lundi 19 décembre 2016

Des loups filous sabotent
l'entrevue du Cardinal Müller




Par Dr Maike Hickson
Le 17 décembre 2016
SOURCE : One Peter Five









De nombreux observateurs Catholiques ont été quelque peu déçus lorsque le Cardinal Gerhard Müller a donné une interview publiée par le site Autrichien Kathpress au début de décembre concernant le document papal Amoris Laetitia et les dubia des Quatre Cardinaux. Car, selon toutes apparences initiales, il avait essentiellement refusé de commenter toute question controversée. Cependant, d'autres recherches ont montré que le Cardinal Müller avait fait des déclarations décisives et pertinentes, après tout, dans cette même entrevue, et plus ouvertement qu'il ne l’avait fait jusqu'à présent. Ce fait et cette disparité de présentation pourraient être, en partie, dus au Cardinal Christoph Schönborn lui-même. Nous reviendrons plus tard sur cette possibilité.

Le 1er décembre, Domradio.de, la station radiophonique du Diocèse de Cologne, en Allemagne, a publié son interview avec le Cardinal Müller, qui semble être une version substantiellement plus longue de la même interview publiée un peu plus tôt également par le site Web Autrichien Kathpress, le 1er décembre 2016. La version Autrichienne a donc reçu beaucoup plus d'attention dans le monde anglophone, étant la première à être diffusée.

La version plus longue et plus complète de Domradio de l'interview a également été conduite par l'agence de presse Catholique Allemande Katholische Nachrichten-Agentur (KNA). Cependant, l'interview publiée de Kathpress — qui ne présente pas toutes les questions posées et les réponses spécifiques, mais, plutôt, résume seulement l'entrevue avec quelques citations intermittentes — affirme expressément que Kathpress elle-même avait mené cette entrevue. De plus, il semble maintenant que l'entrevue plus longue et plus substantielle par Domradio, n'a été mise en ligne que cinq heures après que l'interview Autrichienne, plus courte et plus défectueuse qui a été publiée par Kathpress. Cette différence de temps pourrait donc expliquer le fait que, bien que moins approfondie, l'interview de Kathpress elle-même a été plus retenue et diffusée par les journalistes dans le monde anglophone.

Dans le rapport suivant, je présenterai donc une traduction des parties inexplicablement omises ou atténuées — soit en substance, soit avec des citations spécifiques — qui ne sont pas entièrement incluses dans la version du site de nouvelles Autrichien Kathpress.at. Ce site Web, notamment, est un organe de la Conférence Épiscopale Autrichienne dont le président actuel est le Cardinal Christoph Schönborn.

Comme il a été largement rapporté, le Cardinal Müller a déclaré, lors de cette interview du 1er décembre, que le Saint-Père souhaite en même temps aider toutes les personnes dont les mariages et les familles sont en crise à trouver un chemin en accord avec la Volonté de Dieu. Nous pouvons toujours supposer que le Dieu juste et miséricordieux veut toujours notre salut quelque soit le besoin dans lequel nous nous trouvons ». Cependant, ce qui manque dans la version Autrichienne de l'entrevue est la phrase suivante du Cardinal Müller : « Mais il n’en tient pas au pouvoir du Magistère de corriger la Révélation de Dieu ou de rendre l'imitation du Christ confortable ».

En guise de question de suivi, l'intervieweur demande : « Est-ce que les Conférences Épiscopales devraient alors être invitées à aider ? François lui-même, après tout, écrit dans Amoris Laetitia que toutes les questions ne doivent pas être clarifiées à Rome ... » En répondant à cette question pertinente, le Cardinal Allemand explique d'abord que les Conférences Épiscopales « ne sont que des groupes de travail dotés de certaines compétences » et ne sont pas issues de la « Loi Divine ». Il poursuit : « La plus haute autorité dans les questions magistérielles n'est que le Pape avec l'intégralité de l'Épiscopat, en particulier dans un Concile Oecuménique ». Puis suit la déclaration importante du Cardinal Müller qui a été omise de la version de l'interview telle qu'elle a été présentée au public par Kathpress (version amputée) :

« Ce n'est qu'en fidélité à l'enseignement des Apôtres, à toute la Foi révélée, que peuvent les Évêques d'une Conférence parler par exemple de l'application pastorale d'Amoris Laetitia. Sinon, l'Église se désintègrerait en églises nationales et, à la fin, s’atomiserait. Le Sacrement du Mariage, cependant, est en Corée aussi valable qu'en Allemagne ». [ mon soulignement ]

Le Cardinal Müller poursuit avec la déclaration doctrinale suivante :

« Les déclarations contraignantes des Papes, des Conciles de Trente et du Vatican II ainsi que de la Congrégation pour la Foi sur les caractéristiques essentielles du mariage et sur la condition préalable à une réception fructueuse des Sacrements en état de grâce [ sanctifiante ] ne peut être écartée par personne sous prétexte que le mariage n'est, après tout, qu'un idéal qui ne peut être atteint que par un très petit nombre de personnes ».

