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mardi 19 juillet 2016

Interview du Cardinal Schönborn

Comment crédible est un « Magistère du ouï-dire » ?



Le Révérend Brian W. Harrison, O.S., M.A., S.T.D., un prêtre de la Société des Oblats de la Sagesse, est un professeur agrégé à la retraite de Théologie de l'Université Pontificale Catholique de Porto Rico à Ponce, P.R. En 1997, il a obtenu son doctorat en Théologie Systématique, Summa Cum Laude, de l'Athénée Pontifical de la Sainte Croix à Rome. Depuis 2007, le P. Harrison a été chercheur en résidence à Oblats de Centre d'étude de la Sagesse à St. Louis, Missouri, il est bien connu en tant que conférencier et écrivain. Il est l'auteur de trois livres et plus de 130 articles dans des livres Catholiques, des magazines et des revues aux U.S.A., en Australie, en Grande-Bretagne, en France, en Espagne et à Puerto Rico.

Le 18 juillet 2016,

SOURCE : One Peter Five


La semaine dernière a eu lieu un entretien important donné par le Cardinal Christoph Schönborn, Archevêque de Vienne et l'un des plus fiables conseillers théologiques et porte-parole du Pape François, à la revue romaine Jésuite La Civiltà Cattolica. Le sujet portait sur l'Exhortation apostolique Amoris Laetitia (AL) :

Cette interview a fait déjà des vagues autour du monde, principalement à cause de l’insistance de son Éminence sur trois points :

  • d'abord, qu’une Exhortation apostolique telle que AL est en effet un document magistériel faisant autorité, contenant l'enseignement auquel doit consentir les Catholiques ;
  • d'autre part, que tous les enseignements précédents sur le mariage et la famille doivent maintenant être interprétés à la lumière de AL
  • et enfin, qu’AL doit en effet être compris comme permettant aux Catholiques divorcés et remariés civilement de recevoir les Sacrements de la Réconciliation et de l'Eucharistie, dans certains cas, même sans engagement à vivre « comme frère et sœur ».

Je n’ai de fait aucune dispute de principe avec le premier point du Cardinal Schönborn au sujet du statut des Exhortations apostoliques. Bien que relativement récentes dans leur origine, elles sont assez élevées dans l'« ordre hiérarchique » des documents du Magistère — probablement juste un peu en dessous des Encycliques. Dans une large mesure, elles sont en effet pastorales et exhortatives dans le ton et le contenu plutôt que strictement doctrinales. Mais Schönborn a raison de souligner que, lorsque certains passages sont rédigés de manière à manifester l'intention du Pontife à inculquer une certaine vérité doctrinale, cela compte certainement comme enseignement magistériel. Je suis aussi d'accord avec le principe théologique du Cardinal Schönborn qui sous-tend sa deuxième déclaration controversée — à savoir que toutes les déclarations précédentes du Magistère sur le mariage et la famille doivent maintenant être interprétées à la lumière de AL. Cependant, ce que Son Éminence dit, n’est pas toute la vérité.

Permettez-moi d'expliquer. Il est souvent arrivé dans le développement historique de la Doctrine Catholique que certains enseignements d’époques plus anciennes n’étaient pas complètement explicités et furent clarifiés ultérieurement par de nouvelles interventions du Magistère. Par exemple, l'ancienne foi de l'Église au sujet de la Sainte Vierge n’était pas tout à fait clair relativement à sa parfaite impeccabilité qui a débuté au moment même de sa conception. Ainsi, comme cela est bien connu, certains théologiens renommés au cours des siècles ont contesté son Immaculée Conception jusqu’au Bienheureux Pie IX qui a finalement réglé la question dogmatiquement en 1854. Alors, quand un enseignement magistériel ajoute de la précision ou de la clarté à un plus ancien ou en tire ses implications logiques, alors, bien sûr, que nous allons interpréter la plus vieille déclaration à la lumière de la plus récente.

Mais qu’est-ce ce qui arrive lorsque l'inverse est le cas — à savoir quand une déclaration magistrale plus récente est moins claire qu’une qui fut exprimée antécédemment ? Cela a été un problème avec certains documents du Concile Vatican II. Étant donné que les fissures théologiques parfois profondes entre les « Libéraux » et les Pères « Conservateurs » devaient être colmatées afin d'obtenir un vote consensuel, les textes finaux sur certains sujets — par exemples, sur la liberté religieuse, l'inerrance biblique, l’oecuménisme, la définition de l'Église du Christ, sa royauté sociale et le sujet de ceux qui meurent comme non-croyants s’ils peuvent être sauvés — sont moins clairs que les déclarations pertinentes antérieures du Magistère. Dans cette nouvelle situation, la méthodologie théologique correcte nous oblige à interpréter le nouvel enseignement à la lumière de l'ancien. Malheureusement, la présentation d'un côté de la médaille de la part du Cardinal Schönborn ne dit rien à propos de cette norme complémentaire.

Dans les deux cas, le principe d’interprétation de base est le même : nous devrions interpréter les déclarations magistérielles moins claires à la lumière de celles qui sont plus clairement exprimées, quel que soit celle qui est arrivée en premier. Cette norme de bon sens découle d'un principe encore plus fondamental, à savoir la promesse de Jésus qui a révélé que son Saint-Esprit sera toujours présent dans l'Église pour la guider et la garder dans le chemin de la Vérité (cf. Jean 14 : 16-17 26). Donc, apparemment, lorsque deux déclarations magistérielles, qui sont en contraste, peuvent raisonnablement être harmonisées, elles devraient l’être.

Cependant, cela soulève une autre question : que faire s'il semble impossible de concilier deux affirmations papales traitant de la Foi et de la morale ? Cela nous amène à la troisième et la plus discutable des positions controversées maintenant défendues par le Cardinal Schönborn. Certains ont cherché à réconcilier avec les enseignements précédents les déclarations du Pape François dans AL # 305 et dans sa note notoire # 351, qui dit que : « Dans certains cas », les Catholiques vivant « dans une situation objective de péché » ( notamment les divorcés remariés civilement ) peuvent recevoir « l'aide des Sacrements » — Quels Sacrements ? La même note identifie la Pénitence et de l'Eucharistie. Selon les prétendus réconciliateurs, le Saint-Père doit être compris ici comme restreignant implicitement cette « aide » sacramentelle à ceux qui s’engagent à vivre comme « frère et sœur ».

Compte tenu du contexte, cette lecture fade de la note 351 ne m'a pas frappé comme très plausible. Dans tous les cas, elle est maintenant résolument rejetée — presque dédaigneusement ! — par le savant prélat que François a lui-même désigné à plusieurs reprises comme le commentateur le plus fiable sur la nouvelle Exhortation apostolique. En outre, ceci est intervenu dans une interview que le Pape a presque certainement lu au préalable. (Chaque numéro de cette revue de table des Jésuites est examiné par le Secrétariat d'État du Vatican avant leur publication.)

Lorsque l'éditeur Spadaro a demandé à Schönborn s’il reconnaît qu'il est « évident » que François ne limite pas cette « aide » sacramentelle aux couples vivant en frère et soeur, Son Éminence répond immédiatement : « Oui, certainement ». Puis il l’explique clairement : le présent Saint-Père « ne s'arrête pas aux types de cas qui sont spécifiés [par Jean-Paul II] dans le paragraphe # 84 de Familiaris Consortio ». (Autrement dit, les cas où les couples s'abstiennent de l'intimité sexuelle.)

