mercredi 14 février 2018

Un Bestiaire clérical triste
Peut-être que le Pontife Romain dit des mensonges ...

[ Note de la rédaction : Un bestiaire était un recueil médiéval
d'histoires d'animaux qui contenait souvent un point moral ]
.


par : Marco Tosatti, Stilum Curiae
Vaticaniste

Traduction de l'Italien vers l'Anglais : Giuseppe Pellegrino

SOURCE : One Peter Five
Le 11 février 2018

C'est un bestiaire clérical triste. Plus triste que n'importe qui peut imaginer. Donnons une raison : peut-être le Pontife Romain dit des mensonges. Et ceci, permettez-moi de le dire, est au moins pour moi une grande cause de tristesse.

Le Pape peut-il dire des mensonges ?

Le dernier épisode — mais pas le seul, hélas — est celui des abus sexuels commis au Chili par le Père Fernando Karadima, qui a peut-être été aidé par Juan Barros, maintenant nommé par le Pape — Évêque d'Osorno. Les victimes voulaient rencontrer le Pape François lors de sa visite au Chili en janvier 2018, mais ce ne leur fut pas permis. Sur le vol de retour, comme indiqué par le Catholic World News, le Pape a demandé des preuves des accusations, disant qu'il n'en avait pas reçues. Ainsi a écrit ma collègue Franca Giansoldati de Messagero : « Je n'ai entendu parler d'aucune victime de Barros. Elles ne sont pas venues, je n'ai pas pu parler avec elles [ car ] elles ne se sont pas présentées. Sur une chose, nous devons être clairs : quiconque accuse sans preuves et persévérance est un calomniateur. Si une personne présente des preuves, je serai le premier à l'écouter ». Maintenant, les victimes de Barros avaient demandé, au cours du voyage pontifical au Chili, d'avoir une audience avec le Pontife, qui a effectivement rencontré d'autres victimes d'abus, très discrètement, mais pas avec elles. Et par la suite ma collègue Nicole Winfield de l'Associated Press a publié une lettre écrite au Pape en 2015 des victimes de Barros. Comme l'écrit le Catholic World News, le Cardinal Sean O'Malley, qui supervise la commission spéciale du Pape sur les abus, a informé les membres de la Commission qu'il a remis la lettre des victimes au Pape en mains propres. Juan Carols Cruz, l'auteur de la lettre, a déclaré à l'Associated Press qu'il avait reçu l'assurance du Cardinal O'Malley que le Pape avait effectivement reçu sa lettre en 2015.

Cependant, ce n'est pas la première fois qu'il y a, disons, des divergences de ce genre. Je parle de mémoire, sans avoir fait de recherches approfondies. Il y a quelques années, le Pape a dit une sorte de mensonge : « Je ne mets personne dehors sans lui avoir d'abord parlé ». Mais Rogelio Livieres Plano, Évêque de Ciudad del Este, a été expulsé de son diocèse et a passé deux semaines à Rome demandant à avoir une audience avec le Pape, sans aucune chance, avant de retourner en Argentine et de mourir d'une tumeur plus tard. À une autre occasion, répondant à une demande sur les raisons pour lesquelles les trois excellents et compétents responsables de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avaient été remerciés sans explication et contre la volonté du Cardinal Mueller, le Pape a déclaré : « Le directeur du bureau disciplinaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été remplacé ; il était excellent mais un peu fatigué et il est retourné dans son pays pour faire le même travail avec sa Conférence Épiscopale ». Le directeur du bureau de discipline était l'un des trois fonctionnaires licenciés arbitrairement. Il n'était pas du tout fatigué. Et il n'avait aucun désir de retourner dans sa patrie.

Et pendant que nous sommes encore sur ce sujet : dans une interview qui n'a jamais été contestée peu après son non-renouvellement dans sa position de préfet, le Cardinal Mueller a dit que le Pape avait expliqué sa décision ainsi : désormais je ne veux garder personne dans sa fonction à la Curie après 75 ans, et il [ Mueller ] était le premier à qui cette nouvelle politique s'appliquait. Les Cardinaux Amato, Stella et Coccopalmiero sont les premiers qui me viennent à l'esprit, mais il y en a aussi d'autres au niveau le plus élevé de la Curie. Et pas seulement cela : de Terza Loggia, ils me disent qu'ils pensent à une mesure pour étendre le mandat des Évêques et des fonctionnaires de la Curie à l'âge de 78 ans, ou alternativement, d'une norme qui rend encore plus clair et réglementé ce qui se passe déjà en fait : que le Pape peut tenir quelqu'un en charge ou le renvoyer ad libitum. Bref, inventons une raison : si nous ne voulons pas dire que le Pape dit des mensonges ( sûrement il ne pourrait pas ! ) Disons simplement qu'il est un peu distrait ....

