dimanche 25 février 2018

Quelques nouvelles quotidiennes
Pro Liturgia — du 20 février et 21 février 2018


Lu chez Pro Liturgia sous l'onglet ACTUALITÉS du 21 février 2018

L'ACTUALITE DU JOUR

* * * * Mercredi, 21 février 2018. Le chant du « Sanctus » fait corps avec la préface qui le précède et avec le dialogue qui précède. Ces trois éléments de la liturgie introduisent la consécration du pain et du vin. Ils forment l’une des parties les plus anciennes de la liturgie avec, comme pilier principal, la formule « Sursum corda ; habemus ad Dominum ».

Pour saint Cyrille, le « Sursum corda » est l’expression de la terreur sacrée qui pénètre le cœur du fidèle au moment où va s’accomplir la liturgie eucharistique. Le fidèle doit donc se conformer aux dispositions qui animent les anges dans la liturgie céleste : « Ils adorent, ils glorifient, ils profèrent avec crainte et continuellement les mystérieuses hymnes de louange » (saint Jean Chrysostome).

Ce climat de mystère qui caractérise la liturgie céleste devrait toujours pénéter la liturgie d’ici-bas car, comme l’a rappelé avec force le Concile, « dans la liturgie terrestre, nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle ». (Sacrosanctum Concilium, n. 8). C’est donc avec vénération qu'il faut s’approcher de ces réalités très saintes et redoutables.

Le « Sanctus » qui suit le « Sursum Corda » est l’expression de la participation des fidèles à la liturgie céleste : « L'homme est comme transporté dans le ciel lui-même - écrit saint Jean Chrysostome -. Il se tient près du trône de gloire. Il vole avec les Séraphins. Il chante l’hymne très saint ». La même idée se retrouve chez Cyrille de Jérusalem : « Nous faisons mention des Séraphins, qu'Isaïe a vus dans l'Esprit-Saint entourant le trône de Dieu et disant : Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées. C'est pourquoi nous récitons cette théologie qui nous est transmise par les séraphins, afin que nous participions à l'hymne de louange avec les armées hypercosmiques ». Théodore de Mopsueste montre la relation du « Sanctus » avec l'esprit de crainte et de respect : « Nous nous servons de paroles redoutables des puissances invisibles, pour montrer la grandeur de la miséricorde qui s’est gratuitement répandue sur nous. La crainte remplit notre conscience, tout au cours de la liturgie, soit avant de crier Saint, soit après ».

Le « Sanctus » nous enseigne donc l’attitude à voir dans la liturgie. Aussi devrions-nous réfléchir : les mélodies françaises du « Sanctus », parfois chantées à tue-tête par des assemblées où l’on ne réfléchit plus au sens profond de la liturgie, parviennent-elle à donner aux fidèles cette envie de se laisser saisir par le chant des créatures célestes ?

* * * * Mardi, 20 février 2018. Quand on parle aujourd’hui de liturgie, on n’a que la messe en tête. Or, la liturgie n’est pas que la messe : elle comprend aussi les différents offices (laudes, vêpres, complies...) qui, avec la messe, forment la prière officielle de l’Église.

La liturgie chrétienne a une origine juive qui est a chercher dans la liturgie des synagogues et dans la liturgie du Temple de Jérusalem.

De ce qui se faisait dans les synagogues, nous avons hérité de la liturgie de la Parole, laquelle est composée de psaumes et de cantiques de l’Ancien Testament. Plus tard viendront s’y ajouter des cantiques du Nouveau Testament ainsi que des lectures de passages des Evangiles ou des lettres des Apôtres. De ce qui se faisait au Temple de Jérusalem, nous avons hérité de la liturgie sacrificielle devenue Eucharistie dans le contexte chrétien.

La liturgie - entendons les différents offices et la messe - a pris des formes différentes en fonction des endroits où elle s’est établie et développée. Ces formes n’ont pas affecté le cœur de la liturgie, mais plutôt des modes d’expression (gestes, façons de chanter, utilisation de symboles, vêtements, tenues et déplacements des célébrants, attitudes des fidèles...) dont la logique, le sens, la cohérence, la permanence se sont unis pour constituer des rites spécifiques correspondant à un territoire (diocèse, patriarcat) ou à une communauté religieuse.

Le principe de cette diversité rituelle n’est pas à chercher dans les langues employées ou dans la confession dogmatique (le « Credo ») des fidèles qui pratiquent telle ou telle rite. En effet, des liturgies différentes peuvent avoir la même langue et une même liturgie peut être pratiquée à la fois par des Catholiques et des chrétiens non-Catholiques. Le premier principe de la diversité rituelle est plutôt d’ordre historico-géographique ; il permet de de faire une distinction entre les liturgies d’Orient et les liturgies d’Occident.

Une caractéristique des liturgies orientales est que, pour la célébration eucharistique, elles utilisent des « anaphores » (ce qui correspond à nos prières eucharistiques) fixes : quelle que soit la fête, elles ne varient pas. Cependant chaque famille rituelle en possède un nombre plus ou moins élevé.

Au sein des liturgies orientales, on distingue deux grandes familles. Elles descendent des deux plus anciens patriarcats : celui d’Antioche et celui d’Alexandrie.

Ces deux grandes familles ont elles aussi donné naissance à des « enfants » qu’on désigne sous le nom générique de « rite ». Grosso modo, dans la famille d’Antioche, on trouve le rite syrien, le rite maronite, le rite bysantin, le rite arménien, le rite chaldéen, le rite malabar... Dans la famille d’Alexandrie, on trouve le rite copte et le rite éthiopien.

En Occident, les choses sont plus simples du fait du rôle centralisateur et unificateur joué par Rome. Ainsi trouve-t-on le rite romain, le rite ambrosien, le rite mozarabe, le rite des Gaules... D’autres rites locaux existaient ; avec le temps, ils ont souvent disparu ou n’ont été conservés que de façon limitée. Ainsi en est-il, par exemple, du très ancien rite de Sarum/Salisbury conservé au sein de communautés non-Catholiques. A côté des principaux rites Catholiques existent aussi des rites propres à certaines familles monastiques ou à certains ordres : rite cartusien, rite dominicain, rite prémontré... Ils ont tous une origine commune qui est aussi celle de la liturgie romaine. Certains de ces rites ont très peu variés - tel le rite cartusien - ce qui fait qu’ils ont conservés des éléments antérieurs à la codification du rite romain voulu au XVIe siècle par le concile de Trente. Ces différents rites ne varient généralement que sur des points de détails, des coutumes, des usages qui, pour x raisons, ont été maintenus dans tel contexte particulier alors qu’ils ont disparu ailleurs. Un exemple permettra de comprendre ce phénomène d’interpénétration des usages : à la fin du IVe siècle, Saint Ambroise déclare qu’il se conforme à la liturgie romaine... tout en revendiquant le droit de conserver ou d’adopter des usages étrangers à Rome. C’est ainsi que la liturgie ambrosienne, qu’on pratique dans le diocèse de Milan, ressemble beaucoup à la liturgie romaine... à l’exception de quelques particularismes (chants, encensements...).