Espérons que l'autorité de Schönborn réglera la discussion au moins sur ce que François signifie et a comme intention sur ce point. Mais regardons de nouveau cet article clé du Pape Saint Jean-Paul II dans son Exhortation apostolique sur la Famille de 1981. Dans le sillage troublé d’Amoris Laetitia, la plupart des appels à l'autorité du paragraphe # 84 de Familiaris consortio ont cité l'exclusion des divorcés remariés ( sexuellement actifs ) de l'Eucharistie. Mais encore plus basique est ce que cet article dit au sujet du Sacrement de la Pénitence. Car si vous ne pouvez pas être absous, vous ne pouvez pas aller à la Communion nulle part — même pas dans une église où ça ne causerait pas de scandale. Et Jean-Paul affirme : « La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au Sacrement de l'Eucharistie - ne peut être accordée qu'à ceux qui se sont repentis d'avoir violé le signe de l'Alliance et de la fidélité au Christ. . . ils prennent l'engagement de vivre en complète continence, c'est-à-dire en s'abstenant des actes réservés aux époux ».

Maintenant, c’est là où le caoutchouc frappe la route, les amis. Le Pape Jean-Paul, dans la continuité de tous ses prédécesseurs depuis des temps immémoriaux, a réaffirmé que seulement les Catholiques divorcés et remariés civilement qui s’engagent à vivre dans la continence complète peuvent bénéficier de l'absolution sacramentelle. Mais maintenant, François dit que ceux qui font cet engagement ne sont pas les seuls Catholiques qui peuvent être absous.

« Seulement » vs « Non seulement ». Il n’y a pas d’« herméneutique de la continuité » qui peut masquer cette contradiction flagrante. Cela n'a pas empêché à certains d'essayer. Nous avons vu deux principales tentatives de quadrature du cercle.

Premièrement, certains admettent l'incompatibilité, mais affirment que l'exclusion précédente à AL de l'Église des Sacrements de tous les divorcés et remariés non-continents était une question de discipline purement humaine — la loi ecclésiastique. Alors François, en donnant une plus grande reconnaissance maintenant à certains cas où les confesseurs peuvent discerner l'imputabilité diminuée pour ce comportement objectivement adultère, a, nous dit-on, simplement atténué cette discipline et n’a pas compromis quelle que Doctrine ou Loi Divine existante que ce soit.

Cependant, dans le n ° 84 de Familiaris Consortio lui-même, le Pape Jean-Paul présente une considération manifestement doctrinale — une considération qui, de par sa nature même, s’applique à tous les temps et dans tous les lieux — comme la raison principale pour laquelle ces gens sont interdits de recevoir la Communion (et, donc, l'absolution sacramentelle qui lèverait cette interdiction). Il affirme : « Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d'y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d'amour entre le Christ et l'Église, telle qu'elle s'exprime et est rendue présente dans l'Eucharistie ». (soulignement ajouté). Comme c’est cet état « objectif » de la contradiction adultère avec le sens du mariage Chrétien sacramentel révélé qui est le principal obstacle à leur réception de la Communion (Jean-Paul ajoute le fait de causer le scandale comme une raison secondaire, séparée), et puisque cet état objectif reste constant sous la Loi du Christ indépendamment coupables ou innocents subjectivement que sont qui sont concernés peuvent être, l’affirmation du caractère mutable de la discipline de l'Église est insoutenable. L’Église d’avant Amoris Laetitia a compris et enseigné cette interdiction comme une question vraiment doctrinale — une exigence de la Loi Divine immuable sous la Nouvelle Alliance scellée avec le Sang du Christ.

Ceci est amplement confirmé dans les documents subséquents du Magistère des pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI : par exemple, le paragraphe # 34 de l'Exhortation Apostolique Reconciliatio et Paenitentia de 1984 ; la Lettre aux Évêques de la Congrégation pour la Doctrine la Foi en 1994 dans laquelle l'exclusion des Sacrements de ceux dont nous discutons est appelée « Doctrine » pas moins de trois fois (cf. articles 3, 4 et 6) ; et l’Exhortation Apostolique Sacramentum Caritatis du Pape Benoît en 2007 dans laquelle il affirme à l'article # 29 que cette pratique de l'Église est « fondée sur la Sainte Écriture », à savoir qu’elle a une autorité Divine et pas simplement humaine.

La deuxième ligne de l'argumentation qui cherche à concilier le « seulement » de Jean Paul avec le « non seulement » de François est celle qui est avancée par certains prélats et théologiens renommés. Cependant, je trouve ça tellement bizarre que ça me laisse à me demander si je dois en rire ou en pleurer. Ça prétend sérieusement que les Papes Jean Paul et Benoît n'ont pas voulu vraiment le signifier quand ils ont affirmé dans les documents officiels du Magistère que « seulement » les Catholiques divorcés et remariés civilement qui vivent comme frère et sœur peuvent recevoir les Sacrements. On nous demande de croire que la vraie position Catholique, authentique, sur ce point n'a jamais été claire, comme étant une norme sans exception affirmée dans les documents du Magistère d’avant Amoris Laetitia, que j’ai cités plus haut, mais plutôt, que cette position antérieure a été tout au long une approche logique floue, riche en atténuation, « souillée par la boue des rues » comme le prône François dans le chapitre 8 de Amoris Laetitia. Selon ce second point de vue, François est en train de ne faire rien de plus que de rendre publique une norme qui a déjà été approuvée par les Papes précédemment, mais qu’ils avaient gardé sous le boisseau — et même refusé publiquement et officiellement ! C’était supposément un secret clérical bien gardé, longtemps réservé pour les bonnes oreilles des confesseurs seulement et ainsi transmis confidentiellement de bouche à oreille dans les salles de séminaire et les presbytères. Dans ce scénario, le seul laïcat sous les pontificats précédents qui aurait jamais appris ce secret serait certain ceux qui vivaient dans des unions sexuelles illicites qui ont réussi à convaincre un prêtre confesseur qu'ils sont sincères dans leur dissidence de l'enseignement du Christ et du mariage et du divorce dans l’Église et/ou qui sont sincères dans leur sentiment qu’ils ne peuvent pas éventuellement s'y conformer. Dans de tels cas, nous a-t-on dit, l'Église, bien avant le pontificat actuel, autorisait déjà le prêtre à voix basse:

  • (a) à considérer la « sincérité » des pénitents comme constituant un manque de pleine connaissance ou d’un plein consentement de la volonté ;
  • (b) à conclure sur cette base que leur commission continue d’actes objectivement adultères ne les placera pas en état de péché mortel ; et conséquemment…
  • (c) leur accorder l'absolution à condition qu'ils évitent le scandale en gardant ce secret et de seulement de communier où ils ne seront pas reconnus.

Cela revient à une sorte de théorie du complot magistériel ou, peut-être, à un Magistère du ouï-dire qui peut l'emporter sur l'autorité des documents publics du Magistère. Franchement, je trouve ça absurde. Pour commencer, je suis depuis longtemps dans le club clérical — un prêtre et professeur de théologie depuis plus de 30 ans — mais jamais, jusqu'à très récemment, je n’avais tant entendu parler comme un murmure de cette « pratique confessionnelle approuvée ». Ni non plus la plupart de mes amis prêtres, jeunes et vieux, n’avaient entendu parler d'une telle théorie jusqu'à la lecture de certains commentaires concernant Amoris Laetitia.

