mardi 17 juillet 2018

Dialoguer ou se dissocier ?
Que faire des hérétiques et des pécheurs publics dans l'Église ?




Par : Eric Sammons

Eric Sammons, ancien Évangéliste, est entré dans l'Église Catholique en 1993 et a été impliqué dans les efforts d'évangélisation Catholique depuis plus de deux décennies. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, y compris La Vieille Évangélisation : Comment propager la Foi comme Jésus l'a fait.


Le 16 juillet 2018
SOURCE : One Peter Five


Le mot d'ordre du jour est « dialogue ». Invoqué par les dirigeants de l'Église comme un mantra mystique Oriental, le dialogue est la solution à tous les problèmes. Avec les politiciens pro-avortement prétendant être de bons Catholiques ? Nous avons besoin de dialogue. Avec les prêtres faisant la promotion de relations homosexuelles ? Nous avons besoin de dialogue. Avec les millions de Catholiques qui quittent l'Église en masse ? Nous avons besoin de dialogue. Peu importe le problème, le dialogue fera chanter le monde en parfaite harmonie.

Mais le dialogue n'est pas toujours la réponse. Parfois, en fait, l'Église a adopté le contraire du dialogue — à savoir la dissociation — comme moyen approprié de régler certains problèmes. Considérez le problème des hérétiques et des pécheurs publics dans l'Église. Que devons-nous faire quand quelqu'un prétend être Catholique ( ou même si c’est un prêtre ou un Évêque ) et agit pourtant d'une manière fondamentalement contraire à la Foi ? Faut-il dialoguer avec lui ou se dissocier de lui ?

Couper la partie pour sauver le corps

Ce n'est en aucun cas un problème propre à l'époque moderne. Les premiers Chrétiens l'ont affronté aussi. Leur réponse était claire : le pécheur hérétique ou public devait être éjecté de l'Église. Ils savaient que l'Église était le Corps du Christ, et si une partie du Corps était malade, il valait mieux couper cette partie que de la laisser infecter le Corps entier. C’est juste le bon sens. Si vous passez le plus clair de votre temps avec des personnes qui abusent des drogues, il est probable que vous commencerez à utiliser des drogues aussi. Si votre cercle d'amis est communiste, il y a de bonnes chances que vous finissiez par citer Marx et faire du rouge votre couleur préférée. Permettre à ceux qui défendent l'hérésie ou qui promeuvent publiquement et commettent l'immoralité de rester en règle dans l'Église conduira à ces maux qui infectent tout le Corps du Christ.

Saint Jean l'Apôtre a spécifiquement mis en garde contre les dangers de permettre les hérétiques dans l'Église. Il a écrit :

« Si quelqu'un vient à vous et vous apporte un autre enseignement, ne le recevez pas chez vous et refusez même de le saluer ; car celui qui le salue devient complice de ses mauvaises actions » (2 Jean 1, 10-11). Quand Saint Jean parle de quelqu'un qui « vous apporte un autre enseignement », il fait référence à quelqu'un qui embrasse et enseigne l'hérésie. Son ordre est de se dissocier de l'hérétique et, en fait, si on l'accepte, il « devient complice de ses mauvaises actions ».

En d'autres termes, il est aussi coupable d'hérésie que l'hérétique.

Saint Paul a eu des paroles encore plus dures sur les dangers de l'acceptation de l'immoralité dans l'Église. Aux Chrétiens de Corinthe, il écrivait :

« Dans ma précédente lettre, je vous ai écrit de ne pas avoir de contact avec ceux qui vivent dans l'immoralité. Je ne visais pas, d'une façon générale, tous ceux qui, dans ce monde, sont immoraux, envieux, voleurs, ou adorateurs d'idoles. Sinon, vous devriez sortir du monde ! Je voulais vous dire de ne pas avoir de contact avec quelqu'un qui, tout en se donnant le nom de chrétien, serait immoral, envieux, adorateur d'idoles, calomniateur, ivrogne ou voleur. Vous ne devez pas même partager un repas avec un tel homme ».

« Ce n'est pas mon affaire, en effet, de juger les non-chrétiens. Dieu les jugera. Mais ne devriez-vous pas juger les membres de votre communauté ? Il est écrit, en effet : « Chassez le méchant du milieu de vous » ». (1 Co 5 : 9-13)

Quelques points importants à noter de ce passage puissant — et politiquement incorrect. Premièrement, Saint Paul parle spécifiquement des Chrétiens qui commettent l'immoralité. Ils doivent être chassés de l'Église. Aussi, et plus choquant pour les oreilles modernes, Saint Paul dit que nous sommes censés juger ceux qui, dans l'Église, pèchent. Voilà pour la supra-doctrine de la tolérance d'aujourd'hui.

