mercredi 31 juillet 2013

La Pressetitution, vous connaissez ?






C'est un exemple complètement imaginé. Il n'y a aucune association à faire avec une ou des situations réelles. Toutefois, cet exemple nous aidera à comprendre la dynamique qui interagit constamment entre le monde politique et la Pressetitution. Je veux, bien entendu, parler des médias écrits et électroniques, vous l'aviez compris...

Prenons le cas de cet individu décédé qui apparaît dans l'article de presse plus haut. Imaginez qu'un journaliste de ce journal était sur place en promenade avec sa petite famille et qu'il a tout filmé sur son I-Phone. Regardez ce que ça a de l'air le lendemain au journal.

Le propriétaire du journal reçoit un appel du ministre :

Le Ministre : « Salut. Ça fait longtemps qu'on s'est parlé... Écoute...j'ai entendu dire que tu avais un journaliste sur les lieux à l'Esplanade hier soir et qu'il a tout filmé ? Et qu'il voudrait faire une suite à son article en publiant des photos de l'altercation et qu'il mettrait son vidéo sur votre site WEB ? »

Le Proprio du journal : « Ouais, tu es bien renseigné... Mais qui t'a dit ça ? »

Le Ministre : « Écoute, mon directeur de police me dit que les esprits sont échauffés et qu'il ne faudrait pas mettre de l'huile sur le feu. D'autant plus que mon directeur de police est en négociation avec la Fraternité, ce n'est pas le temps d'en remettre et de tout compromettre. Comprends-tu ? »

Le Proprio du journal : « Écoute, c'est bien difficile de passer à côté. On a une preuve vidéo, une preuve noir sur blanc, tu comprends ? Le gars est mort de suffocation due à trop de poivre de cayenne. Ça n'a pas de bon sens combien ils en ont jeté sur lui. Le vidéo est tellement clair. Et puis, si on n'en parle pas, mes compétiteurs vont en parler...»

Le Ministre : « Fais-toi en pas pour les autres journaux, je les ai avertis, ils n'en parleront pas. Écoute, si je t'appelle, c'est parce je considère la chose importante. Et je ne voudrais pas que nos bonnes relations d'affaires en soient affectées. Tu sais, tous les appels d'offres qu'on publie chaque semaine dans ton journal ? Toutes les offres d'emploi qu'on affiche dans ton journal à toutes les semaines sans compter toute la publicité pré-électorale et électorale qu'on te donne ?... Nos affaires vont bien maintenant ? L'argent rentre ? Pourquoi qu'on ne laisse pas ça comme ça ?

Le Ministre : « Écoute, s'il faut absolument que ton gars écrive un article, dis-lui d'écrire qu'on attend les résultats de l'enquête du coroner avant de statuer sur la cause du décès. La population va avoir eu le temps d'oublier cet incident, les esprits vont être apaisés et on verra bien ce que l'on fera rendus là. »

Le Proprio du journal : « OK, j'ai compris, je m'en occupe.»

Le proprio se retourne vers son éditeur et lui dit de raisonner son journaliste en lui disant de « ne s'en tenir qu'à dire qu'on attend les résultats de l'enquête du coroner avant d'avancer plus à fond dans la situation. Pas de photos dans le journal, ni de vidéo sur notre site WEB. Compris ? »

L'éditeur du journal, qui a la responsabilité exclusive de choisir les articles à être publiés tant dans le journal que sur le site WEB, reçoit 100 % de son salaire du proprio. Devinez à qui va son allégeance. Il a tout intérêt à plaire à son proprio sinon il ne travaillera pas longtemps à ce journal. Aujourd'hui, le premier août 2013, un éditeur vient d'être remercié pour avoir laissé passer un titre que disait au Président Obama que son plan pour l'emploi, il pouvait repasser parce que ça ne fonctionnait pas dans sa région. Le pauvre n'a pas compris qu'il ne faut pas critiquer le pouvoir en place. Je parle de monsieur Drew Johson du Chattanooga Times Free Press.

L'éditeur possède un pouvoir immense sur tous les journalistes parce qu'il peut empêcher en tout temps la parution de leurs articles. Par exemple, s'il considère que le journaliste a trop gratté une situation et que ça pourrait mettre en cause les revenus du journal ou la réputation des personnes qui sont de grands contributeurs au journal, il refuse de faire paraître la nouvelle. Pas compliqué, n'est-ce pas ?.

Que pensez-vous que le journaliste fera de l'affaire ? Réponse : il écrira que toute la situation est sous enquête du coroner. Il sera bien frustré mais il en sera ainsi.