Maintenant, je ne doute pas une minute que, dans le climat permissif qui s’est répandu comme une métastase dans les Institutions de l’Église depuis Vatican II, les étapes (a), (b) et (c) ci-dessus aient souvent été recommandées aux futurs prêtres par certains professeurs moraux de théologie. Cependant, même dans l'hypothèse douteuse que les étapes (a) et (b) puissent parfois être justifiées ( je dis « douteuse » parce que la dissidence de ce que l'on sait être la Doctrine Catholique est elle-même gravement peccamineuse — une circonstance aggravante et non pas atténuante ), je trouve tout à fait incroyable l’affirmation qu’un prêtre serait en conformité avec le Magistère « réel » (bien que sous-le-comptoir) des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI, s’il se rend de (b) à (c). Car l'étape (c) contredit catégoriquement les paroles publiques et officielles de Jean-Paul, cités ci-dessus, qui ne laissent même pas entendre à des exceptions : il affirme que seulement les divorcés remariés civilement qui s’engagent à la pratique de la continence peuvent être absous. Et la Lettre aux Évêques de 1994 de la CDF sur ce sujet affirme que, sans cet engagement, ces Catholiques sont dans « une situation objective qui d'elle-même rend impossible la réception de la Sainte Communion ». Puisque c’est leur « situation objective » qui « en soi » a cet effet, il en découle logiquement que le prêtre doit leur refuser l'absolution, même dans ces cas (probablement rares) où ils semblent être subjectivement libres de péché mortel. Il doit leur dire gentiment mais fermement qu'ils peuvent pas être absous encore parce que ce serait donner la permission de recevoir l'Eucharistie ; que la raison pour laquelle ils ne peuvent pas être autorisés, c'est leur style de vie actuel qui est en conflit grave avec l'enseignement du Christ et de l'Église, qu’ils le reconnaissent ou non.

Le Père Thomas Michelet, OP, est l'un des théologiens qui tentent de réconcilier Amoris Laetitia avec Familiaris Consortio par cette théorie bizarre que l'enseignement proprement dit de Jean-Paul était le même que celui de François et que, contrairement, à l'enseignement de son « sans exceptions » en public, c’était juste une façade pour éviter toute confusion dans le laïcat non instruit.

Le Père Michelet écrit : « L'innovation du document [AL] est avant tout ici : dans le fait de présenter en pleine lumière une pratique qui, auparavant, restait dans l'ombre, dans le secret de la confession ». En d'autres termes ( bien que Michelet, bien sûr, n’admette pas cela), le Pape Jean-Paul récemment canonisé, enseignant en tant que Vicaire du Christ sur terre, a menti dans un enseignement clé d'un document magistériel important affectant la vie de millions de Catholiques !

En outre, le Père Michelet semble tout à fait inconscient de l'ironie profonde de sa position. Dans son histoire de l’Église d’avant Amoris Laetitia, ce secret du confessionnal « approuvé » a été maintenu « dans l'ombre » afin d'éviter de scandaliser les laïcs — à savoir, ça aurait pu les conduire dans le péché, dans la confusion, voire perdre leur Foi. Eh bien, cela fait certainement sens. Car si les laïcs avaient été informés que l'Église fait des exceptions à sa propre règle de « non-sacrements » pour les divorcés remariés non-continents, ils « seraient induits en erreur et comprendraient mal la Doctrine de l'Église concernant l'indissolubilité du mariage ». ( cité par Jean-Paul II FC # 84). Et bien sûr, une telle erreur ne resterait pas au niveau théorique. L’histoire de longs siècles de nos frères Chrétiens séparés montre que ce serait bientôt suivi par de plus en plus de divorces et de remariages (pour ne rien dire du concubinage, de la fornication, des partenariats de même sexe, etc.) L'ironie est, bien sûr, que, depuis la connaissance du public de ces (présumées) exceptions à la norme qui aurait provoqué le scandale avant que François les ait claironnées autour du monde, le 8 avril 2016, puis — puisque notre nature humaine déchue reste la même — ça continue à causer du scandale après cette date. Mais au lieu de déplorer le fait que ce très dangereux chat a été laissé sorti hors du sac, le Père Michelet s’attend à ce que l’on pousse des soupirs de soulagement du fait d’apprendre qu’il était vraiment à l'intérieur du sac auparavant, à savoir, que le Saint-Père donne ( supposément ) un enseignement en continuité avec ses prédécesseurs dans Amoris Laetitia.

En fait, François n'a pas laissé aucun chat sortir de son sac ; il a tiré plutôt un lapin de son chapeau. Il n'y avait pas d’approbation papale secrète antérieure pour les exceptions qu’il a accordées dans la note # 351 d’Amoris Laetitia. Il les a « créées » à partir de rien, créant ainsi un scandale double : une rupture avec l'enseignement Catholique antérieur et une plus grande ouverture à l'instabilité conjugale, à la licence sexuelle et à la profanation du Corps Eucharistique du Christ.

Le Cardinal Schönborn, dans sa nouvelle entrevue avec La Civiltà Cattolica, fait lui aussi allusion à l’« herméneutique de la continuité » artificielle du Père Michelet dans sa propre tentative de lisser les différences irréconciliables que nous avons vues entre les enseignements respectifs des Papes Jean Paul et de François. Nous assurant qu’Amoris Laetitia représente « l'évolution homogène dans la compréhension et dans l'expression de la Doctrine », Son Eminence affirme que le Pape Jean-Paul, de façon implicite, et le futur Pape Benoît XVI, dans une conversation privée, ont déjà enseigné dans ses éléments essentiels la même Doctrine permissive du chapitre 8 d’Amoris Laetitia qui a perturbé si profondément des millions de fidèles Catholiques, à partir des laïcs dévots jusqu’aux Princes de l'Église. Toujours selon Schönborn,

« Le Pape François a fait un pas important. Il nous oblige à clarifier quelque chose, qui était resté implicite dans Familiaris consortio, sur le lien entre l’objectivité d’une situation de péché et la vie de grâce devant Dieu et son Église, et par voie de conséquence, l’imputabilité concrète du péché ». « Le Cardinal Ratzinger nous avait expliqué cela dans les années 1990 : on ne parle plus automatiquement de situation de péché mortel dans des situations de nouvelle union. Je me rappelle qu’en 1994, au moment où la Congrégation pour la doctrine de la foi avait publié son document sur les divorcés remariés, j’avais posé la question au Cardinal Ratzinger. « Est-ce que la pratique ancienne qui allait de soi et que j’ai connue avant le Concile, celle de voir au for interne avec son confesseur la possibilité de recevoir les sacrements à condition de ne pas créer de scandale, est toujours valable ? » Sa réponse était très claire, comme ce que dit le Pape François : il n’y a pas de norme générale qui puisse couvrir tous les cas particuliers. Autant la norme générale est claire, autant il est clair qu’elle ne peut exhaustivement couvrir tous les cas ».
Avec le respect dû au Cardinal Schönborn, une prétendue « évolution homogène » de la Doctrine fondée sur une telle argumentation et des preuves fragiles ne résiste tout simplement pas à un examen. Nous ne devons pas laisser un faux « Magistère du ouï-dire » composée de pratiques confessionnelles secrètes prétendument approuvées, de rapports officieux et de conversations improvisées et de présumés enseignements « implicites » de Papes qui ont explicitement et officiellement dit exactement le contraire, nous faire tourner nos cœurs et nos esprits loin du véritable Magistère Catholique. Le Magistère que nous avons toujours connu. Le Magistère comprenant les déclarations papales et conciliaires officielles, publiques et dûment promulguées et qui ne peuvent dire que ce qu'ils disent clairement.

Et quand un flux constant de documents précédents de ce vrai Magistère sont réunis pour enseigner une certaine Doctrine claire au sujet de qui peut et ne peut pas recevoir les Sacrements, nous devons respectueusement mais fermement résister et rejeter toute prétention que le dernier document papal peut renverser et remplacer cette Doctrine par le moyen de simples conseils, d’insinuations et de notes de bas de page.


vendredi 31 juillet 2015

Le Concile Fantôme et le Synode à venir

Évolution ? Contorsion ? Distorsion ?

