

La Messe fait référence essentiellement au Sacrifice de la Croix tout comme la Cène du Jeudi Saint ; et la Cène était essentiellement un Sacrifice parce que sa signification est liée à l'ensemble de la Croix et n'a pas de sens sans la Croix. L'agneau, qui a été immolé et mangé, est en effet la victime du Sacrifice comme Notre Seigneur qui sera sur la Croix et comme c‘est signifié par la séparation de son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin. C’est donc seulement par son aspect extérieur que la Cène peut être comparée à un repas et, ce faisant, ne parvient pas à percevoir la sublime et profonde réalité sous-jacente à cette pré-signification de la Croix. (3)

Le danger de perdre la très sainte réalité de nos vies —la source de toute sanctification, la source de toutes les grâces, la fontaine de chaque Sacrement, l'épine dorsale de la prêtrise, et la pierre angulaire de l'Église — doit nécessairement nous rendre méfiants d’être dupés par les apparences trompeuses.

Maintenant, la réforme liturgique nous oriente clairement dans une direction qui est très dangereuse pour notre foi. Les faits sont devant nous pour montrer le danger de perdre cette foi dans le Sacrifice, dans la Présence réelle et dans la fonction sacerdotale, sont très vrais. Les cris d'angoisse des vrais fidèles et des prêtres dont la Foi est forte sont en hausse de tous côtés mais, il faut l’admettre, sans résultat apparent jusqu'à présent.

Tel est le premier point cardinal sur lequel repose l'orientation œcuménique de la réforme liturgique.

Nous devons maintenant parler d'un second point sur lequel les Protestants qui étaient présents à l'étude de la réforme doivent avoir certainement insisté, à savoir de réduire dans les textes révisés la fin propitiatoire de la Messe ( note : qui est offert en propitiation, pour la rémission des péchés ), qui est la fin principale de la Messe Catholique, du Sacrifice qui se déroule sur l'Autel, perpétuant ainsi le Sacrifice de la Croix et de l'application de ses Mérites à ceux qui y participent et pour qui il est offert.

Les Protestants affirment que cela est un blasphème et équivaut à en nier la valeur infinie du Calvaire, le Sacrifice Unique qui a expié les péchés de tous les hommes. Toujours selon les Protestants, la Foi dans le Sacrifice de la Croix est suffisante pour nous purifier de tous nos péchés ; les péchés ne sont pas vraiment effacés, mais par notre Foi en Christ, ils sont recouverts [par le Sacrifice de la Croix] et ne seront pas retenus contre nous. Selon la même interprétation Protestante, la rémission des péchés par le Sacrifice de la Messe, par le Sacrement de la Pénitence et par les Indulgences, est une insulte au Sacrifice du Calvaire.

En conséquence, nos réformateurs modernes ont cru bon de supprimer la quasi-totalité des prières traditionnelles qui servent à exprimer clairement les fins propitiatoires et expiatoires du Saint Sacrifice de la Messe et, en particulier, les belles prières de l’Offertoire, les prières au pied de l’Autel, la prière à la Sainte Trinité à la fin de la Messe, les prières du lavement des mains et deux des prières avant la Communion du prêtre. (4)

Ceci est, donc, encore un autre aspect cardinal de la Messe Catholique et de notre foi qui diminue et qui disparaît finalement de la conscience des prêtres et des fidèles.

Nous ne pouvons pas accepter de tels compromis ; nous devons défendre l'intégrité de notre Foi dans les Vérités fondamentales de notre Sainte Religion. S'il n'y a plus de propitiation pour nos péchés, il n'y a plus aucun besoin à la Victime d'être présente sur l'Autel ni aucune raison pour un Sacrifice offert par le prêtre ; tout se tient ensemble.

Maintenant, il ne faut pas oublier que la Présence de la Victime sur l'Autel et Son Offrande, est la « raison d'être » de la prêtrise que notre Seigneur a instituée ; c’est aussi la « raison d'être » du célibat sacerdotal, de l'existence des Ordres religieux et de ceux qui reçoivent le baptême de sang. L'ensemble de la spiritualité Catholique trouve sa justification dans la Présence de la Victime Divine sur l'Autel, et Son Offrande. Telle est, en effet, la vie de chaque Catholique : une vie d'offrande en communion avec Notre Seigneur et encore plus en ce qui concerne la vie religieuse dont c’est la profession et dont la fonction est la vie sacerdotale.

