lundi 19 février 2018

Un grand écart à la Tradition :
Sur la liberté religieuse et le Concile Vatican II


par : Jean Delacroix

SOURCE : One Peter Five
Le 19 février 2018

Le 7 décembre 1965, le Pape Paul VI a promulgué la déclaration Dignitatis Humanae, qui a principalement proclamé qu'un individu a droit à la liberté religieuse [1]. Les Pères du Concile ont déclaré que le droit à la liberté religieuse procède de la dignité même de la personne humaine, et que ce droit devrait devenir un droit civil reconnu par les organismes directeurs [2]. Tout au long du document, les Pères ont discuté des ramifications de ce « droit » aux niveaux individuel, communautaire et sociétal.

Mais un individu, ou un groupe de personnes, possède-t-il réellement une revendication inhérente à la liberté religieuse ? Pas selon les Papes des XVIIIe, XIXe et XXe siècles qui ont précédé l'ère de Vatican II. Tout au long de leurs Encycliques, ces Pontifes pré-Conciliaires ont condamné de nombreuses propositions qui seront présentées plus tard par le Concile Vatican II. Une analyse ( aux niveaux susmentionnés ) des écrits des Papes contre les déclarations du Concile révèle que la liberté religieuse pour tous n'est pas compatible avec l'enseignement Catholique Traditionnel.

Au niveau individuel

Pour les individus, Dignitatis Humanae affirme :

« Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres » [3].

Le Concile a proclamé qu'un individu a le droit de vénérer comme bon lui semble — une extension du droit à la liberté de conscience. Cependant, ce prétendu droit à la liberté religieuse et à la liberté de conscience en général avait déjà été condamné par le Pape Benoît XIV en 1751. Dans son Encyclique A Quo Primum, le Pape Benoît XVI félicitait le Peuple Polonais d'avoir résisté aux diverses sectes qui tentaient de semer leurs erreurs, leurs hérésies et leurs opinions diaboliques [4]. Il a loué les Synodes et les Conciles qui ont repoussé les hérétiques Luthériens essayant d'établir une présence en Pologne. Le Pape Benoît XIV a spécifiquement mentionné l'interdiction faite à la liberté de conscience lors du Concile de Piotrkow d'agir en faveur de la grande gloire de Dieu [5]. Les Papes au siècle suivant ont soutenu les déclarations de Benoît XIV.

En accord avec son prédécesseur, le Pape Grégoire XVI a également réprouvé la liberté religieuse. Se référant à la liberté de conscience comme une proposition absurde et erronée, le Saint Père a fustigé le principe comme quelque chose qui répand la destruction dans les affaires sacrées et civiles [6]. Il a expliqué comment, lorsque la société supprime les contraintes sur les individus, la nature déchue de l'homme, déjà encline au péché, la plonge davantage dans la damnation éternelle [7]. De cette liberté de croyance, le Pape Grégoire a constaté qu'une transformation complète de l'esprit, la corruption de la jeunesse et le mépris pour les choses saintes se produiraient [8]. Compte tenu de la diminution dramatique de la fréquentation à la Messe et de la croyance en la Présence Réelle depuis Vatican II, le commentaire du Pape Grégoire semble être exact.

Alors que les Papes Benoît XIV et Grégoire XVI ont explicitement dénoncé la liberté de conscience, la critique la plus accablante sur la liberté de croyance vient du Pape Pie IX. Le Saint Pontife a qualifié la notion de l'Église Catholique qui retire son influence sur les individus, les Peuples, les Princes et les Nations comme une opinion fausse et perverse [9]. Il a fustigé l'affirmation selon laquelle le pouvoir civil ne devrait pas pénaliser les contrevenants contre la Foi Catholique, sauf lorsque la paix publique l'exige, contre la Doctrine des Écritures, de l'Église et des Saints Pères [10]. Bien que ce point serait mieux placé dans la section « sociétale », il est suffisamment significatif pour être mentionné ici. Tout au long de Dignitatis Humanae, les Pères Conciliaires déclarent que la liberté de religion et la liberté de conscience doivent être maintenues en autant que l'ordre public est préservé [11]. Pendant ce temps, le Pape Pie IX condamne ouvertement cette position comme non seulement erronée, mais un crime contre la Sainte Écriture et la Tradition apostolique.