Le «Concile Fantôme » pousse sur l’acceptation de la contraception et des unions homosexuelles

NOUVELLES ANALYSE : Cette « théologie narrative » basée sur l'expérience vécue — et les conséquences de son adoption — est la vraie nouvelle de la rencontre à huis clos du 25 mai à Rome.

par Andrea Gagliarducci / CNA / EWTN
SOURCE : National Catholic Register

ROME - Un prêtre catholique qui a participé à la réunion à huis-clos de mai dernier dont le but était d’exhorter des « innovations pastorales » pour le prochain synode sur la famille en octobre a suggéré que les actes que l'Église considère intrinsèquement mauvais — la contraception et l'activité homosexuelle — ne peuvent plus être considérés comme tels compte tenu de l'expérience de l'individu.



Le Père Jésuite Alain Parmi Thomasset faisait partie des quelques 50 participants, y compris des Évêques, des théologiens et des représentants choisis des média qui ont pris part à la rencontre sur invitation seulement du 25 mai à la demande des Présidents des Conférences des Évêques de l'Allemagne, de la Suisse et de la France — Cardinal Reinhard Marx, l’Évêque Markus Büchel et Mgr Georges Pontier.

Seuls quelques journalistes ont été invités à participer à la réunion — à la condition qu'ils n’attribuent pas de nom ce qu'ils ont entendu. Un participant a dit au site Catholic News Agency qu’on leur interdisait de donner des entrevues parce que « la confidentialité a été demandée sur les discussions en jeu ».

Près de deux mois plus tard, la Conférence des Évêques Allemands a publié le texte des discussions de la réunion, en français, allemand et en italien. Il manquait, cependant, le discours de la fin du Cardinal Marx de Munich et Freising.

L'introduction du document explique que la rencontre a été divisée en trois parties : 1) une réflexion sur les Paroles du Christ sur le mariage et le divorce ; 2) sur la sexualité comme une expression de l'amour et d’« une théologie de l'amour » ; 3) et sur le don de la vie et « une théologie narrative » — théologie basée sur l'expérience personnelle.

Le Père Thomasset, un professeur de théologie morale au Centre Sèvres, une université jésuite à Paris, a présenté la « théologie narrative » dans son discours.

Son article était intitulé « Prenant en considération l'histoire et les développements biographiques de la vie morale et pastorale de la famille » et, dans son article, il rejeté l'idée qu’un acte peut être intrinsèquement mauvais.

Il a soutenu que « l'interprétation de la doctrine des actes connus comme « intrinsèquement mauvais » est apparemment l'une des principales sources de difficulté qui est rencontrée actuellement dans la pastorale de la famille, car elle détermine dans une large mesure la condamnation de la contraception artificielle, des actes sexuels par les couples homosexuels divorcés et remariés et ce, même quand ils sont stables ».

« Pastoralement contreproductif »

Concernant la compréhension de certains actes comme intrinsèquement mauvais, le Père Thomasset a dit : « Ça semble incompréhensible pour beaucoup et ça semble pastoralement contre-productif ». Il a ajouté que bien que « ça insiste à juste titre sur des points de référence comme objectifs de la vie morale, ça néglige précisément la dimension biographique de l'existence et les conditions spécifiques de chaque pèlerinage individuel ».

Il affirme qu’un « histoire et une perspective biographique oblige à croire qu’une évaluation morale ne couvre pas des actes isolés, mais plutôt des actes humains inclus dans une histoire » et que, par conséquent, « l'on ne devrait pas être trop rapide pour qualifier un acte sexuel ou la contraception comme intrinsèquement mauvais. »
Le Père Thomasset se basait sur une compréhension particulière de la primauté de la conscience, en disant que « les références éthiques objectives fournies par l'Église sont un seul élément (essentiel, certes, mais pas le seul utilisées au sein de la conscience personnelle ».

« Comment allons-nous prendre en compte la différence entre un acte adultère et les relations sexuelles au sein d'un couple de personnes remariées stables ? » demanda-t-il.

Il fit le commentaire que « ce serait un grand avantage pour l'élaboration des normes morales et des mesures pastorales s’il y avait une augmentation de l’écoute de l'expérience et du sensus fidei (sens de la foi) des couples qui cherchent à mieux vivre leur appel à la sainteté » ajoutant que « la communication divine et sa réception de la part de l’individu croyant sont co-originaires ».

Puis le Père Thomasset a proposé une interprétation des actes moraux humains « en restant dans le cadre de la Tradition Catholique, qui porteraient diverses conséquences ».

La première de ces conséquences, a-t-il dit, est que : « dans certains cas, en particulier en raison des circonstances, les actes sexuels des couples remariés ne seraient plus être considérés comme moralement coupables. Cela leur ouvrirait l’accès aux Sacrements de la Réconciliation et de l'Eucharistie ». A l'appui de cela, il a cité un essai de 1972 par Père Joseph Ratzinger, qui a depuis longtemps été répudié et retiré par son auteur.

Les autres conséquences : l'utilisation de contraceptifs ne serait pas moralement répréhensible aussi longtemps que le couple soit marié et « reste ouvert » à accueillir la vie ; et la « responsabilité morale subjective » des actes sexuels entre homosexuels dans une relation stable et fidèle serait « réduite ou éliminée ».

« C’est d'aider les gens à vivre de la meilleure façon humainement possible dans la voie de la croissance vers le désirable, » écrit le Père Thomasset.

Indissolubilité du mariage

La première partie du «Concile Fantôme » comportait des entretiens par les théologiens Anne-Marie Pellettier et Thomas Soeding, qui ont tous deux préconisé le « développement » de la compréhension de l'Église du mariage en tant qu’indissoluble.

Pellettier a souligné que les Paroles du Christ sur le divorce dans Matthieu 19 (« au début, ce n’était pas ainsi ») doivent être contextualisées dans le monde juif à qui Il parlait et doivent être lues à travers la lentille de l'anthropologie plutôt que comme une déclaration juridique .

« La Tradition Catholique sur l'indissolubilité est basée sur une interprétation disciplinaire de ce texte, en dépit de son contenu kérygmatique [qui concerne l'étude du message évangélique.] », a-t-elle avancé avec force, c’est-à-dire : « le lien conjugal, dans les termes dans lesquels Jésus l'exprime, est strictement lié à la vocation de ceux qui, par le baptême, seront immergés dans la mort et la résurrection du Christ ».

La théologienne française a souligné que les défis d'aujourd'hui « sont une prolongation de l'expérience de l'Église Catholique dans le cours d'une histoire dans laquelle elle n'a pas cessé de veiller fermement sur l’indissolubilité tandis que les coutumes ont largement rejeté ce principe accepté par les sociétés chrétiennes ».

Elle a suggéré que la situation anthropologique actuelle de la sécularisation est « totalement nouvelle » et « nécessite probablement » un « développement » théologique.

Pellettier en a référé au fruit du Synode de 1980 des Évêques sur la famille, Familiaris consortio de Saint John-Paul II (La famille chrétienne dans le monde moderne), qui a noté que « les conjoints rappellent donc en permanence à l'Église ce qui est arrivé sur la Croix. »

Elle a ajouté, cependant, que « le Mystère Pascal ne doit pas apparaître comme ayant échoué lorsque les couples chrétiens vivent une lacération » et qu'un nouveau défi est présenté à ceux qui sont baptisés d’« entreprendre — pour des raisons inséparables de leurs histoires et toujours uniques — une deuxième union ».

« La vérité est que la vie conjugale est pleine de pierres d'achoppement, beaucoup plus que ceux qui sont admis par la théologie du mariage » a-t-elle maintenu.

