samedi 28 novembre 2015

Mais le Temple est détruit depuis longtemps...
Quel rapport avec nous ?


À toutes les fois que Dieu quitte un temple
Il se passe quelque chose...



Homélie d'un prêtre Traditionaliste
Dimanche de la Fête du Christ Roi
Le 22 novembre 2015

SOURCE : Rorate Caeli

Ce dimanche, et aussi au cours de toute la saison de l'Avent, l'Église veut que nous réfléchissions à la Venue du Seigneur Jésus au Jugement. Dans les deux dernières semaines, la liturgie a déjà abordé cette Venue du Christ. Rappelez-vous la parabole du bon grain et de l'ivraie d’il y a deux semaines : les deux grandissent ensemble mais seulement « jusqu'à la récolte ». Au moment de la récolte, les moissonneurs seront informés de « rassembler d'abord l'ivraie et de la lier en gerbes pour la brûler » puis d’amasser le blé dans la grange de leur maître. Lorsque les disciples du Seigneur lui demandèrent la signification de cette parabole, Il leur dit : « Tout comme les mauvaises herbes sont rassemblées et brûlées par le feu, il en sera à la fin des temps. Le Fils de l'homme enverra ses anges et ils arracheront de son royaume toutes les causes du péché et tous les faiseurs de mal et ils les jetteront dans la fournaise ardente là où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. »

La semaine dernière, nous avons entendu parler des Thessaloniciens de qui Saint-Paul loue leur grande foi, cette foi qui les a incités à se tourner « à Dieu et à se détourner des idoles pour servir le Dieu vivant et vrai et pour attendre Son Fils venant des cieux ( Celui qu'Il a ressuscité des morts ), Jésus, qui nous a délivrés de la colère à venir ». Ce dimanche, la venue du Christ est au centre. (note : on fait référence ici au dimanche de la Fête du Christ Roi )

Chaque fois que nous pensons à la Seconde Venue du Christ — son caractère définitif, la finalité du jugement qui l'accompagne, le châtiment infligé aux malfaisants — c’est compréhensible que nous ressentions une certaine appréhension — tout comme les disciples du Seigneur ont dû être frappés de peur à l'idée de la destruction du Temple. Mais Notre-Seigneur fait sa venue dans la gloire associée à la destruction du Temple. Et même si la saison de l'Avent approche, à la suite de l'exhortation de Saint Paul qui voudrait que nous nous réjouissons parce que le Seigneur est proche, nous ne devrions pas présenter des excuses à quiconque d’avoir au moins un peu peur au sujet de la Venue du Seigneur, ce grand et terrible jour de colère.

L'évangile d'aujourd'hui est tiré du chapitre 24 de l'Évangile de Saint Matthieu, versets 13-25. Mais je tiens à attirer votre attention sur quelque chose qui arrive au tout début de ce chapitre, à savoir le départ de Notre Seigneur du Temple. Notre Seigneur a enseigné dans le Temple. Plus précisément, il a fustigé les pharisiens et les scribes impénitents. Ils ont refusé de L'accepter comme le Messie et Il les condamne à sept « malheurs » (qui sont des malédictions indicatives du jugement). Il conclut avec la complainte suivante (ch. 23 : 37-39) : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui mets à mort les prophètes et tues à coups de pierres ceux que Dieu t'envoie ! Combien de fois ai-je désiré rassembler tes habitants auprès de moi comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, mais vous ne l'avez pas voulu ! Eh bien, votre maison va être complètement abandonnée . En effet, je vous le déclare : dès maintenant vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez : «Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! » Et puis, Matthieu nous dit (et c’est à cela ce que je veux que vous portiez réellement attention ), (ch. 24) « Jésus a quitté le Temple et s’en allait... »

Bon, alors quoi ? Qu’est qui est si important à ce sujet ? C’est certain les disciples n’ont sans doute rien vu à ce moment-là. Alors que le Seigneur s’éloignait, Matthieu affirme clairement que les disciples (y compris lui-même) ont remarqué, non pas le départ de Notre Seigneur du Temple, mais le Temple lui-même avec les bâtiments environnants. En fait, ils ont essayé de les faire admirer à Notre Seigneur : « ses disciples s'approchèrent de lui pour lui faire remarquer les constructions du temple ». Sans doute, le Temple était une structure impressionnante, un spectacle éblouissant pour les yeux et même une huitième merveille du monde.

