jeudi 14 janvier 2016

Rencontrez Jésus

dans une prison du Brésil



Reportage de : Luciano Zanardini
SOURCE : Vatican Insider

Mgr Dom Carlos Verzeletti
Évêque du diocèse Castanhal dans l'État de Pará, Brésil

« L'Année Sainte de la Miséricorde nous demande d'ouvrir la porte de nos cœurs, de nos maisons et de nos communautés pour les exclus et ceux qui sont mis de côté par notre société ». Dom Carlos Verzeletti est un berger parmi les gens : il est au Brésil depuis 1982 et il dirige le diocèse Castanhal dans l'État de Pará depuis 2004. Chaque année, dans la première semaine d'octobre, il rend visite à chacune des 13 prisons dans la région car « c’est toujours un moment de grâce. Une expérience unique qui me permet de sentir et de reconnaître dans la chair la Présence vivante de Jésus qui s’identifie à eux ».

La situation dans les prisons est loin d'être idéale. « L'état de certaines des cellules évoque des images de l'Enfer de Dante » dit Dom Carlos. « Deux ou trois téléviseurs allumés avec le son très fort, les plus viles pinups pornographiques sur les murs, la puanteur de la chair des prisonniers, des restes alimentaires en putréfaction jetés dans l'eau stagnante des couloirs ; les cris et les commentaires vulgaires des joueurs de cartes se mélangent avec les cris émanant des exorcismes des Pentecôtistes prosélytes qui repoussent notre présence ».

Chaque fois, c’est un nouveau départ. « Je me sens comme si je descendais au plus bas et au plus fatal niveau de dégradation humaine et je pense que cela est précisément là où le Seigneur veut que je sois et qu’Il m’attend ; ça semble absurde pour Lui d'être dans un tel endroit et pourtant c’est le lieu de rencontre qu’Il choisit. Dans ces cloaques choquants, j’arrive à rencontrer certaines personnes qui sont heureuses de recevoir une visite. Je les regarde dans les yeux et je les écoute attentivement pendant que je leur serre les mains travers les barreaux. Souvent, je pleure avec eux... »

Cette condition encapsule l'expérience humaine toute entière. « Je vois ma propre misère dans la leur parce que nous sommes tous misérables » à la suite de notre égoïsme, de notre orgueil, de nos péchés et de notre malice, de notre hypocrisie et de notre fausseté. Mais Dieu, comme il est conduit par Sa grande Miséricorde, a ouvert les portes de son cœur et est venu parmi nous pour être avec nous ».

La miséricorde « remet en question notre diocèse afin de réévaluer la pastorale envers les prisonniers qui, malheureusement, est encore limitée. Pendant la retraite de Noël, enfin, 13 prêtres se sont organisés et ont donné une impulsion à la pastorale des prisonniers dans leurs diocèses. « Aujourd'hui, il y a plus de 6 000 prisonniers » entassés comme des sardines dans des cellules sales, puantes, sans aucun air, chaque cellule abritant de 15 à 20 personnes qui sont obligées de se relayer pour dormir ».

Dom Verzeletti travaille dans un diocèse jeune (créé en décembre 2004) qui met en œuvre un programme d'évangélisation intense tous azimuts. L'Évêque centre ses efforts à impliquer des « petites Communautés basées sur des relations étroites entre les gens, afin de transformer les paroisses en « communautés au sein des communautés » ». Diverses réalisations en ont résulté au cours des dernières années : deux refuges et une maison de réadaptation (« aux noms évocateurs de « Résurrection » et « Très Sainte Trinité ») pour aider les gens à combattre la toxicomanie et l'alcoolisme. La Table de la Charité a été créée pour compléter l'adoration perpétuelle qui a lieu dans la Crypte de la Cathédrale. Elle est destinée à offrir de la nourriture et de l’hébergement pour les sans-abri, invitant les fidèles à vivre une spiritualité incarnée : le Christ est adoré dans l'Eucharistie et Il est accueilli et nourri à travers les pauvres ».

Un centre de consultation à la famille a été mis en place en réponse à la nécessité d'aider les familles ; une école d'art a été établie (avec l'aide obligatoire de 0,8% (« huit pour mille ») provenant de la taxe dévolue à l'Église ou l'État) pour répondre à l'éducation et à la promotion humaine et « prévenir la marginalisation des jeunes, permettant à leurs talents de se développer ». L'Évêque a récemment signé un décret pour la création d'une paroisse nommée d'après le bienheureux Paul VI à la périphérie de Castanhal. La paroisse desservira une zone habitée par 25 000 personnes. Il a choisi le 8 décembre — l'anniversaire de la clôture du Concile et le début du Jubilé — comme une date symbolique, affirmant qu’il est « immensément reconnaissant au Seigneur pour le renouveau de l'Église après le Concile Vatican II ». L'objectif est que les générations futures n’oublient pas cet événement. Je reconnais le témoignage extraordinaire de Saint Paul VI dans son amour pour l'Église et pour tous les hommes. Le Pape François renoue avec l'esprit de Montini en encourageant l'Église à sortir d’elle-même pour reprendre avec enthousiasme le chemin missionnaire, proclamant la miséricorde qui est au cœur de l'Évangile.