Soeding a ensuite souligné qu’alors que le mariage est indissoluble, le Synode se tenant en octobre prochain devrait « développer, dans la fidélité à la Volonté de Jésus, la doctrine, la morale et le droit du mariage. La clé réside dans une théologie du mariage et de la famille qui renouvelle le lien entre la foi et l'amour, la grâce et la liberté, l'éthique et le droit. Plus clair et plus attrayant deviendra le modèle chrétien du mariage, plus tôt sera-t-il possible de trouver des moyens pour ces personnes qui ne peuvent pas célébrer d'un tel mariage d’être en mesure de vivre dans l'Église comme un couple heureux ».

Différents points de vue du mariage catholique

Le Père Eberhard Schockenhoff, professeur de théologie morale à l'Université de Fribourg, a parlé de la « théologie de l'amour » et a proposé un point de vue sociologique en citant le psychanalyste Erich Fromm et le sociologue marxiste Theodor Adorno.

Dans son discours, il s’est concentré sur la difficulté de vivre une vie chrétienne dans la société d'aujourd'hui. « En premier lieu, il faut admettre que l'amour peut en effet finir » dit-il. « Si deux personnes prennent la décision définitive d'un projet commun de vie, cela ne signifie pas qu'ils ne peuvent pas revoir leur choix ».

L'irrévocabilité du choix de se marier est, d’après le Père Schockenhoff, « fondée sur ce qu’en fait veut l'amour » et « l'indissolubilité du mariage n’est pas un aspect normatif qui est amené de l'extérieur ; c’est plutôt une demande que les conjoints se font à eux-mêmes quand ils ont confiance dans leur amour. »

François-Xavier Amherdt, professeur de Fribourg, a souligné qu'un acte sexuel qui se passe en dehors du contexte du mariage « reste incomplet » et que « la fécondité est nécessaire pour exercer pleinement la sexualité ». Alors, que faire avec « les relations sexuelles qui tombent en dehors de l’alliance du mariage ? »

Amherdt répondit : Il faut discerner « selon la situation. ... Nous devons sonner un appel plutôt que de condamner compte tenu d’une pastorale d'accompagnement ». Il a exhorté à ne pas considérer toutes les situations de cohabitation comme étant pareilles et que « d’un point de vue moral et pastoral » ces relations ne peuvent pas être « complètement discréditées » comme étant « des carences et qui, en outre dans certains cas, sont dues à des pressions de contexte et à l'absence de références dans l'éducation des sentiments ».

La « théologie de la biographie » a été développée par le théologien Eva-Maria Faber. Elle a écrit que l'Église a toujours mis l'accent sur le mariage comme une vie de communion « qui mène les conjoints à être parfois considérés seulement comme un couple. La personne seule, avec sa biographie personnelle respective, est susceptible de rester exclue ».

Au lieu de cela, Faber axe sur les individus et leurs ambitions personnelles au-delà du mariage et souligne qu’« il est déplorable que même la théologie du mariage de l'Église ne permet pas souvent une attention suffisante accordée à l'individualité des conjoints dans le mariage ».

Elle a suggéré un « point de vue biographique du mariage adaptée aux situations réelles et menant vers une spiritualité correspondant à l'état matrimonial, ce qui pourrait également donner l’opportunité de dispenser le langage de l'Église ».

Une telle vue biographique signifierait que « le cadre doctrinal et normative ne peut pas s’insérer dans le cas par cas de toutes les situations individuelles ; plutôt, il doit rester ouvert à la dignité et au caractère unique des personnes et de leur situation unique » a affirmé Faber. Elle a également demandé que soit instituée « une pratique reconnaissant également les couples » qui « ne répondent pas à la norme » de l'indissolubilité du mariage.

Réconciliation

Dans la discussion qui a suivi les présentations, il a été souligné que « c’est incorrect » d’appeler le remariage « un péché permanent » et que la réconciliation est « sans y renoncer, un chemin pour tous les hommes et à toutes les situations de la vie ».

« Le fait que, pour les divorcés/remariés ... qui sont aussi sexuellement actifs, il n'y a aucune possibilité de réconciliation, est une impasse » a conclu le groupe. « Cette situation doit être surmontée afin de ne pas compromettre davantage la crédibilité de l'Église quand elle parle de l'importance de la réconciliation ».

Les participants à la réunion ont souligné également que le rôle de l'Eucharistie comme « thérapie et consolation » ne devrait pas être éclipsée et entravée par son « symbolisme de l'unité de l'Église ».

En fin de compte, la proposition des Évêques Allemands et ceux qui les appuient est une théologie centrée sur l'humain : elle change selon l'esprit et l'évolution des temps et elle affirme toutes les situations et les choix qui se généralisent.

jeudi 23 juillet 2015

Nouveau !

Le Dogme de faillibilité du Pape François

par Christopher A. Ferrara
23 juillet 2015

SOURCE : Fatima Network Perspectives

Un commentateur écologiste a fait une observation révélatrice à propos de l’« Encyclique écologique » Laudato Si du Pape. Il la considère « complète de façon impressionnante, couvrant les sciences de l'environnement, l'économie, la politique internationale, les crédits de carbone, l'équité sociale, la technologie, la consommation, les médias sociaux, la théologie et bien plus encore ». Notez que la « théologie » apparaît en fin de cette longue liste de sujets. En effet, la Doctrine Catholique comme telle ne joue pas ou peu de rôle dans les principaux chapitres de l'encyclique. C’est seulement dans le chapitre 6, le chapitre final, que nous trouvons une présentation de certains éléments théologiques explicitement catholiques comme si c’était une sorte d'appendice qui n’est aucunement relié thématiquement au reste des 185 pages du texte.

L'auteur de cet éditorial est Monsieur Christopher A. Ferrara. Monsieur Ferrara est avocat de profession. Il agissait aussi comme collaborateur principal de Feu Père Nicholas Gruner, fondateur du Centre de Fatima, Fort Érié, Canada et ayant aussi des installations à Rome. Il est chroniqueur dans plusieurs autres sites catholiques dont Le Remnant Newspaper.

En bref, il y a quelque chose pour tout le monde dans cette encyclique, pour les catholiques tout comme pour les non-catholiques. Et cela signifie que le document est rempli de nombreuses erreurs potentielles car il aborde des sujets sur lesquels le Pape n'a aucune autorité pour se prononcer avec une force exécutoire. (Cela ne veut pas dire que le Pape n'a pas l'autorité pour se prononcer sur les implications morales par opposition aux aspects techniques de l'activité humaine — par exemple, les implications morales de l'action humaine dans la sphère économique.)

En addition à la grande discussion des questions clairement au-delà de la portée du Magistère, il y a dans la présentation de l'encyclique des prescriptions vagues pour l'humanité dans son ensemble qui font abstraction d’un appel à ceux en dehors de l'Église à suivre le Christ et à d'obéir à la Loi de l'Évangile — élément toujours présenté avec insistance comme le seul moyen de la vraie paix et la de justice dans le monde par tous les Papes avant Vatican II. Ainsi nous lisons d'un « nouveau dialogue sur la façon dont nous façonnons l'avenir de notre planète », d’« une solidarité nouvelle et universelle », d’« un nouveau mode de vie », de « la chance d'un nouveau départ », d’« une humanité authentique appelant à nouvelle synthèse », d’« une approche nouvelle, globale et interdisciplinaire », d’« une nouvelle conscience de soi capable d'offrir une direction et une orientation » , d’« un nouveau départ » et même d’« une nouvelle façon de penser des êtres humains ».