Mais après mûre réflexion, Saint Matthieu a sûrement davantage vu une signification prophétique plus profonde du départ du Seigneur et veut que nous comprenions nous aussi ce sens prophétique. Notre premier indice que le départ de Notre Seigneur est plus qu'une simple sortie de l'enceinte du Temple est la façon que Notre Seigneur répond aux « oh ! la ! la ! » de ses disciples en admirant le Temple. Voici ce qu'Il dit : «Vous voyez tout cela ? Je vous le déclare, c'est la vérité : il ne restera pas ici une seule pierre posée sur une autre ; tout sera renversé ». Aussi distrayant et incroyablement beau que pouvait sûrement être le Temple, ces paroles prémonitoires ont probablement bien servi à diriger l'attention des disciples à ce que Notre Seigneur disait et où il allait. Quant au deuxième indice que nous donne Matthieu, il nous signale que « [le Christ] était assis sur le Mont des Oliviers ». Comment alors le départ de Notre Seigneur du Temple et son arrivée au Mont des Oliviers peut faire la lumière sur la signification de son départ du Temple ? Eh bien, en faisant ces choses, il fait écho avec ce qui est arrivé avant que le Temple de Salomon ne soit détruit en 586 avant JC comme en témoigne et décrit par le Prophète Ezéchiel. Dans les chapitres 10 et 11 de son livre, Ezéchiel nous relate le départ de la Gloire de Dieu dans le Temple : « Ensuite la glorieuse présence du Seigneur s'éleva au-dessus du centre de la ville et alla s'arrêter sur la montagne située à l'est de Jérusalem ». (Ézékiel 11 : 23). Quelle est cette montagne sur le côté est de Jérusalem ? Le Mont des Oliviers. On pourrait dire alors, qu’à ce moment-là, quand la Gloire de Dieu a quitté le Temple de Salomon, le Temple a subi une sorte d’« abomination de la désolation » ou de profanation sacrilège ; une sorte de prélude à la destruction du Temple. Car les Juifs étaient ancrés de façon incorrigible dans l'idolâtrie. Le Jugement de Dieu allait bientôt tomber sur eux.

Mais le Seigneur Jésus n’est-il pas la Gloire du Père ? Ne manifeste-t-il pas la bonté de Dieu ? En effet, Il le fait. Et nous nous souvenons de cette vérité à la fin de presque chaque Messe : que « la Parole a été faite chair et elle a habité parmi nous et nous avons vu Sa Gloire, une Gloire comme elle est du Fils Unique venu du Père, plein de Grâce et de Vérité ». Par conséquent, quand Jésus a quitté le Temple, la Gloire du Fils Unique du Père a quitté le Temple. Et étant donné le contexte, l'abomination de la désolation à propos de laquelle notre Seigneur parle, si elle n’est pas totalement accomplie, a déjà commencé dans le signe prophétique du départ de Notre Seigneur. Et il y a aussi la désolation ou la profanation du Temple que Daniel avait prophétisée et qui a eu lieu en 167 avant JC. En cette année-là, le roi païen Antiochus Épiphane IV a brûlé Jérusalem, a pillé le Temple de ses articles sacrés et a érigé une idole au dieu grec Zeus dans son enceinte (1 Mac 1 : 31, 37, 54). De toute évidence, l'idolâtrie et le culte divin sont incompatibles, et ainsi cette action a profané le Temple ; c’est-à-dire que cette action a rendu le Temple profane. Car l'idolâtrie est incompatible avec le culte divin. Cette fois-ci, il n’y a pas eu d'idole qui a été placée dans le Saint des Saints ou dans les cours du Temple. Néanmoins, les autorités Juives ont rejeté leur Messie et ont cherché à Le détruire. Et le Christ, la Gloire de Dieu, s’est écartée alors du Temple. Une quarantaine d'années plus tard, en A.D. 70, le Temple en désolation a été réduit en décombres. Dieu a visité Son Peuple en jugement.

Mais quel est le rapport avec nous ? Le Temple des Juifs est disparu depuis longtemps. D'ailleurs, il n'a jamais été le nôtre. La question nous importe parce que le but ultime de Dieu ne fut jamais d’habiter dans un bâtiment mais de demeurer en nous. Nous sommes Ses temples, et même, nous sommes les pierres vivantes du Temple de Son Corps, qui est l'Église.

