lundi 14 août 2017

Y a-t-il génocide au Moyen-Orient ?

Si oui, pourquoi les gouvernants
ne le déclarent-ils pas officiellement ?







par : William Doino Jr
Le 14 août 2017

SOURCE : First Things





Deux ans après sa publication, il y a cette photographie, tirée d'une vidéo de propagande d’ISIS, qui reste aussi terrifiante que jamais : une longue lignée d'hommes Chrétiens Coptes en combinaison orange, obligés de s'agenouiller et d'attendre leur exécution simplement parce qu’ils sont Chrétiens et refusent de renoncer à leur croyances religieuses. Alors que les lames des jihadistes s'approchaient de leurs cous, les martyrs criaient : « Ya Rabbi Yasou ! » (« Ô Mon Seigneur Jésus ! »).

Cette image, peut-être plus que toute autre, est venue symboliser le destin des Chrétiens au Moyen-Orient. « Ce dont nous assistons » a déclaré l'avocate en droits de l'homme, Nina Shea, lors d'une interview récente avec moi, « c’est une vague de persécutions horribles qui pourraient bien éradiquer la présence Chrétienne du Moyen-Orient ».

Pour illustrer cela, Angelico Press vient de publier « The Persecution and Genocide of Christians in the Middle East : Prevention, Prohibition and Prosecution » [ La persécution et le génocide au Moyen-Orient : sa prévention, son interdiction et les poursuites juridiques ] édité par les Professeurs de droit Ronald Rychlak et Jane Adolphe. Ce livre rassemble plus d'une douzaine d'essais académiques rédigés par des experts comme Shea et couvre tous les aspects de cette tragédie en cours avec une urgence rarement véhiculée dans des livres.

Les chapitres d'ouverture documentent la destruction ciblée et massive des communautés Chrétiennes au Moyen-Orient par ISIS — en particulier en Irak et en Syrie — soulignant ce que le Pape François a déclaré au Parlement Européen en 2014 :

« Ici, je ne peux pas manquer de rappeler les nombreux cas d'injustice qui affligent quotidiennement les minorités religieuses et les Chrétiens en particulier ... Ils sont expulsés de leurs maisons et de leurs terres indigènes, vendus comme esclaves, tués, décapités, crucifiés ou brûlés vivants dans un silence honteux et complice de tant de personnes ».

Trois ans se sont passés depuis que François a fait son appel émouvant, mais comme le montre douloureusement ce livre, la situation des Chrétiens au Moyen-Orient reste périlleuse. Car alors que les forces armées de l'Amérique et ses alliés ont vigoureusement combattu ISIS militairement, la plupart de nos dirigeants politiques et diplomatiques ont peu insisté pour répondre aux préoccupations spécifiques de ses victimes Chrétiennes.

L'une des raisons est l'extrême répugnance, dans certains milieux influents, à déclarer ISIS coupable de génocide contre les Chrétiens. Certains craignent que l'utilisation du mot « génocide » déclenche des obligations juridiques lourdes et déclenche des revendications politiques pour le combattre. D'autres affirment qu’ISIS ne pourrait pas commettre un génocide contre les Chrétiens puisqu'ils les respectent comme des « Personnes du Livre » et leur donnent ainsi la possibilité de payer une taxe pour éviter la persécution et la mort. Et d'autres encore croient que d’élever la question en particulier au nom des Chrétiens rendrait l'Amérique comme apparaissant « sectaire » et même « Islamophobe », puisque les auteurs sont des Musulmans auto-professés.

Tous ces arguments sont démolis dans ce livre.

Tout d'abord, si un génocide se produit ou s'est produit, il incombe à tous les pays civilisés de s'opposer : c'est le principe de la Convention des Nations Unies sur le génocide de 1948, produite à la suite de l'Holocauste, dont les États-Unis sont signataires. Et bien qu'une action concertée contre le génocide puisse être considérée comme « lourde » par certains, c'est aussi une pure décence humaine fondamentale. Si les États-Unis, la démocratie la plus puissante de la terre, renonce jamais à la lutte contre le génocide, ils épuiseront toute position morale sur cette question — et en donnant un feu vert aux meurtriers de masse, cela n'augmentera que la possibilité de plus de génocides qui se produiront.

Deuxièmement, l'affirmation selon laquelle ISIS ne commet pas de génocide contre les Chrétiens parce qu'il offre de les protéger tant qu'ils paient une taxe Islamique traditionnelle — un jizya — constitue une « pure propagande » comme Shea m'a souligné, car, dans son « califat », « ISIS n'a laissé aucune communauté Chrétienne intacte :

« En fait, indépendamment des paiements effectués par les Chrétiens, ISIS empêche et punit le culte Chrétien, attaque les Chrétiens et les membres de leur famille et vole les biens des Chrétiens. Ce que ISIS qualifie de taxe « jizya » est simplement des paiements d'extorsion et de rançon qui, tout au plus, offrent une protection temporaire contre les attaques d’ISIS. Pratiquement tous les Chrétiens qui le peuvent fuient le territoire contrôlé par ISIS. Les quelques personnes âgées, handicapées et autres Chrétiens qui ont séjourné dans les zones contrôlées par ISIS ont été forcées de se convertir à l’Islam, deviennent des « mariées » jihadistes ou ont été prises en captivité ou tuées ».