Mais qu'est-ce que tout cela signifie ? Écoutez cette discussion d'une heure au sujet de Laudato Si par les membres du personnel des Presses Ignatius (anglais). Ils errent ici et là, mais ils n’arrivent nulle part à une conclusion définitive en quoi François demanderait exactement aux hommes de faire pour réaliser une nouvelle solidarité, un nouveau style de vie, un nouveau commencement, une nouvelle humanité, une nouvelle synthèse, une nouvelle approche interdisciplinaire, une nouvelle conscience de soi et une nouvelle façon de penser des êtres humains. Puisque tout appel explicite à la conversion au Christ et à l'adhésion à son Église est hors de question selon la mentalité post-conciliaire, cette mentalité qui a remplacé la prédication de l'Évangile par le « dialogue », les prescriptions morales vides de sens de l'encyclique ne s’élèvent littéralement à rien en particulier.

Pendant encore une autre de ses conférences de presse décousues lors du vol de retour à Rome après le tourbillon «Tour de Théologie de la Libération » ( voyage en Amérique du Sud), on a demandé à François « pourquoi parlait-il tant des riches et des pauvres mais si rarement des gens de la classe moyenne qui travaillent et paient impôts ? » Francis « a remercié le journaliste qui soulignait son omission et il a répondu : « Merci. C'est une bonne remarque. Vous avez raison. C'est une erreur de ne pas y avoir pensé. Vous avez raison, je ferai un commentaire mais pas pour me justifier. Je vais y penser un peu... J'ai besoin d'approfondir ce magistère ». Et une telle réponse après une encyclique de 185 pages qui est censée être une présentation papale exhaustive de ce même « Magistère » ! Et voici François encore ici qui révèle un manque alarmant de réflexion, de préparation et de profondeur intellectuelle. Même John Allen, un fan de François, observe avec ironie que François « semble nullement déconcerté de reconnaître ses erreurs, de confesser son ignorance et de reconnaître ouvertement qu’il ait pu se laisser aller à une interprétation erronée ». Néanmoins François refuse pourtant d'arrêter tout simplement de parler et d'écrire sur des questions capitales comme si elles étaient des sujets de discussion dans un bar sportif local. « François, écrit Allen, embrasse ce que l’on pourrait surnommer son propre « dogme de faillibilité » ».

Et l'Église continue à souffrir comme résultat. Ce pontificat va bientôt entrer dans sa troisième année. Nous avons deux encycliques d’envergure livresque : une « exhortation apostolique » de plus de 200 pages, et un flot ininterrompu d'entretiens et de remarques improvisées. Le résultat net est simplement une confusion complète à ce jour, au mieux, et un scandaleux affaiblissement de la foi, au pire. Le dogme de la faillibilité en effet ! François rend quotidiennement évident ce qui a été apparent pour une grande partie de ces cinquante dernières années : lorsque le pape s’aventure dans des nouveautés et parle sans égard aux exigences de la formalité et de l’exactitude qui se rapportent au Magistère authentique, il tombe inévitablement dans l'erreur. Ce développement est sûrement au cœur du Troisième Secret de Fatima.

dimanche 19 juillet 2015

La théologie du Cardinal Walter Kasper

de la « démence »
Professeur Thomas Heinrich Stark, philosophe/théologien



Note au lecteur (trice)

Vous remarquerez une première section de l'entrevue en gris seulement. Disons qu'elle est plus « éthérée » ou « théologique/philosophique ». La section en noir qui suit touche plus directement à la problématique de la Sainte Communion des divorcés/remariés et à comment est articulée la pensée du Cardinal Kasper qui fut l'artisan principal de cette suggestion de la communion aux divorcés/remariés tant au Consistoire précédant le Synode 2014 qu'au Synode lui-même.

Souvenez-vous de ce que le Pape a dit de la théologie de Kasper
et, après lecture, faites votre propre opinion

« Il est agréable de lire de la théologie sereine. Et j’y ai également trouvé ce dont saint Ignace nous parlait, ce “sensus Ecclesiæ“, l’amour pour notre Mère l’Église. Cela m’a fait du bien et cela m’a donné une idée – excusez-moi, Éminence, si je vous fais rougir – mais l’idée est que cela s’appelle « faire de la théologie à genoux ». »

Pape François au Cardinal Kasper au sujet de sa théologie


L'éminent philosophe autrichien Thomas Stark soutient que le Cardinal controversé Kasper est l'un de ceux qui filtrent Saint-Thomas d'Aquin à travers la lentille de Hegel et Kant, ce qui est une erreur.

Par Edward Pentin, National Catholic Register, le 11 juillet 2015

Le Professeur Thomas Heinrich Stark a donné sa conférence sur l’« Historicité et l'idéalisme allemand dans la pensée de Walter Kasper » à Vienne.

VIENNE - Quels sont certains des fondements philosophiques derrière la proposition controversée du Cardinal Walter Kasper d’accorder à certains catholiques divorcés/remariés civilement l’accès à la Sainte Communion dans certains cas ?

Cette question a été traitée à un colloque tenu l'automne dernier à Vienne..

Parmi les présentateurs vedette au colloque, il y avait le professeur Thomas Stark, professeur de philosophie à l'Académie Benoît XVI de Philosophie et de Théologie (Heiligenkreuz) et professeur de philosophie à l'Université de St. Pölten en Autriche.

Stark a prononcé un discours en allemand intitulé « L’Historicité et l'idéalisme allemand dans la pensée de Walter Kasper ». La conférence a examiné les racines philosophiques de la pensée théologique du Cardinal allemand, d'autant qu'elles se rapportent à des revendications controversées qu’il a présentées dans son allocution au Consistoire extraordinaire de préparation pour le Synode extraordinaire des Évêques sur la famille de l'année dernière.

Le site internet Register s’est entretenu avec le professeur Stark pour discuter du contenu de sa conférence, de sa conviction à l’effet que la pensée du Cardinal Kasper peut finalement être retracée dans la philosophie hégélienne (« le rationnel seul est réel ») et ce que cela signifie pour la compréhension du Cardinal allemand de l’Enseignement et de la Pratique de l'Église.

Professeur Stark, pouvez-vous résumer votre discours pour le bénéfice de nos lecteurs ?

Je me demandais s’il y avait quelques racines en conformité avec les positions de la théologie morale dans le fondement philosophique de la théologie de Kasper. Et puis je suis tombé sur un article que le célèbre historien italien Roberto de Mattei avait écrit dans Il Foglio ; et celui-ci affirme que l'une des raisons pour lesquelles Kasper assume ses positions, c’est parce qu’il est très influencé par Feu [Friedrich Wilhelm Joseph] Schelling. Et j’ai essayé de savoir s’il y avait des connexions avec Schelling. ...

J’ai donc fouillé plus profondément l'ensemble du sujet parce que j’avais déjà accepté de faire une conférence sur les positions de Kasper et sur ses racines dans la philosophie de l'idéalisme allemand.

Ma conclusion ? Je dirais que l'on peut clairement voir que la position de Kasper est profondément enracinée dans la philosophie idéaliste allemande, mais je dirais plus dans [Georg Wilhelm Friedrich] Hegel que dans celle de Schelling.

Le problème avec cette philosophie est la relation entre l'histoire et la vérité. Et le problème avec la position de Kasper, autant que je la comprends, est qu’il accepte un historicisme [où l'histoire est considérée comme un standard de valeur ou comme un déterminant des événements] tout comme un fait. Il dit : « Eh bien, nous vivons dans un temps après l'historicisme du 19ème siècle ; l'histoire est le cadre principal dans lequel nous avons à penser et à vivre » et il cite [Ernst] Troeltsch, qui a dit que la rencontre entre la vie chrétienne, la théologie chrétienne et l'histoire sera encore plus problématique que la rencontre entre la théologie et la science qui a déjà eu lieu il y a un siècle.