LA PRESSETITUTION EST UNE GRANDE SPÉCIALISTE DES OMISSIONS

Un éminent journaliste et présentateur-vedette (« anchorman » ) chez CBS, monsieur Dan Rather, qui s'est fait remercier, il y a plusieurs années, pour des raisons similaires mentionnées précédemment, et qui oeuvre à titre indépendant maintenant, affirme que cette censure que je viens de décrire n'est pas la pire. Imaginez !

Selon Rather, la pire censure, ce sont les journalistes qui se l'auto-administrent maintenant parce qu'ils savent jusqu'à quel point le système au-dessus d'eux est vicié. Plutôt que de vivre des rejets constants de leurs reportages de la part de leurs supérieurs menant tôt au tard à leur perte, les journalistes s'auto-censurent avant même de remettre leurs reportages à leur bureau. De fait, ils deviennent très complaisants dans leurs reportages sachant fort bien ce que leurs supérieurs veulent entendre ou lire ou non.

Ajoutez à cela le phénomène de la concentration des médias qui est passée aux USA en dix ans de 50 grandes entreprises à 6 aujourd'hui, vous avez des propriétaires qui ont une plus grande poigne que jamais. Du fait de leur petit nombre, ils se concertent entre eux. Vous voulez un exemple de cette concertation ? Pourquoi aucune des grandes chaînes de nouvelles n'a été dissidente et n'a exprimé des doutes, à tout le moins, lorsque le président Bush a vendu son idée d'aller en guerre contre l'Irak présumément parce que ce pays possédait des armes de destruction massive. Cette petite poignée de proprios ont été unanimes à appuyer cet élan de guerre. Un hasard, vous pensez ?

Dans mon exemple, vous ne le verrez pas ce vidéo des policiers, du poivre de cayenne jeté à la tonne sur le citoyen ...On vous dit plus souvent qu'autrement des vérités partielles; on appelait ça dans le temps des omissions. N'oubliez pas qu'une vérité partielle est un mensonge.

Un dernier exemple : une charmante dame journaliste pour CNN, la plus grande chaîne de nouvelles au monde, madame Amber Lyon, est mandatée pour aller à Bahrein faire un reportage sur ce pays pendant le temps des tensions sociales entre chiites et sunnites, il y a 18 mois environ. Ce sont les sunnites qui sont au pouvoir. On ne lui avait pas spécifié trop précisément son mandat. C'était un mandat général, « at large » comme on dit.

La bonne journaliste s'est ramassée dans des hôpitaux de fortune dans des domiciles où il était clair que le petit peuple chiite souffrait des exactions des autorités gouvernementales sunnites. Elle a préparé un beau reportage de 30 minutes environ décrivant toutes ces conditions. CNN a refusé de passer le reportage, le gouvernement de Bahrein a rapidement envoyer de l'argent à CNN pour qu'il passe une très beau reportage de tourisme sur Bahrein.

La dame a démissionné et est rendue indépendante.

OMISSION, OUI, MAIS DISTRACTION AUSSI

La tragédie du Lac Mégantic devait occuper la une, c'est certain. Mais saviez-vous que, dans la même semaine, Israël a bombardé des missiles russes sur le territoire syrien. Que le président russe, Poutin, a commandé immédiatement un exercice général de mobilisation de tous les militaires, avions, bateaux, etc. dans toute la Russie. C'est la plus grande mobilisation militaire depuis l'effondrement de l'Union Soviétique. Me semble qu'on peut consacrer deux lignes à cela, non ?

Putin n'est pas content de s'être fait détruire des missiles en Syrie, voyez-vous ? Et la semaine dernière, Putin a commandé un exercice de déploiement éclair de tous ses missiles atomiques mobiles dans son pays. De fait, Putin commence à nous montrer ses biceps. Est-ce que ça valait la peine de le mentionner, vous pensez ? Disons deux ou trois petites lignes à côté de la nécrologie. Ce n'est pas trop demander, n'est-ce pas ?

La distraction est souvent commandée par les politiciens. « Aie les média ! Amusez-le peuple avec un nanane pendant qu'on fait des coupes de budget sévères dans les centres de recherche sur la santé, disons ....»

OMISSION, OUI, DISTRACTION OUI, MAIS RÉPÉTITION AUSSI

De fait, on peut vous harceler pendant trois semaines avec une question du genre :« Maurice Richard reviendra-t-il au jeu ? ». Et, pendant ce temps-là, des coups pendables se font pendant que vous vous préoccupez de Maurice Richard.

