vendredi 9 août 2013

Je ne veux rien savoir... Je ne bouge plus.



— LE POMPIER : Qu'est-ce qui se passe, mon jeune ? Ça ne va pas ? Dis-moi ce qui se passe...

— LE JEUNE : Silence.

— LE POMPIER : Tu as pris de grands moyens pour aboutir là où tu es. Il y a certainement une ou des raisons à tous tes efforts. On ne fait pas ça pour rien. Je te soupçonne assez intelligent en effet pour avoir des bonnes raisons parce que c'est assez inusité de se ramasser là où tu es. Tu dois être au contraire très intelligent; tu dois voir des situations que bien d'autres personnes ne voient pas et ça doit t'affliger énormément. Ai-je raison de penser ainsi ?

— LE JEUNE : Je ne suis pas plus intelligent que les autres de mon âge. Si vous saviez combien il y en a qui sont brillants ! Mais nous sommes tous dans la même situation : nous sommes épuisés, désabusés, écoeurés de cette société maudite. Ai-je besoin de vous en faire le portrait ?

— LE POMPIER : Ça m'aiderait beaucoup à te comprendre...

— LE JEUNE : Mon sac est bien gros, vous savez...

— LE POMPIER : Mais pourquoi penses-tu que je veux t'entendre ? Si je te connais davantage, je vais plus apprendre à t'aimer... Car qui connaît peu, aime peu...

— LE JEUNE : Ouen ! pour un pompier, vous êtes pas mal plus avancé que nos profs de CEGEP ! Ce qu'ils nous enseignent, c'est du vide... Ils ont remplacé nos parents qui n'étaient pas meilleurs... Du vide, comprenez-vous ?

— LE POMPIER : Qu'est-ce que tu veux dire par « du vide » ?

— LE JEUNE : Il y a un gars en France qui a déjà dit « L'homme moderne connaît tout, mais il ne sait rien ». Ça vous aide à comprendre ?

— LE JEUNE : on nous enseigne de tout au CEGEP : les lois de la physique, de la chimie, de la biologie, des sciences sociales mais on ne nous dit jamais s'il y a eu quelqu'un pour faire ces lois. On nous les explique, on nous dit qui les a découvertes mais qui nous parle de ceux qui les ont créés ? S'il y a eu des lois, il y a bien dû avoir au moins un Législateur, non ? Quant à tes parents, ils t'ont appris que ce sont eux qui, par leur travail, apportaient la nourriture sur la table. Mais ils ne m'ont jamais parlé de celui qui a inventé les patates, les carottes... J'aurais aimé être au courant de cet inventeur pour le remercier aussi... On a beaucoup plus parlé de hockey à la table que de l'inventeur de la patate. Tu sors de cette éducation familiale tellement enrichi, voyez-vous ?

— LE POMPIER : Ouen ! Tu me fais réfléchir sur mes propres comportements à la maison. Mais est-ce que les jeunes pensent tous comme toi ?

— LE JEUNE : Oui de plus en plus... Mais il y en a encore beaucoup qui sont distraits par le « chat », Facebook, les textos, les jeux vidéo, le hockey, bien entendu et, j'oubliais le jogging et autres perditions physiques du genre qui stimulent ta dopamine pour engourdir ton vide... Mais ils s'en viennent à se poser le même genre de questions que moi parce que, plus tu deviens esclave de toutes ces distractions dont je viens de parler, plus ton sens du vide augmente. Au début, pour assouvir le vide qui t'envahit, tu t'enfonces davantage dans ta distraction préférée. Quand la nausée te prend, tu commences à te poser des questions. Le rythme de chacun est différent dans ce domaine.

— LE POMPIER : est-ce la seule raison qui explique que tu sois là haut ?

— LE JEUNE : Bien disons que tu veux te faire une blonde... Pas facile de nos jours... Et les sites de rencontre ont aggravé la situation; c'est une vraie drogue. Par exemple, il y a une gentille demoiselle à ton cours de chimie, mais tu ne veux pas trop t'approcher d'elle au cas où il y en aurait peut-être une plus belle sur le site de rencontre que tu consulteras le soir même. Ça rend tout le monde comme des joueurs compulsifs : la prochaine ou le prochain va peut-être être meilleur(e). On est toujours en train de courir après sa queue. Et n'oublions pas ce diagnostic tellement vrai à notre époque : « L'homme n'a plus d'honneur et la femme n'a plus de vertus ».

— LE JEUNE : De fait, les filles recherchent toutes, et quand je dis toutes, c'est vraiment toutes, elles recherchent un gars avec du coeur. Mais dès qu'un gars passe à côté d'elles avec du cash exprimé en voyages de plaisir ou en automobile à gogo ou en sorties dans les plus beaux clubs, elles oublient momentanément ce qu'elles recherchaient : du coeur.

— LE POMPIER : Ouen ! Tu as un gros sac en effet.

— LE JEUNE : Et la cerise sur la gâteau, c'est qu'on n'est pas encore sur le marché du travail à temps plein qu'on est déjà super endetté. On aura des dettes à plein mais un travail à temps partiel. Et ce travail sera à petit salaire de base et bien chanceux celui qui aura ce travail dans sa discipline au surplus ! Où est l'espoir ? Dites-moi ?

— LE POMPIER : C'est bien vrai. Écoute, je vais te donner mes trippes, moi aussi. J'enlève mon chapeau de pompier. C'est d'homme à homme que je veux m'adresser à toi maintenant. Et je vais commencer par te prendre à tes propres mots : tu soupçonnes qu'il y a au moins un Législateur qui a inventé toutes ces lois, et elles sont grandes et magnifiques ces lois. Tu n'a pas parlé des lois astronomiques qui régissent la durée du soleil à tous les jours, la durée de la lune à toutes les nuits, mais je te sais assez intelligent pour que tu te sois posé cette question aussi.

— LE POMPIER : Si cet inventeur a été si intelligent pour concevoir ces lois, ne le serait-il pas assez pour t'aider à passer l'épreuve douloureuse que tu vis ? Y as-tu déjà donné une chance de te le prouver ? Ne mérite-Il pas cette chance de ta part en toute justice ? Peut-être que Cet Inventeur, dans Sa Grande Intelligence, a permis que tu te rendes au pied de ces vitraux pour que tu Lui donnes une chance... Car si tu étais resté engourdi comme d'autres de ton âge, tu n'aurais jamais eu l'occasion de Lui donner une chance et de Le connaître.

— LE POMPIER : Allez, mon bon ami, avec qui je partage tous les problèmes que tu m'as mentionnés, allez, descends de là. Tu es dans Sa Maison, mon fils. Va devant Lui, va Lui parler. Dis-lui tout ce que tu m'as dit. Donnes-Lui une chance. À toutes les fois qu'on frappe à Sa Porte, Il répond. Et je te l'assure, ce n'est pas un menteur ! C'est Lui qui a dit ça et Il est La Parole qui tient Parole. Sinon, Il ne mériterait pas Son Nom.