samedi 3 décembre 2016

Sous François, la « théologie de la dissidence » a-t-elle triomphé ?



Écrit par : Père Peter Mitchell, Docteur en Histoire de l'Église

Le Père Peter Mitchell, H.E.D., est un prêtre du diocèse de Green Bay. Il a reçu son doctorat en histoire de l'Église à l'Université Pontificale Grégorienne en 2009. Il est l'auteur de « Le coup à l'Université Catholique : La révolution de 1968 dans l'enseignement Catholique Américain » (Ignatius Press, 2015).


SOURCE : Life Site News



1 décembre 2016 (LSN) - Je suis un curé, le pasteur d'une paroisse américaine typique de banlieue qui tente, aussi gentiment et patiemment que je peux, d’aider les gens qui ne sont pas souvent bien formés dans leur foi Catholique à comprendre ce que l'Église enseigne et pourquoi. Mon expérience répétée est que les gens sont reconnaissants quand un prêtre leur explique l'enseignement du Catéchisme de l'Église Catholique d’autant plus qu’en tant que Catholiques aujourd'hui la plupart des adultes admettent volontiers qu'ils n'ont pas été généralement bien catéchisés.

Comme beaucoup de mes frères prêtres, je suis préoccupé par les deux Synodes sur la Famille (2014 et 2015) et l'Exhortation post-synodale Amoris Laetitia (avril 2016) parce que l'enseignement provenant des Synodes semble parfois confondre l'enseignement clair du Catéchisme et même saper le travail du pasteur à catéchiser une paroisse. Selon le langage des plus ambivalents d’Amoris, un pasteur n’est plus capable d’expliquer aux gens tout simplement que certaines actions sont des péchés mortels — comme l'Église l’a toujours enseigné — et que ceux qui les commettent doivent se repentir et recevoir le Sacrement de Pénitence avant de recevoir la Sainte Communion (AL 301). Au lieu de cela, on me conseille maintenant d'exercer du « discernement pastoral » et de reconnaître que « les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes » (AL 300). Le travail difficile mais gratifiant que j'ai fait durant mon sacerdoce — enseigner patiemment les lois morales claires de l'Église aux gens et trouvant que quand je l'ai fait ces gens ont été reconnaissants profondément — a été maintenant décrit, semble-t-il, comme « lancer des pierres à la vie des gens » et« se cacher derrière les enseignements de l'Église » avec un coeur fermé (AL 305).

Dans le même temps, les communications officielles de l'Église et les médias Catholiques sont toujours désireux d'exalter François comme le « Pape de la Miséricorde », un visionnaire qui a révolutionné l'Église Catholique avec sa nouvelle approche incarnée au début de son pontificat par sa déclaration des plus caractéristiques : « Qui suis-je pour juger ? » François propose supposément une approche soi-disant nouvelle et miséricordieuse de « discernement »et d’« accompagnement » de ceux dont la vie n’est pas conforme aux enseignements moraux de l'Église, critiquant ceux qui verraient les questions morales comme en « noir et blanc ». Depuis 2013, j'ai écouté attentivement les paroles de François aux prêtres et j’ai essayé de discerner quel est mon rôle maintenant que j'essaie de suivre ses conseils en tant que professeur de morale aux fidèles. J'ai aussi essayé de comprendre les nombreux laïcs éclairés et pieux, mes enfants spirituels, qui partagent avec moi qu'ils ont été eux aussi désorientés par les paroles et le ton du Saint-Père.

Ma confusion n'a que seulement augmenté lorsque François a récemment conseillé à la Congrégation Générale des Jésuites de louanger Bernard Haring comme un véritable mentor, même comme « le premier à commencer à chercher une nouvelle façon d’aider la théologie morale à prospérer à nouveau » (La Civiltà Cattolica, 24 octobre , 2016). Dans cette recommandation, le Saint-Père proclame un théologien qui a passé des décennies à proposer et à faire la promotion de ce que l'on appelait la « théologie de la dissidence».

