jeudi 7 avril 2016

L’Exhortation Apostolique de François
Le discernement pastoral et les membres morts « Vivants »


« Dans le cas des divorcés remariés, nous nous sommes posés la question : que faisons-nous avec eux ? ... Ouvrons les portes un peu plus ... Pourquoi ne peuvent-ils pas être parrains et marraines ? ... Les choses doivent changer, nos normes doivent changer ». — François







Par John Vennari

SOURCE : Catholic Family News

Le Vatican a envoyé une lettre aux Évêques du monde avec des instructions sur la façon de préparer les Fidèles pour l’Exhortation post-synodale de François. Le document de François, d’environ 200 pages, semble-t-il, sera publié ce vendredi.

La Lettre aux Évêques, écrite par le Secrétaire général du Synode, Cardinal Lorenzo Baldisseri, mentionne deux éléments clés pour lecture du document : « Le dialogue », « Le discernement pastoral » [1]

Ce langage concorde avec l’appel thématique du Pape François à la « conversion pastorale ». [2]

Nous pouvons peut-être acquérir une compréhension de ce que cette nouvelle terminologie implique — des phrases énigmatiques qui ne se trouvent nulle part dans le vocabulaire Catholique des Pape Pie X, Pape Pie XI et du Pape Pie XII — quand on regarde l'appel continu à ceux qui vivent publiquement dans le péché à devenir des membres plus actifs, « vivants », dans l'Église.

Ce serait en effet une « conversion pastorale » de la pratique qui ne « change » pas spécifiquement la doctrine, mais entre en conflit avec la doctrine.

Perturber ce qui est déjà réglé

Tout d'abord, en ce qui concerne l’Exhortation à venir, nous examinons l'aspect le plus controversé des discussions du Synode : à savoir si François va « permettre » aux Catholiques divorcés et remariés civilement de recevoir les Sacrements. Cette question ne devrait jamais avoir été amenée en premier lieu car c’est une question close non soumise à modification. L'imprudence de François à cet égard est applaudie par les néo-païens, les partisans de la théologie de la libération, par l’ex-prêtre Leonardo Boff qui jubile : « Grâce à divers discours qu'il [François] a prononcés, il a signalé que tout était sur la table pour fins de discussion, ce qui, il y a peu de temps encore, aurait été impensable pour tout Pape à dire ».[3]

La proposition Kasper de février 2014 de permettre aux Catholiques divorcés et remariés civilement d’avoir accès à l'Eucharistie sans amender leur vie — une proposition soutenue publiquement par François — a couru dans les rivages rocheux du Synode de 2015. De nombreux Pères Synodaux ont résisté à cette combine radicale. Le rapport final du Synode 2015 n'a pas donné l’aval explicitement à ce changement même si une porte a été laissée ouverte au moyen d'un abus proposé d’en référer au « for interne » (à voir dans un autre article).

Cependant, un point crucial de la révolution susceptible d'être contenue dans l’Exhortation à venir — peut-être celui qui sera à au premier rang de la vie post-synodale Catholique — sera de reconnaître aux Catholiques divorcés et remariés civilement une plus grande participation à la « vie active » de l'Église. [4] Il est probable que les Catholiques divorcés et remariés, sous la rubrique d'une fausse inclusion, seront invités à devenir les parrains, les enseignants des écoles du dimanche, les lecteurs laïcs et les laïcs ministres de l'Eucharistie.

Appel de François pour « l'intégration »

Le Pape François est reconnu formellement avoir appeler à plus d’« inclusion » des Catholiques divorcés et remariés dans des positions actives dans l'Église.

Dans son interview à La Nacion en décembre 2014, François met au défi :

« Nous devons aller de l'avant .... Dans le cas des divorcés remariés, nous nous sommes posés la question, que faisons-nous avec eux ? Quelle porte peut-on leur permettre d'ouvrir ? C’était une préoccupation pastorale : allons-nous leur permettre d'aller à la Communion ? La Communion seule n’est pas une solution. La solution est l'intégration. Ils ne sont pas excommuniés, n’est-ce pas ? Mais ils ne peuvent pas être parrains de tout enfant à être baptisé, la lecture à la Messe n’est pas pour les divorcés, ils ne peuvent pas donner la communion, ils ne peuvent pas enseigner à l'école du dimanche, il y a environ sept choses qu'ils ne peuvent pas faire, j’ai la liste là-bas. Allons donc ! Si je divulgue tout cela, il semblerait qu'ils ont été en fait excommuniés ! Alors, ouvrons les portes un peu plus ... Pourquoi ne peuvent-ils pas être parrains et marraines ? ... Les choses doivent changer, nos normes doivent changer ». [5]

