lundi 26 février 2018

Du Docteur en Droit Canon, Jeff Mirus

Deux femmes fortes de l'Ancien Testament :
Judith et Esther







par : Dr. Jeff Mirus ( Droit Canon)
Le 22 février 2018


SOURCE : Catholic Culture



Les héroïnes ne manquent pas dans l'Écriture. En plus des autres que nous rencontrons dans les différents textes, des livres entiers de l'Ancien Testament sont consacrés à Ruth, Judith et Esther. Ève aussi est une héroïne à sa manière, comme Marie. Dans cette série sur les livres de la Bible, il est temps de jeter un coup d'œil sur les deux femmes mises en évidence pendant la période post-exilique ( Second Temple ), Judith et Esther. Elles sont considérées comme des exemples largement fictifs dans un contexte historique de danger sérieux pour Israël.

Si tel est bien le cas, alors nous pouvons lire les deux livres comme des enseignements spirituels précieux, tout comme dans ma lecture du précédent Livre de Tobit. Mais il semblerait que ce soit une erreur de les considérer comme de simples légendes pieuses ; elles possèdent une sorte de muscle qui suggère qu'elles étaient destinées à donner un réel encouragement à une nation qui était sous contrainte. L'intérêt pour les deux livres aujourd'hui est sûrement accru par notre propre attitude envers les femmes car, dans notre culture, il y a beaucoup de confusion sur les rôles féminins et masculins — l'hypothèse étant trop souvent que, pour qu'une femme soit héroïque, elle doit agir plutôt comme un homme.

Judith et Esther, bien que les deux femmes aient une confiance extraordinaire en Dieu et un grand courage personnel, n'agissent vraiment pas comme des hommes.

Les deux livres survivent principalement à travers le Grec, et nous savons qu'ils diffèrent considérablement des versions hébraïques qui sont pour la plupart perdues. Mais ce qui est perdu, ce sont moins les leçons et les vertus qu'elles illustrent dans différents contextes historiques et divers degrés de détails. S'il y a un caractère providentiel à la préservation de la Sainte Écriture ( comme il doit sûrement y en avoir ), cela en soi est un argument contre la tentative de lire ces livres strictement en tant qu'histoires.

Le plan de Judith

Dans le livre de Judith tel que nous le connaissons aujourd'hui, le Roi Nebuchodonosar d'Assyrie a envoyé son général Holopherne pour détruire complètement les Juifs de Judée. Holopherne assiège la région, privant les Juifs de leur nourriture et de leur eau, les amenant au point de capitulation. Mais une veuve très respectée nommée Judith réprimande les Anciens pour leur timidité, insistant sur le fait qu'ils doivent avoir plus confiance en Dieu. Ce n'est pas de la simple piété, car Judith a un plan pour libérer son Peuple à elle seule :

« Écoutez-moi : je vais faire une chose dont nos descendants entendront parler de génération en génération ».(Judith 8:32)

Ainsi donc, prenant seulement sa femme de chambre, elle part pour la garnison d'Holopherne.

Son plan évolue en une stratégie brillamment exécutée pour tuer le Général afin de jeter l'énorme armée ennemie dans une panique. Ceux qui n'aiment pas l'utilisation de l’expression « ruses féminines » seront déçus ici, car Judith est très belle et elle n'hésite pas à reconnaître cette beauté comme un cadeau à utiliser pour la Gloire de Dieu. Selon le plan, elle est capturée et ( comme on peut s'y attendre pour une belle femme ) emmenée devant Holopherne, qu'elle n'a pas besoin de travailler très fort pour séduire. Son histoire est qu'elle a eu une dispute avec les dirigeants Juifs et enseignera à Holopherne ce qu'il doit savoir pour les vaincre.

Dans une intrigue secondaire intéressante, le leader Ammonite, Alchior, avait déjà été exilé de la présence de Holopherne pour avoir expliqué que les Juifs étaient protégés par leur Dieu et ne pouvaient pas être vaincus. Au lieu d'exécuter Alchior pour ces paroles décourageantes, le Général le fit envoyer en Judée pour attendre la mort quand cette région serait conquise. Judith était consciente de cela et nous ne pouvons que nous émerveiller de la façon dont elle lance son argumentation à Holopherne :

« Permets que moi, ton esclave, je prenne la parole devant toi. Écoute-moi, maître, car ce n'est pas pour te mentir que je vais parler cette nuit. Si tu suis mon conseil, Dieu lui-même te fera accomplir une grande oeuvre. Tu ne connaîtras aucun échec dans ce que tu entreprendras. Aussi vrai que Nabucodonosor, le Roi de toute la terre, est vivant et que sa puissance est réelle, je jure qu'il t'a envoyé pour remettre tout être vivant sur le droit chemin. Grâce à toi les humains obéissent au Roi ; bien plus, grâce à ton pouvoir, les bêtes sauvages, les animaux domestiques et les oiseaux seront soumis à Nabucodonosor et à sa famille . Nous avons entendu parler de ta sagesse et de ton habileté. Le monde entier sait que tu es l'homme le plus valeureux de tout le royaume et que ta compétence exceptionnelle fait de toi un chef militaire réputé.