Cupich, tu quoque ...

Et il doit s'agir d'une maladie contagieuse — la distraction, cette maladie dont nous voulons parler — si le Cardinal Blaise Cupich de Chicago a été corrigé par Edward Pentin du National Catholic Register, alors qu'il donnait sa version du Synode sur la Famille, le Synode qui nous a donné Amoris Laetitia ainsi que les ambiguïtés et les controverses qui continuent de diviser l'Église. Dans cette interview, le Cardinal Cupich a déclaré à un certain moment : « Les Évêques ... étaient unis à cet égard, votant finalement pour toutes les propositions à la majorité des deux tiers, et dans la majorité des cas avec un vote unanime ». Edward Pentin a écrit : « Votre Éminence, comme tous ceux qui ont suivi le Synode le savent, c'est faux ». Mon collègue se réfère à un article très intéressant, dont nous avons extrait ce paragraphe :

« On oublie souvent ... qu'en dépit des efforts acharnés du Secrétariat du Synode et d'autres pour manipuler et bousculer les Pères Synodaux en acceptant les propositions les plus controversées ... aucune des trois propositions les plus controversées n'a réussi à obtenir la majorité des deux tiers au cours du Premier Synode Extraordinaire sur la Famille, en octobre 2014 ».

Il explique aussi pourquoi : Amoris Laetitia a été conçu de manière ambiguë. Comme l'a expliqué l'Archevêque Bruno Forte en se référant aux conseils du Pape François : « Si nous parlons explicitement de communion pour les divorcés et les remariés, nous ne savons pas quel gâchis nous aurons entre les mains. Nous n'en parlerons donc pas directement, faites-le afin que les prémisses soient là et ensuite j’en tirerai les conclusions ». Après avoir raconté cette boutade du Pape, Forte a plaisanté en disant : « Typique d'un Jésuite ».

Galantino, la politique et l'Église

C'est assez triste, ne pensez-vous pas ? Mais en plus de cela nous avons — et c'est ce qui a concerné « Big Shot » [ Gros bonnet ] hier — l'interview télévisée de Mgr Galantino [ Président de la Conférence Épiscopale Italienne ], qui a dit, entre autres : « Chaque fois que l'Eglise a abordé le thème de l’immigration, Elle a toujours abordé le thème des histoires, des visages et des migrants. Elle n'a pas abordé le problème politique parce que la politique n'appartient pas à [ l'œuvre des ] Évêques ou au Pape ». Cela vous semble-t-il correspondre à la réalité ? J'ai de forts doutes car, à l'époque du [ Parti Démocrate Chrétien ], nous avons vu une adhésion similaire de la direction de la Conférence des Évêques Italiens à un parti politique. Et, hélas, il n'est pas facile de s'éloigner de l'idée qu'en dehors de la proximité idéologique à un parti qui a adopté des lois contraires aux valeurs chrétiennes, ce qui est en soi assez extraordinaire, il y a aussi un gros intérêt politique dans tout cela. Mais même si les intentions étaient aussi blanches que la neige, les Évêques italiens, sans « faire de la politique », devraient avoir un énoncé politique, et comment le formuler. Ils doivent, en tant que pasteurs d'un peuple spécifique confié à leurs soins, dire au gouvernement qu'il n'est pas licite de soutenir et d'encourager des politiques migratoires sans règles, indistinctement, et devenir essentiellement des complices du phénomène de la traite des êtres humains. Les Évêques doivent se souvenir qu'ils ne peuvent se mêler de cette alchimie sans risquer, tôt ou tard, une explosion. Peut-être devraient-ils écouter ce que disent les Évêques et les gouvernements d'Afrique sur cette question, et l'apprécier, et ne pas se cacher derrière le minimalisme confortable des histoires individuelles, sur lesquelles nous pouvons tous être d'accord. Ils devraient — s'ils avaient la stature, la responsabilité et la capacité. Maintenant vous savez pourquoi c'est un bestiaire triste.