Au niveau commun

En ce qui concerne les Communautés, Dignitatis Humanae déclare :

« Les Communautés religieuses ont également le droit de ne pas être empêchées, par les moyens législatifs ou par une action administrative du pouvoir civil, de choisir leurs propres ministres, de les former, de les nommer et de les déplacer, de communiquer avec les autorités ou Communautés religieuses résidant dans d’autres parties du monde, de construire des édifices religieux, ainsi que d’acquérir et de gérer les biens dont ils ont besoin.

Les Communautés religieuses ont aussi le droit de ne pas être empêchées d’enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit ». [12]

Bien que de nombreux points dans le passage précédent méritent l'attention, la dernière phrase est remarquable parce que les Papes avant Vatican II ont condamné avec véhémence des livres remplis d'erreurs. Le Pape Clément XIII, dans son Encyclique Christianae Reipublicae, a exhorté les Évêques à réduire les faussetés et à éliminer les mauvais livres de leurs diocèses [13]. Il a décrit ces travaux comme un fléau qui infecte les esprits des purs [14]. Tandis que l'Encyclique du Pape se concentrait principalement sur les écrits anti-Catholiques crachés par les athées et les hérétiques, Clément XIII affirmait également que les livres dépourvus d'atmosphère Chrétienne et contraires à la Foi, à la religion et aux bonnes mœurs devaient être méprisés [15]. Selon les directives de Vatican II, les Communautés religieuses, aussi détestables soient-elles, ont le droit de publier, d'imprimer et de diffuser leur documentation.

Comme Clément XIII, les Papes Pie VII et Grégoire XVI ont également soutenu la suppression des œuvres impies. Le Pape Pie VII a carrément déclaré que les livres qui s'opposent à l'enseignement du Christ doivent être brûlés [16]. Il a souligné que les Catholiques doivent manger la nourriture de la voix et de l'autorité de Pierre et rejeter les écrits pestilentiels [17].

On peut s'arrêter ici et dire : « Mais Dignitatis Humanae ne promeut pas que les Catholiques lisent ces livres, juste que les non-Catholiques ont le droit de les produire et de les distribuer ». Mais à quoi sert d'avoir de la nourriture infectée près du pain céleste ? Un berger est censé protéger son troupeau et s'assurer qu'aucun mouton ne s'égare. Autoriser des livres toxiques qui mènent à la mort spirituelle équivaut à permettre à une meute de loups d'encercler le troupeau. Un berger devrait frapper les loups et disperser la meute. Il ne devrait pas permettre aux loups d'encercler le troupeau sans surveillance.

En écho à Pie VII, le Pape Grégoire XVI a déclaré que l'Église s'est toujours efforcée d'éliminer la terrible littérature [18]. Il a mentionné comment les Apôtres eux-mêmes ont brûlé un grand nombre de livres [19]. Dans Actes 19 :19, de nombreux Catholiques nouvellement baptisés ont brûlé des mauvais livres qu'ils possédaient devant des foules de gens. Les Premiers Chrétiens, ainsi que le Pape Grégoire, ont compris la nécessité d'éradiquer les écrits nuisibles. Le Pontife a déclaré que ceux qui ont rejeté la censure des mauvais livres comme une mesure trop sévère nuit considérablement aux fidèles Catholiques et au Saint-Siège [20]. Il a qualifié ces individus de dépravés pour refuser à l'Église le droit de décréter et de maintenir la pratique [21]. Et pourtant, près de 135 ans plus tard, le Pape Paul VI a aboli l'Index des livres interdits, initialement confirmé par le Concile de Trente.

