mardi 15 août 2017

Une allocution à l’Angélus qui donne à réfléchir




par Christopher A. Ferrara
SOURCE : Fatima Network Perspectives
Le 14 août 2017

À l'Angélus du 13 août, le Pape François a donné une brève allocution qui donne à réfléchir bien que peut-être pas comme il l’aurait voulu. Parlant du récit de l'Évangile de Pierre qui marche sur l'eau jusqu'à ce que sa peur dépasse sa Foi au point qu'il demande au Seigneur de le sauver, François a observé que « l'Évangile d'aujourd'hui nous rappelle que la Foi dans le Seigneur et Ses Paroles ne nous ouvrent pas la voie à tout ce qui est facile et calme ; cela ne nous épargne pas des tempêtes de la vie. La Foi nous donne le réconfort d'une Présence qui nous pousse à surmonter les tempêtes de la vie, [c'est] la certitude d'une main qui nous aide à faire face aux difficultés, en nous montrant le chemin même quand il fait nuit. La Foi, bref, n'est pas une échappatoire aux problèmes de la vie, mais elle est un soutien sur le chemin et lui donne un sens ».

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.

C'est un aperçu précieux du rôle de la Foi : ce n'est pas l'opium du peuple tel que Karl Marx l'a déclaré, une fuite idiote des souffrances de ce monde mais plutôt les moyens de confronter la réalité de la souffrance et de la surmonter par la Grâce de Dieu. Considérons la sixième des quinze promesses que Notre-Dame a faites à Saint Dominique et au Bienheureux Alain de la Roche concernant la récitation du Rosaire : « Ceux qui réciteront mon Rosaire avec dévotion, méditant ses mystères, ne seront pas submergés par le malheur ... »

Notre Dame n'a pas promis la liberté du malheur, mais seulement la capacité de l'endurer, car chacun doit porter ses croix dans cette vie en route vers le Salut. Paradoxalement, mais pas moins vrai, ce sont ceux qui sont dépourvus de croix qui semblent ne pas se soucier du monde, qui sont « des plus vivants » et qui en aiment chaque minute, qui devraient se demander et s'inquiéter de leur sort ultime . Car comme Notre Seigneur même a prévenu ces personnes, immédiatement après avoir prononcé ses Béatitudes pour réconforter ceux qui souffrent dans ce monde :

«Mais malheur à vous qui êtes riches, car vous avez déjà eu votre bonheur ! Malheur à vous qui avez tout en abondance maintenant, car vous aurez faim ! Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans la tristesse et vous pleurerez ! »

« Malheur à vous si tous les hommes disent du bien de vous, car c'est ainsi que leurs ancêtres agissaient avec les faux prophètes ». (Luc 6 : 24-26)

Après avoir suscité beaucoup de réflexions avec ses paroles à propos de Pierre et de son appel à l'aide de Notre-Seigneur, François a encore réfléchi avec cette remarque perplexe : « Cet épisode est une image splendide de la réalité de l'Église en tout temps : un bateau qui, durant la traversée, doit également affronter des vents contraires et des orages qui menacent de le submerger. Ce qui l'épargne n'est pas le courage et les qualités de son équipage ; la garantie contre le naufrage est la Foi en Christ et en Ses Paroles ».

Est-ce entièrement vrai, ou est-ce que nous trouvons ici une autre des fausses alternatives qui semblent être un élément de base du mode d'expression particulier de François ? Concernant la mission de l'Église sur terre, est-ce que le courage et les qualités de son équipage seraient non pertinents pour éviter le naufrage ? L'élément humain ne tiendrait-il pas compte de la Promesse du Christ que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre son Église ? Ne s’attendrait-il pas que les ministres de l'Église soient pour le moins des gardiens fidèles de l'Évangile et des défenseurs courageux de la Foi, ou bien des bergers infidèles et lâches qui abandonnent le troupeau aux loups ou sont-ils même des loups eux-mêmes ?

Ou n'est-il pas préférable que la Promesse du Christ sur l'indéfectibilité de l'Église soit intimement liée précisément au « courage et aux qualités » des bergers qui non seulement entendent Ses Paroles, mais les accomplissent tout comme Dieu a daigné employer des agents humains dans l’œuvre du Salut ? La survie de l'Église ne dépend-elle toujours pas de la coopération humaine avec la Grâce de Dieu de la part au moins d’un reste des fidèles sans lesquels l'Église en tant qu'institution visible cesserait d'exister et les portes de l'enfer prévaudraient vraiment contre elle ?

Non, la survie de l'Église en temps de crise dépend en effet du « courage et des qualités de son équipage » même si beaucoup sinon une grande partie de l'équipage est en état de mutinerie. Ainsi, l'Église n'aurait pas pu survivre à la Crise Arienne du IVe siècle s'il n'y avait pas eu au moins des membres de « l'équipage » comme Saint Athanase le Grand, qui correspondaient à la Grâce de Dieu et affichaient le courage et les qualités des vrais bergers.

Car s'il en était autrement, quelle serait l’idée de l'Église elle-même en tant qu'institution visible composée d'hommes par laquelle Dieu s'engage à fournir les moyens surnaturels de Salut par les actions de ministres humains ?

Nous devrions donc éviter un réductionnisme facile qui excuserait sans cesse tous les échecs de la direction de l'Église comme étant sans pertinence, supprimant ainsi efficacement le rôle de l'élément humain de l'Église dans le Plan de Dieu en faveur d'un fidéisme aveugle qui baisse les mains en période de grave crise et qui déclare : « Ne vous inquiétez pas de l'infidélité des ministres du Seigneur car Dieu est en charge de son Église ».

Dieu est en effet en charge de son Église. Mais le signe qu'Il est en charge, c'est qu'il élève des dirigeants de l'Église, y compris des Papes grands et courageux, qui s'opposent aux puissances de ce monde et dirigent l'Église correctement quand le naufrage semble imminent. Nous attendons ce signe aujourd'hui, avec confiance, au milieu de la plus grande crise que l'Église n’ait jamais vue.