L'importance de ces faits ne peut être trop soulignée, car même une institution aussi respectée et influente que le Musée Commémoratif de l'Holocauste des États-Unis a publié un rapport profondément fautif — dénonçant ISIS, mais rejetant également l'affirmation selon laquelle ISIS avait commis un génocide contre les Chrétiens. Le rapport a suscité une forte réponse de nombreux experts en droits de l'homme, y compris Shea, qui m'a déclaré : « Le rapport a ignoré des preuves substantielles contraires et n'a pas inclus le témoignage de dirigeants Chrétiens Irakiens qui avaient des relations directes avec ISIS ».

Troisièmement, pour faire face à cette crise de manière honnête et efficace, ça exige de reconnaître ce que les radicaux Islamiques font et enseignent au nom de leur religion. Dans sa contribution à ce volume, le co-éditeur Adolphe décrit « la violence sexuelle systématique contre les femmes et les enfants Chrétiens, dans les conflits armés, par les extrémistes Islamiques ». Et dans un chapitre répondant à l’accusation généralisée (et souvent fausse) de « l'Islamophobie » contre quiconque parle franchement de l'Islam radical, Geoffrey Strickland cite les déclarations publiques d'ISIS qui souscrivent ouvertement au génocide des Chrétiens et résume la propagande répandue dans certaines écoles et mosquées Islamiques :

« ... que les Chrétiens sont des ennemis des Musulmans et qu'il y ait un conflit perpétuel avec eux ; que les croisades ne sont pas terminées et que la « Menace de croisée » se poursuive ; que la vie d'un Chrétien vaut une fraction de celle d'un homme Musulman libre ; que les Chrétiens sont des porcs ; et que les Musulmans doivent haïr les Chrétiens ».

La grande majorité des Musulmans rejettent de telles idées, bien sûr, et il ne faut jamais oublier que de nombreux Musulmans ont eux-mêmes été victimes de la terreur d'ISIS, que beaucoup servent honorablement dans les armées qui luttent contre ISIS et que des dirigeants Musulmans ont été persécutés et même tués pour défendre des Chrétiens. Mais si trop peu de non-Musulmans se disent contre l'extrémisme Islamique, en raison d'une crainte déplacée de paraître « insensibles », le résultat réel sera qu’ISIS et d'autres Musulmans extrémistes qui sont francs au sujet de leurs croyances contrôleront la discussion sur ce que le « véritable Islam » est vraiment — les Musulmans traditionnels et réformés étant marginalisés malgré leur statut majoritaire dans le monde entier.

Comme le soulignent les contributeurs de ce volume, une lutte monumentale se poursuit au sein de l'Islam sur son interprétation et sa direction appropriées, et des distinctions cruciales doivent être faites entre les personnes pacifiques et les violentes. La manière de combattre les préjugés contre les Musulmans est d'exposer les militants qui ont détourné l'Islam pour leurs propres objectifs obscurs, tout en résistant aux efforts pour dépeindre tous les Musulmans comme dangereux en raison des actions terribles d'ISIS.

Malgré les énormes obstacles auxquels sont encore confrontés les Chrétiens au Moyen-Orient, en voie d'extinction et déplacés comme ils sont, il y a des signes d'espoir. Après des appels continus pour reconnaître ce qui se déroulait au Moyen-Orient, le Secrétaire d'État John Kerry a déclaré en 2016 que ISIS « est responsable du génocide contre les groupes dans les zones sous son contrôle, y compris les Yazidis, les Chrétiens et les Musulmans Chiites ». ISIS, a-t-il continué, « est génocidaire par auto-proclamation, par idéologie et par ses actions — dans ce qu'il dit, ce qu'il croit et ce qu'il fait ». Le successeur de Kerry, le Secrétaire d'État Rex Tillerson, a publié une déclaration similaire aux deux chambres du Congrès. Le Congrès a également adopté une loi mandatant une aide aux personnes visées par le génocide. Malheureusement, peu de cette aide précieuse promise a été accordée aux victimes du génocide d'ISIS parce que les bureaucrates du Département d'État et des fonctionnaires des Nations Unies ont le pouvoir de le distribuer de manière sélective afin de la faire bénéficier aux camps de l'ONU — là où les Chrétiens n'osent pas entrer par peur d'une persécution accrue par des extrémistes parmi la majorité des réfugiés. Mais des efforts concertés sont maintenant faits pour corriger ce scandale et faire bouger tout le monde, du Président vers le bas, pour réformer le processus et envoyer l'aide aux communautés qui luttent pour se remettre du génocide.

Pendant ce temps, comme Robert Destro, un contributeur à ce volume, m'a dit, il y a beaucoup de choses pratiques que les citoyens ordinaires peuvent faire s’ils veulent aider. Ils peuvent se renseigner sur ce sujet en achetant et en lisant ce livre. Ils peuvent écrire à leurs représentants du Congrès, en amenant ce livre et ses recommandations politiques à leur attention. Ils peuvent donner une copie de ce livre à leurs pasteurs et faire participer leurs églises locales en joignant et en faisant des dons de temps et d'argent à des organisations privées telles que les Chevaliers de Colomb qui ont consacré un programme pour sauver ces anciennes communautés Chrétiennes. Enfin, si les travailleurs sociaux, les infirmières, les médecins, les ingénieurs, les architectes, etc. ont le temps et les compétences nécessaires pour soigner les Chrétiens survivants d'ISIS et aider à reconstruire leur pays d'origine, ils peuvent se porter volontaires pour des missions humanitaires au Moyen-Orient, visiter et travailler dans les régions où les Chrétiens souffrent.

Ce n'est pas souvent qu'un livre a le pouvoir de motiver les gens à agir pour une cause noble et— s'ils donnent suite — à sauver et à protéger des vies. La persécution et le génocide des Chrétiens au Moyen-Orient le permet. C'est un livre à ne pas manquer.