Haring, professeur Allemand de théologie morale au Alfonsianum à Rome de 1950 à 1986, a été l'influence déterminante sur Charles Curran et la génération entière de théologiens qui se sont définis eux-mêmes en 1968 avec leur « Déclaration de Dissidence » contre la lettre encyclique Humanae Vitae du Pape Paul VI. En effet, c’est le soutien de Haring pour la Déclaration de Dissidence qui fut un facteur crucial dans la dissidence théologique de Curran pour qu’elle gagne la légitimité théologique et forme une génération d'autres théologiens au même point de vue dissident. Dans les années suivant 1968, cette théologie de la dissidence s’est propagée et est devenue la caractéristique de la majeure partie de l'Église Catholique aux États-Unis et en particulier des salles d'enseignement supérieur Catholique. Haring, Curran, et d'autres théologiens Catholiques ont encouragé les Catholiques à penser pour eux-mêmes et à résister à l'enseignement de Jean-Paul II comme Pape comme étant rigide et anti-personnel. En louant Haring comme un pionnier, le Pape François semble louanger ceux qui ne proclament pas l'enseignement moral définitif du Catéchisme. Il est difficile d'en arriver à une autre conclusion.

Tout cela est profondément déroutant pour les Catholiques, comme moi de la « Génération JP2 » qui a été attiré à l'Église Catholique précisément à cause du témoignage courageux et de l'enseignement moral clair qui nous fut donné par Saint Jean-Paul II. J’ai fait mon séminaire et j’ai été ordonné dans les années 1990 ; Jean-Paul II a inspiré ma vocation. Il a démontré clairement qu’il était le « Pape de la Miséricorde » en canonisant Saint Faustina Kowalska et en promouvant le message de la Divine Miséricorde à travers le monde. Au fil de mes années de séminaire, j’ai lu ses encycliques et j’ai été formé pour enseigner aux autres comment embrasser le beau défi de notre Foi Catholique dans un monde qui était souvent confus au sujet du sens de la vérité et de l'amour. La publication du Catéchisme de l'Église Catholique et des encycliques Veritatis Splendor et Evangelium Vitae, entre autres, furent des moments déterminants dans ma formation. Ces magnifiques documents enseignent clairement que les actions qui violent les Dix Commandements sont intrinsèquement mauvaises ; autrement dit, elles ne peuvent jamais être justifiées moralement en toutes circonstances. Comme l’a expliqué Jean-Paul II, dans l'Évangile, Jésus dit au jeune homme riche : « Si tu veux entrer dans la vie, obéis aux Commandements » (Mt 19 :17), et ainsi « un lien étroit est fait entre la Vie Éternelle et l'obéissance aux Commandements de Dieu : les Commandements de Dieu montrent à l'homme le chemin de la vie et y mènent » (VS 12). Ses paroles étaient difficiles, elles avaient un sens et elles nous ont inspirés. Bien que c’était certainement difficile d'être Catholique dans une culture qui a favorisé le matérialisme, le plaisir effréné et « faire ce que je veux », comme étant l'expression ultime de la liberté, heureusement nous avions un chef pasteur qui nous a soutenus dans notre mission et nous a invités à montrer la Miséricorde de Dieu aux autres en leur parlant de la vérité avec amour et clarté. Jean-Paul II nous a inspiré de vivre et de partager avec d'autres le don de l'Amour Miséricordieux de Jésus en présentant au Peuple de Dieu le don de l'enseignement moral de l'Église à un moment de l'histoire où « nous sommes confrontés à un conflit énorme et dramatique entre le bien et mal » (EV, 28).

Durant ces mêmes années, moi et beaucoup de mes confrères du séminaire qui étaient au courant qu'il y avait un élément dans l'Église qui rejetait l'enseignement de Jean-Paul II comme étant simple. Les théologiens dissidents ont été autorisés à exister côte à côte dans les Institutions Catholiques avec des théologiens qui enseignaient en conformité avec le Catéchisme et le Magistère. Les raisons pour cela n’ont jamais été claires pour moi et ne le sont toujours pas. Encouragés directement par le Pape Jean Paul II aux Journées Mondiales de la Jeunesse à être « inconditionnellement pro-vie » (EV 28), nous avons persévéré dans la prière du Rosaire en dehors des cliniques d'avortement et, souvent, nous avons été subtilement ridiculisés comme étant des facteurs de « division » par certains des théologiens qui nous enseignaient. Malgré cette persécution interne, nous avons toujours été encouragés par la conviction que le Saint-Père nous supportait et, finalement, nous avons été ordonnés et avons commencé le travail d'enseignement et de prédication à deux générations de Catholiques qui connaissaient très peu les contenus de la foi. Souvent, nous nous sommes retrouvés dans la situation d'être au mieux tolérés dans l'Église par ceux qui avaient retenu une piètre opinion de Jean-Paul II et étaient beaucoup plus favorables à l'enseignement de Haring, Curran et des théologiens dissidents au même esprit.