« Quant au discours qu'a prononcé Achior devant ton conseil, nous en savons le contenu : des hommes de Bétulie ont recueilli Achior et il leur a rapporté tout ce qu'il a dit en ta présence. Eh bien, mon seigneur et maître, ne prends pas ses paroles à la légère. Prends-y bien garde, au contraire, car ce qu'il a dit est exact : notre peuple ne peut pas être puni ou menacé de périr par l'épée, sauf s'il a péché contre son Dieu. Or voici précisément pourquoi tu ne repartiras pas sans avoir remporté de succès : la mort va frapper les Israélites, car le péché s'est emparé d'eux et ils vont provoquer la colère de Dieu comme chaque fois qu'ils font le mal. Ils manquent de nourriture et l'eau est devenue rare. C'est pourquoi ils ont décidé d'abattre leur bétail et d'utiliser pour se nourrir tout ce que la loi de Dieu interdit de manger. Ils vont consommer le premier blé récolté, ainsi que la dixième partie du vin et de l'huile, qu'ils avaient mis de côté. Ce sont des choses sacrées, réservées aux prêtres en service devant notre Dieu au Temple de Jérusalem. Personne d'autre dans le peuple n'a le droit de les toucher. Mais les habitants de Jérusalem ont déjà désobéi à ce commandement ; c'est pourquoi ceux de Bétulie ont envoyé une délégation auprès du Conseil des Anciens de Jérusalem pour obtenir l'autorisation de faire comme eux. Le jour même où ils recevront cette autorisation et mangeront de tels aliments, Dieu te les livrera et tu pourras les anéantir ». [Jud 11 : 5-15]

Judith promet d'entrer et de sortir du camp pour vérifier la situation, de retourner à Holopherne pour lui dire quand les Juifs seront vulnérables parce qu'ils auront commis ces péchés.

Holopherne meurt, Alchior vit

Au cours des prochains jours, Holopherne « persuade » la belle Judith de manger et de boire avec lui. Elle parvient à le rejoindre dans sa chambre quand il est ivre et, quand il tombe dans une stupeur, elle prend sa propre épée, le saisit par les cheveux, et scie sa tête. Elle sort ensuite du camp avec sa femme de chambre et porte la tête d'Holopherne aux Anciens Juifs. Elle leur conseille également de « l'accrocher au parapet de votre mur ». Comme on peut l'imaginer, une fois la mort de Holopherne découverte et sa tête apparaissant dans le camp des Juifs, l'armée Assyrienne est en fuite :

« Aussitôt les Israélites se jetèrent tous ensemble sur les fuyards et les taillèrent en pièces jusqu'à Choba..... Le reste des habitants de Bétulie se jeta dans le camp des Assyriens. Ils le pillèrent et emportèrent un très riche butin. Quand les Israélites revinrent du combat, ils s'emparèrent de ce qui restait. Les habitants des villages et des fermes, de la montagne et de la plaine prirent beaucoup de butin eux aussi, car il y en avait une quantité énorme ». [Judith 15:1-7]

La sous-intrigue impliquant Alchior est très gratifiante. Après que Judith leur eut apporté la tête d'Holopherne, avant même que la victoire soit remportée,

« Achior comprit tout ce que le Dieu d'Israël avait fait et il crut fermement en lui. Il se fit circoncire et devint pour toujours un membre du peuple d'Israël ». (Judith 14 :10).

La morale

Les Anciens et tout le Peuple ont loué Judith et ont célébré son courage et sa vertu. Leur chant de louange, qui est vraiment une louange à l'Éternel, peut être trouvé au chapitre 16. Judith elle-même avait de nombreux prétendants mais resta veuve, préservant la propriété de son mari mais libérant sa servante. Elle est morte à l'âge de 105 ans. La dernière ligne du Livre est celle-ci :

« Personne n'osa plus menacer les Israélites du vivant de Judith et longtemps encore après sa mort ». (Judith 16:25).