Ce changement est en cours dans le Rapport final du Synode ordinaire de 2015. Ici, nous lisons dans le numéro # 84 la proposition de cette plus grande «intégration » :

« Les baptisés divorcés et remariés civilement doivent être davantage intégrés dans les communautés chrétiennes selon les diverses façons possibles, en évitant toute occasion de scandale. La logique de l’intégration est la clef de leur accompagnement pastoral, afin que non seulement ils sachent qu’ils appartiennent au Corps du Christ qu’est l’Église, mais qu’ils puissent en avoir une joyeuse et féconde expérience. Ce sont des baptisés, ce sont des frères et des sœurs, l’Esprit Saint déverse en eux des dons et des charismes pour le bien de tous ».

Faux ! Les auteurs de ce texte inventent des aspects de la doctrine au fur et à mesure qu’ils avancent. Nous allons l’expliquer dans une minute. Le document poursuit :

« Leur participation peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux : il convient donc de discerner quelles sont, parmi les diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel, celles qui peuvent être dépassées. Non seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église, la sentant comme une mère qui les accueille toujours, qui s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de l’Évangile ». [6]

Tout d'abord, les Catholiques qui vivent dans le péché mortel ne sont pas des « membres vivants de l'Église », mais des membres morts. Tous les catéchismes d’avant Vatican II enseignent cette vérité. Et être un membre mort (i.e.vivant dans le péché mortel) n’est pas nécessairement la même chose que d'être coupé de l’Église. (comme dans l'excommunication)

Un Catholique vivant la vie de la grâce sanctifiante
est un membre vivant de l'Église.

Une vie Catholique dans le péché mortel
est un membre mort de l'Église.

Un Catholique qui est excommunié
est coupé de l'appartenance à l'Église.

Les rédacteurs du document final effectivement ne font pas de distinction entre une vie Catholique dans le péché et celui qui est excommunié. [7] Je crois que cet échec à faire cette distinction est une subversion délibérée de la vérité Catholique en faveur de l'amour d'une compassion contrefaite qui prétend « rencontrer des gens là où ils sont ».

Cela nous amène à un point central.

Un membre mort de l'Église — en particulier celui qui cohabite ou est divorcé et remarié civilement et, donc, vit ouvertement dans le péché — ne peut pas prendre sur lui-même des fonctions et des activités qui donnent l'impression qu'il est un membre vivant. Il ne peut pas être parrain car il est un membre mort de l'Église. Il ne devrait pas être un enseignant de l’école du dimanche car il est un membre mort vivant dans le péché. Aucun pasteur fidèle à son ordination permettrait un tel arrangement. Aucun pasteur fidèle à son ordination oserait même le proposer.

La proposition de François d ' « intégration » transforme l'Église en un carnaval sinistre de faire accroire — une pantomime où les Catholiques déchus sont invités à prendre sur eux-mêmes des fonctions publiques qui contredisent ouvertement leur vie.

Comment un Catholique divorcé remarié peut servir de parrain quand la cérémonie de baptême demande au parrain : « Renoncez-vous à satan ? » Le parrain qui répond : « Je renonce » doit être dans un état où il fait honnêtement ce renoncement. Un « parrain » ne peut pas réciter ces mots cruciaux comme s'ils étaient une formule vide de sens ou d'un dialogue à partir d’une pièce de théâtre — des paroles auxquelles il ne donne aucun sens— et ensuite revenir à sa vie adultère (ce n’est pas exactement renoncer à satan). Une telle action tourne en dérision le Sacrement du Baptême.

En outre, un Catholique vivant dans le péché et considéré par les Ecclésiastiques comme un « membre vivant de l'Église » peut en venir à considérer son état de vie comme pas si mal et retarder ou tout simplement ne pas tenir compte de sa nécessité de se convertir.

Et bien sûr, il y a le principe de gradualisme une fois de plus en action dans lequel une pratique pastorale hétérodoxe peut conduire à encore plus loin dans la déviance. « Une fois que les adultères publics servent de parrains, de lecteurs et d’instructeurs religieux », note Chris Ferrara « qu’est-ce qui ferait obstacle à la voie de la Sainte Communion ? Les questions donnent les réponses d’elles-mêmes ». [8]

Subversion de la Doctrine versus la Pratique Pastorale

L'appel de François pour un nouveau type d’« intégration » est encore une autre nouveauté de « pratique pastorale » qui est en conflit avec la réalité dogmatique. Ceci est, comme le Professeur de Mattei le note à plusieurs reprises : « La primauté de la pastorale sur la doctrine » qui a été une erreur clé manifeste au Concile Vatican II et lors de son orientation ultérieure. [9] L'effet de la fausse « pratique pastorale » est la remise en cause de la doctrine sans l'annonce officielle d'un changement de doctrine. Cela a été la méthode opérationnelle des néo-modernistes depuis plus de 50 ans.