Notre Seigneur lui-même nous assure : « Celui qui m'aime obéira à ce que je dis. Mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui, mon Père et moi, et nous habiterons chez lui ». (Jn. 14 :23).

Et Saint Paul rappelle aux Chrétiens décadents de Corinthe à plusieurs reprises qu’ils sont, tous et chacun d'entre eux, des temples de Dieu :

1 Cor. 3 : 16-17 : « Vous savez sûrement que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous. Eh bien, si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu détruira le coupable. Car le temple de Dieu est saint, et c'est vous qui êtes son temple ».

1 Cor. 6 : 19-20 : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit, cet Esprit qui est en vous et que Dieu vous a donné ? Vous ne vous appartenez pas : Dieu vous a acquis, il a payé le prix pour cela. Mettez donc votre corps lui-même au service de la gloire de Dieu ».

2 Cor. 06h16 : «Quel accord peut-il y avoir entre le temple de Dieu et les idoles païennes ? Car nous sommes, nous, le temple du Dieu vivant b , comme Dieu lui-même l'a dit :

« Je demeurerai et je marcherai avec eux,
je serai leur Dieu et ils seront mon peuple ». ».

Même le ministère d’offrir un sacrifice qui a lieu dans un temple, Saint Paul a réussi à le rapporter au temple de notre corps quand il exhorte les Chrétiens à Rome : « Frères, puisque Dieu a ainsi manifesté sa bonté pour nous, je vous exhorte à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, réservé à Dieu et qui lui est agréable. C'est là le véritable culte que vous lui devez. 2 Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde e , mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous pourrez alors discerner ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait ».(Rom. 12 : 1-2) Nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons avec nos corps comme si Dieu habitait seulement dans nos âmes et que ce serait bien indifférent ce que nous faisons avec notre corps.

Si, alors, nous sommes tous les temples du Dieu vivant, c’est Dieu qui doit habiter en nous, pas les idoles ou les démons qui se tiennent derrière eux. Selon la façon dont nous choisissons de vivre nos vies, Dieu demeurera soit en nous ou Il partira de nous. Si nous nous efforçons de s’aimer soi-même jusqu'au mépris de Dieu ; si nous échangeons le Dieu vivant pour une idole, la faisant maîtresse de nos vies ; si nous nous conformons à ce monde plutôt que de nous conformer au Christ, ne soyons pas surpris de découvrir que Dieu nous a quittés. Car pourquoi le Dieu qui nous a faits pour lui-même coexisterait avec les idoles que nous avons choisies pour dieux ? Il ne le fait pas. Dieu, qui est la Bonté et la Sainteté même, ne peut pas coexister avec le péché mortel choisi librement et en toute connaissance. Il partira et laissera en désolation ce temple souillé. C’est certain, aussi longtemps que nous vivons, la pénitence et la conversion sont toujours possibles. Sa Miséricorde reste toujours disponible. Il ne refusera jamais de retourner au temple d'un cœur contrit. Mais si nous devions mourir impénitents, notre temple en désolation souffrira également du Jugement de Dieu. Contrairement au Temple, nos corps et nos âmes ne cesseront pas d'exister. Au lieu de cela, après la résurrection de la chair, les damnés subiront la douleur de la perte (la perte de la présence de Dieu) ainsi que divers degrés de douleur des sens (selon l'ampleur de leurs péchés) pour toute l'éternité. Comme l'ivraie que l'ennemi a semée dans le champ de blé, ces âmes doivent être « jetées dans la fournaise de feu où il y aura des pleurs et des grincements de dents ». Au lieu de la vie éternelle, les damnés subiront la mort éternelle : une sorte de destruction, c’est sûr, mais pas un anéantissement de leur existence même.

D’un autre côté, si nous nous efforçons d'aimer Dieu jusqu'au mépris de soi ; si nous refusons d'être égarés par de faux messies ; si nous refusons de considérer l'argent, le plaisir, la richesse, l'honneur ou le pouvoir comme nos idoles, si nous persévérons dans le milieu de la persécution ; si nous demeurons fermes même si les autres abandonnent la foi et tombent dans l'apostasie, Dieu sera toujours avec nous. Même si, dans le milieu des souffrances, nous avons l’impression que Dieu nous a abandonnés, néanmoins, il sera toujours avec nous.