Il est fascinant de voir comment l'auteur sacré tisse cette histoire de duplicité tout en gardant Judith si proche de la vérité dans ses explications à Holopherne. Intéressant aussi sont plusieurs emphases Juives spéciales. Considérez la volonté de tenir compte d'une femme sage et courageuse et de la louer sans réserve. Notez la bonté perçue de la décision de Judith de rester veuve dans la succession de son mari. Réfléchissez à l'admission de convertis dans la Communauté Juive à une date assez précoce. Enfin, nous avons la grande leçon : nous devons trouver notre chemin vers la victoire par une confiance inébranlable en Dieu et une fidélité à Sa Sainte Volonté.

Esther

Le Livre d'Esther est situé à Suse, la capitale de la Perse, qui est dirigée par le Roi Assuérus, qui a le pouvoir de vie et de mort sur toutes les Communautés de Juifs qui s'étaient installés dans son territoire pendant l'exil. Mais contrairement à beaucoup dans le royaume, Assuérus a de bonnes raisons de penser du bien des Juifs. Le célèbre Juif Mardochée avait découvert un complot visant à tuer le Roi, complot qui avait été déjoué par les informations fournies par Mardochée. En outre, le Roi avait déposé sa Reine, Vasti, parce qu'elle ne prenait pas ses ordres au sérieux, et quand il a ratissé son royaume pour son remplacement, il a posé son regard sur Esther, qui était non seulement Juive mais avait été élevée par Mardochée ( étant l’orphelin de son oncle ).

Le livre raconte alors une lutte entre factions pro et anti-juives à la cour. Ceux qui haïssent les Juifs, menés par le conseiller en chef du Roi, Haman, les accusent de trahison collective et sont très proches de les voir exterminés. Ce n'est que grâce aux efforts de Mardochée et d'Esther que les Juifs sont épargnés.

Le plateau est mis, les pièces sont en position

Les premier et deuxième chapitres du livre reflètent la plus grande culture païenne. Les conseillers du Roi Assuérus l'ont exhorté à bannir la Reine Vasti de sa présence afin que «

« lorsque cette décision sera connue dans toutes les parties de l'immense empire, chaque femme aura des égards pour son mari, qu'il soit important ou modeste ». ( Esther 1 : 20)

Et puis ils proposent un plan pour remplacer Vasti par une reine plus appropriée :

« Nomme donc dans toutes les provinces de l'empire des fonctionnaires chargés d'amener les jeunes filles spécialement belles au harem royal de la citadelle de Suse. Hégué, l'eunuque responsable du harem, en prendra soin et leur fournira des produits de beauté. La jeune fille qui aura ta préférence deviendra reine à la place de Vasti. » La proposition plut au roi et il l'accepta ». [Esther 2:3-4]

Nous ne pouvons pas être surpris que « cela ait plu au Roi ». Mais il est juste de suggérer que beaucoup de belles filles espéraient devenir la nouvelle reine. ( Cela prouve-t-il les origines païennes déprimantes des concours de beauté modernes ? )

En tout cas, Esther était l'une des jeunes femmes sélectionnées, bien que Mardochée lui ait conseillé de garder sa lignée secrète.

« Et de son côté, Mardochée se promenait tous les jours devant la cour du harem pour se renseigner sur la santé d'Esther et savoir ce qui allait lui arriver ». (Esther 2 :11).

Les vierges passèrent une année entière à s’embellir, puis allèrent tour à tour au Roi ( du soir au matin ). Quand vint le temps d'Esther,

« Le Roi devint amoureux d'Esther, plus qu'il ne l'avait jamais été d'une autre femme, et ce fut elle, parmi les jeunes filles, qui gagna sa faveur et sa tendresse. Il posa la couronne royale sur sa tête et la proclama Reine à la place de Vasti ». (Esther 2:17).

Un peu plus tard, Haman a été promu conseiller principal. Le Roi a ordonné à tous de lui obéir, mais Mardochée n'a pas reconnu l'importance de Haman. Ainsi, Haman dépeignait Mardochée et tous les Juifs comme des traîtres — un peuple hostile se répandait dans le tissu même du Royaume ( tout comme les Chrétiens sont souvent ainsi considérés aujourd'hui ) — et il obtint un décret du Roi permettant l'extermination des Juifs dans chaque communauté où ils ont vécu. En réponse, Mardochée déchira ses vêtements, se revêtit de sacs et de cendres et se lamenta devant la porte du Roi. Esther l'a vu là et envoya un émissaire ( Hatak ) pour connaître la raison de sa détresse.