Par exemple, la soi-disant « pratique pastorale » de la Communion dans la main n’est pas venue en scène en prononçant un déni de la Présence Réelle, mais son effet sape et détruit la foi en la Présence Réelle parmi les Catholiques.

La nouvelle pratique liturgique de retirer le Tabernacle du centre du sanctuaire pour le mettre de côté envoie le signal que le « Président », pas l'Eucharistie, est la pièce maîtresse de la Messe même si aucun « changement doctrinal » n’a été annoncé.

Autre exemple tiré cette fois-ci sur l’œcuménisme : la pratique de participer à des sessions de prières multi-religieuses déroge complètement à la Dogme « Hors de l’Église, point de salut ». La pratique œcuménique actuelle ne confronte pas ce Dogme directement mais l’ignore et pratique une pastorale qui lui est contraire. [10]

Nous voyons une aberration similaire dans la proposition de François d'intégration des Catholiques divorcés et remariés dans la vie publique de l'Église. Il envoie le signal que la doctrine n'a pas d'importance, ce qui contribuera à miner l'intégrité du Sacrement de mariage.

En fait, en ce qui concerne les divorcés remariés civilement, il y a un rappel central nécessaire : les Catholiques qui vivent dans le péché sont encore obligés d'assister la Messe du dimanche, mais ils ne sont pas libres de recevoir l'Eucharistie. Ces âmes déchues doivent être traitées avec bonté, aidées par nos prières, conseillées à la dévotion mariale et amoureusement encouragées à rectifier leur vie en accord avec l'enseignement du Christ. Ceci est la seule « intégration » possible, l'intégration que l'Église reconnaît depuis longtemps.

Se fortifier pour la Révolution

Nous terminons en citant quelques-uns des quelques prélats qui ont parlé contre cette séparation irréaliste de la pratique pastorale de la doctrine. Nous notons également avec regret que nous n'entendons jamais le Cardinal Kasper ou François réaffirmer ces principes de bon sens.

L’Archevêque Mgr Aldo di Cillo Pagotto, l’Évêque Mgr Robert Vasa et l’Évêque Mgr Athanasius Schneider traitent de la fausse séparation de la doctrine et de la pratique pastorale dans leur superbe livret intitulé « Option préférentielle pour la Famille ». Ils expliquent : « Tout comme un corps ne peut pas être séparé de l'âme qui l'informe de même aussi la pratique pastorale ne peut pas être complètement séparée de la doctrine morale qui la justifie. Par conséquent, un changement dans la politique pastorale peut facilement se traduire, au moins implicitement, en un changement sous-entendu de la doctrine ».[11]

Le Cardinal Velasio De Paolis affirme que la pastorale « est un art basé sur la dogmatique, la morale et le droit d'agir prudemment selon un cas concret. Il ne peut y avoir aucun ministère pastoral qui ne soit pas en harmonie avec les vérités de l'Église et de sa moralité. Un soin pastoral en contraste avec la vérité crue et vécue par l'Église devient facilement un arbitraire préjudiciable ».[12]

Le Cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, confirme la même réalité : « L'idée de placer le Magisterium dans un beau reliquaire le détachant de la pratique pastorale qui pourrait évoluer en fonction des circonstances, des modes et des passions est une forme d'hérésie, une pathologie schizophrénique dangereuse ».[13]

Si nous regardons le document final du Synode de 2015 — ainsi que tous les documents connexes qui ont précédé — nous avons des raisons de nous attendre à encore plus de rupture entre la doctrine et la pratique pastorale ainsi que l'approbation de nouvelles pratiques pastorales qui ouvrent la porte à une plus grande « intégration » des divorcés remariés dans la « vie active » de l'Église.

Nous avons aussi des raisons de nous attendre à ce que l’Exhortation à venir contiendra une tentative de rejeter la loi naturelle, d’en appeler à un « nouvelle langage » qui contienne des propositions qui appellent les Conférences nationales des Évêques à décider de certaines de ces questions de façon indépendante, ouvrant la porte à l'abus du for interne et encourageant la sensibilisation écologique et plus.

Les principaux thèmes de « dialogue » (i.e. apprendre à « rencontrer les gens là où ils sont » afin de « marcher avec eux » comme ils sont) et de « discernement pastoral » (i.e. une « conversion pastorale » qui permet à ceux qui vivent dans le péché de prendre un rôle actif dans l'Église au nom de « l'intégration » inclusive) sont susceptibles de se manifester plus clairement une fois que nous lirons l’Exhortation à venir.