Au niveau sociétal

Enfin, au niveau sociétal, les Pères du Concile ont déclaré que le gouvernement doit protéger la liberté religieuse de tous les individus à travers des lois « justes » et d'autres mesures raisonnables [22]. De cette reconnaissance de la liberté religieuse comme un droit sacro-saint, les Pères ont déclaré (emphase ajoutée) :

« Il s’ensuit qu’il n’est pas permis au pouvoir public, par force, intimidation ou autres moyens, d’imposer aux citoyens la profession ou le rejet de quelque religion que ce soit, ou d’empêcher quelqu’un de s’agréger à une communauté religieuse ou de la quitter. A fortiori, est-ce agir contre la volonté de Dieu et les droits sacrés de la personne et de la famille des peuples que d’employer la force, sous quelque forme que ce soit, pour détruire la religion ou lui faire obstacle, soit dans tout le genre humain, soit en quelque région, soit dans un groupe donné » .[23]

Cette idée qu'il est erroné pour un pays de professer le Catholicisme comme religion d'État est incompatible avec la Tradition Catholique. Commentant la loi Française de séparation de l'Église et de l'État, le Pape Saint Pie X a déclaré que cette séparation est une thèse absolument fausse, une erreur des plus pernicieuses [24]. Il a expliqué comment cette proposition est une grave offense contre Dieu, car Dieu est le fondateur et le propriétaire de toutes les sociétés humaines. Par conséquent, les sociétés lui doivent non seulement l'adoration privée, mais aussi Lui dévouer le culte public et social [25]. Le Pape Saint Pie X a précisé que la séparation de l'Église et de l'État est contre l'ordre surnaturel, car l'État se limite à la recherche de biens terrestres. Axé sur l'obtention de la richesse et du pouvoir temporels, l'État se jette sur le monde et oublie l'objet ultime de la vie : le salut éternel de l'homme [26]. Il suffit de regarder combien de sociétés occidentales ont oublié leurs racines Catholiques, se fixant plutôt sur les ambitions du monde. La séparation de l'Église et de l'État est une injustice contre Dieu et un ingrédient pour une société sans Foi.

Conclusion

Dignitatis Humanae ne suit pas la Tradition Apostolique ; elle s'en écarte. Ceci est mieux représenté en utilisant un simple exemple de logique propositionnelle. Dans ce scénario, vous avez deux énoncés, A et B, avec l'expression « Si A, alors B. » Si l'on ne peut pas accepter la conclusion B absurde, il faut aussi rejeter A. Si (A) Dignitatis Humanae et les Pères du Concile sont corrects, alors (B) les Papes Benoît XIV, Clément XIII, Grégoire XVI, Pie VII, Pie IX et Saint Pie X ont tous promu de fausses doctrines. Si (A), alors (B) l'Église Catholique a erré pendant des siècles en punissant les hérétiques et en supprimant les hérésies des royaumes Catholiques. Si (A), alors (B) l'Église Sainte-Mère n'aurait pas dû défendre l'union de l'Église et de l'État, mais plutôt permettre aux non-Catholiques d'adorer publiquement.

Je vais laisser le lecteur essayer de concilier la Tradition à la lumière des déclarations du Concile. Il convient de noter que 2 308 Évêques ont voté en faveur de Dignitatis Humanae, avec seulement 70 voix contre et 8 votes invalides [27]. Le fondateur de la SSPX, Marcel Lefebvre, était l'un des 70.



[1] Dignitatis Humanae, section 2.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] A Quo Primum, Section 1.

[5] Ibid.

[6] Mirari Vos, section 14.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Quanta Cura, section 3.

[10] Ibid.

[11] Dignitatis Humanae, section 2.

[12] Dignitatis Humanae, section 4.

[13] Christianae Reipublicae, section 2.

[14] Christianae Reipublicae, section 1.

[15] Christianae Reipublicae, section 2.

[16] Diu Satis, section 15.

[17] Ibid.

[18] Mirari Vos, section 16.

[19] Ibid.

[20] Ibid.

[21] Ibid.

[22] Dignitatis Humanae, section 6.

[23] Ibid.

[24] Vehementer Nos, section 3.

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] Hudock, Barry (2015, 19 novembre). Le combat pour la liberté religieuse : le rôle de John Courtney Murray dans 'Dignitatis Humanae.' America Magazine, 213 (17).