En outre, il semble juste accepter le statu quo et dit en autant que je puisse le comprendre : « Eh bien, nous vivons à une époque qui est influencée par l'historicisme, et nous avons à vivre avec elle » et puis il historicise la vérité et fait beaucoup d'autres choses confuses et perplexes le long de ces lignes, je dirais.

Je l'ai dit plusieurs fois « Pour autant que je le comprends » parce que le problème avec ce genre de théologie est qu'il est difficile de comprendre, non pas parce que l'on doit être très intelligent pour le comprendre, mais parce que ce n’est pas cohérent, à mon avis. Et on ne peut le comprendre si l'on ne comprend pas le langage qu’ils utilisent. Je veux dire, ce n’est pas seulement Kasper ; c’est un très grand nombre de personnes d'influence dans la théologie moderne. Si on lit ce langage attentivement, on peut facilement voir un mélange d'imitation de [Martin] Heidegger et de l'influence de l'existentialisme, quelques morceaux de [Emmanuel] Kant et Hegel, qui sont lus dans Thomas d'Aquin. Ils lisent Thomas d’Aquin à travers la lentille de Hegel et Kant, ce qui ne peut tout simplement pas être fait, à mon avis. Et ils mélangent divers courants philosophiques qui ne peuvent vraiment pas être mis ensemble d'une manière logique et cohérente.

La manière qu'ils tentent d'entrelacer l'ensemble de leurs théories forme une sorte de pseudo-dialectique qui n’est pas vraiment logique et cohérente, et ils la présentent d’une telle manière pour leur donner l’occasion d’émettre de nouvelles théories sans être sous le regard critique du Magistère, car ils peuvent toujours se déplacer à droite et puis à gauche au besoin.

Comment voyons-nous jouer les principes que vous venez de décrire, par exemple, dans la proposition du Cardinal Kasper pour permettre aux divorcés/remariés d'avoir accès à la Sainte Communion ?

Eh bien, cela est évident. Ils disent : « Nous ne pouvons pas changer la Doctrine, mais nous devons changer l'application pastorale de la Doctrine ou de la Pratique », ce qui est contradictoire parce que vous ne pouvez pas changer la Pratique sans altérer la Doctrine, parce que la Pratique découle directement de la Doctrine. Donc, cela est pure fantaisie.

Pour tous ceux qui pensent à ce sujet pour un moment, il devient clair que ce ne peut simplement pas être fait. Vous devez changer la Doctrine afin de changer l'Enseignement moral.

Y compris le sixième commandement et la Doctrine de l'Église sur l'Eucharistie ?

Bien sûr. Oui. Ils détruisent donc essentiellement toute la structure sacramentelle de l'Église en faisant semblant de s’adresser à de simples considérations « pastorales ». C’est une ruse.

Pensez-vous qu'il y a un effort conscient pour subvertir l'Enseignement de l'Église ? Pensez-vous qu'ils sont conscients de ce qu'ils font ou qu'ils pensent que tout est vraiment acceptable ?

Eh bien, j’ai beaucoup pensé à cela surtout que j’ai étudié la théologie. Ma principale spécialité, bien sûr, est la philosophie, mais j’ai reçu un diplôme de maîtrise en théologie parce que je suis d’avis qu’en tant que philosophe catholique, il faut avoir une connaissance réelle de la théologie. Et je fus obligé de faire reculer certains de mes professeurs les plus progressistes quand j’ai étudié la théologie.

Souvent, j’ai pensé à ce qui se passe vraiment dans l'esprit de ces gens. Initialement, je ne pouvais pas le comprendre, mais plus je me suis exposé à leur pensée, plus je suis devenu convaincu que nous avions affaire à une sorte de démence.

Je vais vous donner l'un des meilleurs exemples : si vous lisez, par exemple, ce que les gens comme le Cardinal Kasper et d'autres ont écrit sur le mystère de la Résurrection, vous ne pouvez pas vraiment comprendre ce qu'ils disent. Est-ce que Jésus-Christ est ressuscité des morts ou non ? Ou encore, est-ce que la question est d’une réelle importance ? Ils ne le révèlent pas et disent : « Eh bien, ce n’est pas important que le Tombeau du Christ soit vide ». Au contraire, ils avancent le fait qu'il pourrait y avoir une sorte de Résurrection qui n’entre pas en conflit avec le fait de savoir si le Tombeau est vide ou non. Tout est très vague et l'étudiant quitte en ne sachant pas finalement de quoi il en retourne. Je dis toujours : « Eh bien, le Tombeau est vide. J’y suis allé très souvent et j’en suis un témoin. J’ai été au Tombeau de notre Seigneur à plusieurs reprises, donc je peux vous dire qu'il est vide. « La question est de ne pas savoir s’il est vide, mais comment est-ce arrivé qu’il soit vide.

Pensez-vous que c’est une sorte de sophisme ?

C’est bel et bien une sorte de sophisme ! Et je crains que la vraie raison de tout cela est, malheureusement, que beaucoup de théologiens d'aujourd'hui ont non seulement perdu leur foi mais, laissez-moi le dire en ces termes : ils ont perdu leur foi dans la Foi. Ce sont des personnes qui ne croient pas à ce qu'ils croient, et ceci est précisément la définition du Modernisme. Charles Péguy disait que les Modernistes sont des personnes qui ne croient pas ce qu'ils croient. Et je pense que c’est tout à fait exact. Ces gens croient en la Résurrection du Christ sans tombeau vide. Ils croient en miracles sans miracles qui ont effectivement eu lieu. Par exemple, Kasper ne croit pas aux miracles qui ont à voir avec la nature — l'apaisement de la Mer de Galilée, par exemple, ou la multiplication des pains et des poissons, des choses comme ça. Il croit juste dans des choses comme : « Eh bien, il y a des gens que l'on disait être possédés par des démons — dans tout le contexte, nous ne croyons pas à cela - et le Christ prend une sorte d'approche thérapeutique envers eux ; et cela, en fait, a été interprété comme un miracle, mais bien sûr, ces choses ne doivent pas être prises dans leur sens littéral. « Donc, les Modernistes croient aux miracles sans miracles, dans la Résurrection sans une résurrection, dans la Virginité sans la virginité , etc. Et voilà pourquoi j’utilise le mot « démence », puisque ce qu'ils disent est une atteinte à la loi de la non-contradiction.

Est-ce conforme à l’Encyclique du Pape Saint Pie X sur les Doctrines des Modernistes, Pascendi Dominici Gregis (les Doctrines des Modernistes) 1907 ? Dans cette encyclique, il affirme que l'agnosticisme est le début du Modernisme.

Oui, exactement ! Ce que Saint Pie X a écrit sur le Modernisme est d’une valeur exceptionnelle pour la compréhension de ces hommes. C’est exactement ce qu’il a dit.

Alors iriez-vous aussi loin que de dire que le Cardinal Kasper est un agnostique ?

Je dirais que Kasper est un Moderniste, ce qui comprend une sorte d'agnosticisme.

Iriez-vous jusqu'à appeler cela apostasie ?

Eh bien, cela est un mot fort, mais je ne réussis vraiment pas à comprendre comment cette ligne de pensée ne conduit pas à l'apostasie, au moins objectivement parlant.