Nous ne pouvons pas aller de pair avec une sorte d’Œcuménisme qui met en jeu les Vérités surnaturelles qui sont l'essence même de la vie Chrétienne et de toute la vie de l'Église.

Il est clair que cette réforme liturgique a été réalisée tellement à la légère et de telle manière irresponsable par des personnes non qualifiées ou bien en théologie ou en travail pastoral que c’en est quasiment incroyable.

La rapidité avec laquelle les changements ont été introduits dans de tels domaines vitaux, le nombre même de ces changements, l'impossibilité de vérifier les traductions, l'intrusion de la Réforme dans tous les domaines de la liturgie, même dans les dévotions privées comme le Rosaire, sont au-delà de toute compréhension et sont un déni du bon sens.

En outre, l'insistance frénétique sur leur mise en oeuvre, combinée avec une phobie pour les formes traditionnelles, est telle qu'il est impossible de voir en tout cela l'inspiration du Saint-Esprit.

Ils ne vont pas hésiter à pousser la réforme à l'extrême limite de ce qui est permis et même au-delà puisque la validité de certains des nouveaux Sacrements est maintenant en doute en raison d’un défaut de matière et de forme. Quel avantage y a-t-il à une réforme étendue sur tant de longueur ?

Ce ne sont pas des réformes légitimes et bienfaisantes menées par l'Église Catholique Romaine ; nous ne pouvons pas reconnaître l’habituelle marque de sagesse, la modération, le souci de la Foi et des besoins pastoraux. Dans des circonstances comme celles-là, notre devoir est de maintenir la Tradition dans le but protester par notre Foi et de sauvegarder la validité de nos Sacrements.

  • Quel besoin pastoral pourrait-il y avoir à modifier les Paroles de la Consécration et à en permettre la traduction erronée de ces altérations d’apparaître ?

  • À quoi sert l’objectif utile de permettre aux personnes âgées de recevoir l'Extrême-Onction puisqu’ils ne constituent pas l’objet du Sacrement des malades ?

  • Quel avantage pastoral y a-t-il à substituer l'huile d'olive pour toute autre huile alors que huile d'olive a toujours été considérée par la Tradition comme nécessaire à la validité du Sacrement de la Confirmation, toute autre huile étant une affaire douteuse ?

  • Quel est l'avantage pastoral de supprimer deux ordres mineurs et le sous-diaconat alors que le prêtre est si fréquemment appelé à exercer ses fonctions d’Exorciste dans le Sacrement du Baptême et dans toute la bénédiction du Rituel et quand il a plus que jamais besoin de réaffirmer son célibat que le sous-diaconat dénote si bien ?

  • Tous ces changements ont feint une justification, à savoir un Oecuménisme de marque insensée et aberrante qui n’attirera pas un seul Protestant à la Foi, mais provoquera des Catholiques innombrables à perdre la leur et instillera la confusion totale dans l'esprit de beaucoup plus qui ne sauront plus ce qui est vrai et ce qui est faux.

    L'obéissance dans un tel cas ne peut que consister en un refus d'accepter ces réformes et non pas à les accepter. D’accepter ce faux Œcuménisme, c’est se précipiter tôt ou tard dans des nouvelles sectes Pentecôtistes ou Protestantes. (5)

    L'obéissance est une vertu destiné à nous diriger vers le bien, pas vers le mal. À faire semblant de ne pas voir le mal afin de ne pas sembler être désobéissant, c’est une trahison de la Vérité et une trahison de nous-mêmes.

    Il est temps que les Évêques et les prêtres ouvrent leurs yeux et dénoncent le danger ; c’est le temps pour eux de sauvegarder l'ancienne Messe en latin de l'Offertoire à la Communion inclusivement, et pour maintenir la forme et la matière des Sacrements intégralement comme ils étaient, donc qu’aucun ne puisse douter de leur validité. C’est le plus grand service qu’ils pourraient rendre au Pape, à l'Église, aux fidèles et à eux-mêmes.

    Le critère de la Vérité dans l'Église est la Tradition. En cas de doute, c’est là que nous devons regarder. De nous transmettre les vérités fidèlement contenues dans la Révélation, tel est le rôle d’infaillibilité du Pape et de l'Église.