Maintenant, il semble que ce que l'on avait l’habitude d’appeler la théologie de la dissidence a émergé triomphante au sein de l'Église — et le clergé qui lui est sympathique ont été favorisés et se sont retrouvés promus par le Saint-Père. Nous avons vu des Évêques ambivalents envers des témoins pro-vie être élevés au rang de Cardinal tandis que des Cardinaux qui se sont enquis de la confusion causée par le Synode sur la Famille ont été mis à l'écart. Les dubia respectueusement soumis par quatre Cardinaux au Saint-Père ont résumé la vraie confusion qui existe pour ceux à qui il apparaît que l'enseignement de Amoris Laetitia a renversé l'enseignement effectif du Catéchisme et de Veritatis Splendor. Il semble que ceux qui souhaitent enseigner ce qui est enseigné par le Catéchisme sont maintenant condamnés comme facteurs de division et manquant d'obéissance au Magistère. Ceux qui s’écarteraient du Catéchisme sont désormais salués comme étant en union avec le Magistère et les promoteurs de l'unité. Tout semble avoir été renversé. L'Église exige que chaque curé de paroisse prenne un « Serment de Fidélité » au Magistère au moment de son installation en tant que pasteur, mais il est maintenant extrêmement difficile en tant que prêtre de savoir ce que signifie exactement une telle fidélité. J’ai fait le serment plus tôt cette année et vraiment je me suis senti confus quant à l'autorité à laquelle je promettais d'adhérer surtout quand j’ai engagé ma « soumission religieuse de ma volonté et de mon intelligence » à l'enseignement du Pape et des Évêques car il semble que l'enseignement d'une Exhortation apostolique de 2016 a apparemment invalidé l'enseignement d'une Encyclique de 1993 ainsi que le Catéchisme de l'Église Catholique.

Lors d’un autre moment de confusion dans l'histoire de l’Église, lors de son procès avant son exécution en 1581, Saint Edmund Campion a déclaré à ceux de l’« Église d’Angleterre » qui l'avaient condamné pour trahison à cause de sa Foi Catholique : « En nous condamnant, vous condamnez tous vos ancêtres ... Car ce que nous avons enseigné, vous pouvez cependant le qualifier du nom odieux de trahison, ne l’ont-ils pas uniformément enseigné ? D’être condamné avec ces vieilles lumières — non seulement de l'Angleterre, mais du monde — par des descendants dégénérés, c’est à la fois allégresse et joie pour nous ». Il semblerait que l'autre tel moment de « rectitude politique » est sur nous. Les deux Synodes sur la Famille semblaient être remplis avec des Évêques désireux d’ignorer ou de rejeter l'enseignement magistériel de Jean-Paul II, donnant ainsi l'apparence de légitimité ecclésiale à la théologie de la dissidence. Les Évêques ascendants et les Cardinaux qui affirment maintenant avec véhémence l'interprétation approuvée par François d’Amoris Laetitia indiquent que l'enseignement de Jean-Paul II n’est plus applicable dans l '« Église de François ». En mettant à l'écart l'enseignement de Jean-Paul II sur le mariage, ils condamnent beaucoup d'autres grandes lumières de la Tradition. La révision a été formulée en des termes comme le « discernement », « l'accompagnement » et, plus que tout, la « miséricorde », mais la vérité contenue dans l'enseignement pérenne de l'Église ne peut pas être changée par un vote majoritaire d'un synode ou quelqu'un d'autre. Prions avec ferveur certains de nos Évêques qui peuvent avoir la simplicité et l'humilité enfantine qui est nécessaire en ce moment de crise, de défendre les enseignements infaillibles moraux intemporels de notre Église et de protéger le Peuple de Dieu de la confusion en cours.