« Le mariage n'est pas en effet une image de nous-mêmes, mais plutôt un Sacrement, c'est-à-dire une réalité fondée par Dieu Lui-Même. C'est une expression de la Miséricorde du Créateur et du Rédempteur. Dieu ne nous impose pas des exigences excessives pour qu'il puisse ensuite montrer sa miséricorde envers nous face à notre propre échec. Avec l'aide de la Grâce, nous pouvons accomplir les Commandements — dont parmi eux le sixième commandement — et ainsi trouver la paix du coeur dans une vie en conformité avec la Volonté de Dieu. [ mon soulignement ]

Tout en parlant des Évêques en tant que tels — la question de l'intervieweur se rapporte spécifiquement à savoir si un Évêque individuel peut prendre sa propre décision indépendante dans cette question pastorale — Müller fixe les lignes directrices pour une réponse Catholique à Amoris Laetitia : « Aucun Évêque non plus ne peut faire ce qu'il veut selon son propre goût. Ce sont des serviteurs, non des maîtres de la Foi ». [ mon soulignement ] Cette dernière phrase est également entièrement absente dans le contexte du rapport Kathpress [version Autrichienne amputée ] de l'entrevue.

Après cette même citation, il vient — comme on l'a déjà rapporté dans les médias — la déclaration du Cardinal Müller selon laquelle Amoris Laetitia ne peut pas être interprété maintenant comme si ces déclarations antérieures des Papes et de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’étaient plus valables — dont, parmi celles-ci, la réponse officielle en 1994 de la CDF (Congrégation pour la Doctrine de la Foi ) à la Lettre pastorale de 1993 des trois Évêques progressistes Allemands (dont l'un était alors l'Évêque Walter Kasper) qui poussaient alors pour la Communion aux « divorcés et remariés ». Dans ce contexte, Müller a ensuite ajouté — mais, encore une fois, le passage suivant, soit en substance, soit avec des citations spécifiques, n'a pas été également rapporté par Kathpress — voici les paroles suivantes :

« Les applaudissements provenant d'une opinion publiée ne sont pas une preuve [suffisante] que l'on est correct dans les questions de la Foi. Un Évêque doit — que ce soit opportun ou inopportun — enseigner rien d’autre que « les Paroles saines et les Doctrines de Notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Tim 6 : 3) ». [ mon soulignement ]

Toutes ces déclarations du Cardinal Müller sont également très importantes dans le contexte actuel de la discussion de l'Église sur Amoris Laetitia. Elles montrent comment il essaie de rappeler l'Église entière à ses racines Traditionnelles et Apostoliques de la Doctrine. De telles déclarations font défaut, cependant, dans le rapport publié dans l’ interview de Kathpress. Non seulement sont-elles absentes, mais le titre même de l'article du Kathpress indique de façon tendancieuse que les paroles de Müller étaient effectivement destinées à être dirigées et déviées dans une direction complètement différente. Le titre de l'interview Autrichien est : « Les Cardinaux critiques du Pape : le Préfet de la Foi craint une polarisation ».

Quelle est la raison probable pour laquelle un tel titre non représentatif (ou sélectif) a été choisi ? Et pourquoi un grand nombre des parties doctrinales de l'interview Allemand ont-elles disparu plus tard dans l'entrevue publiée par le Kathpress Autrichien ? Ici nous avons Kathpress, qui est géré par la Conférence des Évêques Autrichiens et ce même site omet chaque référence unique dans son article concernant les devoirs moraux et les limites doctrinales des Conférences Épiscopales et, aussi, des Évêques individuellement. Il semblerait aussi que Kathpress ait surtout omis les parties de l'interview où le Cardinal Müller précise très clairement que toute application d'Amoris Laetitia doit d'abord être conforme à l'enseignement de l'Église Catholique sur le mariage tel qu'il nous est parvenu du Temps des Apôtres.

Par conséquent, j'ai maintenant écrit une demande spécifique à Kathpress concernant les raisons de leurs omissions parfois partielles et parfois très importantes. Je reviendrai plus tard sur leurs réponses si je reçois la courtoisie d'une réponse franche.

Dans ce même contexte, quelques éléments supplémentaires d'information éclairante pourraient également être intéressants. Par exemple, le Kathpress Autrichien partage un même bureau à Rome avec l'agence de presse Allemande KNA. D'après Domradio.de, de plus, l'entrevue avec le Cardinal Müller a été menée à Rome par les journalistes et les correspondants à Rome, Thomas Jansen, (qui dirige le même bureau de KNA à Rome) et Stefanie Stahlhofen. Les deux journalistes ont contribué à des articles dans KNA, aussi bien qu'à Kathpress. Kathpress et KNA travaillent également ensemble en tant qu'agences partenaires.

Il est important de noter ici que le Cardinal Schönborn lui-même est l'éditeur officiel de Kathpress. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles Kathpress n'a publié que sa version quelque peu sélective de l'entrevue plus approfondie avec le Cardinal Müller. N'est-ce pas là une autre manière de contourner l'autorité magistérielle du Cardinal Müller, tout comme celle-ci s'est produite lorsque le Pape avait effectivement contourné le même chef de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi quand il a demandé au Cardinal Schönborn, au lieu du Cardinal Müller, de présenter au public son propre document post-synodal Amoris Laetitia ? Si tel est le cas — alors quand le Cardinal Müller en viendra-t-il lui-même à s'exprimer plus énergiquement et plus clairement afin qu'il ne soit plus efficacement contourné ou si sélectivement présenté par quelqu'un d'autre que ses propres paroles magistérielles et doctrinales ?

Quelles que soient les raisons plus profondes du rapport d'entrevue de Kathpress, il est malheureux — et assez important peut-être — que le rapport sélectif moins approfondi du Kathpress Autrichien ait trouvé une si large diffusion dans le monde anglophone au lieu de la version de Domradio de l'entrevue avec sa représentation plus complète des pensées propres du Cardinal Müller et des paroles et des obligations. Que ce défaut soit bientôt réparé plus pleinement.