    Ce n’est pas en brisant cette continuité nécessaire que nous servirons l'Église, mais en la maintenant à tout prix, en particulier à un moment où tous les efforts du diable sont dirigés pour la rompre, en utilisant les prétextes les plus trompeurs comme « Mise à jour » , « Progrès » et « Ouverture au monde ».

    Virgo fidelis ora pro nobis,

    Marcel Lefebvre
    Supérieur général de la FSSPX
    Melbourne, le 20 février 1973.

    (Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Archevêque titulaire de Synnada, ancien Supérieur Général des Pères du Saint-Esprit)

    Notes :

    (1) La nouvelle Messe est maintenant en usage dans certaines communautés protestantes. (Ed.)

    (2) L'article 7 de « Institution Generalis » (Editio Typica), se lit comme suit : « La Cène du Seigneur est l'assemblée ou le rassemblement du peuple de Dieu, avec un prêtre qui préside, pour célébrer le Mémorial du Seigneur. Pour cette raison, la Promesse du Christ est vraie en particulier d'une congrégation locale de l'Église : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis là au milieu d'eux » (Matthieu 18 :20) »

    a) Ne fait pas mention de la Messe comme un Sacrifice en son aspect essentiel ( « Essentiel » au sens étymologique).

    b) Les aspects Souper et Mémorial sont mentionnés —ce qui est dans l'ordre.

    c) Mais la Messe est en outre définie comme un « rassemblement —ce qui n’est pas nécessaire puisqu’un prêtre peut la dire seul.

    d) Le prêtre est décrit comme un « Président » —qui peut être acceptable en latin, mais absolument pas en français.

    e) Enfin, l'Écriture Sainte est citée hors contexte pour favoriser la croyance que la Présence du Christ à la Messe est seulement spirituelle, pas physique —une hérésie puante.

    (3) Il n’est pas incorrect de suggérer que la Cène n’était pas tout à fait la même chose que la Dernière Cène, qui est ne consistait pas seulement en un souper. En fait, certaines révélations dont celles de la Vénérable Anna-Katarina Emmerick sont particulièrement ( certains ont été plus tard archéologiquement vérifié en Terre Sainte), disent que l'Institution de l'Eucharistie a eu lieu après la Dernière Cène et, dans un chambre différente, toutes les portes étant fermées. L'immolation et la consommation de l'agneau avaient été faites dans la première pièce dans le simple respect du précepte juif, et comme une préfiguration du Sacrifice Réel de la Nouvelle Alliance. Mais, d’après les Soeurs Saint Augustiniennes, la première Consécration du Pain et du Vin a eu lieu lors d'une cérémonie entièrement distincte dans la deuxième chambre. Si cela est exact, ça porte certainement au néant l'hérésie actuelle qui décrit la Messe comme seulement un Repas ! (Ed.)

    (4) Il est à noter également que la soi-disant Nouvelle Messe ne possède plus une Offertoire séparée et un Canon propre ; les deux ont été fusionnés, pour ainsi dire, pour former la « liturgie de l’Eucharistie — terme protestant. De même, la première partie de la Messe est maintenant appelée « Liturgie de la Parole », avec de nombreuses lectures ajoutées. Ces additions, avec la suppression dans l’autre partie de beaucoup de prières à la Messe proprement dite, est de faire de la « liturgie de la Parole » paraître plus importante que l’« Eucharistie ». En dépit de la ruse diabolique des Réformateurs, leur intention hérétique est flagrante. En fait, la prière eucharistique dite n ° II, qui est maintenant presque universellement utilisée de préférence aux trois autres, expédie rapidement la Messe dès que ce que l'on appelle la « Liturgie de la Parole » est terminée. Il est inutile de rapporter que la Nouvelle Messe a été ratifiée par le Pape Paul : une signature du pape ne possède pas le pouvoir magique de transformer l'hérésie en orthodoxie ou un péché en vertu. (Ed.)

    (5) Comme expliqué un peu plus bas dans le texte de Mgr Lefebvre, la Tradition est le critère de la Vérité, et, donc, elle détermine l'attitude que nous devons prendre. Afin de rester obéissants à ce que l'Église a toujours enseigné, il est parfois nécessaire d'être désobéissants à ceux qui abusent de leur autorité donnée par Dieu et qui enseignent des nouveautés au mépris du mandat qu’ils ont. Voilà ce que l'Archevêque signifie quand il dit : « L'obéissance ne peut que consister en un refus d'accepter ces réformes ».