Le drame

Il serait très naturel d'identifier le drame principal dans le Livre d'Esther comme le conflit entre Haman, qui représente tout ce qui est mondain et égoïste, et Mardochée, qui est un symbole d'Israël au service de Dieu. Mais pour moi, le drame autour duquel tout tourne, c'est la lutte d'Esther pour trouver le courage d'approcher le Roi au nom des Juifs. Par les messagers qu'elle envoie à Mardochée, son gardien ( Hatak ) charge Esther d'intercéder auprès d'Assuérus,

« ... Mardochée donna au gardien le texte du décret publié à Suse en vue de l'extermination des Juifs ; il lui demanda de renseigner Esther sur la situation en lui montrant ce texte. Le gardien ( Hatak ) devait aussi la prier de se rendre auprès du roi pour implorer sa pitié et plaider la cause du peuple auquel elle appartenait. [Esther 4:8]

Mais Esther répond :

« Tout le monde, des serviteurs du roi aux habitants des provinces de l'empire, connaît la loi s'appliquant à quiconque, homme ou femme, entre dans la cour intérieure du palais sans avoir été convoqué par le Roi : cette personne doit mourir. Elle n'a la vie sauve que si le roi lui tend son sceptre d'or. En ce qui me concerne, voilà tout un mois que je n'ai pas été invitée à me rendre auprès du Roi ». [Esther 4:11]

En réponse, Mardochée est forcé d'être sévère. Avec une confiance totale dans les voies de Dieu, il la réprimande :

« Ne t'imagine pas que tu pourras échapper, toi seule, au sort des Juifs parce que tu vis dans le palais. Si tu refuses d'intervenir dans les circonstances présentes, les Juifs recevront de l'aide d'ailleurs et ils seront sauvés. Toi, par contre, tu mourras et ce sera la fin de ta famille. Mais qui sait ? Peut-être est-ce pour faire face à une telle situation que tu es devenue Reine ». [Esther 4:13-14]

Le résultat

Esther décide de prendre sa vie en mains et Mardochée et Esther passent ainsi plusieurs jours en prière. Puis Esther s'approche du Roi. Par la grâce de Dieu, sa colère initiale se transforme en une préoccupation tendre. Esther est capable d'initier son plan en invitant le Roi Assuérus et Haman à un banquet le lendemain soir. Pendant ce temps, la vanité d'Haman est si offensée par Mardochée qu'il fait des plans pour le pendre sur un échafaud construit sur son propre domaine avec l'intention d'obtenir la permission du Roi le lendemain.

Maintenant, la main de la Providence devient claire. Parce que le Roi ne peut pas dormir cette nuit, il demande qu'on lui lise le Livre des Chroniques de son Royaume. Là, il apprend que c'est Mardochée qui l'a sauvé du complot contre sa vie des années auparavant, et il apprend aussi qu'aucun honneur n'a été accordé à Mardochée pour ce service. Par conséquent, il décide de conférer un honneur spécial à Mardochée et charge même Haman de prendre les devants en accordant ces honneurs.

Finalement, lors du banquet avec la Reine Esther, le Roi apprend qu'Haman a effectivement fait des plans pour exécuter Mardochée. En colère, le Roi Assuérus ordonne que Haman soit pendu à la potence à la place. Alors Esther explique le mal que Haman avait conçu pour que le Roi autorise l'extermination des Juifs comme la cause du mal et de l'agitation dans tout le royaume. En réponse, Assuérus publie un nouvel édit ordonnant aux autorités à travers le Royaume d'aider les Juifs à résister aux attaques qui pourraient survenir, avec pour résultat que beaucoup d'ennemis des Juifs sont tués.

Enfin, Mardochée est élevé parmi les grands conseillers du Roi et, à la fin du livre, il établit la fête des Pourim comme étant une célébration de la délivrance de son Peuple par l'Éternel.

Et quant à nous ?

Les trois histoires morales—Tobit, Judith et Esther — dans cette séquence post-exilique se situent en territoire païen et se caractérisent par un complot complexe qui combine la rectitude morale, la fidélité à Dieu, un courage extraordinaire et les dispositions de la Providence pour délivrer les protagonistes et, à travers eux, une communauté plus large ou même le Peuple Juif dans son ensemble. Le Christianisme s'inspire de ces leçons mais va au-delà, tout comme le Nouveau Testament va au-delà de l'Ancien. Les Chrétiens savent que le drame de la survie d'Israël, en plus de son immense valeur dans l'histoire, est un type de lutte plus large entre le bien et le mal, dont il n'y a pas de répit dans cette vie et pour lequel nous serons tous récompensés ou punis après la mort.

Pour les Chrétiens au milieu d'une culture laïque hostile, par conséquent, la morale du Livre d'Esther n'est pas difficile à discerner. Il s'agit de la tentation de mettre de côté notre responsabilité spirituelle en faveur d'une vie facile et elle est mieux prise avec la question potentiellement accablante que le Saint-Esprit a posée sur les lèvres de Mardochée :

Ne t'imagine pas que tu pourras t’échapper. Et qui sait si tu n'es pas venu au monde pour une tel temps que celui-ci ?