Quoi d’autre puis-je penser de quelqu'un qui écrit que les dogmes peuvent essentiellement devenir désuets et inutiles ou qu'ils peuvent même en arriver à être stupides ? Et pourtant, c’est ce que je ne faisais que citer aujourd'hui dans ma conférence. Ou comme quelqu'un qui dit : « Eh bien, l'un des effets de l'historicisme » qu’il accepte ouvertement « est que les textes anciens ou les Saintes Écritures perdent leur validité ? »

Je ne sais pas si les gens qui disent des choses comme ça y croient vraiment, mais à mon avis, ce qu’ils croient n’est pas ce que croit un Catholique. Je veux dire, je suis vraiment désolé de dire que, et je me hâte d'ajouter que lorsque je commençais à écrire mon allocution, je faisais très attention à donner le bénéfice du doute. J’ai vraiment essayé d'aborder le travail de Kasper d'une manière neutre parce que j’avais un véritable désir de le comprendre. Mais quand j’ai creusé plus profondément sa pensée, je me suis confronté à un système, s’il y en a un, et avec des idées qui sont si choquantes que je ne vois vraiment pas comment quelqu'un qui argumente — qui parle — de cette façon peut encore être considéré comme un Catholique.

Je suis vraiment désolé d’avoir à dire cela, mais c’est la seule conclusion que je peux tirer ; et elle est appuyée non seulement sur mes suppositions, mais sur les propres paroles même de Kasper.

Vous avez parlé dans votre exposé d’une dichotomie entre trouver le salut dans le Christ et de trouver le salut en marche. Pouvez-vous dire quelques mots à ce sujet ?

Nous avons certaines périodes de l'histoire, et selon le Nouveau Testament, ces périodes sont les suivantes : d'abord, Dieu a créé le monde. Après un certain temps, le péché est arrivé. Et puis une autre sorte d’histoire a commencé, et c’est l'histoire dans laquelle nous nous trouvons maintenant. Et la question est : comment tout cela finira –t-il ? Et il y a deux conceptions métaphysiques, aussi loin que je puisse voir, qui concernent la fin de l'histoire : ce qui est écrit dans le dernier livre du Nouveau Testament, où nous sommes informés par Dieu lui-même, parce que c’est la Parole de Dieu, que l'histoire aboutira à une énorme catastrophe quand le monde tournera le dos à Dieu ; et alors le Christ reviendra après que l'Antéchrist ait régné — je pense que les Pères de l'Église disent cela — trois ans et demi, ou quelque chose comme ça. C’est une première conception.

Donc la question est : quel est le point culminant de l'histoire dans cette conception ? Le point culminant de l'histoire est le temps entre l'Incarnation du Christ et son Ascension au Ciel. C’est le point culminant du temps, la plénitude des temps.

Et puis il y a une autre façon d'expliquer l'histoire et le point culminant de l'histoire qui veut que le point culminant de l'histoire sera atteint à la fin de l'histoire parce que l'histoire est un processus en constant perfectionnement.

C’est du Hegel, n'est-ce pas ?

Oui, c’est Hegel. Et, à la fin de l'histoire, le point culminant de l'histoire sera atteint. Et quelqu'un qui a fait une version moderne de cette conception de l'histoire de la théologie était Teilhard de Chardin, qui a dit que nous sommes sur notre chemin, en processus, vers le soi-disant Point Oméga, dans lequel la création et Dieu seront réunis, tout cela à cause d'un processus d'auto-perfectionnement qui prend place dans l'histoire. Et cela est à l'opposé de ce que dit le Nouveau Testament — la Parole écrite inspirée de Dieu. Et encore, le Cardinal Kasper essaie, en autant que je le comprends, à joindre ces deux conceptions sous un même chapeau, qui sont absolument contradictoires. Il tente de faire une méga histoire de tout cela qui ne fonctionne tout simplement pas. Vous devez choisir ce que vous croyez.

Est-ce que la plénitude des temps a déjà eu lieu et ferons-nous face à un moment donné au règne de l'Antéchrist — qui sait quand, peut-être l'année prochaine, peut-être dans 500 années ? Vous devez choisir ce que vous croyez. Quel est le sens de l'histoire ? Un ou l'autre ? Et toutes les conceptions qui essaient de mélanger ces deux interprétations de l'histoire sont tout simplement absurdes et illogiques.

Est-ce que cela est vu d’une façon concrète dans la proposition du Cardinal Kasper concernant l’accès à la Sainte Communion par les divorcés/remariés ?

Pour en arriver à ses points pratiques : si vous avez une conception de l'histoire comme Kasper a, tout et n’importe quoi est possible. Parce que ce qui était important hier est peut-être sans valeur aujourd'hui et ce qui aura de la valeur demain, nous n’en savons tout simplement pas rien. Donc, c’est l'histoire elle-même. Je crois qu’il pense que c’est le chemin objectif de l'histoire qui nous dit quoi faire et comment s’adapter à la façon de l'histoire dans laquelle il a, à mon avis, toute confiance.

Et ça a quelque chose à voir avec toute cette atmosphère optimiste des années 60. Les gens avaient confiance dans la vision que la Modernité produirait son propre avenir. Donc ils pensaient à l’époque : les choses vont mieux, les gens sont plus libres, il y a une dialectique de l'histoire qui est une émancipation qui rend les gens plus libres et nous avons juste à aller de pair avec l'histoire, et l'histoire nous dira en quelque sorte où aller. Mais, je suis désolé, ce n’est pas la conception de l'histoire que nous trouvons dans le Nouveau Testament, que nous trouvons chez les Pères de l'Église, que nous trouvons chez les Docteurs de l'Église, que nous trouvons dans la scolastique ou ailleurs. On retrouve cette notion dans Hegel et de Chardin, mais il n'y a aucun moyen légitime pour un théologien catholique d’accepter ces nouvelles conceptions. Pas autant que je vois.

Et ils ont beaucoup de ressentiment à l'égard de tout ce qui est du passé et de tout ce qui nous vient du passé. Nos grands-pères étaient stupides et idiots, à leur yeux. [Un ami] a dit une drôle de chose quand nous sommes allés à Venise et que nous descendions en bateau sur le Grand Canal. Quand il était avec nous, il disait toujours : « Eh bien, regardez cette ville, toutes ces maisons dans l'eau. Est-ce que ça ne prenait pas des gens vraiment stupides à ce moment-là ? Ils ne savaient pas comment faire les choses ; ils n’avaient aucune idée de l'architecture. C’est tout pourri. »

Tout le monde aime les choses médiévales. Je pense que tous ces gens qui ont ce ressentiment contre le Moyen Âge ne devraient être autorisés à aller dans des villes comme Venise. C’était, bien sûr, une blague. Il nous faut ajouter cette clarification en ces temps sans humour de la rectitude politique.

Le Cardinal Kasper aurait déclaré au Synode de 2014 qu’il était d’avis que tous les évêques allemands appuyaient sa position. Comment réagiriez-vous ?

Ce n'est pas vrai. Si le Cardinal Kasper a vraiment dit ça, alors soit il n’est pas bien informé soit qu’il a dit un mensonge. Je sais d'une source absolument fiable qu’il y a au moins trois évêques allemands, et non pas des évêques auxiliaires ... qui ne sont pas d'accord avec le document de la Conférence des Évêques Allemands qui soutient la position du Cardinal Kasper et qui a été présenté par le Cardinal [Reinhard] Marx au Synode . Ils ont voté explicitement contre. Ces évêques sont l'Évêque [Gregor] Hanke d'Eichstätt, l’Évêque [Rudolf] Voderholzer de Ratisbonne et l'Évêque [Konrad] Zdarsa d'Augsbourg. Et je connais personnellement deux d'entre eux, l'un d'eux très bien.

C’était donc clair pour moi dès le début qu'ils ne pouvaient pas être d’accord avec le document en question. Alors à suggérer que tous les évêques allemands soutiennent la clique Kasper est juste un mensonge. Mais il y a tellement de mensonges dans l'Église d'aujourd'hui et c’est toujours au sujet d'une idéologie qui est en opposition constante avec l’Enseignement de deux millénaires de l’Église, que personne, absolument personne, n’a jamais le droit ni non plus le pouvoir même de changer.