Il y a un grand principe que l'on devrait toujours se souvenir au sujet de la répétition utilisée dans les médias : PLUS TU RÉPÈTES LE MESSAGE SOUVENT, PLUS LES GENS SE DISENT « ÇA DOIT ÊTRE VRAI, ILS EN PARLENT BIEN TROP ! »

OMISSION,OUI, DISTRACTION, OUI, RÉPÉTITION, OUI, MAIS DIFFAMATION OU LYNCHAGE OU « BITCHAGE » AUSSI

Un exemple imaginé : (peut-être que j'ai trop d'imagination !)

Barbara Bérubé Baribeau est député du comté de St Clin Clin depuis 15 ans. Ex-ministre de la consommation, elle siège maintenant dans l'opposition. Elle fait partie d'un sous-comité parlementaire sur les médicaments. Un projet de loi sera soumis sous peu à l'Assemblée Nationale pour accepter des nouveaux médicaments sur la liste des médicaments autorisés.

Barbara Bérubé Baribeau a avisé le sous-comité parlementaire sur les médicaments qu'à sa prochaine séance, elle apporterait des preuves de la nocivité d'un des médicaments proposés et que le directeur général de l'entreprise qui fabrique ce médicament est le beau-frère d'un ministre influent du gouvernement.

Lorsque ce ministre influent apprit la chose, il donna un coup de fil à son bon ami personnel : Le Proprio du Journal. Il lui dit : « Salut. Ça fait longtemps qu'on s'est parlé... Écoute, on a petit problème et je suis certain que tu peux nous aider. Imagine-toi donc que Barbara Bérubé Baribeau nous met des bâtons dans le roues dans notre projet de loi sur les médicaments à ajouter à la liste officielle. Je suis certain que tu peux trouver quelque chose sur elle. Alors, sors-le au plus vite... Elle est trop forte présentement dans l'opinion publique. Donne-moi ce coup de main et je te promets de te retourner l'ascenseur. »

Le lendemain, à la une du journal, paraissait un très court article portant sur la carrière de Barbara Bérubé Baribeau mais qui n'avait absolument rien à voir avec le titre de l'article. Les journaux savent que c'est le titre qui importe parce que les gens ne lisent plus les détails ! Voici donc ce titre :

Barbara Bérubé Baribeau
Transgenre ou transexuelle ?


Et l'article commencera ainsi : « Sans avoir obtenu de confirmation mais, toutefois, de sources généralement bien informées, il appert que...»

Comment se fait-il que l'on parle de l'orientation sexuelle de Barbara Bérubé Baribeau alors qu'elle est une personne publique depuis 15 ans ? « Ah ! On vient juste d'en entendre parler...» « Ah oui, vous venez d'apprendre ça après 15 ans ?... Pas fort le journalisme d'enquête chez vous ! De toute façon, ce sujet ne devrait jamais être public; Barbara Bérubé Baribeau a droit à sa vie privée.» « Mais c'est une personne publique et le public a droit à l'information concernant les personnes publiques. »

Non, habituellement, un telle nouvelle diffamatoire coïncide avec le fait que cette personne est dans une position de négociation avantageuse vis-à-vis du monde en autorité et qu'on cherche à la discréditer, à l'affaiblir.

Et nous, comme des bons poissons, on gobe tout ça.

OMISSION,OUI, DISTRACTION, OUI, RÉPÉTITION, OUI, LA DIFFAMATION, OUI MAIS BALLONS AUSSI

Avez-vous déjà entendu ces expressions : « De sources généralement bien informées » ou « Des rumeurs persistantes circulent à l'effet que...». Ce sont les gens du pouvoir qui lancent un ballon politique, une idée de réforme, etc. par voie anonyme pour vérifier votre réaction. Leur idée est faite mais ils veulent connaître votre résistance à cette idée.

Je me demande pourquoi j'ai écrit ce texte alors que j'apprenais la semaine dernière que la confiance des Américains envers les grands médias n'a jamais été aussi basse de toute leur histoire.

Si vous aimez vous faire mentir à plein nez...
Si c'est important pour vous de savoir
si Maurice Richard revient au jeu...
La Pressetitution est là pour vous exploiter
avec toutes ses armes qu'elle utilise concomitamment

Mais si vous désirez des nouvelles du jour élaborées pour vous seul
Je ne ris pas, c'est vrai...

Prenez une bible et faites votre signe de croix
Demandez-Lui de vous donner
la page de nouvelle pour vous aujourd'hui !

Ça va vous frapper au visage...
Vous allez voir qu'à chaque jour c'est une VRAIE nouvelle
pour vous personnellement.