Sœur Lucie de Fatima a mis en garde au sujet de la « désorientation diabolique » de divers membres de la hiérarchie supérieure. Cette désorientation s’est intensifiée au cours des trois dernières années.

Le radical Cardinal Walter Kasper se réjouit que l'Exhortation de François « marquera le début de la plus grande révolution vécue par l'Église en 1500 ans ». [14] Il a également dit que le document « ignore les formules du passé ». Nous craignons que l'Exhortation post-synodale se révélera tout aussi révolutionnaire que le Cardinal Kasper promet.

Notre devoir reste de résister respectueusement à tout nouveau programme destructeur portant préjudice aux âmes et à l'Église, peu importe qui peut être son défenseur. [15]



Remarques
1 « Verso » Amoris Laetitia », le indicazioni per i vescovi » acistampa.com, le 2 Avril, ici 2016.
2 « Exhortation de vendredi sera un point de repère dans la« conversion pastorale »de l'Église » Austin Ivereigh, cvcommment.org, le 5 avril 2016.
3 François de Rome et François d'Assise, Leonardo Boff, [Maryknoll : Orbis, 2014], p. 130.
4 Même si les prêtres sur une grande échelle ont été permettant à ces abus pendant des années.
5 « Le Synode sur la famille :« Le divorcé et remarié semblent excommunié, »La Nacion, le 7 décembre 2014.
6 Sur ce point et toutes les autres citations, souligné par l'auteur.
7 François, dans son interview La Nacion, ne parvient pas à faire cette distinction aussi bien.
8 «Qui« gagné »la bataille du Synode ? Sept choses à savoir et Partager, « Christopher Ferrara, Catholique Nouvelles Famille, Novembre 2015.
9 « Vatican II : La Primauté de pastorale sur Doctrine» (Résumé du discours prononcé par le professeur de Mattei), J. Vennari, Catholique Nouvelles Famille, mai 2014.
10 Bien qu'il y ait eu plusieurs déclarations, à la fois implicites et explicites, qui indiquent les papes modernes ne regardent pas à la conversion de la non-Catholique comme nécessaire pour l'unité ou le salut.
11 Option préférentielle pour la famille, 100 Questions et réponses relatives au Synode, les auteurs cités ci-dessus, (Edizioni Supplique Filae, 2015), p. 27 (soulignement ajouté).
12 restant dans la Vérité du Christ : le mariage et la communion dans l'Église Catholique, sous la direction de Robert Dodaro, OSA [San Françoisco : Ignatius Press, 2015], p. 202 (italique ajouté).
13 « Détacher » pratique pastorale »de la doctrine Catholique est une« pathologie schizophrénique dangereuse » : Vatican Cardinal » LifeSiteNews, le 23 février 2015 (nous soulignons).
14 «document post-synodale qui sera publié après Pâques : Ce sera révolutionnaire, Kasper dit :« Vatican Insider, le 17 Mars, ici 2016.
15 Comme nous l'avons souvent répété dans CFN, nous rappelons les paroles de Juan de Torquemada Cardinal (1388-1468), le théologien médiéval vénéré responsable de la formulation des doctrines qui ont été formulées au Conseil de Florence. Cardinal Torquemada, expliquant qu'il est possible, même pour un pape de se tromper, enseigne : «Étiez le pape de commander quoi que ce soit contre les Saintes Ecritures, ou les articles de foi, ou la vérité des sacrements, ou les commandes de la loi naturelle ou divine , il ne doit pas être obéi, mais dans ces commandes, il doit être pris en considération. Citant la doctrine du pape Innocent III, le Cardinal Torquemada enseigne plus loin : «Il est donc que le pape Innocent III Etats (De consuetudine) qu'il est nécessaire d'obéir au Pape en toutes choses aussi longtemps que lui, lui-même, ne va pas contre l'universel coutumes de l'Église, mais doit-il aller à l'encontre des coutumes universelles de l'Église », il n'a pas besoin d'être suivies » sur ces points. Summa de ecclesia (Venise : M. Tranmezium 1561). Lib. II, c. 49, p. 163B. La traduction anglaise de cette déclaration de Juan de Torquemada se trouve dans Patrick Granfield, ThePapacy en transition (New York : Doubleday, 1980), p. 171. Et le Père Paul Kramer, A Vindication théologique de Roman Catholic traditionalisme, 2e éd. (Kerala, Inde), p. 29. Je souligne.