lundi 28 octobre 2013

Pas si facile de ne pas juger (lecture ardue, semble-t-il)

Attaquons tout de suite la mécanique de la formation des jugements que nous faisons

C'est la partie la plus pénible de cet article. Mais comment pouvons-nous ne pas juger, comme Jésus nous le demande, si on ne sait même pas comment la mécanique fonctionne afin de la démonter ? On possède tous des valeurs qui nous portent à juger les autres même si ces valeurs sont différentes d'une personne à l’autre. Considérez le graphique plus bas ici. On représente le système de valeurs d'un individu par un ensemble de clôtures. Tous ceux et celles qui se conforment aux valeurs de cette personne sont « dans sa cour ». Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que cet individu échange bien avec les personnes qui se conforment à ses valeurs, ce sont ses amis et ceux-ci résident dans sa cour, i.e. qu'ils sont à l'intérieur de son système de valeurs.

Il y a donc des gens qui sont dans notre cour et il y a « les autres » qui ne le sont pas.

En somme, c'est tout notre système de valeurs qui nous amène à juger, à placer les gens dans notre cour ou en dehors.

Et c'est assez bizarre que Jésus nous demande d'aimer notre prochain comme soi-même. Il n'a pas dit d'aimer les gens qui partageaient nos valeurs ! Il a dit que nous étions tous frères ! Que notre cour devrait donc être toute la terre, non ? Aucune clôture finalement. Ça vous semble surprenant mais Dieu n'a pas de clôture, Lui, puisqu'Il fait pleuvoir autant sur le bon que sur le méchant.

Je vous ai dit que ce serait possiblement ardu. Nous entrons dans le pire. Courage ! Ça ne va que durer qu'un moment ! Observez le graphique qui suit. C'est un ami qui rend visite à notre individu d'en haut. Regardez : son système de valeurs n'est pas configuré. de la même manière. Qu'est-ce ça veut dire « configuré » ? Ça veut juste dire que ce visiteur, par son éducation, par son histoire personnelle, n'a pas retenu les mêmes valeurs que notre premier individu; il peut en partager quelques-une certes, mais il y a des variations. Et ces variations lui permettent d'accepter des gens que le premier n'accepte pas !

Vous comprendrez maintenant pourquoi, dans les salons de thé parfois, une personne dit : « Ah ! je trouve untel hypocrite». Et la personne qui l'accompagne lui répond : « Non, moi je ne trouve pas ». La fameuse personne dont les deux parlent fait partie de la cour de l'un et non de l'autre; entendons toujours par « cour » le système des valeurs ».

Mais ce qu'il faut comprendre qui est le plus important ici, c'est que les jugements que nous pouvons porter sur certaines personnes peuvent ne pas être partagés par certains de nos amis qui n'ont pas les même valeurs que nous. Qu'est-ce à dire ? Est-ce que ça ne veut pas nous dire que les jugements que nous portons s'appuient sur des valeurs souvent peu importantes, du moins pour ceux qui nous entourent.

Dans le fond, quelle est la valeur de nos jugements ? Hum ! Souvent ils sont souvent basés juste sur les apparences. Pourquoi ne laissons-nous pas tous ces jugements à Dieu qui est le Seul Juge. On accepte ce principe en théorie mais on ne l'applique pas. Et voici pourquoi comme on le verra plus loin : le processus de juger est inconscient et automatique.

Comment se forment les valeurs, nos « fameuses clôtures »

Les valeurs que nous possédons résultent des personnes que nous avons croisées dans notre vie et pour lesquelles nous avons eu de l’admiration. Ces personnes possédaient une ou des qualités que nous avons admirées.

Cette admiration que nous leur portions a fait en sorte que nous avons intégré ce que nous admirions chez elles. Maintenant, ces qualités sont devenues des valeurs profondément enfouies en nous. Elles ne sont même plus conscientes mais n’empêche qu’elles agissent fortement pour nous faire exercer des jugements.

Faites le test vous-mêmes ! Pensez à quelqu’un que vous avez admiré il y a longtemps déjà. Recherchez chez cette personne la qualité que vous admiriez. Il est fort à parier que vous possédez cette qualité maintenant.

Le processus d’imitation constitue la méthode d’apprentissage la plus puissante que l’être humain possède pour apprendre. Dès que vous avez intégré en vous-mêmes la qualité admirée chez votre ami, vous remarquerez que la nécessité de maintenir des relations prolongées avec celui-ci s’est affaiblie.

Comment agissent ces valeurs

Nos valeurs ressemblent beaucoup à un iceberg: il y en a une infime partie seulement qui nous est consciente, le reste est profondément enfouie dans notre inconscient. Et pourtant elles agissent constamment sans que nous nous en apercevions ! Nous sommes en quelque sorte un peu victime de notre propre histoire personnelle qui est au fond de nous et qui nous fait constamment dire « J'aime » ou « Je n'aime pas ».

Juger est un automatisme inconscient
sur lequel nous pouvons développer un contrôle

Socrate — ah ! je sais... vous allez me dire que c'est avant Jésus et que ce qu'il a dit n'est pas bon — eh bien, c'est faux. Dans Maria Valtorta, Jésus explique que Dieu a récompensé avant Lui ceux qui recherchaient la Vertu et la Vérité. Dieu leur donnait des étincelles de Lumière pour les encourager dans la Vertu. Aristote fut certainement l'un d'entre eux.

Or, Aristote nous conseille de « se connaître soi-même » Certes, la personne qui fait une bonne introspection de l’ensemble des personnes significatives qu’elle a eues dans sa vie et qui recherche les qualités qu’elle a admirées chez ces personnes lui permettra de faire remonter à la surface de sa conscience l’ensemble — du moins une bonne partie — des valeurs qu’elle a intégrées dans sa vie. Elle pourra apprécier un peu la grandeur de sa cour clôturée. Est-elle grande (je n’ai pas beaucoup de clôtures) et suis-je acceptant de plusieurs sortes de personnes dans ma cour que je puis aimer et communiquer facilement ? Ou bien ai-je une très petite cour et j’accepte très peu de personnes qui sont triées sur le volet ?

Dans cette petite introspection, vous découvrirez de bonnes comme de mauvaises valeurs que vous avez accumulées tout au long de votre vie. Ce qui est vraiment d'un intérêt ici, c'est vous gagnerez enfin le contrôle sur un mécanisme qui était automatique et inconscient et dont vous étiez la première victime sans le savoir.

La prière est un l'outil le plus efficace pour faire sauter les clôtures

Rappelez-vous : prier, c'est parler à Dieu. Et quel est Son Nom ? Réponse : « Je suis »

En priant, vous êtes donc en contact direct avec votre « Je Suis » qui habite en vous. Permettez-moi la comparaison boîteuse suivante : c'est comme si vous descendiez au plus creux et au plus pur du iceberg que vous hébergez. Il n'y a plus de clôture là. Et à y aller souvent, vous ferez sauter toutes vos clôtures. En somme, la prière constitue le mécanisme de l'Esprit qui écrase avec le temps le mécanisme de la chair qui nous amène à toujours juger inconsciemment et automatiquement si justement il n'est pas écrasé ou contrôlé.