Comme je l'ai mentionné, les Apôtres ont été frappés par la splendeur et la beauté extérieure du Temple et ont dû certainement être perturbés par la pensée même de sa destruction. Combien plus, alors, devons-nous apprécier la splendeur et la beauté de nos corps et de nos âmes revêtues de la grâce de la filiation divine ! Combien plus devrions-nous être dérangés par la simple pensée d'avoir commis un seul péché mortel !

Considérons aussi que le Christ est la Vie et la Lumière du monde. Tant que nous sommes fidèles à Lui, Il habitera en nous. Et aussi longtemps qu'Il demeure en nous, nous serons capables d’apporter la lumière et la vie au monde. Nous allons être des agents du Royaume du Ciel et des cultivateurs de la culture de la vie. Mais si nous sommes infidèles au Christ, si nous rejetons le Seigneur de la Vie et de la Lumière pour telle ou telle idole, alors, d'une manière ou d'une autre, nous allons nous retrouver au service du royaume de Satan, des forces des ténèbres et de la culture de la mort. Nous nous retrouverons à suivre des faux christs et des faux prophètes qui nous laisseront moralement confus, et même aveugles.

Saint-Jean-Paul II a dit il y a déjà 20 ans de cela dans son encyclique importante, Evangelium Vitae (L'Évangile de la vie). Dans un passage que je suis sur le point de citer, il se réfère spécifiquement au crime de l'avortement mais vous pouvez remplacer le mot « avortement » par de nombreux autres crimes contre la vie et contre la nature humaine. En effet, et malheureusement, les pensées révélées au récent Synode des Évêques rendent ce passage des plus pertinents :

« L'acceptation de l'avortement dans les mentalités, dans les mœurs et dans la loi elle-même est un signe éloquent d'une crise très dangereuse du sens moral, qui devient toujours plus incapable de distinguer entre le bien et le mal, même lorsque le droit fondamental à la vie est en jeu. Devant une situation aussi grave, le courage de regarder la vérité en face et d'appeler les choses par leur nom est plus que jamais nécessaire, sans céder à des compromis par facilité ou à la tentation de s'abuser soi-même. À ce propos, le reproche du Prophète retentit de manière catégorique: « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres ». (Is 5, 20)

Compte tenu de l'incompatibilité entre Dieu et le péché, ceux dans l'Église qui voudraient essayer de nous convaincre que ceux qui vivent dans le péché peuvent recevoir dignement la Sainte Communion sous leurs toits auront beaucoup à se reprocher.

Enfin, rappelons-nous cette vérité fondamentale de la foi : ce monde est fini ; il est en train de disparaître. Mais on est fait pour profiter de l’éternel et immuable bonheur infini que Dieu seul peut donner en demeurant en nous et nous en Lui. Par conséquent, notre bonheur ne peut pas être trouvé dans les biens de ce monde. Voilà pourquoi Saint-Pierre nous (2 Pierre 13-18.) raconte : « Mais Dieu a promis un nouveau ciel et une nouvelle terre q , où la justice habitera, et voilà ce que nous attendons. C'est pourquoi, mes chers amis, en attendant ce jour, faites tous vos efforts pour être purs et irréprochables aux yeux de Dieu, et pour être en paix avec lui. 15 Considérez que la patience de notre Seigneur vous offre l'occasion d'être sauvés, ainsi que notre cher frère Paul vous l'a écrit avec la sagesse que Dieu lui a donnée. C'est ce qu'il a écrit dans toutes les lettres où il parle de ce sujet. Il s'y trouve des passages difficiles à comprendre ; des gens ignorants et instables en déforment le sens, comme ils le font d'ailleurs avec d'autres parties des Écritures. Ils causent ainsi leur propre ruine. Quant à vous, mes chers amis, vous êtes maintenant avertis. Prenez donc garde, ne vous laissez pas égarer par les erreurs de gens sans scrupules et n'allez pas perdre la position solide qui est la vôtre. Mais continuez à progresser dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. A lui soit la gloire, maintenant et pour toujours ! Amen ».