Évangélisation et dissociation

Mais qu'en est-il du commandement de Jésus d’évangéliser le monde ? N'est-ce pas le travail du Chrétien de tendre la main au pécheur et à ceux qui sont dans l'erreur et de les amener au Christ ? Comment pouvez-vous faire cela si vous ne vous associez jamais avec eux ? Voici la différence clé : nous sommes appelés à évangéliser ceux qui sont hors de l'Église, peu importe à quelle distance du Christ où ils en sont rendus, mais nous sommes appelés à résister — voire expulser — ceux qui, dans l'Église, embrassent l'hérésie ou s'engagent dans l'immoralité. Saint Paul, le grand évangélisateur Chrétien, serait allé jusqu'au bout de la terre pour amener les brebis perdues dans la bergerie, mais il n'avait aucune patience pour permettre à un hérétique notoire ou à un pécheur d'infecter l'Église de l'intérieur.

Nous voyons cette attitude dans la pratique dans l'Église primitive. Au milieu du 2ème siècle, un prédicateur populaire nommé Marcion enseignait l'hérésie. Un jour, Saint Polycarpe — un disciple de Saint Jean l'Apôtre — a rencontré Marcion. « Savez-vous qui je suis ? » demanda Marcion. Polycarpe répondit : « Oui, je vous connais très bien, vous êtes le premier-né de Satan ! » Polycarpe ne tolérait pas l'hérésie, un trait qu'il avait appris de Saint Jean lui-même.

Comparez cette attitude avec aujourd'hui. Le Père James Martin, le prêtre Jésuite qui a un public populaire basé sur sa promotion pour le style de vie des LGBT, qui prêche l'hérésie et encourage l'immoralité depuis des années maintenant, pourtant beaucoup de gens dans l'Église le soutiennent. Même beaucoup de ceux qui embrassent l'enseignement de l'Église sur l'homosexualité hésitent à être trop critiques envers lui. Il suffit de regarder le célèbre professeur de Princeton et Catholique Orthodoxe Robert George, qui prend soin de promouvoir son amitié avec le Père Martin. Il défend son amitié comme étant un « dialogue » important. Bien que l'orthodoxie personnelle de George soit incontestable et que son exaltation du « dialogue » soit conforme à l'éthique actuelle de l'enseignement supérieur, son acceptation publique du Père Martin semble aller à l'encontre des directives de Saint Paul et de Saint Jean.

Les dangers de la dissociation

Dans l'Église d'aujourd'hui, l'accusation de « Pharisien » sera immédiatement appliquée à ceux qui adoptent l'approche que je préconise ici. Pour l'esprit moderne, aucun crime n'est plus grand que l'intolérance envers les « styles de vie alternatifs » ou les croyances non orthodoxes. Et c'est vrai qu'il y a des dangers à éviter quand il s'agit de se dissocier du pécheur hérétique ou notoire. On peut facilement devenir pharisaïque et voir presque tout le monde comme « impur » et indigne d'association. Mais ce que je préconise ( et ce que je pense que Saint Paul et de Saint Jean préconisent ) s'applique spécifiquement aux hérétiques et aux pécheurs notoires et publics. C'est applicable au Père Martin, mais pas nécessairement à votre ami Catholique Jim qui en sait moins sur le Catholicisme que l'animateur moyen de CNN. Ça comprend Nancy Pelosi, mais pas la tante Nancy qui n'a jamais été instruite sur la transsubstantiation.

Un autre danger est une mentalité de forteresse. Ce terme a été sur-utilisé ces dernières années pour critiquer l'Église post Concile de Trente, mais c'est néanmoins une préoccupation légitime. Chaque Catholique devrait toujours regarder vers l'extérieur, cherchant à évangéliser. Oui, il y a des moments où l'on doit protéger sa forteresse, mais le seul moyen à long terme de gagner une guerre est de sortir sur le champ de bataille. La retraite vers notre forteresse est particulièrement dangereuse pour les Traditionalistes qui, en réaction à cinquante ans d'attaques de l'intérieur de l'Église, peuvent parfois considérer chaque Catholique non-traditionnel comme l'ennemi, érigeant des murs à l'extérieur de la communauté acceptée.

Ces dangers potentiels ne devraient pas nous faire hésiter à résister au mal quand il infecte notre Église. Saint Jean et Saint Paul auraient été scandalisés par la tolérance au mal que nous trouvons dans l'Église aujourd'hui. Nous devons suivre leur exemple et rejeter le mal au milieu de nous, et même rejeter les malfaiteurs.